Jusqu’au début du XXe siècle, la navigation de pêche et la navigation fluviale est une activité économique importante qui nécessite la construction de bateaux adaptés à chaque situation. Maintenant qu’ils ont disparu, on s’y intéresse de nouveau.
Les bateaux sur la Garonne
Le port de Bordeaux est un débouché important pour les produits de l’arrière-pays. Venus du Lot, du Tarn, de la Dordogne et des rivières du bassin de la Garonne, des bateaux à fond plat descendent les rivières, à la rame ou à la voile. Puis, ils repartent, tirés par des bœufs sur les chemins de halage.

Le coureau est une sorte de gabarre à fond plat pour le transport des marchandises. Il dispose d’une voile sur un mat basculant pour passer sous les ponts. Il mesure 20 mètres de long et se gouverne par un long aviron situé à l’arrière.
Le coutrillon se manœuvre uniquement par halage. Il succède à la miolle, bateau de l’amont de la Garonne qui mesure 20 mètres de long et peut porter 20 tonnes de marchandises.
La filadière sert pour la pêche au filet dans l’estuaire de la Gironde. Elle mesure 7 mètres de long pour 2 de large, a un mât de 6 mètres avec une voile et un équipage de 3 hommes. En plus de la voile, on la manœuvre à l’aide d’avirons. Elle comporte trois espaces fermés : la teuge à l’avant pour garder les équipements de bord et les outils, l’esquipot pour ranger les provisions et la vaisselle, la boudaine à l’arrière pour ranger le filet de pêche.
La yole est aussi un bateau de pêche. Sur la Garonne, elle apparait vers 1914 à Lormont. Elle mesure 6 mètres de long et se manœuvre à l’aviron. On utilise la yole de commission en amont de Bordeaux. On la reconnait à la cabine de 6 mètres de long située au centre du bateau.
Où les voir ?

Six chantiers navals situés au Tourne et à Langoiran construisaient des bateaux pour le transport fluvial. Les chantiers Tramasset au Tourne (Gironde) sont les derniers à fermer en 1985. Toutefois, une association les reprend en 1997 ; elle perpétue leur savoir-faire pour la restauration des vielles embarcations et la construction de nouveaux bateaux. En 2008, les chantiers sont classés au titre des Monuments Historiques.
En plus des visites des chantiers, l’association organise chaque année, depuis 23 ans, un festival rencontre des bateaux en bois sur la Garonne.
Les bateaux de pêche en mer
Le bateau emblématique du bassin d’Arcachon est la pinassa (pinasse en français). On la rencontre pour la première fois dans des documents notariaux en 1553.
Plus tard, en 1727, François Le Masson du Parc, inspecteur général des pêches de poissons de mer, écrit : « les pinasses qui servent à faire la pesche dans la baye d’Arcasson sont faite de la forme d’une navette avec les bouts un peu relevés, une pinasse a vingt à vingt-deux pieds de longueur de l’estrave à l’étambot ».

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En fait, la pinassa sert à toutes les pêches : poissons, crevettes, coquillages, « oiseaux marins ». Et notre inspecteur en distingue deux sortes. La petite mesure 6,50 mètres de long et n’a pas de gouvernail ; elle se manœuvre à la rame et emporte deux marins. La plus grande mesure plus de 7 mètres, est dotée d’un gouvernail, d’un mât et d’une voile ; elle emporte six hommes.
Malgré les interdictions, la pinassa sort régulièrement du bassin pour concurrencer les chaloupes, beaucoup plus grosses, qui pêchent en haute mer. Pour les distinguer, On appelle la pinassa du bassin pinassòta (terme apparu en 1909).
De nouveaux usages
Lorsque le chemin de fer arrive à La Teste en 1841, les touristes affluent. Alors, la pinassa trouve une autre utilité : la promenade payante sur le bassin.
Ensuite, la première pinasse à moteur apparait en 1903 pour la pêche à la sardine. C’est un immense succès. D’ailleurs, les chantiers navals d’Arcachon, de la Teste et de Gujan-Mestras tournent à plein régime. Mieux encore, les Bretons adoptent la pinasse en 1926 ! La dernière a été retirée du service en 1990.
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Avec la pinassa, on pêche au garolet, filet de 30 à 40 mètres au maillage étroit pour le poisson et la crevette, au palet sur les estèirs (chenaux) avec des filets rectangulaires tendus sur des piquets pour piéger le poisson à marée basse, à la jaguda avec le tramalh fixe, à la halha (pêche de nuit au flambeau).
Des associations réhabilitent ces bateaux traditionnels. À Gujan-Mestras, une association restaure et gère l’Estelle de la Mar. En 2013, La Sauvagine est construite et mise à l’eau au Vieux Boucau. En 2017, La Capbretonnaise est mise à l’eau à Capbreton. Et on organise de nouveau des régates de pinassas.

