Sent Lis est une commune de la Gascogne toulousaine. Peu connue des Gascons, sa renommée est pourtant grande sur toutes les mers du monde.
Une bastide bien tranquille

Sent Lis est une bastide fondée en 1280 par Eustache de Beaumarchais, représentant du roi de France à Tolosa (Toulouse), en paréage avec l’abbaye de Gimont qui possède les terres d’Aiguas bèras (Eaux belles). C’est d’ailleurs ce nom qu’elle prend à la Révolution française. Située aux confins du comté de Tolosa et du comté de Comenge (Comminges), elle occupe une place idéale.

C’est une petite bourgade qui ne se développe que très récemment. Le chemin de fer à voie métrique reliant Tolosa a Bolonha de Gessa (Toulouse à Boulogne sur Gesse) est inauguré en plusieurs tronçons en 1900. En 1912, il y avait trois aller-retour entre Tolosa et Bolonha de Gessa (environ 5 heures de voyage), trois aller-retour entre Tolosa et Sent Lis (environ 1 h 15 de trajet).
La ligne ferroviaire est fermée le 31 décembre 1949. Il en reste peu de vestiges, dont une gare à Sent Lis.
Pendant la seconde Guerre mondiale, Sent-Lis voit se constituer un maquis. Et, le 8 juin 1944, 160 hommes se dirigent vers la bourgade en train ou en vélo. Le 12 juin a lieu un combat contre les Allemands de la Division SS Das Reich. Après une heure d’échanges de tirs, les maquisards sont dispersés et le bilan est de 9 morts parmi eux et 12 civils.
Pour des démonstrations lors des visites organisées le dimanche après-midi, on restaure un vestige du passé agricole de la bourgade : un moulin à vent qui a fonctionné jusqu’en 1947.
Située dans l’aire d’attraction de Toulouse, Sent Lis voit sa population augmenter à partir des années 1960 pour atteindre les 10 000 habitants.
Ici « Radio Saint-Lys »
En 1948, Sent Lis accueille une station de radio maritime en ondes décamétriques comprises entre 3 Mégahertz et 30 Mégahertz. C’est ce que l’on appelle les ondes courtes.
La radio maritime comprend tous les moyens radioélectriques pour communiquer entre les navires ou avec des stations côtières pour la sécurité, la gestion des flottes ou les communications personnelles des marins en haute-mer.
En fait, ce service était implanté à Boulogne-sur-Mer dans le Pas de Calais mais les destructions de la Seconde guerre mondiale obligent à trouver un autre site.
De Boulogne-sur-mer à Sent Lis
C’est Sent Lis qui est retenu pour recevoir le centre de réception, tandis que le centre d’émission se situe quelques kilomètres plus loin, au Vernet, au sud de Tolosa. Les installations des deux sites sont d’ailleurs visibles de loin car elles comprennent 120 antennes sur pylônes de grande taille.

Exploitée par les P.T.T. (Postes, Télégraphe, Téléphone), la station de Sent Lis entre en fonctionnement en 1952. Elle permet les liaisons avec les navires en haute-mer et les avions. En particulier, elle émet un bulletin météorologique quotidien qui guide les navires. C’est aussi grâce à la station que les marins qui naviguent en haute-mer obtiennent des communications téléphoniques avec leur famille. Et c’est encore grâce à elle que les passagers d’un vol aérien peuvent obtenir des communications personnelles.
Outre les navires marchands, des épreuves sportives comme le Vendée Globe ou la Course du Rhum utilisent des services de Radio Saint-Lys. Mais, la station ferme en 1998, victime de l’évolution des technologies.
Toutefois, on ouvre un musée en 2024 à Sent Lis qui raconte l’histoire de la station de radio. Son parrain est le navigateur Loïck Peyron qui se souvient que c’est par Radio Saint-Lys qu’il a appris la naissance de sa fille alors qu’il courrait le Vendée Globe près des iles Kerguelen.
Le Centre de consultation médicale maritime
En plus des services de communication que nous avons vus, la station de Sent Lis développe un partenariat particulier avec le SAMU 31 pour porter assistance aux marins. L’hôpital de Purpan est le plus proche et, au fil du temps, un savoir-faire particulier se développe.
Lorsqu’un navire en haute-mer ou un aéronef en vol demande une assistance médicale, la station de Sent Lis le met en communication avec le SAMU 31 et un médecin fait un diagnostic à distance et guide les gestes de premiers secours.
Il est vrai que chaque navire transporte des médicaments et des matériels de soins d’urgence qui permettent, sous les directives du médecin du SAMU, d’effectuer une première intervention. et c’est tant mieux, car la profession de marin (de commerce, pêcheur ou plaisancier) est celle qui connait le plus fort taux d’accidents et de mortalité.
Ainsi, le SAMU 31 apporte une aide au diagnostic, une aide à la prescription médicale et éventuellement demande à dérouter le navire vers un port ou ordonner une évacuation d’urgence par moyens aériens.
Aujourd’hui, la téléconsultation permet un meilleur diagnostic et la transmission de données ou d’images qui rendent plus sûr le diagnostic à distance.
Un opérateur de Radio Saint-Lys.
Le pays de Catinou et Jacouti

