Traverser les Pyrénées en train

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Les Pyrénées n’ont jamais été une frontière tant le commerce entre Gascons et Espagnols était vital pour les communautés des deux pays et les itinéraires nombreux et fréquentés. Aujourd’hui, on ne parle plus de franchir les ports mais de creuser des tunnels pour traverser les Pyrénées.

Traverser les Pyrénées pour relier Paris à Madrid

L'Intendant Mégret d'Étigny imagine le pemier projet pour traverser les Pyrénées
L’Intendant Mégret d’Étigny

Pour traverser les Pyrénées, l’intendant d’Auch Mégret d’Etigny conçoit le projet d’une route transpyrénéenne pour relier directement Paris à Madrid. MM Picot et Germinaud ingénieurs à Auch élaborent un projet en 1766. Il prévoit un tunnel dont le départ se situe à Génos dans le Louron.

Le marquis d’Ossun, baron de Hèches, alors ministre plénipotentiaire de France à Madrid obtient la coopération des Espagnols.

Les travaux débutent en plusieurs endroits entre Génos et Gistaín dans le Sobrarbe.  mais Charles III d’Espagne les stoppe en 1772. Il cède ainsi aux sollicitations des Biscayens et des Navarrais qui n’approuvent pas ce projet.

Ramond de Carbonnières
Ramond de Carbonnières

Ramond de Carbonnières relate en 1790 : On a fait dans le port de Lopez une étrange tentative. Des entrepreneurs avaient conçu l’idée de percer la montagne dans sa hauteur moyenne, d’un long couloir qui déboucherait au milieu des forêts de la vallée espagnole de Gistain. [ ….. ]. J’ai vu ce qu’il y a de fait, cela se borne à une galerie horizontale de deux cents pieds de longueur sur une trentaine de largeur et un peu moins de hauteur.

Traverser les Pyrénées, une nécessité qui ne réjouit pas les Espagnols

Si traverser les Pyrénées est une nécessité, les Espagnols s’y opposent longtemps et retardent tous les projets.

Par un décret du 21 décembre 1811, Napoléon 1er prévoit la création de routes impériales par Argelès et Gavarnie, par Auch et la vallée d’Aure, par Oloron et le Somport. Il veut favoriser les échanges commerciaux et la circulation des troupes avec l’Espagne, alors partie intégrante de l’Empire.

Mais les Espagnols alliés aux Anglais en décideront autrement. Après 1815, les Espagnols ne veulent plus voir de troupes françaises sur leur sol. Ils s’opposent à tous les projets de création de nouvelles liaisons.

La bataille d’Orthez le 27 février 1814, une des dernières batailles de la guerre d’indépendance espagnole

En 1842, on commence à parler de liaison par chemin de fer. Aucune des routes n’est encore construite. Celle du Somport n’ouvre qu’en 1863. Il faut attendre 1884-1885, les aménagements côté espagnol .

Traverser les Pyrénées en train

Le projet de traverser les Pyrénées en train est déjà ancien. En 1865, une commission mixte franco-espagnole est créée pour étudier 12 projets pour traverser les Pyrénées en train. Une convention est signée en 1904 et n’en retient que trois, dont un par le Somport.

La ligne de chemin de fer de Lannemezan à Arreau dans la vallée d’Aure est mise en service en 1897. Un prolongement d’Arreau à Saint-Lary est concédé à la Compagnie des chemins de fer du Midi en 1908. Bien que déclaré d’utilité publique l’année suivante, le prolongement est abandonné et le projet est déclassé le 30 novembre 1941.

Traverser les Pyrénées par la voie Auch - Lannemezan n'aboutira pas
Prisonniers allemands sur la ligne Auch – Lannemezan

Le gouvernement déclare d’utilité publique la ligne d’Auch à Lannemezan en 1908. Les travaux commencent en 1920. On réalise l’infrastructure (3 tunnels, 1 viaduc et 8 gares), mais on ne posera jamais les rails. On abandonne le projet en 1941.

  

Traverser les Pyrénées entre Oloron et Canfranc

Louis Barthou porte le projet de traverser les Pyrénées par le train
Louis Barthou

Envisagé dès 1853 par l’ingénieur Bourra, le projet de traverser les Pyrénées nécessite une intense activité diplomatique et de nombreuses études pour en arriver à la conclusion qu’il n’est pas rentable pour le trafic à grande distance. Il a un intérêt strictement local et les collectivités locales trop engagées financièrement s’engagent pour limiter l’exode rural.

En 1889, lors de sa première campagne électorale, Louis Barthou prend l’engagement de faire aboutir le projet. En 1897, celui-ci est déclaré d’utilité publique mais les fonds ne sont pas débloqués.

Tunnel ferroviaire du Somport
Tunnel ferroviaire du Somport

Louis Barthou est ministre des travaux publics de 1906 à 1909 et fait aboutir le projet pour traverser les Pyrénées. Les travaux commencent en 1908 et on inaugure le tronçon Oloron-Bedous en 1914. Les travaux se poursuivent après la guerre et l’inauguration de la ligne a lieu à Canfranc le 18 juillet 1928.

La ligne s’arrête en 1970 mais le gouvernement d’Aragon et la région Aquitaine relancent le projet de réouverture. Désormais, on va en train jusqu’à Bedous.

Traverser les Pyrénées par une voie centrale

Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées
Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées

La ligne de Narbonne à Port Bou s’ouvre en 1878 et celle de Hendaye à Irun en 1864. Elles absorbent la majorité du trafic transpyrénéen mais ne représentent que 5 % du volume des marchandises. La route en absorbe plus de 70 %.

La Commission européenne a pour objectif de détourner 35 % du trafic des marchandises vers un nouvel itinéraire central qui enlèverait beaucoup de camions sur les routes.

Quatre variantes sont à l’étude pour traverser les Pyrénées par Arudy et la vallée d’Ossau, par Pierrefitte et la vallée des Gaves, par Lannemezan et la vallée d’Aure et par Luchon et la vallée de la Garonne.

Le projet suscite la crainte et l’opposition d’associations locales et environnementales. Les autorités administratives françaises et espagnoles semblent moins enthousiastes qu’au début, préférant peut-être une combinaison de moyens de transport, ferroviaire, routier et maritime. Les tunnels routiers de Saint-Béat, d’Aragnouet-Bielsa et du Somport permettent de traverser les Pyrénées plus facilement.

Ferroroutage
Ferroroutage

Conclusion

Dans les Alpes, on a imaginé le projet de liaison par rail Lyon Turin dans les années 1970 et il se concrétisera en 2030. L’idée de traverser les Pyrénées par une voie centrale débute dans les années 1990, alors…

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle 

Références

Revue du Comminges, 1901, page 45
Site du projet Pau-Canfranc-Saragosse
Le passage international du Somport : le grand rêve des transpyrénéens, Philippe Delas, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, Tome 45, fasc 3, p 243-270, Toulouse, 1974
Projet de nouvelle traversée centrale des Pyrénées

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