Seul passage des Pyrénées centrales qui soit accessible en toute saison, le col du Somport (le Som pòrt) sépare la vallée d’Aspe en Béarn et le Val de Tena en Espagne.
Le Somport, une voie de passage très fréquentée
Le Som pòrt (pòrt signifie col en gascon) est une voie de passage très fréquentée (1631 m d’altitude). Les Romains construisent une route qui mène au Summus portus pour passer en Hispanie (Espagne). Les Vandales, les Alains, les Suèves et les Wisigoths l’empruntent lors de leurs invasions.
Plus prosaïquement, le col du Somport est aussi une voie commerciale. Elle fait la fortune des marchands béarnais qui se trouvent à la jonction des routes qui mènent de Toulouse à Bayonne et de celle qui passe en Espagne.

Très tôt, le Som pòrt fait l’objet de toutes les attentions. Jaca et trois communes de la vallée d’Aspe concluent au XIIe siècle, le traité de la Vesiau (voisinage en gascon) ou traité du port d’Astun. Il précise les droits et les usages de pacages sur le port d’Astun. Ce traité de Lies et paxeries a été intégralement repris dans le Traité des Pyrénées de 1659 et dans le Traité de Bayonne de 1856.
Chaque année, les quatre communes le signent de nouveau lors d’une cérémonie officielle qui a lieu sur le col en présence des autorités des deux pays. Après une nouvelle reconnaissance des bornes frontières, on passe aux réjouissances.
Le développement du pèlerinage de Saint-Jean de Compostelle emmène une foule de pèlerins qui passent par le Som pòrt. C’est la voie d’Arles ou via tolosana. Les Espagnols l’empruntent aussi pour se rendre en pèlerinage de Rome.
L’hôpital Sainte-Christine
Situé en Aragon, l’hôpital Saint-Christine du Som pòrt existe depuis longtemps. Avant sa construction, il existe déjà trois maisons destinées aux pèlerins et gérées par un ermite nommé Hugo. On pense qu’il est bâti entre 1105 et 1110. Il fait partie d’une série d’hôpitaux visant à sécuriser le chemin de Saint-Jacques de Compostelle dont la route principale passe par le Béarn et l’Aragon.
Talèse, la femme de Gaston IV de Béarn (1074-1120), fait une importante donation au monastère de Sainte-Christine du Som pòrt en 1104. Elle et son mari sont d’ailleurs à l’origine d’une série d’hôpitaux jalonnant le chemin : Lescar en 1101, le pont sur le Gave de Pau en 1102, Gabes en 1102, Mifaget en 1114, Lacommande en 1118 ou Sauvelade en 1128.

La particularité de l’hôpital de Sainte-Christine est qu’en raison d’un chemin difficile, surtout en hiver, les moines viennent au-devant des pèlerins pour les guider jusqu’à l’hospice. On y trouve un cimetière pour les pèlerins, un enclos pour les moines, le palais du prieur et l’hôpital. Une taverne et une auberge accueillent les pèlerins.
Seuls les plus faibles sont hébergés pendant trois jours. Ou plus, si leur santé est gravement altérée. Cet accueil fait la renommée du lieu qui est considéré comme un des trois hôpitaux les plus considérables de la chrétienté avec celui de Jérusalem et celui du Grand-Saint-Bernard entre la France et la Suisse. Il fonctionne jusqu’à la Révolution française de 1789.
Le Somport, une voie de passage pour les soldats
S’il est emprunté par les pèlerins et par les marchands, le col du Som pòrt est aussi une voie militaire. Les Romains l’utilisent déjà pour déplacer des troupes. Les Gascons qui participent à la « Reconquista » en Espagne l’empruntent aussi.
En 1512, la Castille envahit la Haute Navarre (sud des Pyrénées). Les Béarnais échouent à la récupérer. En 1523, les Espagnols lancent un raid en Béarn. Une partie des troupes passe par le pays basque, l’autre passe le Som pòrt et assiège Oloron.
Les tensions entre les royaumes naissants d’Espagne et de France emmènent, en 1594, à fortifier le passage côté espagnol et à installer des troupes permanentes à Canfranc et dans les environs pour se protéger d’une éventuelle invasion.

