Les Templiers, entre légendes et réalité

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Les Templiers nous fascinent encore. Des églises, des chapelles ou des grottes sont dites « templières ». Des châteaux perchés leur auraient appartenu. Il y aurait même des trésors cachés. Essayons de faire la part des choses entre la légende et la réalité.

La création de l’ordre du Temple

Le pape Urbain II arrivant en France pour prêcher la croisade, enluminure du Roman de Godefroy de Bouillon (XIVe siècle), Paris, BnF.
Le pape Urbain II arrivant en France pour prêcher la croisade, enluminure du Roman de Godefroy de Bouillon (XIVe siècle), Paris, BnF

Nous sommes au XIe siècle. Les pèlerins qui vont en Terre Sainte sont régulièrement victimes de vols, de brimades ou d’assassinats. C’est pourquoi le Pape Urbain II prêche la croisade au concile de Clermont en 1095. Elle aboutit à la prise de Jérusalem en 1099.

Le vicomte de Béarn, Gaston IV, y prend une part prépondérante. C’est lui qui commande l’artillerie de siège. D’ailleurs, il en ramène l’utilisation des machines de guerre en Europe.

 

Godefroy de Bouillon à l'assaut de Jérusalem. manuscrit Le Roman de Godefroy de Bouillon, Paris, BnF
Godefroy de Bouillon à l’assaut de Jérusalem. Enluminure du Roman de Godefroy de Bouillon, Paris, BnF

Godefroy de Bouillon devient roi de Jérusalem. Il crée l’Ordre du Saint-Sépulcre chargé de la protection du tombeau du Christ. Les pèlerins logent dans les maisons de l’Ordre des Hospitaliers mais… personne ne les défend sur la route de Jérusalem !

C’est ainsi que nait l’idée de créer une milice chargée de la protection des pèlerins et de défendre les nouveaux états chrétiens fondés en Palestine. Aussi, le 23 janvier 1120, est créée la Milice des pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon sous la direction de Hughes de Payns (1074-1136), un chevalier venu de Champagne.

En 1129, la Milice devient un ordre religieux qui s’appelle l’Ordre du Temple. C’est à la fois un ordre religieux et militaire.

Le succès de l’Ordre du Temple

Portait de Bernard de Clairvaux dans une lettrine ornant un manuscrit de La Légende dorée, vers 1267-1276
Portait de Bernard de Clairvaux dans une lettrine ornant un manuscrit de La Légende dorée, vers 1267-1276

Bernard de Clairvaux fait un éloge de l’Ordre du Temple qui devient aussitôt très populaire. Alors, des chevaliers s’engagent en nombre pour le salut de leur âme ou tout simplement pour se battre en Terre Sainte.

En 1139, le Pape accorde à l’Ordre du Temple sa protection et le droit d’avoir ses propres prêtres. En 1145, un autre pape lui accorde le droit de lever les dimes et d’enterrer ses morts dans ses propres cimetières. Puis, un nouveau pape restreint au quart le prélèvement de l’Église sur les dons faits par les fidèles (il était du tiers auparavant). Enfin, un dernier l’exempte de dimes pontificales (l’original de la Bulle est à Toulouse).

Les Templiers : commanderies templières en France
Les commanderies templières en France

Voilà qui suscite bien des jalousies. D’autant que la popularité de l’Ordre du Temple fait affluer les dons des fidèles en argent, en rentes, en revenus et en terres. De plus, il n’est pas nécessaire d’être noble pour y entrer. Il suffit d’être motivé.

Certains frères s’engagent pour un temps déterminé. Ils portent le manteau noir avec la croix rouge. Seuls les frères célibataires qui s’engagent pour toujours dans l’ordre portent le manteau blanc à croix rouge. Il y a enfin des frères servants, trop âgés pour combattre, ou habiles artisans, ou habiles marchands.

Certains autres sont en charge de l’activité bancaire. Aussi, les participants aux croisades leur font confiance et leur confient souvent la garde de marchandises précieuses.

