Le réseau ferré en Gascogne

Réseau ferré - TGF Atlantique
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Le réseau ferré français compte à son apogée, près de 70 000 kilomètres de lignes. Il n’en compte plus qu’environ 24 000. Fortement concurrencé par l’automobile et soumis à des questions de rentabilité, le train connait cependant un certain renouveau si l’on en juge par les nombreux projets de réouverture ou de création de lignes.

La lente construction du réseau ferré

La France prend du retard par rapport à ses voisins anglais ou allemands. Elle dispose d’un réseau routier et d’un réseau de canaux développés. La reconstruction après les guerres napoléoniennes engloutit d’énormes moyens financiers.

Pourtant, le rail constitue une véritable révolution. En 1828, Alexandre Dumas note qu’il faut 3 h 30 pour aller de Paris à Rouen, contre 14 h par la diligence.

La construction des lignes de chemin de fer, c’est l’affaire de compagnies privées. Avec le développement du réseau, on fixe l’heure de Paris, moins 5 minutes pour tenir compte des voyageurs retardataires, comme base horaire du service des trains sur tout le territoire national.

Le réseau ferré, une volonté d’Etat

Alexis Legrand (1791-1848)
Alexis Legrand (1791-1848)

Dès 1814, Pierre Michel Moisson-Desroches adresse un mémoire à l’empereur « Sur la possibilité d’abréger les distances en sillonnant l’empire de sept grandes voies ferrées ». Il préconise les lignes de Paris-Lyon-Marseille-Gênes, de Paris-Bordeaux, ou encore de Paris-Lille-Gand. Alexis Legrand reprend ses travaux et il fait voter la loi du 11 juin 1842 « relative à l’établissement des grandes lignes de chemin de fer ». La France ne compte alors que 319 km de voies ferrées.  Elle établit le réseau ferroviaire français à partir de Paris. On l’appelle « l’étoile de Legrand ».

Les trains du plaisir, caricature de Daumier 1864
Les trains du plaisir, caricature de Daumier 1864

La loi prévoit déjà les lignes Paris-Bordeaux-Bayonne et Bordeaux-Toulouse-Marseille. Les communes cèdent les terrains à l’Etat. L’Etat finance les ouvrages d’art et les bâtiments. Il en concède l’usage à des compagnies qui construisent et exploitent la ligne. C’est en quelque sorte le début du Partenariat Public-Privé (instauré par une loi de 2008).

 

 

 

Le réseau de l’Etat nait en 1878 par la nationalisation de la Compagnie des Chemins de fer de la Charente. Le plan Freycinet du 17 juillet 1879 (Charles de Freycinet est ministre des travaux publics) prévoie de porter le réseau de 29 600 km à 38 300 km afin de desservir toutes les sous-préfectures. Il est achevé en 1914.

Premier logo de la SNCF (1937)
Premier logo de la SNCF (1937)

L’Etat nationalise les chemins de fer en 1937 et crée la SNCF le 1er janvier 1938. On ferme alors aux voyageurs près de 10 000 km de lignes. En 1969, on ferme de nouvelles lignes aux voyageurs. À l’expiration de la convention de 1937, la SNCF se transforme en Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) le 1er janvier 1983. En 2009, c’est l’ouverture progressive à la concurrence.

La Compagnie des Chemins de Fer du Midi

Gare de Ségur à Bordeaux
La gare de Ségur à Bordeaux

La première ligne de train construite en Gascogne est celle de Bordeaux à La Teste par la Compagnie du Chemin de Fer de Bordeaux à La Teste, créée en 1838. La ligne ouverte en 1841 est à l’origine de la création d’Arcachon en 1857. La compagnie connait des difficultés financières et est absorbée par la Compagnie des Chemins de Fer du Midi et du canal latéral de la Garonne, en 1853.

Un long développement

Les frères Émile et Isaac Pereire (Le Monde illustré, 1863)-2
Les frères Émile et Isaac Pereire (Le Monde illustré, 1863)

La Compagnie du Midi, créée en 1852 par Isaac et Emile Pereire de Bordeaux, construit les 4 300 km du réseau ferré gascon. Elle reçoit la concession des lignes de Bordeaux-Bayonne et de Bordeaux-Sète. La ligne de Tarbes est couverte en 1859 pour la visite de Napoléon III et d’Eugénie aux bains de Luz Saint-Sauveur, celle de Toulouse à Bayonne en 1867.

Elle construit les lignes du plan Freycinet : Bordeaux à la pointe du Médoc, Saint-Girons à Seix, Castelsarrasin à Lombez, Auch à Lannemezan, Auch à Bazas, Saint-Sever à Pau, Nérac à Mont de Marsan, Oloron à Saint-Palais, Saint-Martin d’Autevielle à Mauléon ou encore Bayonne Saint Jean Pied de Port.

 

L’électrification des lignes

La centrale hydroélectrique d'Éget, Aragnouet, Hautes-Pyrénées
La centrale hydroélectrique d’Éget, Aragnouet, Hautes-Pyrénées

En 1909, la Compagnie lance l’électrification de ses lignes. Les mines de charbon du nord sont trop éloignées et la guerre de 1914 entraine une pénurie. La Compagnie exploite l’hydroélectricité dans les Pyrénées et construit des barrages et des usines électriques : Soulom en 1913, Licq-Atherey en 1917, L’Oule en 1919, Artouste en 1920, ….. La Société Hydro-électrique du Midi (SHEM) se crée en 1929. Elle devient une filiale de la SNCF en 1946 et une société indépendante en 2000.

