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Mégalithes et tumulus de Gascogne

Tout le monde connait les alignements de menhirs de Carnac en Bretagne. On connait moins les nombreux mégalithes et tumulus qui parsèment la Gascogne.

Les mégalithes gascons

Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)
Dolmen de Peyre Dusets à Loubajac (65)

La Gascogne est parsemée de menhirs isolés. Elle est très riche en mégalithes recouverts de terre, les tumulus (tumulus au singulier), témoins des civilisations du néolithique qui se sont développées entre -4500 et -2500 avant Jésus-Christ.

On les rencontre surtout sur le plateau de Lannemezan, le plateau de Ger, dans les vallées de Cauterets, d’Ossau, d’Aspe, de Soule, en Chalosse et dans le Tursan. Ce sont des tertres de terre pouvant mesurer jusqu’à 40 mètres de diamètre et 3,50 mètres de hauteur. Ils recouvrent des chambres funéraires.

À l’intérieur, on trouve des mégalithes (dolmens) avec des vases funéraires, des armes, des outils souvent en pierre. À cette époque, on brulait les corps avant leur enterrement comme en témoignent les charbons et restes d’os non calcinés trouvés dans la plupart des tumulus. Parfois, on retrouve des squelettes entiers. Cela montre l’existence de deux rites funéraires distincts.

Les tumulus des Landes, entre le Gave et l’Adour, sont plus petits que ceux du piémont. Leur diamètre ne dépasse pas 15 mètres et leur hauteur 2 mètres. Et ils ne contiennent pas de mégalithes. Leur mobilier est souvent en bronze, ce qui indique qu’ils sont construits à la fin du néolithique.

 

Les premières fouilles de tumulus

Dolmen - Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880-1
Fouilles du tertre du Pouy Mayou à Bartrès (Hautes-Pyrénées) durant l’hiver 1879-1880

Les tumulus ont longtemps échappé à la curiosité. En effet, les premières fouilles n’auront lieu qu’à partir de 1823 sur le plateau de Ger qui compte 300 tumulus, puis sur le plateau de Lannemezan qui en compte une centaine.

Le premier témoignage écrit qui date de 1823 est celui de Marie-Armand de Davezac-Macaya (1800-1875), président de la Société Géographique. Le général de Nansouty (1815-1895), plus connu pour être à l’origine de l’observatoire du Pic du Midi, s’y intéresse. Mais, c’est au colonel de Reffye et surtout à son adjoint, le commandant Edgard Lucien Pothier, que l’on doit les découvertes faites entre 1869 et 1879 sur le plateau de Ger. En fait, si les militaires sont les premiers à s’y intéresser, c’est que le plateau de Ger comporte un vaste terrain militaire pour les manœuvres.

Lucien Pothier, futur général, répertorie les tumulus et en fouille méthodiquement 62. Il publie le résultat de ses recherches en 1900. Mais, les objets trouvés encombrent les armoires de l’école d’artillerie qu’il commande à Tarbes. Aussi, il transfère ses collections au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain en Laye, en 1886.

Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).
Mobilier retrouvé dans les tumulus d’Avezac (65).

Parallèlement, Edouard Piette (1827-1906) et Julien Sacaze (1847-1889) entreprennent les fouilles sur le plateau de Lannemezan. Edouard Piette a aussi fouillé de nombreuses grottes et sites préhistoriques. En 1902, il donne sa collection au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye. Parmi les pièces, il y a fameuse statue de la dame de Brassempouy.

Près de 50 ans après ces premières fouilles, des spécialistes réalisent une nouvelle vague de découvertes en Gascogne. Aujourd’hui, c’est surtout le fait d’amateurs passionnés.

Répartition en Gascogne

Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin, Landes
Mégalithe de Guillay à Larrivière-Saint-Savin (Landes)

Comme nous l’avons vu, la plus grande concentration de mégalithes se trouve au pied des Pyrénées. Toutefois, on en rencontre dans toute la Gascogne, le long des anciennes voies de communication.

En Lot et Garonne, ils se concentrent autour de Villeneuve sur Lot et surtout de Nérac. Leur particularité est de comporter le plus souvent des allées couvertes. Mais, les fouilles entreprises n’ont pas fait l’objet de publications, si bien qu’on est très mal renseignés sur ces découvertes et leur contenu.

Plus à l’ouest, en Gironde, les sites sont peu nombreux. Ils sont aussi majoritairement à allées couvertes. On les trouve dans le nord du département où la pierre calcaire est abondante. Le sud de la Gironde étant sablonneux, on n’en connait aucun.

À l’est, en Haute-Garonne, où ils sont très peu nombreux, on les trouve surtout en Comminges, autour de Saint-Martory. La ville à d’ailleurs placé un menhir sur une place publique en 1962.

