Le Livre d’Or de Bayonne

Le Livre d'Or - Bayonne-vieilles rues

Au XIXe siècle, l’Abbé Bidache a récupéré les parchemins qui forment le cartulaire appelé Le Livre d’or de Bayonne. Il constitue le plus ancien livre de Bayonne. Et il les a transcrits pour que nous puissions les lire. Certains de ces textes sont écrits en gascon. Ce sont des actes qui datent de la première moitié du XIIIe siècle.
Voulez-vous partir à la découverte de ce vieux livre ?

En préface, il est dit : Cet humble prêtre, aussi laborieux que modeste, aimait passionnément son pays ; il avait un culte de prédilection pour ses vieux souvenirs et pour sa noble langue. Pendant près de vingt ans, il a recueilli les textes les plus curieux dans l’espoir d’enrichir un jour le trésor de notre histoire et de notre littérature locales.

Le Livre d’Or

Le Livre d'Or de Bayonne - couverture édition 1906

Jean Bidache (1830 – 1897) curé à Bedous (Pyrénées-Atlantiques) puis Oran (Algérie) et Suresnes (Hauts-de-Seine) est aussi philologue et historien. Il a transcrit, à partir de vieux parchemins, les 142 textes qui constituent ce que l’on appelle le Livre d’Or. Ces textes sont principalement des actes passés du Xe au XIIIe siècle dans le diocèse de Bayonne et les diocèses voisins. 106 étaient en latin et 36 en gascon landais du Bas-Adour ou en gascon maritime. Il décida de commencer par publier les 36 qui étaient en gascon. Il établit le texte et il le fit imprimer en 1882. Mais on lui fit comprendre que l’intérêt historique devait ici l’emporter sur l’intérêt philologique et qu’une publication intégrale du Livre d’Or était seule digne de lui et du public savant auquel il le destinait.

Le livre d'O - Bayonne cathédraiCe n’était pas la première fois qu’on empêcha l’abbé de publier. Malgré l’accord de l’Église, de fortes critiques l’avaient déjà contraint à ne pas rééditer le troisième volume des Psaumes béarnais (protestants) d’Arnaud de Salette. Bref, l’abbé s’exécuta, abandonna l’édition de ces textes gascons. Il décida même de détruire les impressions et, heureusement… ne le fit pas. Il s’attaqua aux textes latins pour compléter son travail qui ne fut jamais publié.

Après son décès, l’Abbé Dubarat, le Chanoine Daranatz et l’Avocat Pierre Yturbide récupérèrent les épreuves des 36 textes gascons. Ils firent enfin éditer en 1906 l’ouvrage tel que l’avait souhaité son auteur. Ils le complétèrent d’une préface, d’un glossaire (page 103), de la liste des personnes citées (page 121) et d’une table des actes (page 139).

Pour en savoir plus sur (et/ou consulter) le Livre d’or de Bayonne, cliquez ici. Lecture directe sur votre écran ou téléchargement possible en divers formats.

Découvrir les vieux actes du Livre d’Or

Si vous en avez la curiosité, vous pourrez parcourir le Livre d’Or, regarder sur quoi on passait des actes et comment on les écrivait. Ils viennent tous du cartulaire de la cathédrale de Bayonne et ont été transcrits pour les rendre lisibles. Par exemple, vous trouverez des donations, des contestations, des témoignages. Comme En P. Doresc rend témoignage à Dieu et à la croix sur le péril de son ame que l’Euesque et chanoines avoient la seruitude du chemin contesté.

Le Livre d'Or de Bayonne - Extrait du glossaireVastin Lespy (1817 – 1897) professeur au lycée de Pau et auteur du Dictionnaire du béarnais ancien et moderne a utilisé ce Livre d’Or pour relever des mots qu’il a introduits dans son célèbre ouvrage. Dès la page 103, un glossaire reprend tous ces mots relevés avec leur traduction, le morceau de phrase et la référence (page, ligne) où a été pris le mot , comme on le voit sur la photo ci-contre.

Par exemple, on trouvera page 114 soen e menud, ce que Lespy traduit par “très souvent” (ou, mot à mot, souvent et souvent). La locution est amusante puisque on reconnait soen (ou sovent en graphie classique) c’est-à-dire “souvent” en français et menud, ce qui rappelle a menudo qui veut dire “souvent” en espagnol. Comme si la Gascogne offrait un lien entre la France de langue d’Oïl et l’Espagne castillane…

Le don de Martin de Giestiede et de sa femme

Outre l’intérêt historique du Livre d’Or, ces textes permettent de voir à quoi ressemble le vieux gascon landais du bas Adour du moins en langage administratif. Et les amoureux des textes originaux peuvent aller jeter un coup d’œil à la fin du livre, à partir de la page 161. Ils y trouveront quatre fac-similés lithographiés, afin de voir à quoi ressemblait le texte original déchiffré par l’Abbé Bidache.

Si vous voulez vous exercer, en voici un. Il s’agit d’un acte qui concerne un don:

Le Livre d'Or de Bayonne - page 161

La note marginale en latin, Donatio censum duarum a la Sabataria, est du Moyen-âge. Le commentaire en français est de la main du chanoine Denis de Nyert, précisent les auteurs.

L’alphabet utilisé et exposé par les copistes vous aiderait-t-il à déchiffrer ? Voyez par exemple, il y a 34 lettres en minuscule dont  trois “d”, deux “i”, etc. 43 en grandes majuscules et 27 en petites majuscules.

Le Livre d'Or de Bayonne - Alphabet

Le même texte du Livre d’Or transcrit par l’abbé Bidache en 1882

L’abbé a donc transcrit très soigneusement tous les textes gascons du Livre d’Or. Voici la transcription du texte présenté :

Le Livre d'Or de Bayonne - page 161 (bis)Sabude causa sia a todz aquedz qui queste carte veiran ni audiran, qu’en. B. Martin de Giestede, e ne Marie de Perer, sa moiller, vius e sancs estan, an dad au Capito de le Glizie de Sancta Maria de Baiona los ceis de duas maizons de la Sabateiria, e es assaber : le maizon d’en Berrandin, e le d’en. W. de Cotengs, qui fo d’en. A. de Le Fonce, e deuen dar todz temps .ve.i. s. cascun an. Termi a le Sent Miqueu.

Finalement, un texte ancien une fois écrit avec nos règles actuelles qui reste lisible. Ne montre-t-il pas que le gascon, encore mouvant certes, est toutefois suffisamment fixé dans l’espace et dans le temps ?

Le texte pourrait donner en français :

Le Livre d'Or - La Rue de la Savaterie aujourd'hui
La Rue de la Sabaterie aujourd’hui

Que chose soit sue par tous ceux qui verront ou entendront cet acte, que Martin de Giestiede et Marie de Perer, sa femme, étant vivants et sains, ont donné au Chapitre de l’Église Sainte Marie de Bayonne les fiefs de deux maisons [rue] de la Sabaterie, à savoir: la maison de Berrandin et celle de W. de Cotengs qui fut d’A. de la Fonce, et qui doivent donner tout le temps cinq sols pour chacune. Terme à la Saint Michel.

Référence

Le livre d’or de Bayonne, textes gascons du XIIIe siècle, Jean Bidache.

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