En 1794, l’Espagne déclare la guerre à la France. Tandis que les Français attaquent Fontarabie, les Espagnols veulent prendre le dépôt de subsistances d‘Oloron. Le 4 septembre, 7 000 hommes passent le Som pòrt, mais l’alerte est aussitôt donnée. C’est la bataille de Lescun qui voit la victoire des troupes françaises.
Le passage des troupes napoléoniennes en Espagne, en 1808, se fait en partie par le Som pòrt. Le général Suchet (1770-1826) qui commande l’armée d’Aragon y fait passer ses troupes et son ravitaillement. Lors de la défaite de 1814, il emprunte encore cette voie.
Le fort du Portalet
On craint une invasion espagnole par le Som pòrt. Les relations entre les deux pays ne sont pas bonnes depuis la campagne de Napoléon de 1808 à 1814. Aussi, le roi Louis Philippe (1773-1850) ordonne la construction du fort militaire du Portalet en 1842.

Le fort remplace un ancien poste militaire et se trouve près de l’emplacement du péage médiéval. Son nom vient de là : la porte d’Aspe, lo Portalet. Il ouvre en 1870. Conçu pour accueillir 400 hommes et des vivres pour une semaine, il est servi par des soldats du 18e régiment d’infanterie de Pau.
Abandonné en 1929 et loué à une colonie de vacances de l’église de Notre-Dame de Bordeaux jusqu’en 1939. il reprend ensuite du service. Il sert de prison pour les personnalités de la IIIe République accusées d’être responsables de la défaite. Y restent de 1941 à 1943 : Édouard Daladier, Paul Reynaud, Léon Blum ou encore Georges Mandel. On dit que « la IIIe république est morte au Portalet ». Lorsque les Allemands occupent la zone libre en 1943, on envoie les prisonniers en Allemagne et le fort du Pourtalet accueille une garnison allemande.
À la Libération, le Maréchal Pétain y est enfermé 3 mois, d’aout à novembre 1945, avant d’être exilé dans la forteresse de l’ile d’Yeu, en Charente.
Les soldats du régiment de Pau occupent de nouveau le fort du Pourtalet, puis l’abandonnent définitivement en 1962. Un particulier l’achète, puis la communauté de communes de la vallée d’Aspe le rachète en 1999. Elle y fait des travaux de restauration et l’ouvre à la visite.
Le Som pòrt n’est plus une frontière
La méfiance entre la France et l’Espagne s’estompe. À la suite d’une convention internationale de 1904, les travaux de construction d’une voie de chemin de fer commencent en 1908 par le creusement d’un tunnel hélicoïdal. Les travaux avancent de 6 mètres par jour. On inaugure le tunnel en 1912.
Côté français, le chemin de fer arrive jusqu’à Oloron. On arrête la portion entre Oloron et Bedous en 1914 et la Première guerre mondiale arrête les travaux.
Côté espagnol, le tronçon entre Jaca et Canfranc voit le jour en 1922. Six ans plus tard, en 1928, le roi Alphonse XIII et le président français Gaston Doumergue inaugurent la gare de Canfranc en grande pompes. On ouvre enfin la ligne.

Hélas, elle ferme en 1970 à la suite de l’accident d’un train de marchandises sur un pont, côté français. Progressivement, le trafic s’arrête à Oloron. Pourtant, la région Aquitaine lance des travaux en vue de la réouverture de la ligne. Le tronçon d’Oloron à Bedous réouvre en 2016. La réouverture du tunnel est en route avec l’engagement financier de l’Europe. Les Espagnols rénovent la ligne de Jaca jusqu’à Canfranc où la gare est entièrement refaite.
L’itinéraire routier par le col du Som pòrt n’est pas pratique, surtout en hiver. Il traverse la Parc national des Pyrénées. Le tunnel routier du Somport, long de 8,6 kilomètres ouvert en 2003, résout ces deux problèmes.
Décidé en 1991, le chantier connait d’importants retards à la suite de l’incendie du tunnel du Mont-Blanc en 1999. Il faut repenser toute la sécurité du tunnel.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
- Col du Somport – Wikipédia
- Somport : le passage naturel le plus accessible des Pyrénées
- Le Chemin de Compostelle aragonais par le col du Somport
- Somport – Wikipédia (espagnol)
- Somport, el paso natural más accesible de los Pirineos (version espagnole)
- Les échanges frontaliers aragonais au XVIIe siècle
- Somport : le col qui reste un col (article « Camino de Santiago Aragonés »)
- Pyrénées, du col de la Pierre Saint‑Martin au col du Somport (récit de trek)

