L’Ormée ou la république de Bordeaux

La ville de Bordeaux
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Bordeaux redevient française en 1453. Mais, indocile, la ville se rebelle souvent. Puis, pendant la Fronde des princes qui ravage la Gascogne, elle s’érige en République de l’Ormée.

Bordeaux redevient française

Depuis Aliénor, Bordeaux est anglaise. Les rois d’Angleterre accordent d’importants privilèges à la ville. Alors, son port est florissant. Les vins s’exportent vers l’Angleterre et la Hollande. D’ailleurs, marchandises et voyageurs qui relient l’Angleterre et la Gascogne, transitent par Bordeaux et son port.

Bordeaux, le Palais de l'Ombrière
Bordeaux, le Palais de l’Ombrière

Mais le 17 juillet 1453, Charles VII bat les Anglais à Castillon. Un traité est conclu le 9 octobre et Bordeaux redevient française. Dans les actes officiels, le français remplace le gascon. Et la ville, qui a soutenu les Anglais, se voit infliger une lourde amende et suspendre ses privilèges. Refusant les Français, 2 000 Bordelais partent en Angleterre.

Bordeaux, le Château Trompette
Bordeaux, le Château Trompette

Pour calmer le jeu, les Français rétablissent la Jurade en 1454, encouragent les activités commerciales, construisent les forts du Hâ et du château Trompette en 1459 pour défendre la ville, mais aussi pour la surveiller.

Puis, en 1462, Louis XI rend ses privilèges à la ville et établit un Parlement qui s’installe au palais de l’Ombrière. Son nom est dû aux rangées d’ormes, l’arbre des gascons, qui mènent au palais.

Enfin, en 1475, le port est de nouveau ouvert au commerce avec l’Angleterre. Mais le commerce n’est pas aussi florissant ! La pression royale et sa fiscalité, toujours plus lourde, mécontente les bourgeois.

Bordeaux, l’insoumise

Henri II de France (1519-1559) s'attaque à Bordeaux
Henri II de France (1519-1559)

En 1548, le roi Henri II veut établir la gabelle, alors que la province en est exemptée. Bordeaux se rebelle. Et les émeutiers massacrent le gouverneur et des officiers de la gabelle. En riposte, une armée royale prend la ville, pend 200 personnes. La ville perd ses privilèges, le Parlement est suspendu, la ville subit une énorme amende et doit nourrir 10 000 soldats pendant quelques mois. Pourtant, l’année suivante, la gabelle est supprimée. Et l’amnistie est prononcée moyennant une très forte indemnité.

Le duc d’Épernon s'attaque à la rébellion de Bordeaux
Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d’Épernon

Après une belle période de calme, en 1635, Bordeaux se soulève contre la nouvelle taxe sur les vins. Le redouté duc d’Epernon entre dans la ville avec l’armée royale et pend les meneurs. Toutefois, alors que la disette menace dans le pays, en 1636 et 1638, Bordeaux se révolte contre l’exportation des grains .

Dix ans plus tard, en 1648, le gouverneur d’Epernon organise un chargement de blé pour l’exportation, en prenant une forte taxe sur le grain, alors que la disette règne à Bordeaux. Alors, le Parlement se range du côté des émeutiers. Le 29 décembre, les Bordelais battent les troupes du duc d’Epernon à La Bastide.

Le conflit s’ouvre entre Bordeaux et le duc d’Epernon. Et la ville, qui est le second foyer de contestation après Paris, rejoint la Fronde.

La  Fronde

Mazarin par Pierre Mignard
Mazarin (1602-1661) par Pierre Mignard

La France est en guerre contre l’Espagne. Richelieu augmente la pression fiscale et entreprend une centralisation du pouvoir. Toutefois, à sa mort, le pays espère un répit. Hélas, Mazarin  qui remplace Richelieu en 1643, continue sa politique. Louis XIV est encore mineur.

Mais, à court d’argent, Mazarin crée de nouvelles taxes à Paris : taxe sur la surface des bâtiments, taxe sur les « aisés » (une sorte de taxe sur la fortune), taxe sur les octrois des villes. Et, en 1648, le Parlement de Paris se révolte ; le peuple suit. Aussi, le 6 janvier 1649, la Cour quitte Paris pour Saint-Germain. Mazarin et Condé assiègent Paris. Le traité de Saint-Germain du 1er avril 1649 met fin à la révolte du Parlement.

Bordeaux s’allie aux révoltés

Pendant ce temps, Bordeaux, solidaire du Parlement de Paris, s’est soulevé. Tout d’abord, le duc d’Epernon bat les Bordelais à Lormont et à Libourne. La flotte royale, appelée, fait un blocus de la ville. Les Bordelais prennent le fort du Hâ et le château Trompette. Et ils confisquent les impôts royaux !