Les bateaux sur l’Adour

De 2004 à 2006, on découvre 5 chalands dans le lit mineur de l’Adour, au Bec des gaves. C’est donc un bateau ancien. Il mesure de 4 à 8 mètres de long et est pointu aux deux extrémités.
La première mention d’un chaland remonte au XIIe siècle. Le Guide du pèlerin de Saint-Jacques évoque un bateau « fait d’un seul tronc d’arbre » à Sorde.

Dans le Livre des Etablissements de la ville de Bayonne, un texte de 1322 dit : « Es etablit per medisse guize que nulhs homs estrainh ui pruirat no fasse corau, ne galupe, ne galup, ni frisque… » (Il est établi de la même façon qu’aucun homme étranger au prieuré ne fasse courau, ni galupe, ni galup, ni frisque… )
Le recensement de Colbert

En 1679, Colbert, alors ministre de la Marine, fait établir l’inventaire des bateaux qui naviguent en mer et sur les fleuves dans Dessein des différentes manières de vaisseaux que l’on voit dans les havres, ports et rivières, depuis Nantes jusqu’à Bayonne qui servent au commerce des sujets de Sa Majesté, aussi appelé Album du Ponant. On y décrit une chaloupe qui fait le commerce entre Dax et Bayonne. Elle est munie d’un gouvernail d’étambot, d’une voile et d’une plateforme pour les marchandises à l’avant.
Naviguer sur l’Adour
La navigation sur l’Adour est le poumon économique de la Gascogne. Les bateaux transportent du bois des Pyrénées et des Landes, de la résine, du goudron, des céréales, des eaux de vie d’Armagnac, des pierres de taille.

La galupa à fond plat mesure de 10 à 25 mètres de long et 4 ou 5 mètres de large. Elle peut transporter jusqu’à 70 tonnes de marchandises. Elle est munie d’un aviron de queue servant de gouvernail et de l’escapushòta, abri habitable sous le pont. Les chantiers navals sont à Urt et à Urcuit.

On construit les coralins plus petits sont construits à Peyrehorade, Hastingues et Port de Lanne. Les galupèrs qui mènent les galupas sont appelés les pana jambons (voleurs de jambons), car ils avaient l’habitude de compléter leur salaire en prélevant un talhuc (morceau) sur les jambons. Et ils comblaient le trou avec de la terre !
Le trajet de Mont de Marsan à Bayonne dure trois jours. Puis, le retour s’effectue, tirée par des bœufs sur le chemin de halage.
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La tilhòla, plus petite, ne mesure que 5 mètres de long. Elle possède un mât central et une voile carrée. C’est aussi un bateau de pêche pour le creac (esturgeon), le colac (alose) et le saumon. Son souvenir est resté dans la chanson « Lo tilholèr ».
Los Tilholièrs chantée par le groupe Arraya
Le chalibardon ressemble à la galupa mais est couvert d’une toile.
Le corau est un bac qui peut mesurer jusqu’à 14 mètres de long et 3 de large. Il peut faire traverser l’Adour à une soixantaine de personnes ou 12 chevaux, bœufs ou vaches. Il fait aussi traverser des attelages et, plus tard, des tracteurs. Le coralin est plus petit pour traverser des rivières. À Port de Lanne, il est resté en service jusqu’en 1930.
Un projet de galupa

À Saubusse (Landes), la commune soutient un projet de rénovation d’une galupa baptisée « Bayoune », retrouvée en 2018 à Guiche, au bord de la Bidosa. Le projet est de la faire naviguer de nouveau entre Saubusse et Bayonne.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée (1990)
Références
Wikipédia.
Typologie des embarcations de Dordogne, Esprit de pays.
Batellerie sur l’Adour, Centre culturel du pays d’Orthe.
Une pirogue monoxyle découverte dans l’Adour, Musée de la batellerie de Conflens sainte-Honorine.
Les chantiers Tramasset.

