La guerre de Gascogne 5 – Les débuts de la guerre de cent ans

Bataille de Najera
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Les hostilités entre le Roi de France et le Roi d’Angleterre reprennent en 1324. L’étincelle qui les déclenche se situe à Sent Sardòç (Saint-Sardos), une petite sauveté fondée en 1289 entre Agen et Marmanda (Marmande).

La guerre de Sent Sardòç

Charles IV le Bel, Tête de la statue du gisant de Charles IV de France par Jean de Liège, 1372, musée du Louvre.
Charles IV le Bel (1294-1328),  statue du gisant par Jean de Liège, 1372, musée du Louvre.

Sent Sardòç (Saint-Sardos) appartient au prieur de Sarlat. Charles IV le Bel  qui règne en France de 1322 à 1328, s’aperçoit qu’elle constitue une enclave française au milieu de l’Agenais qui appartient aux Anglais. Alors, il décide de transformer Sent Sardòç en bastide et y envoie un sergent et une garnison planter le poteau de fondation aux armes de France, comme c’est la coutume.

Mais, le seigneur voisin de Mont Pesat d’Agenés (Montpezat) y voit une concurrence déloyale et le Sénéchal de Bordèu (Bordeaux) une offense à son roi. Tous deux brulent la bastide et pendent les défenseurs.

Édouard II demande pardon mais Charles IV, prétextant qu’Édouard n’a pas encore rendu l’hommage pour la Guiana (Guyenne), prononce la confiscation du ducat d’Aquitània (duché d’Aquitaine). Il envoie une armée qui reprend Sent Sardòç, occupe l’Agenés (Agenais) et tout le ducat d’Aquitània, sauf Bordèu (Bordeaux), Baiona (Bayonne) et Sent-Sever (Saint-Sever) qui résistent.

La Guyenne après 1328
La Guyenne après la guerre de Saint-Sardos

Finalement, la trêve est conclue en 1325 et les négociations commencent. Charles IV garde l’Agenés. Et le domaine d’Édouard II est réduit à une bande de terres littorales entre Bordeaux et Bayonne.

Puis, Édouard III monte sur le trône anglais en 1327. Charles IV lui rend son duché contre la promesse du versement d’indemnités de guerre. Encore faut-il qu’Édouard reprenne les places fortes occupées par les Français !

Deux rois pour une couronne

Philippe VI de Valois(détail de l'enluminure Le procès de Robert d'Artois, vers 1336, Paris, BnF
Philippe VI de Valois (1293-1350), détail de l’enluminure Le procès de Robert d’Artois, vers 1336, Paris, BnF

Philippe VI de Valois monte sur trône de France en 1328. Il envoie des ambassadeurs à Londres pour réclamer l’hommage d’Édouard III pour la Guyenne. Les négociations trainent en longueur.

Ainsi, en 1337, Édouard III n’a pas encore rendu l’hommage dû au roi de France pour l’Aquitània. Philippe VI prononce une nouvelle confiscation du ducat d’Aquitània. Mais, voilà que l’évêque de Lincoln se présente à Paris, porteur d’un message de son roi : Édouard revendique le trône de France et écartèle ses armes des fleurs de lys (le blason du roi d’Angleterre porte désormais les trois lions et les fleurs de lys). Après tout, il est le fils d’Isabelle de France, une fille de Philippe IV le bel, écartée du trône par la loi salique.

Edouard III portant à la fois les armes des rois de France et d'Angleterre, Chroniques de Froissard, BM de Besançon
Edouard III (1312-1377), portant à la fois les armes des rois de France et d’Angleterre, Chroniques de Froissard, BM de Besançon

Les opérations militaires constituent une guerre d’usure : prise de châteaux et de villes aussitôt réoccupés puis repris encore. Une arme française assiège Aiguillon. Le siège traine en longueur tandis que les seigneurs gascons se rallient à Édouard car ils supportent mal la pression fiscale imposée par Philippe VI. D’ailleurs, Jean Froissart, le chroniqueur de l’époque, dira d’eux : Ces gascons sont à moitié anglais !