En 1933, la Compagnie fusionne avec celle des chemins de Fer de Paris-Orléans. Lors de la nationalisation du réseau ferré de 1937, la nouvelle Compagnie se transforme en société financière et d’assurances et détient des actions dans la nouvelle SNCF jusqu’en 1988, date d’une Opération Publique d’Achat (OPA) lancée par la société AXA.

Des lignes métriques complètent le réseau ferré gascon

Le train de la Rhune

Des lignes à faible écartement des voies (1 mètre) complètent le réseau ferré gascon. Ce sont des tramways qui permettent d’accéder aux vallées reculées de montagne. Le train de la Rhune est le seul qui circule encore.

En Ariège, on maintient en service la ligne de Saint-Girons à Sentein de 1911 à 1937. Elle se connecte à la ligne de Saint-Girons à Boussens ouverte en 1866 et à celle de Saint-Girons à Foix ouverte en 1902.

La Compagnie des Chemins de Fer du Sud-Ouest (CFSO) créée en 1909 exploite 8 lignes métriques dans la région toulousaine, dont : Toulouse-Boulogne sur Gesse ouverte en 1900, Saint-Gaudens – Aspet en 1906, Carbonne-Le Mas d’Azil en 1907.

La ligne de Marignac au pont du roi, à l’entrée du val d’Aran, est inaugurée en 1914. La ligne Pierrefitte – Cauterets, Luz Saint-Sauveur est ouverte en 1897.

Très vite désaffectées, les lignes secondaires de la Gascogne sont déconstruites ou transformées en vélorail (ancienne ligne de Nogaro à Sorbets) ou en voies cyclables. Parfois, des ouvrages d’art isolés dans la campagne permettent de retrouver leur tracé.

Le renouveau du rail

Le projet de lignes TGV du sud-ouest
Le projet de lignes TGV du sud-ouest

Fermeture des gares, puis des lignes aux voyageurs, avant une fermeture définitive. Ce triptyque ne semble plus d’actualité car de nombreux projets de modernisation, de réouverture ou de création de lignes se font jour. La revanche du rail ?

Le gouvernement vient d’adopter le financement de la nouvelle ligne de TGV entre Bordeaux et Toulouse. Si l’essentiel du tracé se fait en Gascogne, n’oublions pas qu’un embranchement est prévu vers l’Espagne, jusqu’à Dax, via Mont de Marsan, sans toutefois que le financement en soit arrêté.

Ligne Montréjeau-Luchon
Ligne Montréjeau-Luchon

La vallée d’Aspe a aussi son TGV (Train Généralement Vide, comme le surnomment ses détracteurs). Le président de la région Nouvelle Aquitaine veut rouvrir la ligne d’Oloron à Canfranc par le tunnel hélicoïdal du Somport. Si la région est seule à financer ce projet, les Espagnols ont modernisé leur ligne jusqu’à Canfranc et attendent avec impatience la fin des travaux du côté français. Nul doute qu’une ligne Pau-Saragosse attirera de nombreux passagers.

On prévoit pour 2023, la réouverture de la ligne de Montréjeau à Bagnères de Luchon, voulue par la région Occitanie. Celle de Tarbes à Bagnères permettra à l’entreprise ferroviaire CAF d’expédier les rames de train ou de métro qu’elle re-conditionne pour de grands opérateurs, plutôt que de les mettre sur des camions. L’Etat apporte 8 M€.

Des réouvertures programmées

Retour des trains de nuit
Retour des trains de nuit

La ligne d’Auch à Agen, fermée au trafic de marchandises en 2015, fait l’objet de la création d’un syndicat mixte. Il est composé des régions Aquitaine et Occitanie, des départements du Gers et du Lot et Garonne, des communautés d’agglomération d’Agen et d’Auch et de la communauté de communes de la Lomagne gersoise). Une société d’économie mixte lancera, en 2021, un appel d’offres pour sa remise en état et l’exploitation de la ligne. L’ouverture à la concurrence a finalement du bon …

Et pour terminer, cerise sur le gâteau ! Le train de nuit La palombe bleue qui relie Tarbes à Paris circulera de nouveau à partir de 2022. Amis gascons, reprenez le gout du train. À vos billets !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

www.sncf-reseau.com
www.gpso.

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3 réflexions sur “Le réseau ferré en Gascogne

  1. Je lis avec un grand intérêt tous vos articles. Concernant ce dernier, contrairement à ce que vous notez, je pensais que la ligne Auch-Lannemezan était restée dans les cartons, remplacée par une ligne de bus même si le tracé avait bien été précisé et suivait celui de la D929 ainsi que l’emplacement des gares. A la limite du département 65, un ouvrage qui existe encore avait été construit par les prisonniers allemands après la guerre 14-18 mais jamais terminé
    Où pourrais-je trouver des réponses?
    Merci et félicitations pour votre travail
    Odile Noulibos

    1. Les ouvrages d’art de la ligne d’Auch à Lannemezan ont été construits mais les rails n’ont jamais été posés, sauf du côté de Castelnau-Magnoac où quelques kilomètres de ligne métrique semblent avoir été posés.

      Pour plus d’informations, vous pouvez aller sur le site http://www.cheminsdetraverse.free.fr ou lire l’ouvrage « Chemin de fer d’Auch à Lannemezan, d’Arreau à Saint-Lary et embranchement », Hachette, 2016, qui est une réédition d’un ouvrage de 1909. La FNAC le propose dans ses rayons.
      Serge Clos-Versaille

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