Nérac, la petite capitale

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Pau est la capitale du Béarn. Mais on oublie souvent que les souverains béarnais, rois de Navarre, séjournent aussi à Nérac. C’est leur résidence secondaire en quelque sorte.

Nérac, une notoriété liée aux rois de Navarre

Nérac est une petite bourgade qui doit son expansion à la famille d’Albret, originaire des Landes, qui s’y installe vers le XIe siècle. Elle construit un château qui sera sa résidence ordinaire.

Les Albret
Les possessions des Albret en 1360 © Wikipedia
Les possessions des Albret en 1360 © Wikipedia

Toutefois, la renommée de Nérac commence véritablement au XVIe siècle lorsque Jean II d’Albret épouse Catherine de Foix en 1484 et devient roi de Navarre. C’est un titre prestigieux. Leur fils, Henri II d’Albret, épouse en 1527 Marguerite d’Angoulême, la sœur de François Ier, roi de France.

Marguerite d’Angoulême est une femme lettrée. D’ailleurs, elle écrit en français un recueil de nouvelles, l’Heptaméron. Elle protège les artistes et fait de Nérac un important foyer littéraire. En particulier, elle accueille des écrivains réformés comme Calvin (1509-1564), Clément Marot, le poète né à Cahors (1496-1544). Jacques Lefèvre-d’Étaples (1450-1536), connu pour avoir traduit la Bible en français, passe les dernières années de sa vie à Nérac. Malgré son intimité avec les intellectuels protestants, Marguerite d’Angoulême reste catholique.

Jeanne d'Albret
Jeanne d’Albret (1528-1572) © Wikipedia

Sa fille Jeanne d’Albret épouse en 1548 Antoine de Bourbon et se convertit au protestantisme. Elle impose la Réforme à ses états et la population de Nérac devient protestante. Charles IX et Catherine de Médicis passent à Nérac et y séjournent lors de leur tour de France de 1564 à 1566.

En 1572, Henri III, le fils de Jeanne d’Albret, épouse Marguerite de Valois. Après le massacre de la Saint-Barthélemy le 24 aout 1572, Henri III de Navarre se retrouve prisonnier au Louvre. Mais il s’évade et rentre à Nérac où il signe l’Édit de Nérac qui donne des places de sûreté supplémentaires aux protestants. Nérac est le point de départ de sa conquête du trône de France.

Henri III, devenu Henri IV de France et de Navarre, ne revient plus à Nérac. Il n’en oublie pas pour autant sa ville. Par exemple, lors de la promulgation de l’Édit de Nantes en 1598, il institue quatre chambres de justice pour juger de la violation de cet édit, dont l’une est installée à Nérac.

Le château de Nérac

On sait peu de choses du premier château de Nérac qui surplombe la Baïse, sinon que sa première mention date de 1088 et qu’Amanieu VI d’Albret y occupe un château en 1259.

Les Albret y font d’importants travaux d’agrandissement et de modernisation entre le XIVe et le XVIe siècle pour le mettre au gout de la Renaissance. Le château comprend quatre corps de bâtiments disposés autour d’une grande cour.

Le château de Nerac au XVIème s.
Le château de Nérac au XVIe s., en ocre clair ce qu’il en reste aujourd’hui © Ville de Nérac

Le plus ancien corps de logis est bâti à l’ouest de la cour par Amanieu d’Albret avant 1389 et est flanqué de quatre tours rondes. Le bâtiment nord construit par Charles d’Albret vers 1456 est le seul qui nous soit parvenu avec son élégante galerie. Les deux autres bâtiments, à l’est et au sud de la cour, sont plus tardifs et contenaient la salle d’apparat des rois de Navarre et la chambre d’Henri III de Navarre.

L’impressionnante bibliothèque des rois de Navarre est revenue à Louis XIII en 1621 lors de sa venue à Nérac pour rétablir le catholicisme. Le château est abandonné jusqu’à sa vente comme bien national et sa destruction partielle en 1793. Racheté et restauré par la mairie, elle installe en 1934 le Musée de Nérac dans la seule aile restée debout.

Armand Fallières fonde le musée en 1872. Il l’enrichit d’œuvres remarquables et des dépôts du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, du château de Versailles ou de la Manufacture des Gobelins. Depuis son transfert au château et sa restauration, on peut les admirer lors des heures d’ouverture.

Château de Nerac aujourd'hui © Ville de Nérac
Le château de Nérac aujourd’hui © Ville de Nérac

Le Parc de la Garenne

Le château de Nérac, parc et jardin © Wikipedia
Le château de Nérac, parc et jardin © Wikipedia

Un perron donne accès aux jardins royaux le long de la Baïse.  Henri Ier d’Albret l’aménage au XVIe siècle. Il  comprend une garenne (espace boisé) et un jardin. Jeanne d’Albret le fait entourer par un mur vers 1560. Marguerite de Valois et Henri III construisent une allée promenade. On la considère à l’époque comme une des plus belles d’Europe. On peut y jouer au mail (jeu voisin du croquet) et profiter de nombreuses statues et fontaines.