Enfin, dans le Gers, il ne reste plus que deux mégalithes visibles. Pourtant, Ludovic Mazeret (1859-1929) en a étudié plusieurs, tous situés au nord du département. Mais ils ont fait l’objet de dégradations liés à l’agriculture mécanisée ou pour servir de carrières. Il est vrai aussi qu’une fois fouillé, le tumulus est perdu. Et encore plus si les fouilles n’ont pas donné lieu à des publications.

Heureusement, on fait encore des découvertes. Par exemple, près de Grenade dans les Landes, lors d’un défrichement effectué en 1967, on trouve un menhir couché. On le relève et on découvre qu’il est gravé de signes néolithiques à son sommet.

Qu’est-ce qu’un tumulus ?

Un tumulus est une tombe. On construit un dolmen sous lequel on dépose des objets funéraires et les restes, calcinés ou pas, d’un défunt. Pour arriver à la chambre funéraire, on construit parfois une allée couverte, c’est à dire plusieurs dolmens mis bout à bout pour constituer un couloir. La chambre funéraire est parfois entourée d’un ou de plusieurs cercles de pierres.

On recouvre le tout de terre pour former un monticule qui peut faire plusieurs mètres de haut et plusieurs dizaines de mètres de diamètre.

Allée couverte de Barbehère et coupe du dolmen - Saint-Germain d'Esteuil(Gironde)
Allée couverte de Barbehère – Saint-Germain d’Esteuil (Gironde)

Néanmoins, on rencontre parfois des dolmens isolés. Bien souvent, le tumulus qui le recouvrait a été fouillé et il ne reste plus que les pierres.

Outre l’intérêt du tumulus lui-même, l’étude des objets funéraires nous renseigne sur le mode de vie des défunts et leurs rites funéraires.

Tumulus et mégalithes n’ont pu échapper aux Gascons qui vivaient autour d’eux. Curieusement, ils ne leur ont pas donné de noms particuliers. On les appelle pèiras (pierres) et on ajoute un qualificatif désignant leur aspect comme pèira quilhada, pèira hita (pierre levée, borne) ou simplement calhaus (cailloux). On appelle les tumulus tucs (tertres) ou tucs redons (tertres arrondis).

En revanche, les Gascons les associent à des saints locaux, et aussi à des géants, au Diable ou aux hadas ou encantadas (fées). Le savez-vous ? Les menhirs dansent en tournant sur eux-mêmes à minuit. Ils ont le pouvoir de rendre les femmes fécondes. Et même, dans le bordelais, ils peuvent signaler la proximité d’une source et guérir les maux liés aux yeux.

Autres formes de mégalithes

Tumulus, dolmens et menhirs se rencontrent dans le piémont pyrénéen et en plaine. Pourtant, d’autres formes de mégalithes existent, cette fois-ci en montagne. Ce sont les pasteurs qui pratiquent déjà la transhumance des troupeaux qui les érigent.

Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d'Ossau
Cromlechs du plateau du Bénou en Vallée d’Ossau

En vallée d’Ossau, par exemple, sur le plateau du Bénou, on trouve 80 cromlechs qui sont des cercles de pierre plantées dans le sol. La majorité ont un diamètre qui varie entre 3,5 et 5,5 mètres. Quelques-uns peuvent atteindre 11 mètres de diamètre. Ils sont tous construits sur des mamelons ou des replats qui offrent une vue dominante sur la vallée.

À la fin du XIXe siècle, l’abbé Châteauneuf, curé de Bielle, en donne une première description et fait des croquis. Il remarque que 16 cromlechs constituent une ligne droite et sont précédés d’un alignement de grandes dalles de 110 mètres de long. Il n’en subsiste plus que 50 mètres.

Leurs fouilles n’ont pas donné d’objets ou de restes funéraires. Si ce ne sont pas des tombes, à quoi pouvaient-ils servir ?

Sur le plan de Beret en val d’Aran, il y a de nombreuses traces d’habitat néolithique lié au pastoralisme. Le plus surprenant est un ensemble considérable de pétroglyphes (gravures sur la pierre) dont on ne connait pas la signification. Certains signes se retrouvent sur le menhir retrouvé près de Grenade dans les Landes. Isaure Gratacos s’y intéresse et publie un article très intéressant dans la Revue du Comminges (n°1, 2009).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Poursuivre avec les stèles discoïdales de Gascogne.

Références

Les tumulus du plateau de Ger, Lucien Pothier, 1900, 5 volumes.
Les nécropoles du Premier âge du Fer dans les Landes de Gascogne, Bernard Gellibert, Jean-Claude Merlet, Sandrine Lenorzer, 9 février 2023.
Bulletins de la Société de Borda, de la Société Ramond, de la Société Archéologique du Gers, Société du Comminges