On connait les nombreuses carrières de marbre des Pyrénées. Elles donnent lieu à une industrie florissante grâce à leurs multiples couleurs et leurs nuances bien différenciées. Des qualités qui les amènent jusqu’à la galerie des glaces de Versailles.
D’où vient le marbre ?

Le marme (marbre) est une roche calcaire qui a subi des transformations sous l’effet de la chaleur du magma et des contraintes physiques inhérentes.
Il est riche en carbonate de calcium (CaCO3) et en métaux qui en déterminent la couleur et la forme des veines. Ils font sa résistance exceptionnelle et sa dureté. Comme l’ardoise qui est de la même famille de roches, le marbre a ses cristaux orientés de telle manière qu’ils constituent des « feuilles ». Depuis l’Antiquité, on se sert de cette propriété pour découper des blocs avec le moins de résistance possible.
On ne doit pas confondre le marbre avec le granite ou le porphyre. On les a aussi utilisés dans la construction et la décoration mais ils n’ont pas les mêmes propriétés. Le marbre, plus difficile à tailler, peut recevoir un poli et être lustré.
On parle de marbre antique lorsque les Grecs ou les Romains les exploitaient déjà, et de marbres modernes pour les carrières ouvertes depuis cette époque.
L’extraction du marbre
Pour extraire le marbre, le marmèr (marbrier) se sert de pics et de coins. Le travail est pénible et dangereux. On le scie depuis la fin du XVIIIe siècle en utilisant de l’eau et du grès pilé. À partir du XIXe siècle, on se sert d’un fil hélicoïdal refroidi par de l’eau et de sable qui abrase le marbre. Le fil est maintenant garni de fragments de diamant, plus efficace pour la taille.
Après la taille, on égrise le marbre pour faire disparaitre les traces de la scie ou du ciseau. Ensuite, on le rebat à l’aide de faïence non émaillée, de sable et d’eau. Puis, on l’adoucit avec une pierre ponce et de l’eau, piqué avec un linge, de l’eau et de l’émeri ou de la limaille de fer. Enfin, on l’adoucit encore avec un chiffon sec et une poudre métallique.
Pour ce travail, on utilise aujourd’hui des meules mécaniques et des produits chimiques ajoutés à la poudre abrasive.

Son utilisation

Les Grecs et les Romains l’utilisaient beaucoup pour en faire des sculptures, notamment le marbre blanc. Celui de Saint-Béat était très prisé. Le Musée Saint-Raymond de Toulouse conserve une importante collection de statues provenant de la villa Chiragan à Martres-Tolosane (Haute-Garonne).
Après les Romains, l’usage du marbre se perd. On retrouve cependant cette pierre dans certains édifices mais elle est utilisée comme simple pierre de construction.
Les guerres d’Italie ramènent le gout du marbre en France. François Ier (1494-1547) utilise du marbre de Campan et de Sarrancolin pour ses châteaux de Saint-Germain en Laye et de Fontainebleau. Et Charles IX (1550-1574) commissionne l’architecte Dominique Bertin pour rechercher les plus beaux marbres des Pyrénées et y ouvrir des mines.
Le grand essor du marbre
C’est sous Louis XIV que l’industrie du marbre prend son essor. Il en faut de grandes quantités pour les palais royaux, notamment à Versailles. Alors, on ouvre de nouvelles carrières et on favorise son transport.

Pour exploiter celle de Campan qui présente quatre couleurs différentes de marbre, on crée le chemin du col de Beyrède qui permet d’arriver à Sarrancolin. Là, il est mis sur des bateaux qui descendent la Neste, aménagée pour rejoindre les entrepôts de Toulouse. On estime qu’il fallait 28 paires de bœufs attelés pour tirer ces marbres. Ils empruntent ensuite la Garonne jusqu’à Bordeaux puis, par mer, jusqu’à Rouen et Paris en remontant la Seine.
L’extraction du marbre ralentit à partir de la Révolution de 1789. Pourtant, un nouvel engouement pour ce matériau relance quelques carrières au XIXe siècle. Depuis, la production a chuté et peu de carrières sont en exploitation. Les principales sont celles d’Arudy (Pyrénées-Atlantiques et de Saint-Béat (Haute-Garonne).
Le marbre des Pyrénées

© Jean-Marc Fabre
On ne connait pas bien toutes les carrières de marbre. On estime à une cinquantaine leur nombre mais certaines sont si petites, et leur exploitation a été si courte, que le souvenir s’en est même perdu.
À côté de Saint-Béat (Haute-Garonne), la carrière de Cierp donne un marbre violet légèrement bleuté. Près de Barbazan, une autre carrière donne du marbre noir employé pour décorer les cheminées. La carrière de Héchettes (Hautes-Pyrénées) donne un marbre blanc veiné de noir. Celui d’Arudy est gris.
À Sarrancolin (Hautes-Pyrénées), on creuse des galeries pour exploiter les carrières de Ilhet, et de Beyrède. Mais, elles s’effondrent lors du tremblement de terre de 1749.
De l’autre côté du col de Beyrède, Campan donne un marbre aux nuances de vert qui a été largement utilisé dans les palais royaux (Louvre, Tuileries, Versailles).

