Le Corps Franc Pommiès

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La mobilisation est terminée en deux jours. Nombreuses sont les villes gasconnes à avoir donné le nom du Corps Franc Pommiès à des rues ou à des avenues. Pourtant, ce nom est inconnu des plus jeunes. Revenons sur les heures sombres de la deuxième guerre mondiale.

Les suites de la défaite de juin 1940

La ligne de démarcation après l'armistice de juin 1940
La ligne de démarcation après l’armistice de juin 1940

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes pénètrent en Hollande, en Belgique et au Luxembourg. Trois jours plus tard, elles percent les lignes françaises à Sedan. Malgré une courageuse résistance, l’armée française est battue. La France signe un armistice le 22 juin 1940.

En conséquence, le pays est coupé en deux. Il y a la zone occupée au nord et le long de la côte atlantique et la zone libre (le reste de la France) sous le gouvernement de Vichy. L’armée d’armistice ne sera que de 100 000 hommes et l’on congédie de nombreux officiers (22 000 pour la seule armée de terre). Quant au matériel lourd, il est transféré en Allemagne ou passe sous contrôle allemand.

La Gascogne en 1940

La Gascogne non occupée dépend de la nouvelle 17ème division militaire basée à Toulouse. On répartit les régiments : le 18ème régiment d’infanterie à Pau, Tarbes et Aire, le 23ème à Toulouse et Montauban, le 150ème à Agen, Marmande et Cahors. Le 3ème bataillon du Génie est situé à Castelsarrasin, les 2ème et 3ème régiments de hussards sont à Tarbes et à Montauban, le 2ème dragons à Auch.

Basses-Pyrénées, occupation, libération (1940-1944)

Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du nord, à Oran et à Alger. Le 11 novembre, les Allemands envahissent la zone libre dans l’espoir de récupérer la flotte française de Toulon. Mais elle se saborde le 27 novembre.

Alors, on dissout l’armée d’armistice. Beaucoup d’officiers passent en Espagne pour rejoindre l’armée d’Afrique du nord.

Les débuts de la résistance

Dès juin 1940, des officiers français créent la Conservation du Matériel , la CDM (ce qui veut aussi dire Camouflage du Matériel),  un organisme clandestin qui a pour but de cacher des armes. Lors de l’invasion de la zone libre, les Allemands découvriront, stupéfaits, 536 dépôts remplis de matériels et de munitions parfaitement entretenus.

Char de l'armée française camouflé en Dordogne par la CMD
Char de l’armée française camouflé en Dordogne par la CMD

Le CDM constitue une flotte de camions militaires. Pour les cacher, il les confie à des sociétés civiles dirigées par des officiers démobilisés suite à l’armistice. Ces sociétés exploitent les camions pour le transport de personnes ou de marchandises. Mais les Allemands découvrent le système de camouflage en décembre 1943 et confisquent plus de 1 000 véhicules. En fait, la Résistance n’en utilise que 134.

Parallèlement, en janvier 1943, d’anciens militaires de l’armée d’armistice fondent l’Organisation de la Résistance de l’Armée (ORA). Il s’équipe du matériel camouflé qui n’a pas été saisi par les Allemands. L’ORA se développe dans les garnisons dissoutes de l’ancienne armée d’armistice et fournit nombre d’officiers aux maquis et aux autres groupes de résistance.

Contrairement aux autres groupes de la Résistance, l’ORA reste une organisation militaire clandestine. D’ailleurs, elle a ses propres forces : la Brigade Charles-Martel dans le centre de la France et le Corps-Franc Pommiès en Gascogne. En février 1944, elle fusionne avec d’autres mouvements au sein des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI).

André Pommiès. commande la région R4 (Sud-Ouest) de l’ORA.

Le Corps Franc Pommiès

André Pommiès (1904-1972), commandant le Corps Franc Pommiès
André Pommiès (1904-1972)

André Pommiès (1904-1972) est un Gascon de Bordeaux. Et son nom de Résistance est « Le Bordelais ».

Dans l’armée d’armistice, il est capitaine, puis commandant au 18ème régiment d’infanterie à Pau. Mais il est démobilisé après l’invasion de la zone libre par les Allemands.

