Lourdes et Garaison, la Vierge en Bigorre

Le culte marial est très présent en Bigorre. Et pour cause ! Ce sont deux apparitions de la Vierge et deux sanctuaires qui y ont vu le jour. Celui de Lourdes est de loin le plus connu mais celui de Garaison est beaucoup plus ancien.

La Vierge et le sanctuaire de Garaison

Chapelle N-D de Garaison
Chapelle N-D de Garaison

En 1515, la Vierge apparait trois fois à Anglesa [Anglèse], une jeune bergère de 12 ans, fille de Guillaume de Sagazan, dans un champ de la commune de Montlong [Monléon-Magnoac].

Pierre Geoffroy, chapelain de l’église, nous rapporte le récit des faits en 1613. Anglesa était assise près d’une fontaine lorsque la Vierge lui apparait et lui dit : « Ne craignez rien, je suis la Vierge Marie, mère de Dieu. Allez dire au Recteur de Monléon qu’il doit bâtir ici une chapelle, car j’ai choisi ce lieu et j’y répandrai mes dons ». Plutôt sceptique, le curé demande des preuves.

Une seconde apparition, puis une troisième devant la famille d’Anglesa et ses voisins assemblés achèvent de le convaincre. Alors, la Vierge leur dit : « Cherchez dans votre panetière, et chez vous dans le coffre du pain ». Et c’est vrai, le pain blanc a remplacé le pain noir dans toutes les maisons ! Aussitôt, des foules arrivent de partout pour prier sur la fontaine près de laquelle une croix est érigée. Une chapelle est construite en 1540.

L’histoire de ces apparitions figure dans une série de tableaux sous le porche de l’église.

Les miracles de Garaison

L'entrée de la chapelle de N-D de Garaison
L’entrée de la chapelle de N-D de Garaison

On attribue de nombreux miracles à la Vierge que l’on appelle « Notre Dame de la Guérison », garison en gascon, ce qui aurait donné le nom de Garaison. Mais, en 1590, lors des guerres de religion, un huguenot jette la statue de la Vierge au feu. Contre toute attente, elle sort intacte du brasier. À Toulouse, Postal, un condamné à mort, prie avec ferveur Notre Dame de Garaison. Il est sauvé car la corde qui devait le prendre se rompt trois fois en suivant.

La chapelle attire une foule nombreuse de pèlerins. D’ailleurs, Pierre Geoffroy nous dit que : « depuis trois ou quatre heures de l’après-midi jusqu’à la nuit, on dirait que la foire se doit tenir le lendemain ».

Quant à Anglesa, elle se retire au couvent de Fabas et y meurt en 1582. Ses cendres sont ramenées à Garaison en 1958.

La vocation d’enseignement de Garaison

Jean-Louis Peydessus (1807-1882)
Jean-Louis Peydessus (1807-1882)

L’enseignement est une des missions du sanctuaire qui possède une école de musique pour former les chanteurs nécessaires à la liturgie. Le célèbre baryton François Lay (1754-1831) sort de cette école avant de connaitre le succès à Paris (voir article sur Francis Lay).

En 1836, le Père Jean-Louis Peydessus (1807–1882), originaire du Louron, arrive à Garaison ; il fonde une congrégation et une école.

En 1841, une école de commerce est fondée. Mais, en 1903, le collège ferme. Il sert ensuite de camp d’internement pour des prisonniers allemands et autrichiens de la 1ère guerre mondiale. Parmi eux figure le médecin, théologien et philosophe Albert Schweitzer (1875-1965).

Puis, en 1860, l’« Accueil du Frère Jean » ouvre à Garaison et accueille jusqu’à 100 pensionnaires choisis parmi les plus pauvres. C’est une initiative du Frère Jean qui est allé à pied jusqu’à Rome pour voir le Pape car son supérieur et l’Evêque de Tarbes ne croient pas à son projet. Ensuite, il parcourt inlassablement les routes pour chercher des fonds. C’est une réussite. L’ « Accueil du Frère Jean » accueille encore 80 pensionnaires.

En 1923, d’anciens élèves rachètent les bâtiments et rouvrent le collège. Il accueille aujourd’hui 700 élèves de la maternelle à la Terminale. Ses élèves viennent de toute la région et du val d’Aran. Les résultats de réussite des élèves sont remarquables.

Les apparitions mariales de Lourdes

Bernadette Soubirous en 1863
Bernadette Soubirous en 1863

En 1858, la Vierge apparait dans une grotte à Lourdes à une autre bergère de 14 ans, Bernadette Soubirous. Là, ce sont 18 apparitions en l’espace de six mois. Bien sûr, des enquêtes de police ont lieu. L’évêque lui-même interroge Bernadette Soubirous dans une chapelle de la cathédrale de la Sède à Tarbes. Cette chapelle est conservée et doit être restaurée pour l’ouvrir au public dans le cadre d’un grand projet de valorisation de la cathédrale.

