La guerre de Gascogne 3- L’effondrement

Henri II Plantagenêt meurt en 1189. Henri le jeune est mort avant lui. Alors la couronne revient à Richard Cœur de Lion. Mais, parti en croisade, il laisse le champ libre à son frère Jean sans Terre. C’est une suite de guerres avec la France, pour prendre possession de la Gascogne  et le début de l’effondrement de l’immense empire des Plantagenêts.

La commise

En France, Philippe Auguste règne de 1180 à 1223, puis c’est Louis VIII jusqu’en 1226, Louis IX Saint Louis jusqu’en 1270 et enfin Philippe III le Hardi de jusqu’en 1285.

Les combats de frontière n’ont jamais cessé entre les rois de France et les Plantagenêts. Et la mort d’Henri II ouvre une période d’instabilité dont profite Philippe Auguste pour pousser ses pions.

Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library. Jean sans Terre le remplace en Gascogne
Richard Cœur de Lion prisonnier (à gauche) et mortellement blessé à Châlus (à droite) (Effigies Regum Angliæ, xive siècle), Londres, British Library © Wikipedia

Richard Cœur de Lion part en croisade et est fait prisonnier lors de son retour. Il regagne l’Angleterre après le paiement d’une énorme rançon. Là, il rétablit une situation bien compromise par son frère Jean sans Terre. Mais Richard meurt en 1199 au siège de Chalus en Limousin. Et c’est Jean qui lui succède jusqu’en 1216.

Jean réussit à se mettre à dos tous les barons d’Aquitaine qui en appellent au roi de France. En avril 1202, Philippe Auguste le cite à comparaitre devant la Cour en tant que vassal. Mais, Jean ne s’y rend pas et le roi prononce la commise de ses domaines, c’est à dire leur confiscation qu’il fait exécuter les armes à la main. Cette période est bénéfique pour la Gascogne car, pour s’assurer de la fidélité des villes, Jean leur accorde des franchises importantes : Saint-Émilion en 1199, La Réole en 1206, Bayonne en 1215, etc.

La guerre en Gascogne

Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d'Angleterre revendique la Gascogne. Miniature espagnole de la fin du xiie ou du xiiie siècle.
Alphonse VIII de Castille et son épouse la reine Aliénor d’Angleterre. Miniature espagnole de la fin du XIIe ou du XIIIe siècle © Wikipedia.

Les Français ne sont pas les seuls à vouloir la Gascogne. Alphonse VIII de Castille (1155-1214) a épousé une sœur de Jean sans Terre. À la mort d’Aliénor d’Aquitaine en 1202, il revendique la Gascogne au nom de sa femme. Aussi, à la tête d’une armée, il assiège Bordeaux de 1205 à 1206. Les Gascons le soutiennent mais l’échec devant Bordeaux brouille les cartes.

À la fin du règne d’Henri II, les Plantagenêts ont perdu presque tous leurs territoires au nord de la Garonne. Et la guerre se rapproche de la Gascogne. Louis VIII s’approche de Bordeaux tandis que le comte de la Marche prend La Réole et Bazas.

Henri III d’Angleterre entre en campagne pour reconquérir les territoires perdus. C’est un échec. Il recommence en 1242 mais, abandonné par ses barons, il est battu à Taillebourg et à Saintes les 23 et 24 juillet 1242.

Le traité de Paris de 1258

La guerre se termine par le traité de Paris de 1258 qui règle un certain nombre de contentieux. Les Plantagenêts perdent définitivement la Normandie, le Maine et l’Anjou. Il ne leur reste qu’une partie de l’Aquitaine et la Gascogne.

Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154 qui se réduisent à la Gascogne en 1258. Bordé de rouge, le domaine anglais de 1258
Le traité de Paris de 1258 : en jaune : les possessions anglaises en 1154, bordé de rouge, le domaine anglais de 1258 © Histoire Passion

S’il gagne l’Agenais, Henri III fait une concession majeure. Il prête hommage au roi de France pour les terres qu’il garde à l’issue du traité mais aussi pour la Gascogne. En fait, l’ancien duché n’avait jamais fait hommage au roi de France. Cela a des implications concrètes sur l’administration de la Gascogne : les seigneurs peuvent désormais en appeler au roi de France pour leurs litiges. Près de 30 procès sont en instance devant la Cour de France en 1274-1278. Pour détourner les appels de Paris, un Auditeur des causes est nommé à Bordeaux. Le lieutenant du roi a désormais un rôle judiciaire au nom du roi. Un juge d’appel est créé et des juridictions gracieuses instituées un peu partout. Les prévôtés sont réformées. Ce sont les Ordonnances de Condom de 1289.

Le Sénéchal de Gascogne Simon V de Montfort

 

Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia. Il est nommé sénéchal de Gascogne
Simon V de Montfort, sur un vitrail de la cathédrale de Chartres © Wikipedia

Simon V de Montfort est le fils cadet de Simon IV qui a combattu le comte de Toulouse lors de la croisade des Albigeois. Il part pour l’Angleterre où sa grand-mère possède la moitié du comté de Leicester. Il épouse une sœur de Jean sans Terre et devient comte de Leicester.

En 1245, les seigneurs gascons se révoltent. Gaston VII de Béarn en prend la tête et ravage Dax, tandis qu’Arnaud-Guilhem de Gramont et le vicomte de Soule attaquent Bayonne et mettent à sac le Labourd. La révolte gagne du terrain. Pour ne pas perdre la Gascogne, Henri III nomme Simon V de Montfort en tant que Sénéchal, de 1248 à 1253. Mais il se montre avide et brutal et déclenche la « Grande révolte » qui réunit tous les Gascons.