Les missions de l’Ordre du Temple

La première activité de l’Ordre du Temple reste la protection des pèlerins qui se rendent en Terre Sainte et de certains lieux saints. Toutefois, il œuvre aussi lors de la Reconquista en Espagne.

Les Templiers participent à toutes les batailles et subissent d’énormes pertes. Et s’ils sont faits prisonniers comme à la bataille de Hattin (Galilée) en 1187, ils sont tous décapités.

Ils aident financièrement et militairement Louis VII de France qui est en mauvaise posture en Asie Mineure. Ils assurent l’avant-garde de la croisade de Richard Cœur de Lion. Ou encore, ils protègent Saint Louis lors de la croisade devant Damiette et paient sa rançon lorsqu’il est fait prisonnier.

Les Templiers paient la rançon de Saint Louis fait prisonnier à la la bataille de Damiette en 1249, British Library
Saint Louis et la prise de Damiette en 1249, British Library

Les rois d’Angleterre ou les rois de France leur font entièrement confiance, au point de leur confier la garde du Trésor royal pendant leur absence à l’occasion des croisades.

L’Ordre du Temple est très populaire, militairement apprécié, suffisamment riche pour aider les rois. Il a ses propres bateaux et transporte les pèlerins et leurs bagages. Et il met au point un système de lettres de change pour ses opérations financières.

Cependant, il faut toujours plus d’hommes, les équiper et leur fournir des montures.  Alors, les Templiers exploitent tous les dons qu’ils reçoivent pour en tirer un maximum de profit. L’argent part en Terre Sainte.

Les Templiers en Gascogne

L'église templière de Montsaunès
L’église templière de Montsaunès (Hte-Garonne)

Vers 1160, le vicomte de Lomagne donne aux Templiers des terres à Gimbreda (Gimbrède) tout au nord du Gers. En 1223, le vicomte de Béarn en fait autant avec Manciet, près de Nogaro. En 1272, c’est la comtesse Pétronille de Bigorre avec la seigneurie de Bordèras (Bordères). De même, le comte de Comminges leur donne les terres de Montsaunés. D’autres seigneurs font des donations à Argenteins près de Nérac, à Cours, à Romerstaing, à Port-Sainte-Marie, à Damazan, à Boudrac, etc. Il n’y a qu’en Béarn où la présence des Templiers semble bien moindre qu’ailleurs.

Mais les choses ne se passent pas sans heurt. L’évêque et le comte de Comminges doivent intervenir plusieurs fois pour régler des litiges de voisinage entre les Templiers de Montsaunès et l’abbaye de Bonnefont. Les différents avec le seigneur de Villefranche d’Albret aboutissent au partage des droits.

Élevation du château de Montsaunès en 1774, Archives Départementales de la Haute-Garonne
Élévation du château de Montsaunès en 1774, Archives Départementales de la Haute-Garonne

Le cartulaire de Montsaunès nous est parvenu et montre que les Templiers sont des gestionnaires avisés. Il reste une église en briques avec un clocher-mur. Elle présente trois portes, la principale pour le peuple, une latérale pour les chevaliers de l’ordre et une au fond de l’église donnant sur le cimetière. Le logement des chevaliers se trouve au nord (il ne reste plus qu’un puits). La présence sur l’édifice d’une coquille jacquaire indique que c’est un refuge pour les pèlerins.

Les inventaires faits entre 1307 et 1320 montrent généralement une chapelle richement décorée par rapport aux autres parties de l’édifice, plus austère.

Malgré la légende, l’église fortifiée de Luz-Saint-Sauveur, le chapelle d’Aragnouet, l’église de Gavarnie et bien d’autres sites, n’ont jamais vu de Templiers.

La fin des Templiers

Les Templiers sont des propriétaires terriens et ils finissent par se comporter comme de petits seigneurs. On connait les expressions « Boire comme un Templier » ou encore « Jurer comme un Templier ». C’est dire la dégradation de la discipline de l’Ordre.

