Le village martyre de Marsoulas (Haute-Garonne)
Le 10 juin 1944, c’est la massacre d’Oradour-sur-Glanne qui fait 643 victimes par la Division SS « Das Reich ». Le même jour, d’autres éléments de cette même division perpètrent la tuerie de Marsoulas faisant 27 morts.
Le village de Marsoulas
Marsoulas est un petit village de Haute-Garonne, situé près de Salies-du-Salat. Il est connu par les préhistoriens pour abriter la « grotte des fées », étudiée par Félix Régnault à la fin du XIXᵉ siècle. Elle est la première grotte ornée paléolithique officiellement reconnue dans les Pyrénées et classée Monument Historique en 1910.
Propriété du Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse, elle est fermée au public pour la protéger des dégradations. On peut toutefois en voir un facsimilé grandeur nature au Parc pyrénéen de l’art préhistorique de Tarascon-sur-Ariège. Outre le mobilier lithique retrouvé dans la grotte de Marsoulas, les parois de la grotte sont décorées sur une cinquantaine de mètres de portraits d’hommes et d’animaux gravés ou peints. : bisons, chevaux, bouquetins, rennes, isards. Le dessin le plus remarquable est un bison dessiné en pointillés rouges et qui est considéré comme la plus vieille peinture pointilliste du monde. De même, les représentations humaines sont nombreuses, notamment « le sorcier ».
Moins connus, la « grotte de Tarlé » et l’« abri de Teoulé » se situent sur la même colline qui surplombe le ruisseau du Laouin, à quelques centaines de mètres les uns des autres.

Les heures sombres – La division SS « Das Reich »

Durant la seconde guerre mondiale les Allemands créent la Division SS « Das Reich » afin de combattre en Russie. Elle subit de lourdes pertes à la bataille de Koursk et est envoyée à Montauban pour se reconstituer en mars 1944. Elle reçoit l’ordre de combattre les maquis pyrénéens. Et elle est particulièrement active.
Toutefois, après le débarquement du 6 juin 1944 en Normande, la division SS « Das Reich » reçoit l’ordre de rejoindre la Normandie. Les premiers éléments partent le 8 juin mais, faute de matériel et de pièces de rechange suffisants, une partie de la division doit rester dans le sud-ouest pour n’en partir définitivement que le 21 juillet. Sur la route, les soldats allemands perpètrent les massacres de Tulle (99 pendus), d’Argenton-sur-Creuse (67 fusillés), ou d’Oradour-sur-Glane (643 fusillés ou brulés).
Et les soldats restés en arrière en font autant. Le 23 juin, c’est le massacre de Saint-Sixte (Lot-et-Garonne) où ils fusillent 17 personnes. Le même jour, ils pendent 11 personnes à Dunes, un village voisin.
Ailleurs, ce sont des exécutions sommaires pour répondre aux attaques des maquisards de la région : Estang (32), Houeillès (47), Lesponne (65), Martres-Tolosane (31), Miremont (31) Pibrac (31), Saint-Lys (31), Saucats (33), etc. Parmi les actes les plus meurtriers, citons celui de Bagnères-de-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées (57 morts) ou celui du maquis de Meilhan dans le Gers (76 morts).
Le maquis de Betchat

Betchat est une commune ariégeoise limitrophe de la Haute-Garonne, comme ses voisines, Fabas et Marcenac. Un maquis y est très actif et a élu domicile depuis le 6 juin dans une grotte cachée dans un bois de Betchat. L’état-major du maquis est dans l’école du village.
Le maquis est à l’origine de 78 attaques contre les Allemands, 74 sabotages, 5 déraillements de train et l’assassinat de 60 miliciens ou collaborateurs. Dans ces conditions, les Allemands s’en inquiètent et décident d’agir.
Un ouvrier de Salies-du-Salat réussit à infiltrer les maquis de Betchat, mais aussi ceux de de Saint-Martory, d’Aspet et de Figarol en Haute-Garonne. Il fournit de précieux renseignements aux Allemands.
Puis, c’est le curé de Betchat qui dénonce aux Allemands la présence des miliciens dans le village. Aussi, les Allemands décident d’attaquer. Avertis à temps, les maquisards ont le temps d’évacuer le village. Ils postent deux hommes dans le clocher de Marsoulas, commune voisine de la Haute-Garonne. Ils doivent avertir le groupe de l’arrivée des Allemands, mais tout ne se passe pas comme prévu.
Les SS attaquent plusieurs fois en juin le maquis de Betchat. Ils bombardent la forêt et fusillent trois personnes à Betchat, deux à Marcenac et une à Fabas.
Le martyre de Marsoulas

