Le camp du Poteau à Captieux

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Au sud de la Gironde, en limite des Landes, se trouve le camp du Poteau à Captieux. Bruyant pour ses voisins, il sert de terrain d’entrainement pour les pilotes de chasse.

La ville de Captieux

Captieux - Camp du Poteau (plan de situation) © Geoportail
Captieux – Camp du Poteau (plan de situation) © Geoportail

Capsiuts (Captieux) est une petite ville forestière d’environ 1 400 habitants. Si sa population augmente régulièrement, c’est qu’elle est dans l’aire d’attraction de Bordèu (Bordeaux).

Sa prospérité est liée à la plantation de la forêt des Landes de Gascogne au XIXe siècle. Auparavant, elle était couverte de landes dans lesquelles les Béarnais venaient faire paitre leurs troupeaux pendant l’hiver. C’était d’ailleurs une possession béarnaise.

 

 

Guillaume II de Moncade-Béarn, lors de la conquête de Majorque (1229) © Wikipedia
Guillaume II de Moncade-Béarn, lors de la conquête de Majorque (1229) © Wikipedia

En 1227, elle est le théâtre de « la promesse de Captieux » par laquelle Guilhèm II de Bearn, vicomte de 1224 à 1229, promet au représentant du roi d’Angleterre Henri III (1207-1272) de lui rendre hommage pour le Béarn, le Gabardan, le Brulhois et Captieux lors de sa prochaine venue en Aquitaine. Par cet acte, le Béarn sort de l’orbite aragonaise.

Tout au long du Moyen-âge, Capsiuts est une étape importante sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Située entre Bordeaux et Bayonne, elle était sur la route la plus commode pour éviter de traverser la Grande lande.

Le camp du Poteau

Base américaine au port de Bassens (5 juin 1916) © US Army
Base américaine au port de Bassens (5 juin 1918) © US Army

En février 1918, un détachement du génie forestier américain s’installe en Gascogne pour approvisionner le front en poteaux de bois pour les tranchées. puis, à la fin de la guerre, l’armée américaine regagne les Etats-Unis. Entretemps, les Américains construisent le port de Bassens à Bordeaux pour expédier le bois. Ils le relient à la voie ferrée de Bordeaux à Paris.

Toutefois, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que, dans le cadre de l’OTAN, le camp du Poteau soit cédé aux Américains. Ils en font un important dépôt de munitions

Le camp du Poteau, c’est près de 10 000 ha et 200 km de voies de circulation. D’abord sont venus les entrepôts du dépôt, suivis des installations pour les troupes et enfin des logements dans deux villes voisines, Bazas et Captieux, pour les familles du dépôt. Les premiers soldats américains et polonais arrivent en 1950.

Le Camp du Poteau à l'époque de l'OTAN
Le Camp du Poteau à l’époque de l’OTAN (1956) DR

Le camp du Poteau, qui tire son nom du lieu-dit sur lequel il s’implante, compte plus de 1000 personnes. Les tentes ne suffisent plus. Alors, 800 ouvriers construisent des bâtiments en dur. Les salaires sont plus élevés qu’ailleurs et la population de Capsiuts augmente fortement.

En 1966, le Général de Gaulle annonce le retrait de la France de l’OTAN et donne l’ordre de départ des troupes américaines du sol français. En conséquence, le camp du Poteau est rendu à la France. Tout le matériel qui n’est pas emporté est vendu aux entreprises locales et aux particuliers.

Les annexes du camp du Poteau

La route départementale venant de Bordeaux ne traverse pas le camp du Poteau. Elle traverse seulement ce qui semble un petit village annexe au camp, à la réputation sulfureuse dans la région. En effet, la présence des militaires attire immanquablement les bars, les restaurants, les établissements de nuit et les maisons de prostitution.

La jeunesse locale, les routiers ou les représentants de commerce viennent aussi s’encanailler. Et les trafics de cigarettes ou de carburant profitent à beaucoup de monde dans la région.

Après le départ des Américains, l’armée française reprend le camp du Poteau. Les bâtiments sont de nouveau occupés.