La bataille de Crécy

Edouard III compte les morts après la bataille de Crécy (1346)
Edouard III compte les morts après la bataille de Crécy (1346)

Édouard III débarque dans le Cotentin et conduit une chevauchée jusqu’à la prise de Calais le 24 aout 1346 et la bataille de Crécy du 26 aout 1346. Pendant de temps, le comte de Derby et Bernat-Aiz V de Labrit (qui s’est rallié à Édouard III contre des seigneuries de Bòrn et du Marensin, et qui est nommé Lieutenant de Gascogne) partent de Bordèu et reprennent l’Aquitània jusqu’à Poitiers.

Cependant, la peste ravage le royaume en 1348. Philippe VI meurt en 1350 et Jean II le bon lui succède. C’est le moment de reprendre les opérations !

Le Prince noir (1330-1376)

C’est le fils d’Édouard III. En fait, il ne règne jamais car il meurt en 1376, un an avant son père. Or, Joan Ièr d’Armanhac (1306-1373) est lieutenant du roi de France en Languedoc. Il ravage les terres des seigneurs gascons restés fidèles au roi d’Angleterre et grignote inexorablement le ducat d’Aquitània.

Pour rétablir la situation, Édouard III nomme le Prince Noir Lieutenant de Gascogne. Celui-ci arrive à Bordèu le 20 septembre 1355, recrute une armée de Gascons et mène une grande chevauchée qui le conduit jusqu’à Narbona (Narbonne). Ce faisant, il ravage le pays, incendie les faubourgs des villes et revient à Bordèu en décembre avec un immense butin. Là, la vente du butin et les rançons des quelques 5 000 prisonniers couvrent très largement les frais de l’expédition.

Édouard III accorde la Guyenne à son fils Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir, 1362 (British Library, Londres)
Édouard III accorde en 1362 la Guyenne à son fils Édouard de Woodstock (1330-1376), dit le Prince Noir  (British Library, Londres)

Les terres du comte d’Armagnac font les frais de cette chevauchée. Le Prince Noir passe à Mauvesin d’Armanhac le 11 octobre, à Montclar d’Armanhac le 13, Nogaròu le 14, à Plasença le 17, à Bassoas le 19, à Miranda le 21, à Sheishan le 23, à Cimòrra le 24 avant de gagner le Lengadòc et Tolosa. Bien sûr, il n’est pas question de s’attarder. Seuls les châteaux sans défense sont pris et incendiés. Finalement, le pays est ravagé sur une bande de 10 km tout au long de la progression de la chevauchée. Joan d’Armanhac ne peut l’arrêter, malgré quelques escarmouches. Le chemin du retour longe la Garonne et les pillages sont aussi nombreux qu’à l’aller.

L’hiver se passe avec quelques combats le long de la frontière. Néanmoins, au début de 1356, le Prince noir mène une deuxième chevauchée jusqu’à Bourges.

Jean II de France, dit le Bon (1319-1364) © BNF
Jean II de France, dit le Bon (1319-1364) © BNF

Sur le chemin du retour, il bat les Français à Poitiers le 19 septembre, et fait prisonnier le roi de France. Le climat s’apaise et le traité de Brétigny de 1360 rend l’ancien ducat d’Aquitània au roi d’Angleterre ; il y rajoute même quelques terres comme l’Armanhac et la Bigòrra.

Alors, Édouard III nomme le Prince noir à la tête de l’Aquitaine. Jean II est fait prisonnier à Poitiers.

La Principauté d’Aquitaine

Léopard d'Or du Prince Noir
Léopard d’Or du Prince Noir

Fort de sa victoire, le Prince Noir est nommé Prince d’Aquitània en 1362 et gouverne jusqu’en 1372. Il double sa Cour et mène une vie fastueuse à Bordèu. Il frappe monnaie – les fameux « Léopards d’or » – son sceau le représente en majesté, le sceptre à la main.