Alors, il crée le Corps-Franc Pommiès (CFP), organisation secrète de résistance. Il comporte quatre groupements : Sud-Ouest (Landes, Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées), Sud-Est (Haute-Garonne, Ariège), Centre (Gers) et Nord-Est (Lot et Lot-et-Garonne).

En fait, son organisation varie en fonction des arrestations et des pertes humaines. Toutefois, il dispose des compagnies et des sections clandestines sur tout le territoire gascon. En 1944, le CFP compte 9 000 hommes dans ses rangs.

L'étoile du Corps Franc Pommiès
L’étoile du Corps Franc Pommiès

Du 17 novembre 1942 au 5 juin 1944, le CFP mène des actions clandestines : sabotages d’usines, de lignes électriques, de voies ferrées, attaques de garnisons allemandes, élimination de collaborateurs, etc.

Mais les Allemands mènent l’opération « Minuit » contre la Résistance dans la région de Toulouse et dans le Gers. Un rude coup pour le CFP. Il y a même des dénonciations du bataillon de l’Ariège, ce qui vaut l’arrestation de ses chefs à Saint-Girons. Il se reforme peu après.

Les actions dans la clandestinité du Corps Franc Pommiès

Corps Franc Pommiès dans le Maquis de Ponsampère - corvée de bois dans la forêt de Berdoues
Maquis de Ponsampère (32) – corvée de bois dans la forêt de Berdoues

Sous la couverture de chantiers forestiers, les officiers et les soldats démobilisés du 2ème régiment de Dragons d’Auch, forment des maquis à Berdoues, Ponsampère, Manciet, Ordan-Larroque et Miélan.

Le 14 décembre 1943, les Allemands encerclent le château de Ponsampère et font prisonniers un groupe d’une vingtaine de maquisards. Interrogés à la prison Saint-Michel de Toulouse, ils sont tous déportés. Prudemment, les autres groupes dispersent leurs hommes dans des fermes avant de se former à nouveau.

La ligne de chemin de fer de Toulouse à Paris est une cible importante. Alors, le CFP affecte un groupe à la destruction des locomotives. Ainsi, le 19 décembre 1943, il détruit 19 locomotives à Montauban, puis 10 autres le 31 janvier 1944. Puis, le 5 mars, il sabote l’usine de la Compagnie des Métaux de Castelsarrasin.

Sabotage de l'usine Hispano Suiza de Soues (15 avril 1944) par le Corps Franc Pommiès
Sabotage de l’usine Hispano Suiza de Soues (15 avril 1944)

Le 15 avril 1944, le CFP et d’autres groupes de résistants sabotent l’usine Hispano-Suiza de Soues (près de Tarbes) car elle produit des éléments pour l’aviation allemande. Bénéficiant de complicités intérieures, le commando d’une trentaine d’hommes fait exploser les chaines de fabrication. L’usine ne produira plus jusqu’à la Libération. De même, le 25 mai, des ouvriers de l’Arsenal, membres du CFP, font sauter les rayeuses nécessaires à la fabrication des canons.

En fait, les usines sont une cible de choix : sabotage de l’usine d’aviation de Cugnaux près de Toulouse le 11 mars 1944, de la compagnie de raffinage de Boussens le 8 avril, de l’usine d’optique et de mécanique de Pau le 14 avril, de l’usine de moteurs d’aviation de Jurançon le 13 mai, etc.

L’insurrection générale

Sabotage de locomotive
Sabotage de locomotive

Le 6 juin 1944, Londres donne l’ordre de l’insurrection générale par le message radio : « Le père la cerise est verni ». Les volontaires arrivent de toute la Gascogne mais, faute d’armes et d’équipements, le CFP doit les renvoyer chez eux. En deux jours, la mobilisation est terminée.

Grâce à ces volontaires, les sabotages se multiplient. En 2 mois, le CFP conduit 88 attaques contre des garnisons ou des convois militaires et 344 sabotages contre les ponts, les lignes téléphoniques ou les moyens de transport. Bien sûr, les Allemands ne restent pas inactifs et luttent contre les groupes du CFP.