Que soi era Immaculada Concepcion [Je suis l’Immaculée Conception]. C’est ainsi que la Vierge se présente à Bernadette Soubirous. En effet, tout comme Anglesa, Bernadette ne parle que le gascon. La foule se rend à la grotte. Ils sont 8 000 le 4 mars 1858. Les autorités font barricader la grotte mais les apparitions continuent. Finalement, Napoléon III fera rouvrir la grotte.

La grotte

La Grotte miraculeuse à Lourdes (Hautes-Pyrénées), peu de temps après les apparitions (1858) et avant les premiers aménagements (1864)
Lourdes – la Grotte miraculeuse, peu de temps après les apparitions (1858) et avant les premiers aménagements (1864)

La Vierge demande de boire l’eau et de manger l’herbe (lire l’article) : Anatz béver en’a hont e v’i lavar. Anatz minjar aquera èrba que troberatz aquíu. Alors, Bernadette creuse le fond de la grotte et découvre une source dont elle boit l’eau. Il n’en faut pas plus pour que des personnes l’imitent et remplissent des bouteilles qui sont distribuées dans la ville.

En 1858, Catherine Latapie qui a deux doigts « pliés et paralysés », trempe la main dans la source et la ressort, les doigts guéris. C’est le premier miracle que reconnait l’Eglise.

L’Eglise reconnait les miracles

Quatre ans plus tard, l’Evêque de Tarbes reconnait officiellement les apparitions de Lourdes : « Nous jugeons que l’Immaculée Marie, Mère de Dieu, a réellement apparu à Bernadette Soubirous, le 11 février 1858 et les jours suivants, au nombre de dix-huit fois, dans la grotte de Massabielle, près de la ville de Lourdes ; que cette apparition revêt tous les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire certaine. Nous soumettons humblement notre jugement au Jugement du Souverain Pontife, qui est chargé de gouverner l’Eglise universelle ». L’évêché achète des terrains et construit plusieurs églises. Dès lors, le pèlerinage de Lourdes supplante celui de Garaison et celui de Bétharram, tout proche, où la vierge est apparue en 1515.

Ainsi, on inaugure en 1871 une église construite au-dessus de la grotte des apparitions. Mais elle devient vite trop petite. Alors, on lance le chantier de la basilique du rosaire en 1883. Puis, l’année suivante, on place une statue de la Vierge dans la grotte.

Devant l’afflux de guérisons dites miraculeuses, l’Eglise met en place un bureau médical chargé d’étudier chaque cas de guérison supposée de transmettre le dossier à un comité médical international puis à l’évêque qui, après enquête canonique, peut déclarer le miracle. Sur 6 000 dossiers déposés, l’Eglise reconnait 67 miracles.

En 1866, Bernadette Soubirous part au couvent des sœurs de la charité de Nevers. Elle y meurt en 1879 à l’âge de 35 ans. Elle est canonisée en 1933.

Lourdes- La basilique vue depuis le château
Lourdes – La basilique vue depuis le château

Le miracle est aussi économique

Lourdes qui est une petite bourgade, tire profit des apparitions. Il faut héberger les nombreux pèlerins et curieux qui se rendent à la grotte.

Lourdes - dessin de 1846
Lourdes – dessin de 1846

On construit des hôtels qui font de Lourdes la seconde ville hôtelière de France en termes de capacité, après Paris. Des commerces d’articles religieux ouvrent près des sanctuaires. Les pèlerins sont nombreux et la ville est prospère.

Mais les temps changent. La durée des pèlerinages raccourcit. De même, les pèlerinages organisés diminuent au profit des individuels. Alors, pour retenir les pèlerins, les hôteliers se font la guerre des prix, ce qui conduit à un défaut d’investissements. Les pèlerins désertent les hôtels de la ville et ne les remplissent plus qu’à 54 % en haute saison, et seulement à 47,5 % en basse saison.

Une rue commerçante près des sanctuaires
Lourdes – Une rue commerçante près des sanctuaires

La crise du COVID aggrave les choses. Il faut réagir. Enfin, on prend conscience qu’il faut sortir du mono-prix, mono-clientèle et mono-produit comme le dit Christian Gélis, président du syndicat des hôteliers.

L’Etat, la région et le département mettent la main à la poche : 100 millions d’Euros à investir sur 10 ans ! Construire de nouvelles infrastructures, rénover la ville, adapter et rénover au gout du jour la capacité hôtelière, faire revenir les pèlerins et les touristes, etc.

En un mot, renouveler le miracle de Lourdes.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Jean-Louis Peydessus, apôtre marial de la Bigorre, Gaetan Bernoville, 1958
Les merveilles de Nostre Dame de Garason
, Pierre Geoffroy, 1607
La Triple Couronne de la sainte Vierge, Père Poiré, 1630
Notre-Dame de Garaison depuis les apparitions jusqu’à la Révolution française, 1500-1792, P. Bordedebat, 1901
www.garaison.com