Cependant, en Castille, Enrique de Trastámara (Henri de Trastamare) et son frère Pedro el Cruel (Pierre le cruel) s’affrontent pour le trône. Le Prince Noir prend parti pour Pierre le cruel, tandis que le roi de France prend celui de Trastamare. Le Prince Noir l’emporte à la bataille de Najera en 1367.

Hélas, Pierre le cruel ne verse pas l’argent promis. Les difficultés financières nécessitent de nouvelles rentrées d’argent. L’Aquitània étant devenue une principauté, l’argent d’Angleterre n’arrive plus.

Le Prince Noir et la Gascogne

Charles V de France, dit le Sage (1338-1380) © BNF
Charles V de France, dit le Sage (1338-1380) © BNF

De plus, le Prince Noir ne comprend pas les Gascons. Ils s’accommodent d’un roi à Londres, supportent difficilement le gouvernement des Sénéchaux et se montrent réfractaire au fisc.

Alors, il convoque les États d’Aquitaine à Poitiers en janvier 1368. La levée d’un nouvel impôt est décidée mais aussitôt contestée par plusieurs villes et seigneurs qui refusent la levée sur leurs terres.

Le comte d’Armanhac prend la tête de la révolte. Il en appelle à Édouard III qui lance une enquête. Sans attendre les résultats, et alors que le Prince Noir rassemble des troupes contre les récalcitrants, Joan d’Armanhac et Arnaut Amanieu de Labrit (Arnaud-Amanieu d’Albret) font appel à Charles V de France (1338-1380). Après s’être entouré de toutes les précautions juridiques, Charles V accepte l’appel des seigneurs gascons.

C’est de nouveau la guerre. Mais cette fois, deux grands seigneurs gascons ont rejoint le camp du roi de France.

Le sort de la Bigorre

Que le roi d’Angleterre reçoive la Bigorre n’est pas tout à fait un hasard. Sa comtesse Pèirona (Pétronille) (1184-1251) a eu cinq maris. Le 3ème n’est autre que Guy de Montfort, un fils de Simon IV de Montfort, le chef de la croisade contre les Albigeois.

Souvenons-nous qu’un autre de ses fils est parti en Angleterre et est devenu comte de Leicester et Sénéchal en Gasconha pour le roi d’Angleterre. Par un coup de force, il devient comte de Bigòrra en 1259 et fait aussitôt don de son comté à Henri III pour une durée de sept ans.

Parallèlement, Simon V de Montfort est disgracié et emprisonné. Aussitôt, Gaston VII Moncada de Bearn, Rogèr IV de Foish et Esquivat de Chabanas (le comte légitime de Bigorre dépossédé par Montfort), lui déclarent la guerre. La Bigòrra tombe rapidement, sauf le château de Lorda (Lourdes). Bernat VI de Comenges se range du côté de Montfort et envahit le Nebosan (Nébouzan) qui appartient à Gaston de Bearn. La réaction ne se fait pas attendre. Simon V de Montfort tentera plusieurs manœuvres mais ne pourra pas reprendre la Bigòrra.

Louis Ier d’Anjou (1339-1384) © BNF

Son fils, Simon VI de Montfort finit par vendre ses droits au roi de Navarre. Il s’ensuit plusieurs procès qui conduisent à ce que la Bigòrra soit attribuée à Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le bel. Enfin, la Bigòrra est rattachée au domaine royal en 1302.

En conséquence de tous ces évènements, il n’est pas étonnant qu’Édouard III demande la Bigòrra au traité de Brétigny de 1360.

Cette solution ne convient pas aux locaux. Et, en 1370, les seigneurs bigourdans se révoltent contre les Anglais. Louis d’Anjou mène une campagne depuis Toulouse en 1373. Il prend Mauvesin mais échoue devant Lorda. La Bigòrra redevient française. Pourtant, en 1379, Gaston dit Febus se fait donner la Bigòrra.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle 

Références

La Guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.
La guerre de Cent ans, histoire de France
La chevauchée du Prince Noir de 1355, Georges Ardiley, Bulletin de la Société archéologique du Gers, 2014.

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