Ainsi, le 21 juin 1944, les Allemands attaquent Castelnau-sur-l’Auvignon (Gers) où il y a un groupe de maquisards et un dépôt de munitions. Après de violents combats et de lourdes pertes, les maquisards font sauter le dépôt de munitions cachées dans une tour du château et se replient sur Condom. Les Allemands brulent le village que les habitants ont pu évacuer avant le début des combats.

Maquis de Meilhan - Les ruines et les décombres après l’assaut
Maquis de Meilhan – Les ruines et les décombres après l’assaut

Le 7 juillet, ils attaquent le maquis de Meilhan (Gers). 76 maquisards tombent. Les Allemands les défigurent pour qu’on ne les reconnaisse pas. Le 6 aout, c’est au tour du maquis de Lussagnet et du Houga. Les hommes sont avertis à temps ; il n’y a que 3 fusillés.

Puis, le 19 aout, les Allemands, qui ont évacué Auch, se rendent à Toulouse. Ils se font attaquer sur le pont de la Save à L’Isle-Jourdain. Après deux jours de combats, les Allemands se rendent.

Des combats ont lieu dans toute la Gascogne. Ils permettent la libération des villes. Des groupes du CFP, déployés dans les Pyrénées, empêchent la fuite d’Allemands vers l’Espagne. Alors, les Allemands se forment en colonnes et repartent vers le nord.

La remontée vers le nord du Corps Franc Pommiès

L'Épopée du corps-franc Pommiès - des Pyrénées à Berlin d'après Dominique Lormier
L’Épopée du Corps-Franc Pommiès – des Pyrénées à Berlin d’après Dominique Lormier

Le débarquement en Provence a lieu le 15 aout 1944.  Les FFI libèrent Toulouse le 20 aout et le CFP s’organise pour poursuivre les Allemands. Le 28 aout, le général de Gaulle supprime les FFI et les intègre dans l’armée régulière.

Une colonne de 7 000 hommes part de Toulouse. Plus de la moitié viennent du CFP. Elle remonte sur Autun (Saône et Loire) et réussit à faire prisonniers 20 000 Allemands qui se replient depuis Bordeaux après avoir échappé aux actions du CFP dans les Landes et en Gironde. Le CFP libère Autun.

Le 23 février 1945, le CFP devient le 49ème régiment d’infanterie sous les ordres du colonel André Pommiès. Ce régiment a traditionnellement sa garnison à Bayonne.

Le CFP, maintenant 49ème RI, participe à la libération de Strasbourg, à celle de Stuttgart en Allemagne. Il est le premier régiment français à entrer dans Berlin.

Des monuments isolés parsèment les chemins et les bois de toute la Gascogne. Ils témoignent de l’engagement de maquisards du CFP tombés au combat. L’épopée du CFP et de ses hommes est relatée au Mémorial du Corps-Franc Pommiès à Castelnau-Magnoac.

Monument du Corps Franc Pommiès à Castelnau Magnoac : "Ce monument, élevé par souscription publique, confié à la garde de Castelnau-Magnoac, témoigne de notre gloire et de nos  sacrifices" (Extrait du discours du Général André Pommiès, prononcé à Castelnau, sur le site du monument, le 9 juin 1969).
Monument du Corps Franc Pommiès à Castelnau Magnoac : « Ce monument, élevé par souscription publique, confié à la garde de Castelnau-Magnoac, témoigne de notre gloire et de nos  sacrifices » (Extrait du discours du Général André Pommiès, prononcé à Castelnau, sur le site du monument, le 9 juin 1969).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Livres présents à la bibliothèque de l’Escòla.
Marcel Céroni, Le Corps-franc Pommiès, Tome I -La Clandestinité, Editions du Rond-Point, 1980.
Marcel Céroni, Le Corps-franc Pommiès, Tome II – La Lutte ouverte, Editions du Rond-Point, 1980.
L’Épopée du corps-franc Pommiès : des Pyrénées à Berlin / Dominique Lormier (disponible sur Gallica)

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