Après l’accession d’Henri III de Navarre au trône de France, le jardin est peu à peu abandonné. On coupe les arbres et on les remplace par des arbres fruitiers.

L'allée de la Garenne et de la fontaine du Dauphin à Nérac © Wikipedia
Paul-Émile Bonhotal, L’allée de la Garenne et de la fontaine du Dauphin à Nérac, 1905- 1906 © Ville de Nérac

Les jardins et la garenne sont vendus par lots à la Révolution. En 1810, Napoléon Ier permet à la commune d’acheter la garenne qui devient un lieu de festivités publiques.

 

 

 

La modernisation de Nérac
Mosaïques trouvées dans la villa gallo-romaine du Parc de la Garenne © Ville de Nérac
Mosaïques trouvées dans la villa gallo-romaine du Parc de la Garenne © Ville de Nérac

Nommé en 1832, le sous-préfet de Nérac (il y reste jusqu’en 1840) n’est autre que Georges Eugène Haussmann, plus tard connu sous le nom du baron Haussmann (qui dirigera les transformations de Paris). Comme il s’intéresse déjà à la modernisation des voies de communication, il fait percer la route qui relie Nérac et Agen. Pour cela, elle traverse le jardin de la Garenne par une avenue bordée d’arbres. Il fait aussi remplacer le pont médiéval qui relie le château et les jardins par un pont à une arche.

Suite à des fouilles archéologiques, on découvre les restes d’une villa gallo-romaine dans le jardin royal. Maximilien Théodore Chrétin (1797-1865) est archéologue et faussaire. Il invente des objets qui montreraient que la villa découverte est d’origine impériale et aurait appartenu à l’empereur Tétricus dont l’épouse Néra aurait donné son nom à la ville de Nérac. On y a longtemps cru.

Vers la fin du XIXe siècle, on installe des statues dans le parc, ainsi que des grottes et des fontaines glorifiant le passé des rois de Navarre. Le jardin classé depuis 1909, est ouvert au public.

Lo molièr de Barbasta

Le Moulin des Tours de Barbaste d’après le tableau de Millin du Perreux de 1817.© RMN-Grand Palais (Château de Pau)
Le Moulin des Tours de Barbaste d’après le tableau de Millin du Perreux de 1817.
© RMN-Grand Palais (Château de Pau)

C’est ainsi qu’Henri III de Navarre aime à s’appeler. Il faut dire que quand il est à Nérac, il se rend très souvent au moulin de Barbaste qu’il affectionne particulièrement. Lorsqu’il est roi de France, il commande régulièrement des travaux pour l’entretien du château, du moulin et des écluses.

C’est un moulin fortifié du XIIIe siècle qui a bien plus souvent servi comme château que comme simple moulin, notamment pendant les guerres de religion et celles de la Fronde. De forme carrée et flanqué de quatre tours carrées de hauteur variable (26 m, 17 m et 29 m), il comporte six étages au-dessus de celui des roues du moulin.

Malgré son aspect militaire, c’est bien un moulin à farine. S’il sert de château, c’est qu’il contrôle le pont qui permet de traverser la Gélise, sur l’une des routes les plus fréquentées de Gascogne. C’est grâce à la production des farines produites à Barbaste et exportées vers Saint-Domingue que Nérac connait un nouvel âge d’or au XVIIIe siècle.

Il a plusieurs fois changé de propriétaires, connu des incendies, des destructions des parties hautes puis leur restauration. Les communes de Nérac, de Barbaste, de Lavardac et de Vianne  en deviennent propriétaire. Il  est classé Monument Historique depuis 1889.

Armand Fallières (1841 - 1931) alors parlementaire
Armand Fallières (1841-1931) alors parlementaire

Le moulin de Barbaste a vu passer Jacques de Romas (1713-1776) de Nérac. Il y expérimente le 7 juin 1753 son cerf-volant capable d’attirer la foudre. C’est l’invention du paratonnerre que Benjamin Franklin améliorera. Il a aussi vu grandir Armand Fallières, futur Président de la République. Plus récemment, le chanteur Michel Polnareff, est né à Nérac.

 

 

La Déclaration de Nérac

La « Déclaration de Nérac » est un manifeste que Bernard Manciet (1923-2005) et Félix Castan (1920-2001), deux écrivains occitans rédigèrent et co-signèrent à Nérac en 1956.

Les auteurs affirment la nécessité de développer une littérature occitane et une création culturelle occitane active, au lieu de rester concentrés sur la seule préservation de la langue occitane. C’est une vision nouvelle qui s’oppose aux revendications économiques et politiques de l’occitanisme de leur époque.

Cliquer ici pour lire le texte de la déclaration

Bernard Manciet (1923-2005) et Félix Castan (1920-2001) © DR
Bernard Manciet (1923-2005) et Félix Castan (1920-2001), auteurs de la Déclaration de Nérac de 1956 © DR

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Revue de l’Agenais (notamment du 1er janvier 1903).

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