Les Templiers perdent Saint-Jean d'Acre (1291)
Le siège de Saint-Jean d’Acre (1291)

Voilà qu’en 1291, les croisés perdent Saint-Jean d’Acre et toute la Palestine. Les Templiers sont devenus inutiles. Comme tout le bénéfice de leurs commanderies reste en France, certains vivent dans un luxe ostentatoire, alors qu’ils ont fait vœu de pauvreté.

En France, le roi lutte contre le Pape qui affirme la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. Or, il se trouve que l’Ordre du Temple est une juridiction pontificale sur le territoire français, limitant le pouvoir du roi sur son propre territoire. De plus, il dispose d’une armée de 150 000 hommes solidement entrainés. Voilà qui ne va pas arranger ses affaires. En conséquence, Philippe IV Le Bel veut détruire l’Ordre du Temple.

Par « chance », un ancien Templier est en prison et confie à son voisin de cellule des pratiques obscènes, de sodomie, de reniement du Christ, de crachats sur la croix, etc. Trop beau pour être vrai ! D’autant plus que le fameux voisin de cellule reçoit paiement du trésor royal. C’est louche !

La Vie de Clément V, écrite par Augier Amalric en 1363 à Avignon, assure que cet ancien Templier est gascon. Philippe IV dénonce ses pratiques au Pape Clément V, le pape gascon élu en 1305. Le pape ordonne une enquête. Sans attendre les résultats, Philippe IV fait arrêter tous les Templiers et saisir leurs biens sur tout le territoire, le 14 septembre 1307. Mais l’Aquitaine est anglaise : les ordres du roi ne s’y appliquent pas.

Un procès expéditif

Clément V et Philippe IV le Bel face aux Templiers, Maître de Boucicaut, XVe siècle
Clément V et Philippe IV le Bel face aux Templiers, Maitre de Boucicaut, XVe siècle

Le roi et le pape se lancent dans un jeu du chat et de la souris. Le pape essaie de gagner du temps pour protéger l’Ordre du Temple tandis que le roi fait bruler 54 Templiers qui sont revenus sur leurs aveux extorqués sous la torture et qui devaient témoigner devant le pape.

Le pape abolit l’Ordre en 1312 sous la pression des soldats de Philippe IV. En 1314, Jacques de Molay, Grand Maitre de l’Ordre, et le Grand Maitre de Normandie sont brulés sur le bucher à Paris. Avant de mourir, Jacques de Molay s’écrie : « Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamné à tort : Dieu vengera notre mort ».

La fameuse malédiction « Vous serez tous maudits jusqu’à la treizième génération » est une invention des historiens. Maurice Druon en tirera ses six volumes : Les Rois Maudits.

Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur le bûcher, Grandes Chroniques de France, vers 1380 (British Library).
Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur le bucher, Grandes Chroniques de France, vers 1380 (British Library).

En Bigorre, la légende veut que le Commandeur de Bordères et les frères de la Maison s’enfuient en Espagne avant d’être rattrapés à Luz-Saint-Sauveur.

Toutefois, le Pape absout les Templiers. Si la plupart des buchers sont l’apanage de Paris, la majorité des Templiers retournent à la vie civile ou rejoignent d’autres ordres religieux.

Leurs biens sont confiés aux Hospitaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui devient l’Ordre de Malte. Cadeau empoisonné car le roi leur fait des procès pour récupérer les biens des Templiers. Pourtant, s’il récupère de l’argent ou du cheptel dans certaines commanderies, à Toulouse l’inventaire fait n’indique que des coffres ou des armoires vides, des vieux papiers et de vieux habits.

Philippe IV retrouve en tout cas une pleine souveraineté sur son royaume.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Site des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
Templiers des pays d’Oc et du Roussillon, Simon JEAN, éditions Loubatières, 1998.
Frédéric Boutoulle. Les chevaliers du Temple en Gascogne occidentale au XIIe siècle. Une milice aservice de la paix. 2010.

 

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