Nos ancêtres aussi vénéraient la déesse mère

Dans de nombreuses civilisations, le premier culte est celui de la mère, la mère créatrice, la déesse mère. Les Aquitains, ces peuples de Gascogne d’avant la conquête romaine, ne sont pas en reste, les traces de la déesse sont bien là. Pourtant, les Gascons n’en ont pas transmis grand chose.

Que savons-nous de nos dieux et déesses ?

Nos ancêtres, les Aquitains, ne nous ont laissé que quelques rares figurines ou inscriptions sur des autels votifs. Heureusement, les Romains ont cité les noms des dieux et de déesses qu’ils avaient trouvés dans les provinces conquises. Et les Basques, christianisés plus tardivement, ont conservé quelque mémoire de ce passé.

Les peuples de Gaule en 59 avant JCRappelons-nous. À l’arrivée des Romains, vivaient dans le sud-ouest de la France et un bout du nord de l’Espagne, des peuples dits les Aquitains, bien sûr divisés (une caractéristique que cultivent toujours précieusement certains de leurs descendants, les Gascons).

Heureusement, comme ailleurs, la multiplicité des opinions n’a pas empêché des échanges, des parlers semblables ou des croyances communes.

La déesse mère, l’aïeule divine

La vie vient de la mère et, dès la préhistoire, on célébrait partout la déesse mère, le géniteur étant dans un rôle de partenaire. On la retrouve dans tous les cultes anciens, que ce soit Isis en Egypte, Gaia en Grèce, Anna chez les Celtes, Amaïa [l’Éternité] ou Mari chez les Basques.

La déesse mère Artio
Deae Artioni / Licinia Sabinilla – À la déesse Artio  / de la part de Licinia Sabinilla

L’archéologue Marija Gimbutas (1921 – 1994) précise qu’est vénérée dans toute l’Europe Une Déesse Mère qui s’identifiait avec le réveil périodique de la nature, avec le printemps, avec la nature, avec l’eau. L’ourse est souvent son symbole. On retrouve ce lien entre déesse,mère et ourse chez les Celtes et ainsi chez nos voisins les Gaulois à travers la déesse Artio.

Joseph Campbell (1904 – 1987), grand spécialiste de mythologie, de renchérir Ce qui est certain, c’est qu’un continuum solide s’est établi du lac Baïkal jusqu’aux Pyrénées, d’une mythologie de chasseurs de mammouths où l’image essentielle était la Déesse Nue. Il s’agit d’une déesse des montagnes, des fauves et des bêtes sauvages, une force sauvage, à l’instinct de vie. D’ailleurs, elle représente la vie, la mort, la renaissance. Éternelle, elle connaît le passé, le présent et l’avenir.

Mari, la déesse mère

La grotte de la déesse mère Mari en Biscaye
Cueva de Mari – Duranguesado – Vizcaya

Avant l’arrivée des Romains, les Aquitains vénéraient une déesse mère. Seule, Mari est arrivée jusqu’à nous, parce qu’elle a été conservée dans la mythologie basque. Elle changerait de résidence tous les 7 ans mais toujours dans une caverne en haute montagne. L’une d’entre elles est une grotte d’Anboto. Anbotoko Dama [la Dame d’Amboto] habite la Mariurrika Kobea [la grotte de Mari] nous dirait un Basque.

La déesse mère Mari par Josu Goñi
La déesse Mari par Josu Goñi

Dominant la mer, avec une vue splendide sur la Biscaia [Biscaye], vous pourrez la voir se peigner ses longs cheveux par les matins ensoleillés car la grotte est orientée vers l’est, face au soleil levant. L’accès à la grotte est difficile, escarpé, et si vous y voyez de la brume, n’y allez pas, Mari cuisine !

De toute façon, elle voyage, volant dans les airs comme une comète, en position horizontale et entourée de feu, ou elle se déplace en chevauchant un bélier. Elle visite son homme le vendredi, fertilise la terre par les orages et les pluies qu’elle envoie.

Son nom pourrait venir du basque Amari [le rôle d’être mère].

Le culte préhistorique de la déesse mère en Gascogne

Une représentation de la déesse mère : la Vénus de Lespugue (Haute-Garonne)
La Vénus de Lespugue (Haute-Garonne)

Il nous reste deux exemples célèbres du culte de la mère, la Vénus de Lespugue des gorges de la Save et la Dame de Brassempouy (Dame à la capuche) des Landes. Si vous voulez les voir, il vous faudra aller à Paris ! La première est au Musée de l’homme et la seconde au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.

La Vénus de Lespugue a été découverte dans la grotte des Rideaux (Lespugue, Haute-Garonne). Elle est en ivoire de mamouth. Elle date de -25 000 environ. La préhistorienne et ancienne directrice du musée d’Aurignac, Nathalie Rouquerol, vient de sortir un livre très complet sur cette statuette remarquable, unique. En particulier elle explique comment en manipulant la pièce on peut distinguer, selon l’angle de vue, cinq actes : la naissance, la jeune fille, la femme qui accouche, la femme mûre multipare, l’espérance de la permanence de la lignée humaine. Un vrai condensé de la déesse mère ! Et si vous voulez vous exercer l’oeil, vous pouvez acheter une reproduction à la boutique de musées.

La Dame de Brassempouy (Landes)

Matilda Susbielles nous décrit la Dame de Brassempouy : La Dauna de Brassempoi aperada tanben Dauna deu Capulet qu’ei ua estatueta hèita en evòri de mamot, hauta de 3,65 cm e longa de 2,2cm e que representa  la cara d’ua hemna au peu troçat hens ua mena de capulet. [La Dame de Brassempouy appelée aussi Dame au Capuchon est une statuette en ivoire de mamouth, haute de 3,65 cm et longue de 2,2 cm, elle représente le visage d’une femme aux cheveux enveloppé dans une sorte de capuchon.] Et elle nous signale une chanson, Dauna de Brassempoi, du groupe gersois de Heavy Metal, Boisson Divine. Pour ceux qui veulent lire les paroles.

Salut à la déesse mère

Apuleius (médaille tardive du IVe siècle)

Si nous n’avons pas gardé mémoire de grands cycles mythologiques, ni de cette déesse universelle, heureusement d’autres l’ont fait. Le berbère Afulay [Apulée], au IIe siècle, salue la déesse mère, ici Isis, dans son L’Âne d’or ou les Métamorphoses (XI, 5, 1).

Je suis la Nature, mère de toutes choses, maîtresse des éléments, principe originel des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, la première entre les habitants du ciel, type universel des dieux et des déesses. L’Empyrée et ses voûtes lumineuses, la mer et ses brises salubres, l’enfer et ses silencieux chaos, obéissent à mes lois: puissance unique adorée sous autant d’aspects, de formes, de cultes et de noms qu’il y a de peuples sur la terre.

Références

Mitología vasca, Jose M. de Barandiaran
La Vénus de Lespugue révélée, Nathalie Rouquerol, 2018
Inscriptions antiques des Pyrénées, Julien Sacaze, 1892
De la déesse mère aux vierges noires

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