Francis Jammes, poète gascon

Francis Jammes par JE Blanche (1917)
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Malgré un nom qui fleure bon l’Angleterre, Francis Jammes est un poète gascon né à Tornai / Tournay (Hautes-Pyrénées), le 2 décembre 1868. Il puise son inspiration en Bigorre, en Béarn et au Pays Basque.

Les débuts de poète de Francis Jammes

Maison natale de Francis Jammes à Tournay
Maison natale de Francis Jammes à Tournay

Francis Jammes (prononcer [ʒam] et non [dʒɛms]) fait de médiocres études à Pau et à Bordeaux. Il rate son baccalauréat avec un zéro en Français ! Qui aurait dit que l’un de ses poèmes, L’âne, serait appris par tous les écoliers ?

J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
il bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.
Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète. [….].

Tout d’abord, Francis Jammes écrit des poèmes que sa mère publie à compte d’auteur à Orthez où elle s’est installée après la mort de son mari. André Gide et Stéphane Mallarmé remarquent sa poésie.

Son premier recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir parait en 1898, suivi de Le deuil des primevères. Son style plait. André Beaunier dit de lui : « Très loin de Paris, dans une petite ville pyrénéenne, un poète se cache dont l’œuvre est la plus sincère, la plus touchante, et la plus singulière peut-être de ce temps. Il a son esthétique à lui. La voici : faire simple, absolument simple ; – c’est tout. » (La poésie nouvelle, Société du Mercure de France-1902).

Francis Jammes fonde le « Jammisme »

Alors que foisonnent les écoles poétiques (le romantisme, le symbolisme, le naturalisme, ….), Francis Jammes compose son « Manifeste Jammiste » à Orthez en 1897. Il prône le retour aux valeurs simples et défend l’idée que « la vérité est la louange de Dieu » et que « toutes choses sont bonnes à décrire lorsqu’elles sont naturelles ».

Le Manifeste Jammiste (1897)
Le Manifeste Jammiste (1897)

Il termine sa profession de foi par cette invitation : « Et comme tout est vanité et que cette parole est encore vanité, mais qu’il est opportun, en ce siècle, que chaque individu fonde une école littéraire, je demande à ceux qui voudraient se joindre à moi pour n’en point former, d’envoyer leur adhésion à Orthez, Basses-Pyrénées, rue Saint-Pierre ».

Contre toute attente, le manifeste de Francis Jammes est un triomphe. Il lui attire la sympathie du public et favorise le succès de ses œuvres.

Dans Grotesques de 1925, il décrit ainsi la foule de snobs sur la plage de Biarritz :

Par tout cet océan qui n’a pour Néréïdes
qu’un grouillement de chair vautrée au sable humide,
Et dont les demi-dieux, aux caleçons rayés,
Sont des zèbres humains dont les poils sont noyés [….]

La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL
La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL

Francis Jammes redécouvre sa foi

Anna de Noailles
Anna de Noailles : « La rosée de Francis Jammes est mon eau bénite ».

Vers 1905, Francis Jammes redécouvre la foi et écrit une poésie plus religieuse. Déjà, dans son recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir, il écrit : « Mon Dieu, vous m’avez appelé parmi les hommes. Me voici. Je souffre et j’aime. J’ai parlé avec la voix que vous m’avez donnée. J’ai écrit avec les mots que vous avez enseignés à ma mère et à mon père qui me les ont transmis. Je passe sur la route comme un âne chargé dont rient les enfants et qui baisse la tête. Je m’en irai où vous voudrez, quand vous voudrez ».

Anna de Noailles dira que la rosée de Francis Jammes est (son) eau bénite.

Francis Jammes publie Tristesses en 1905, Pensées des jardins, L’Eglise habillée de feuilles et Clairières dans le Ciel en 1906.

Il écrit des prières dont Je Vous salue Marie : « Par le petit garçon qui meurt près de sa mère tandis que des enfants s’amusent au parterre et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment son aile tout à coup s’ensanglante et descend, par la soif et la faim et le délire ardent, je Vous salue, Marie [……] ».

Georges Brassens mettra ce texte en chanson et aura un grand succès : La prière.

