La guerre de Gascogne 6 – L’épilogue

Nouvelle épisode dans la guerre de Gascogne  : le gouvernement du Prince Noir mécontente les Gascons, surtout à cause des nouveaux impôts créés pour renflouer les caisses après l’expédition de Castille. Jean d’Armagnac et Arnaud-Amanieu d’Albret en appellent au roi de France.

Charles V, un roi prudent dans la reprise de la Gascogne

Charles V de France (1338-1380) se montre très prudent dans la conduite de la guerre de Gascogne contre l'Angleterre
Charles V de France (1338-1380)

Interpelé par Jean d’Armagnac et Arnaud-Amanieu d’Albret, Charles V s’entoure de juristes et examine minutieusement toutes les conséquences d’une entrée en guerre. Il consulte les universités de Toulouse et de Montpellier. Moqueur, le duc de Lancastre dit de lui : « Ce n’est pas un roi sage, c’est un avocat ! ».

La France est forte, les finances sont saines, elle compte de nombreux alliés. Et le Prince Noir est malade depuis son voyage en Castille. Le temps semble propice pour relancer les opérations.

Le Prince Noir (entre 1430 et 1440) © Wikipedia
Le Prince Noir (entre 1430 et 1440) © Wikipedia

En janvier 1369, deux officiers partent de Toulouse, porteurs d’une lettre de citation à comparaitre. Le Prince Noir est furieux. Sa réponse tient en peu de mots : « Nous irons certainement à votre mandement, mais le bassinet en tête et avec toute notre compagnie ». Sur le chemin du retour, le Sénéchal d’Agen arrête et pend les deux officiers du roi.

Charles V sait exploiter la mort de ses ambassadeurs. Il écrit partout. En trois mois, 800 villes et bourgs se déclarent soumis au roi.

Sentant le danger, Édouard III tente une médiation et offre même des avantages territoriaux à Charles V qui fait la sourde oreille. Alors, Édouard III comprend que la guerre est inévitable et envoie des renforts en Aquitaine. En mai 1369, les États généraux sont réunis à Paris. Le 30 novembre, la Cour constate la félonie du Prince Noir et confisque le duché. C’est de nouveau la guerre.

L’offensive pour reconquérir la Gascogne

Les reconquêtes de Charles V dans la guerre de Gascogne © Wikipedia
Les reconquêtes de Charles V © Wikipedia

Prudent, Charles V évite les confrontations hasardeuses. Les campagnes de 1372 et 1373 sont victorieuses pour lui. En Gascogne, le comte d’Armagnac mène les opérations. Lectoure, Fleurance, Condom et Auvillar sont reprises. En Bordelais, La Réole tombe et ouvre la route de Bordeaux. La ville, bien défendue, ne laissera pas ruiner son commerce des vins avec l’Angleterre. Mais, le Prince Noir, malade, abandonne sa principauté d’Aquitaine en 1372.

Pendant 10 ans, Charles V mène une guerre d’usure, forteresse par forteresse, et avance méthodiquement ses pions. À sa mort en 1380, l’Aquitaine est réduite à deux enclaves. Celle de Bordeaux qui va de Blaye à Castillon et de Rions au pays de Buch. Mais, Bordeaux souffre de la forte baisse de son commerce de vins avec l’arrière-pays. Celle de Bayonne qui comprend Dax et Saint-Sever.

Édouard III meurt en 1377. Son fils Richard II (1367-1400) n’a que 12 ans. En France, Charles VI (1368-1422) monte aussi sur le trône à l’âge de 12 ans. Des deux côtés, les princes se querellent.

Charles VI, le roi fou

<yoastmark class=

Charles VI fait une première crise de démence en 1392. Un conseil de régence se met en place, au sein duquel Philippe le hardi, duc de Bourgogne, a le plus d’influence. Il s’empresse de conclure la paix avec les Anglais en 1395. La trêve se prolonge jusqu’en 1426.

En 1404, Jean sans peur lui succède en Bourgogne. Au sein du conseil de régence, il s’oppose à Louis d’Orléans, frère cadet du roi, et le fait assassiner en 1407.

Armagnacs contre Bourguignons

Henri V (artiste anonyme, fin xvie-début xviie siècle, National Portrait Gallery, Londres) © Wikipedia
Henry V   (1386-1422) National Portrait Gallery, Londres) © Wikipedia

Bernard VII d’Armagnac (1360-1418) épouse en 1393 Bonne de Berry, cousine de Charles VI. Il devient l’ami de Louis d’Orléans. Après son assassinat, il fonde le « parti des Armagnacs » qui s’oppose au « parti des Bourguignons ». C’est la guerre civile.

En Angleterre, Henri V règne depuis 1413. Il veut reconquérir l’Aquitaine dans ses frontières d’avant le traité de Brétigny de 1360. Aussi, il profite de la situation pour débarquer en Normandie, établit une tête de pont à Harfleur et se dirige vers Calais. Le 25 octobre 1415, il bat les Français à Azincourt.

Sacre de Henri VI en la cathédrale Notre-Dame de Paris © Wikipedia
Sacre de Henry VI d’Angleterre en la cathédrale Notre-Dame de Paris © Wikipedia

En particulier, Charles d’Albret, connétable de France, est tué à Azincourt. Bernard d’Armagnac le remplace. Jean sans peur s’allie aux Anglais. Ses troupes rentrent dans Paris grâce à une complicité. Il organise le massacre des partisans des Armagnacs. Et Bernard d’Armagnac fait partie des victimes. Le dauphin s’enfuit. Il devient le « roi de Bourges » soutenu par le « parti Armagnac ».