"L'opération du 12 mars 1987" au Camp du Poteau
« L’opération du 12 mars 1987 » au Camp du Poteau

Ce n’est que le 12 mars 1987 qu’une importante opération policière démantèle le dernier réseau de prostitution à Capsiuts. N’oublions pas que la loi dite de Marthe Richard a interdit les maisons closes quarante ans auparavant !

Ce jour-là, 110 personnes sont interpelées, 84 sont placées en garde à vue, 21 sont inculpées. L’Office central de Répression de la Traite des êtres Humains met fin à la prostitution de mineures et l’exploitation de femmes dans des conditions inimaginables. Le réseau de prostitution a des ramifications jusqu’au Brésil. La dernière affaire est jugée en 1992 au tribunal de Mont-de-Marsan.

La reconversion du camp du Poteau

Le camp du Poteau fait près de 10 000 hectares. On trouve bien vite une utilité à ce vaste terrain.

Il devient un champ de tir et un polygone d’essais qui permet aux avions de chasse de s’entrainer avec des bombes réelles ou des missiles pour préparer les pilotes à des opérations militaires. Équipé de chars d’assaut, de ponts et d’autres équipements particuliers, il est un des plus grands terrain d’entrainement en Europe et l’on y vient de plusieurs pays.

Camp du Poteau - essais d'explosifs
Camp du Poteau – essais d’explosifs

Il peut recevoir des gros avions de transport de type A 400 M sur une piste sommaire. Il propose aussi des cibles mobiles pour l’entrainement des pilotes.

C’est la base aérienne de Mont-de-Marsan qui gère le camp de Capsiuts. Il porte maintenant le doux nom de CTPEC (Champ de tir et polygone d’essais de Captieux). Non loin de là, la base aérienne BA 120 de Cazaux, en Gironde, reçoit des avions qui s’entrainent à Capsiuts et tirent des missiles sur le polygone de tir de Cazaux-Sanguinet.

Les explosions font trembler les murs des maisons des villages voisins. Alors, les habitants demandent des réparations. Heureusement que les exercices ne durent que 10 semaines par an.

Camp militaire de Captieux : l’encombrant voisin des petits villages (vidéo)

Le camp du Poteau sert aussi pour la destruction de stocks de munitions, d’obus non explosés datant de la Seconde Guerre mondiale, et aussi de terrain d’exercice pour la lutte contre les feux de forêts.

Une nature vivante au camp du Poteau

On pense généralement qu’un camp militaire est vide de toute vie animale en raison des explosions. C’est tout le contraire. Les animaux savent s’adapter.

Les sangliers prolifèrent à Capsiuts, à tel point que les riverains s’en plaignent à cause des dégâts occasionnés sur les cultures. Les sangliers sortent du camp pour se nourrir et reviennent ensuite s’y cacher. Là au moins, il n’y a pas de chasseurs.

Les militaires organisent des battues mais elles sont peu efficaces tant les sangliers prolifèrent. Finalement, on trouve une solution. En 2004, la Société Cynégétique Militaire de Mont de Marsan – Captieux est créée à partir de l’amicale des chasseurs de la base aérienne de Mont-de-Marsan. Elle gère la population des sangliers sur les deux sites. Les plaintes des riverains se font bien moins nombreuses.

Le Camp du Poteau et les sangliers © Société Cynégétique Militaire de Mont de Marsan - Captieux
Le Camp du Poteau et les sangliers © Société Cynégétique Militaire de Mont de Marsan – Captieux

Capsiuts est aussi un site NATURA 2000. C’est un des rares endroits où subsistent des landes marécageuses telles qu’on pouvait les connaitre avant les plantations de pins du XIXe siècle. Des oiseaux y ont élu domicile comme l’alouette des champs, le courlis cendré, le pipit des prés, la fauvette pitchou ou encore la grue cendrée.

C’est le programme européen LIFE nature/ARMY auquel participe le camp de Capsiuts.

Grues centrées © Natura 2000 - camppoteau-aquitaine
Grues centrées © Natura 2000 – © camppoteau-aquitaine

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Société de chasse de Mont-de-Marsan et Captieux : SCMMC-HISTORIQUE
Camps militaires et NATURA 2000
Gilles GRANDEAU : « De la lande ancienne à Callen au Camp du poteau », Bulletin de la Société de Borda, 3e trimestre 2025.

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