Un poète qui rayonne à l’international

Les premières traductions s’éditent en Tchéquie en 1906, en Angleterre en 1912, en Allemagne en 1919…  l’Anversois Jan van Nijlen lui consacre une monographie en 1912. Et Alfred Schilla réalise la première analyse universitaire sur son œuvre : Francis Jammes unter besonderer Berücksichtigung seiner Naturdichtung (1929).

Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke

Le grand poète Rainer Maria Rilke lui écrit le 11 aout 1904 une lettre qui commence ainsi :
« Monsieur,
Un homme qui tous les matins lit dans vos livres sent le besoin de vous remercier. (…) »

C’est dans 25 langues différentes que l’on peut lire du Francis Jammes ! Cependant, il n’a pas écrit en langue régionale. Un de ses livres, magnifique, Le roman du lièvre, déjà traduit en allemand sous le titre Der Hasenroman, est maintenant traduit en occitan : Lo roman de lebraud. Il débute ainsi :

Demest la frigola e l’aigatge de Joan de la Font, Lebraud escotèt la caça (…)
Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse (…)

Et cela nous rappelle une phrase de sa correspondance : Il y a dans le regard des bêtes, une lumière profonde et doucement triste qui m’inspire une telle sympathie que mon âme s’ouvre comme un hospice à toutes les douleurs animales. 

Francis Jammes reste fidèle à la Gascogne

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Il reste un provincial malgré de fréquents séjours à Paris et une intense correspondance avec Arthur Fontaine et André Gide.

De Tournay à Pau, à Saint-Palais et à Bordeaux, le jeune Francis Jammes suit son père employé aux contributions indirectes. À la mort de ce dernier en 1888, il part chez une tante à Orthez. Il reste 33 ans dans cette ville.

Geneviève (dite Ginette) GOEDORP (1882-1963)
Geneviève GOEDORP (1882-1963)

En 1907, il se fiance à Lourdes avec Geneviève Goedorp, une admiratrice avec qui il correspond. Il l’épouse à Bucy-le-long, près de Soissons, et ils auront sept enfants. Ils louent une maison à Orthez que son propriétaire décide de vendre en 1919. Finalement, il hérite d’une maison à Hasparren où il meurt le 1er novembre 1938.

La place de Hasparren

Les deux frontons se font face dans la chaleur.
Les gradins sont remplis par trois mille amateurs.
Il semble que, béant et bleu, le ciel respire
Comme une mer où nul nuage ne se mire.
La palpitation de quelques éventails
Au parfum d’origan mêle celui de l’ail.
La place nette est un rectangle de lumière
Que l’ombre ronge un peu sur les bancs des premières.
Les joueurs sont en blanc, vêtus comme les murs
Qu’on croit voir se gonfler par moments dans l’azur.
Indifférent et sûr de lui, la taille haute,
Attirant, repoussant chacune des pelotes,
Mondragonès bientôt n’est plus qu’un balancier
Qui trace un quart de cercle autour d’un pied d’acier.

Francis Jammes ne sera jamais élu à l’Académie française. Toutefois, il obtient le Grand prix de littérature de l’Académie en 1912.

Les artistes reprennent les textes de Francis Jammes

La maison Chrestia à Orthez
La maison Chrestia à Orthez

Les textes de Francis Jammes sont repris par des artistes.

Ainsi, Lili Boulanger (1893-1918) compose Clairières dans le ciel, une série de treize mélodies dédiées à Gabriel Fauré, sur des poèmes de Francis Jammes tirés du recueil Tristesses de 1905.

En 1953, Georges Brassens met en musique le poème Rosaire de Francis Jammes. Dans son album Les sabots d’Hélène, il chante La Prière. Elle sera enregistrée par les Compagnons de la chanson, par Frida Boccara et par Hugues Aufray.

En 1982, l’association Francis Jammes perpétue son souvenir dans la Maison Chrestia à Orthez.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

 Références

Francis Jammes poète (1868-1938) – Jacques Le Gall
Maison d’écrivains, maison Chrestia à Orthez et maison Eyhartzea à Hasparren
Wikipoèmes de Francis Jammes
Wikisource de Francis Jammes

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