De plus, dans sa description de 1884, Emilien Frossard (1802-1881) nous parle des marbres de Gavarnie, de Sost, d’Ilhet, de Louvie-Juzon, de Gerde, de Nestier, d’Aspin, de Campan, d’Aventignan, d’Izeste, de Sarrancolin, d’Anla, de Lourdes, d’Asté, de Saint-Béat, de Sarrancolin, de Lesponne ou de Vielle-Louron.
On peut ajouter le marbre de Moulis (Couserans) qui est noir et blanc. Celui de Seix qui est violet ou vert. Celui de Lescun, vert, celui de Bielle, gris et celui de Barèges qui est blanc veiné de vert.
L’exploitation du marbre a créé une activité importante dans les montagnes. De nouveau métiers sont apparus, de nouvelles techniques ont été importées par les ouvriers allemands ou franc-comtois que l’on a fait venir. Ce sont des spécialistes des mines. Les charrois ont profité aux populations locales et les exemptions de taxes sur les marbres a profité a plus d’un négociant avisé.
Les carrières encore en activité
Aujourd’hui, il n’en reste plus que trois encore en activité.
En 1945, la Société des Produits Azotés de Lannemezan qui exploite les déchets des carrières, met à jour le site antique appelé lo malh de las higoras (la falaise aux figures) dans lequel on retrouve dix-huit autels et statues dans la falaise. La plupart sont dédiées au dieu Erriape qui est le patron des marbriers. Le site disparait en 1947 dans un éboulement. Les pièces trouvées sont au musée de Saint-Bertrand de Comminges.
Aujourd’hui, c’est la société Mondial OMYA qui exploite les neuf carrières de Saint-Béat. Le marbre est généralement blanc. On trouve du bleu près de Marignac, du noir à Loures-Barousse, du jaune à Bagiry, du vert à Lez et du rouge à Cierp.

Les Romains exploitaient déjà les carrières de Sarrancolin. Son marbre a servi au petit Trianon, à l’opéra Garnier ou à l’Empire State Building. Le marbre est de couleur crème, rouge sang, jaune doré sur fond rosé et verdâtre. Les carrières sont à Sarrancolin, à Ilhet et à Beyrède. C’est à la volonté des élus locaux que l’on doit leur réouverture depuis 1991.
Les carrières d’Arudy donnent un marbre gris-bleu qui résiste parfaitement bien aux intempéries. Trois sites sont en exploitation. Il sert à l’encadrement des fenêtres en Béarn et Bigorre. On l’utilise pour paver des places ou des rues, notamment la grotte de Lourdes. on la connait aussi sous le nom de « pierre d’Arudy ». C’est l’entreprise Laplace qui exploite ce marbre.
Les tentatives de remise en fonctionnement de certaines petites carrières, notamment dans un but touristique, ont toutes échoué. Les professionnels tentent de se diversifier dans le funéraire, les cuisines, les salles de bains et les plaques commémoratives ou taulas marme.
Le musée de Bagnères de Bigorre

Le marbre a son musée à Bagnères de Bigorre, dans les anciens thermes du Vallon du Salut. Il présente la collection de marbres de Jacques Dubarrry de Lassale, un Bagnérais passionné qui donne 350 pièces. C’est la seule collection de marbres exposée en France.
Sa collection s’enrichit depuis. On peut y découvrir la géologie du marbre, son industrialisation, les techniques d’extraction, des objets en marbre (baignoires, tables, fontaines, etc.) et surtout une collection de 500 échantillons de marbre de tous les pays.
De plus, l’association Guillaume Mauran lui a fait don des pièces provenant des fouilles de la villa gallo-romaine de Pouzac.
Une visite à ne pas manquer si l’on veut tout savoir sur le marbre.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée (1990)
Références
Les Quatre-Vallées, André Sarramon, éd. Milan, 1985.
www.museedumarbre.com
www.lamaisondescailloux.com