Catinou et Jacouti sont deux personnages qu’a inventé Charles Mouly (1919-2009), un Auvergnat de Vilafranca de Roergue (Villefranche-de-Rouergue). Parmi ses occupations, il chante dans la compagnie « L’estele de Bessou » en 1934 et fonde en 1937 la compagnie théâtrale « Las Burgas Carcinolos ».
Son père Henry (1896-1981) est majoral du Félibrige. Il écrit une trentaine d’ouvrages en occitan mêlant romans, poésies et théâtre. Il crée aussi L’Almanac rouèrgas. On peut d’ailleurs consulter quelques ouvrages à la Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus ou écouter quelques lectures de Mas espingadas.
Officier de l’Armée de l’Air au début de la seconde Guerre mondiale, Charles est démobilisé en 1942. Il devient journaliste à Radio Toulouse qui émet depuis 1925. Les radios libres existent donc avant 1981 ! Charles Mouly crée le personnage de Catinou (Catinon) en 1944 et lui adjoint un mari, Jacouti (Jacotin), en 1946. Peu à peu, ils s’entourent de personnages truculents.
Catinou est originaire de Legavin (Léguevin). C’est une femme de caractère, grosse, qui parle beaucoup. Son mari, Jacouti, est maigrichon et alcoolique. Nos deux héros habitent à Minjacèbas (Mange-ognons), un hameau qui existe vraiment à Sent-Lis.
Dès le début, l’histoire de Catinou et Jacoti prend la forme de saynètes mêlant le français et l’occitan. On peut les voir au théâtre, les entendre sur Radio-Toulouse ou les lire, pendant 50 ans, dans le journal La République de Toulouse, puis dans La Dépêche du Midi.
Le succès est immense. L’utilisation de l’occitan, langue populaire essentiellement rurale au XXe siècle, donne une certaine sagesse aux personnages pour critiquer, par le rire, les pouvoirs politique et économique et se moquer des mœurs de la bourgeoisie.
Charles Mouly avec sa Catinon interprétée en 2002 par Jean-Louis BLENET.
Un succès qui ne se dément pas
Les éditions Loubatières, de Toulouse, publient plusieurs ouvrages sur Catinou et Jacoti :
– Le dictionnaire de la Catinou en 1997,
– Catinou & Jacouti et le petit monde de Minjecèbes en 1998,
– La cuisine de Catinou en 2000,
– Escafalados de Minjecèbes en 2002,
– Risouletos de Minjecèbes en 2002,
– Adissiatz pla brave mounde en 2007,
– Mon sabot de verre en 2008.

On joue encore des pièces de théâtre mettant en scène les deux personnages. Le cinéma leur dédie un court métrage en 2003.
Sent Lis n’oublie pas ses deux célébrités qui, pendant 25 ans, donnent lieu à de grandes fêtes annuelles. Elles s’arrêtent en 2000, suite au COVID 19.
En tout cas, il se passe bien des choses au pays de Catinou et Jacoti ! Savez-vous que c’est à Sent Lis que s’ouvre la première section bilingue de la Haute-Garonne ?
Catinon et Jacotin, pièce de Charles Mouly, jouée au théâtre.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Catinou et Jacouti
Musée Saint-Lys Radio, la voix de l’océan


Merci Pierre pour ce très beau rappel. J’ai eu le privilège d’écouter et de communiquer avec nos opérations via Sent Lis radio alors que nous convoyions des avions au-dessus de l’Atlantique nord au début des années 90. Les communications radio et les moyens de navigation n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui et Sent Lis et ses antennes resteront pour beaucoup un souvenir mémorable