Anne d'Autriche vers 1660 (1601 - 1666)
Anne d’Autriche vers 1660 (1601-1666)

Anne d’Autriche, qui gouverne pendant la minorité de Louis XIV, négocie. Elle offre l’amnistie aux Bordelais et promet de démolir les fortifications de Libourne. Enfin, on signe la paix le 7 janvier 1650.

Condé est arrêté en janvier 1650. La princesse de Condé et son fils s’enfuient. Ils rentrent dans Bordeaux qui leur réserve un accueil enthousiaste. La ville, toujours en lutte contre le duc d’Epernon, rejoint la Fronde des princes.

Le duc d’Epernon est relevé de son commandement et exilé à Dijon. L’armée royale avance sur Bordeaux. Le 1er aout, elle arrive à Libourne et ravage le pays bordelais :

Aquets bilains, traitres, soudards
Gasten bignes, gasten lous blats
Nou laisson ny po ny chataigne. 

Ces vilains, traitres, soudards
gâtent les vignes, gâtent les blés
ne laissent ni pot ni châtaigne.

La paix est signée le 28 septembre.

L’Ormée de Bordeaux

Le Grand Condé rejoint la sédition de la République de l'Ormée
Le Grand Condé (1621-1686)

Condé est libéré. Le 22 septembre 1651, il arrive à Bordeaux et rallie la Guyenne à son nom. Mais Condé se fait battre à Cognac, le 15 novembre, et s’enfuit. Il met le siège devant Paris.

À Bordeaux, 3 000 personnes se regroupent devant l’hôtel de ville. La foule se dirige vers l’Ormée, cette fameuse promenade plantée d’ormes. Les réunions sont houleuses et le peuple s’en prend aux grands qui jouissent de privilèges et que l’on accuse de détourner l’argent public.

En mars 1652, l’Ormée adresse des remontrances au Parlement qui a promis d’envoyer 1 200 hommes à Condé devant Agen. Car, seulement 400 sont arrivés. L’Ormée offre de cotiser pour faire parvenir les renforts.

En avril, l’Ormée défile quotidiennement dans les rues au son du tambour. Elle désigne ses ennemis qui doivent aussitôt quitter la ville. Le Parlement se range à l’avis de l’Ormée, expulse 9 parlementaires en se gardant bien de faire exécuter l’arrêt. L’Ormée va chez les proscrits leur signifier l’ordre d’expulsion. Alors, le Parlement interdit les réunions de l’Ormée.

La montée en puissance de l’Ormée
La Porte Cailhau
La Porte Cailhau

Les membres de l’Ormée mettent des branches d’orme à leur chapeau. C’est le signal de la révolte. Dirigée par l’abbé Geoffroy Gay, l’Ormée envahit le palais de l’ombrière et retient les parlementaires prisonniers. Elle casse son arrêt d’interdiction de se rassembler.

Étonnamment, Condé demande à l’Ormée de respecter le Parlement. Sa lettre suscite un tollé général. Le 24 juin, des combats ont lieu dans les rues avec la milice bourgeoise. Ils prennent d’assaut l’hôtel de ville et l’arsenal. Le 27 juin, l’Ormée créée des institutions de gouvernement et intervient dans la nomination des nouveaux jurats de Bordeaux. Désormais, l’Ormée gouverne à Bordeaux.

Mais le roi entre dans Paris le 21 octobre 1652. En juillet 1653, fait ouvrir les portes de Bordeaux et reprendre l’hôtel de ville. Le drapeau royal remplace alors le drapeau rouge. Le roi entre dans Bordeaux, le 3 aout. On condamne à mort les meneurs.

Bordeaux murmure encore

Les Bordelais sont-ils calmes ? Pas si sûr. En 1675, le roi augmente des taxes, dont celle du papier timbré, requis pour retenir les actes authentiques. Bordeaux se soulève une fois encore, le 26 mars.

Le 29 mars, les paysans des environs arrivent à Bordeaux pour prêter main-forte aux émeutiers. Sous la pression populaire, le Parlement suspend les nouvelles taxes royales. Le calme revient le 30 mars.

Le roi qui n’a pas les moyens de reprendre la ville en mains déclare l’amnistie générale. Le Parlement est cependant exilé à Condom et Bordeaux doit loger plusieurs régiments.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée

Références

La Fronde en Gironde. L’Ormée, un mouvement révolutionnaire 1648-1654, Hélène Sarrazin, 1996.
Le grand retour dans le royaume de France

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3 réflexions sur “L’Ormée ou la république de Bordeaux

  1. Bonjour,
    Votre photo de la Porte Cailhau…c’est la Grosse Cloche ! 15e siècle, une des portes du rempart dont on peut encore voir les vestiges dans le quartier.
    Cordialement,
    V. Chapouil.

  2. Pardon, mais vous dites que nous redevenons français… Cela n’est pas tout à fait exact, car la Gascogne n’est pas vassale de la France, mais seulement du Duché d’Aquitaine. Même sous vassalité, la Bourgogne, la Bretagne et l’Aquitaine n’étaient pas – je parle des habitants – des sujets du roi.

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