Colom contre Solers à Bordeaux

Les élections municipales de 1248 à Bordeaux voient s’affronter la famille des Colom et celle des Solers qui détiennent le pouvoir. Les Colom s’emparent de la place du marché et s’y fortifient. Il règne un climat de guerre civile et les affrontements armés sont nombreux entre les deux partis. Simon V de Montfort réprime durement la révolte qui profite aux Colom, favorables aux Anglais.

 Portrait dans l'abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier
Portrait dans l’abbaye de Westminster communément identifié à Édouard Ier

En 1252, Gaston VII de Béarn est à La Réole avec une centaine d’hommes pour soutenir les insurgés. L’année suivante, il rejette la suzeraineté anglaise pour soutenir les prétentions d’Alphonse X de Castille sur la Gascogne. Plusieurs seigneurs le suivent. Ils assiègent Bayonne pour faciliter le passage du roi de Castille mais la ville résiste.

En fait, Simon de Montfort ne peut rétablir le calme en Gascogne. Alors, Henri III débarque à Bordeaux avec une armée. Il nomme le futur Édouard Ier gouverneur de Guyenne pour rétablir les erreurs de Simon de Montfort. Il s’installe au palais de l’Ombrière à Bordeaux.

Castille et Angleterre concluent la paix de Tolède qui se termine par le mariage d’Henri III avec la sœur du roi de Castille. Les Gascons se retrouvent seuls et ils sont obligés de faire leur soumission. Pourtant en 1273, Gaston VII de Béarn se rebelle à nouveau, est fait prisonnier en Angleterre et le Béarn est mis sous séquestre. Il est libéré en 1276 et le Béarn lui est rendu en 1278.

Les révoltes populaires

Il n’y a pas que les seigneurs et les villes qui se révoltent. Preuve d’un profond malaise, les paysans se révoltent aussi.

Lassés des exactions des sénéchaux, les paysans gascons de l’Entre-deux-Mers se révoltent en 1236 et 1237. Henri III lance une enquête au terme de laquelle il confirme leurs franchises et privilèges.

"De la meute des pastoureaux". Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia
« De la meute des pastoureaux ». Manuscrit enluminé, Chroniques de France ou de St-Denis, British Library Royal.jpg © Wikipedia

En 1251, les Pastoureaux sont devant Bordeaux. La Croisade des Pastoureaux nait dans le nord de la France, à la suite des prêches du « Maitre de Hongrie » qui mobilise une foule d’adolescents et de paysans. Les bandes composées de paysans gascons appauvris, vivant en bandes, tentent d’entrer dans Bordeaux. Simon V de Montfort tient portes closes et les disperse.

En 1253, Henri III reçoit 16 doléances à Londres et envoie des commissaires pour enquêter. Aux plaintes des barons, de l’abbé de Saint-Sever, des bourgeois de Bordeaux, Bayonne, Bazas et Dax, s’ajoutent celle de tota comunitas de Goosa, tam clericorumquan militum et laboratorum, c’est-à-dire l’ensemble du pays de Gosse. Le pays reproche à Simon V de Montfort de :
– violer les coutumes en vendant la baillie de Dax à des gens qui multiplient les extorsions pour entrer dans leurs frais,
– convoquer l’ost 3 ou 4 fois dans l’année au lieu d’une seule fois comme le prévoient les coutumes,
– réclamer deux albergues (hébergement) par an au lieu d’un seul.

C’est de nouveau la guerre

En 1293, des marins de Bayonne attaquent des marins bretons qui portent l’affaire devant Philippe le Bel, roi de France. Cette fois, ce sont des marins normands qui coulent quatre bateaux de Bayonne dans le port de Royan. Le Connétable de Bordeaux laisse partir une flotte de bateaux de Bayonne. Une flotte de bateaux normands part à leur rencontre et les coule. C’est de nouveau la guerre.

Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia
Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel (illustration du XVe siècle). © Wikipedia

En attendant l’enquête et le jugement, Philippe le Bel exige la remise du duché à titre de garantie. Une armée française entre à Bordeaux et occupe les places fortes et les principales villes.

Le roi de France cite Édouard Ier à comparaitre devant la Cour. Constatant le défaut du roi d’Angleterre, le Parlement de Paris prononce la confiscation provisoire.

Édouard débarque à Bordeaux pour reconquérir son duché. Il prend Blaye et La Réole mais échoue devant Bordeaux. Sa flotte part pour Bayonne tandis qu’une armée s’y rend par la voie de terre. La ville est reprise en 1295. Les Français attaquent Blaye mais sont obligés de se replier sur Bordeaux. Une armée anglaise de secours débarque à Blaye mais échoue devant Bordeaux et Dax. Elle se réfugie à Bayonne. Elle échoue encore en 1297 à Saint-Sever.

Les deux parties s’en remettent à l’arbitrage du Pape qui décide le retour du duché d’Aquitaine au roi d’Angleterre. La campagne de 1294 à 1297 n’a servi à rien…

 

Références

Les précédents épisodes de la Guerre de Gascogne :
La guerre de Gascogne 1- Le duché d’Aquitaine
La guerre de Gascogne 2–Le règne d’Henri II
Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire,  Jean Favier, Editions Fayard, 2004.
La guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.