Les groupes de résistants sont très actifs. Mais, parfois, il y a des erreurs. C’est ainsi que le 10 juillet 1944, un groupe de maquisards attend un convoi allemand près de Seix en Couserans. Ils préparent un guet-apens. Un camion approche et les maquisards déclenchent le feu. Malheureusement, ce ne sont pas les Allemands attendus mais des habitants de Seix qui se rendent au marché de Saint-Girons. Le bilan est lourd : 5 morts et 10 blessés. Non loin de là, pour attaquer le maquis de Betchat, les Allemands traversent Marsoulas. Les deux maquisards, qui font le guet depuis le clocher, tirent sur le convoi. Aussitôt, les Allemands remontent au village et, maison après maison, massacrent tous ceux qui s’y trouvent. Ils mitraillent ceux qui réussissent à s’échapper dans les champs. Au total, ils tuent 27 personnes, hommes, femmes et enfants.
Rapport du sous-préfet

Le maire et le sous-préfet de Saint-Gaudens se rendent sur les lieux pour identifier les victimes. Dans son rapport, le sous-préfet écrit : « Avec une sauvagerie inouïe et une véritable folie sanguinaire, ils ont tué à bout portant, la plupart d’une ou deux balles dans la nuque, 14 enfants, 6 femmes et 7 hommes. Cinq blessés ont été transportés à l’hôpital de Saint-Gaudens, et l’un d’eux est décédé ce matin, ce qui porte à 28 le nombre de morts dans la commune de Marsoulas. Les habitants ont été tantôt tués chez eux, tantôt conduits dans la rue pour être abattus, malgré leurs protestations d’innocence, leurs supplications.
Parmi les enfants assassinés avec une sauvagerie sans nom, il y a un petit enfant de 4 mois qui a été sorti de son berceau, tué d’une balle dans la tête et jeté sur le palier devant la chambre de sa mère exécutée de la même façon, entourée de ses deux petites filles de 6 et 8 ans et de son petit garçon de 10 ans, tous tués de balles dans la tête. Dans une autre maison, le grand-père, la mère, un petit garçon de 4 ans et une petite fille de 2 ans, ont été tués sur le pas de leur porte, et j’ai trouvé la mère et la petite fille la tête éclatée, la matière cervicale répandue. Dans une autre maison, deux petits jumeaux de 5 ans ont été tués dans leur lit ».
Marsoulas, un martyre oublié
Le martyre de Marsoulas est resté longtemps peu connu. Sans doute pas dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu. Mais la France a choisi de commémorer le massacre d’Oradour-sur-Glane, sans doute le plus terrible de tous.
Pourtant le martyre de Marsoulas n’est pas totalement oublié. Le village reçoit la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance en 1947. Le Conseil Départementale de la Haute-Garonne et le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation inaugurent une plaque commémorative à Marsoulas avec le nom de toutes les victimes. Les enfants du village lisent leurs noms lors de la cérémonie.
Ceux de l’école réalisent une « fresque de la paix ». Elle est inaugurée en même temps qu’une exposition sur le massacre du 10 juin 1944. Leur participation est très importante car ils doivent connaitre notre histoire. Adrien dit: « C’est le grand-père qui me l’a raconté ». Pour d’autres : « je l’ai appris en venant à l’école ».

Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Marsoulas en Comminges, village martyr, 10 juin 1944, Jacques DUCOS et Jean-Pierre Blanc, 2004, Editions Catherine de Coarraze.
Betchat 10 juin 1944, Jean-Paul FERRE, 2022.
Marsoulas Archives, Mémorial François Verdier Forain Résistance Toulouse | Midi Pyrénées