Avec le traité de Troyes de 1420, les Anglais entrent dans Paris. Charles VI fait de Henri V son héritier à la couronne. Henri V et Charles VI meurent la même année 1422. Henri VI règne maintenant en Angleterre et sur le nord de la France, Charles VII règne au sud de la Loire.

Mais, seigneurs et bourgeois supportent mal l’Anglais. Les ralliements à Charles VII sont nombreux. Les Armagnacs font leur réapparition dans Paris.

Le Languedoc se rallie à Charles VII

Charles VII (1403-1461) met fin à la guerre de Gascogne
Charles VII (1403-1461) © Wikipedia

Le désordre a des conséquences en Gascogne. Le comte de Pardiac et le seigneur de Barbazan se disputent des territoires dans le Toulousain. Bernard VII d’Armagnac et son allié le comte de Pardiac revendique le Comminges et épouse de force la comtesse Marguerite. Jean de Grailly, captal de Buch, et Bernard d’Armagnac s’affrontent. En Languedoc, le futur Jean IV d’Armagnac (1418-1450) est lieutenant par la grâce de son père qui domine le conseil royal. Ses exactions fiscales sont aussi lourdes que celles de son père à Paris, ce qui entraîne de forts mécontentements et un ralliement aux Bourguignons.

Jean Ier de Foix-Grailly devient lieutenant de Charles VII en Languedoc. Il achète le départ des Compagnies qui ravagent le Languedoc. Il s’allie aux familles d’Albret, d’Astarac et d’Armagnac pour chasser le prince d’Orange qui tient Toulouse pour les Bourguignons. Par sa politique mesurée, Jean de Foix-Grailly rallie tout le pays à la cause de Charles VII.

Les Gascons sont nombreux dans les armées de Charles VII : Étienne de Vignoles dit La Hire, Poton de Xaintrailles qui sera nommé maréchal de France par Charles VII, Arnaud-Guilhem de Barbazan, mais aussi Charles II d’Albret et bien sûr Bernard VIII d’Armagnac.

Le duc de Bourgogne a compris qu’il n’avait rien à attendre des Anglais. Le traité d’Arras de 1435 réconcilie Bourguignons et Armagnacs. Charles VII fait son entrée dans Paris en 1436. La reconquête peut reprendre.

Le dénouement de la Guerre de Gascogne

Représentation du dauphin Louis dans La Crucifixion du Parlement de Toulouse, années 1460, Toulouse, musée des Augustins
Le dauphin Louis, futur Louis XI dans « La Crucifixion » du Parlement de Toulouse, années 1460, Toulouse, musée des Augustins © Wikipedia

En 1438, Charles d’Albret franchit la Garonne à Tonneins et marche sur Bordeaux. Poton de Xaintrailles attaque par le sud. L’armée campe à Saint-Seurin mais ne peut prendre la ville. Pendant ce temps, Charles VII entre à Toulouse en juin 1442. Son armée prend Dax, Saint-Sever et arrive devant Tartas. Rangé en « bataille », il attend vainement les Anglais. En aout, les Anglais reprennent les deux villes.

Jean IV d’Armagnac occupe le comté de Comminges. La comtesse Marguerite négocie avec Charles VII la dévolution de son comté à la couronne. Jean IV est fait prisonnier à l’Ile Jourdain et le dauphin (futur Louis XI) occupe toutes les forteresses d’Armagnac qui est bientôt rattaché à la couronne.

Le saccage du Médoc n’est pas du gout des Bordelais. On a peur du roi de France, décidément trop près, et de son fisc trop gourmand. Ancienne capitale du duché d’Aquitaine, Bordeaux a ses propres institutions et se gouverne seule.  Les affaires sont florissantes avec l’Angleterre. Elle a choisi son camp.

Détail d'une miniature enluminée du livre de Talbot Shrewsbury montrant John Talbot, 1er comte de Shrewsbury, KG, avec son chien, présentant le livre à Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, 1445
John Talbot,  présentant le livre de « Talbot Shrewsbury » à Marguerite d’Anjou, reine d’Angleterre, 1445 © Wikipedia

Au printemps 1451, les Français prennent Blaye, Bourg, Libourne, Castillon, Fronsac. Sans secours, Bordeaux se rend le 30 juin. Le 20 aout, Bayonne ouvre ses portes.

Une flotte anglaise de secours arrive. John Talbot entre dans Bordeaux le 23 octobre 1452. En quelques jours, il reprend les villes occupées par les Français. Mais la réaction ne se fait pas attendre. Charles VII a maintenant une armée bien organisée.

En quelques jours, le Médoc est réoccupé. Le siège est mis devant Castillon. Le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon voit la défaite des Anglais. La guerre de Gascogne est définitivement terminée.

Les Bordelais voient leurs franchises supprimées. Les plus compromis fuient à Londres. Finalement, Bordeaux retrouve ses franchises mais elle doit héberger une forte garnison pour sa surveillance.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

La Guerre de Cent ans, Jean Favier, Editions Fayard, 1980.
La délivrance de Tartas par Charles VII, Charles de Chauton, Société de Borda, 1958.