Michel de Montaigne est originaire du Périgord. Issu d’une famille gasconne, il est juge au Parlement de Bordeaux avant de devenir maire de cette ville. Humaniste, philosophe, il joue un rôle essentiel dans les guerres de religion qui frappent le pays.
La famille de Michel de Montaigne

Michel Eyquem, seigneur de Montaigne (1533-1592) vient d’une famille de négociants bordelais enrichis par le commerce de la morue.
Son grand-père achète la seigneurie de Montaigne en Périgord. Elle se situe tout près de Castilhon de Dordonha (Castillon-la-Bataille). Son père participe aux guerres d’Italie aux côtés de François 1er. D’ailleurs, c’est à cette occasion qu’il est anobli.
Son père l’éduque selon les principes de l’humanisme. Il part étudier la grammaire et la rhétorique au collège de Bordeaux. La discipline y est dure. Dans ses Essais, il dit : « C’est une vraie geôle pour une jeunesse captive. Arrivez-y sur le point de leur office ; vous n’oyez que cris, et d’enfants suppliciés, et de maitres enivrés en leur colère.. Quelle manière pour éveiller l’appétit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintives, de les y guider d’une trogne effroyable, les mains armées de fouets ! ».
Il fait ensuite des études de droit, mais on connait mal cette période. Toujours est-il qu’en 1554, il reprend la charge abandonnée par son père en tant que Conseiller à la Cour des Aides de Périgueux (cour d’appel compétente en matière fiscale). Son père devient Maire de Bordeaux pour deux ans.
Malgré tout, Michel de Montaigne garde un bon souvenir de l’éducation donnée par son père. Dans les Essais, il dit à ce propos : « La pensée de mon père visait aussi à une autre fin : m’accorder avec le peuple et cette classe d’hommes qui a besoin de notre aide, et il estimait que je devais être obligé à regarder plutôt vers celui qui me tend les bras que vers celui qui me tourne le dos […] Son dessein n’a pas mal réussi du tout : je me dévoue volontiers envers les petits ».
Une carrière de magistrat
La Cour des Aides de Périgueux disparait en 1557. Comme elle dépend du Parlement de Bordeaux, Michel de Montaigne entre dans cette institution en tant que Conseiller dans une Chambre des enquêtes.
Là, il retrouve son oncle et deux cousins, ainsi que le grand-père, le père et le frère de sa future femme. Une affaire de famille en quelque sorte.
La charge de Conseiller au Parlement ne comporte pas que des fonctions judiciaires. Il a aussi une fonction politique auprès de la Cour du Roi et un rôle de diplomate. C’est ainsi que Michel de Montaigne se rend plusieurs fois à la cour de Henri II (roi de 1547 à 1559), de François II (roi de 1569 à 1570) et de Charles IX (roi de 1560 à 1574).
La rencontre avec Étienne de la Boétie

Au Parlement de Bordeaux, Michel de Montaigne rencontre Étienne de la Boétie (1530-1563) lui aussi humaniste et écrivain. Ils se lient d’une très grande amitié comme on n’en rencontre qu’« une fois en trois siècles ».
Malheureusement, quatre ans plus tard, Étienne de la Boétie meurt et Michel de Montaigne, qui admire son ainé, va perpétuer son souvenir en publiant ses œuvres et en poursuivant un dialogue écrit entre eux qui aboutira à ses fameux Essais.
Il est très affligé par la mort d’Étienne de la Boétie. Michel de Montaigne se marie en 1565. Son père meurt en 1568 en lui laissant une fortune considérable, qui le conduit à abandonner sa charge au Parlement de Bordeaux dès 1570 pour devenir écrivain.
Michel de Montaigne, soldat, diplomate et voyageur

Après avoir quitté sa charge de Conseiller au Parlement de Bordeaux, Michel de Montaigne se retire dans ses terres de Montaigne, d’où il est souvent rappelé par le roi pour combattre dans l’armée ou effectuer des missions diplomatiques.
Ainsi, il participe aux Guerres de religion, mais en blâme les cruautés : « Je pouvais avec peine me persuader, avant de l’avoir vu, qu’il eût existé des âmes si monstrueuses […] pour inventer des tortures inusitées et des mises à mort nouvelles, sans inimitié, sans profit et à seul fin de jouir de l’amusant spectacle des gestes et des mouvements pitoyables, des gémissements et des paroles lamentables d’un homme mourant dans la douleur ».

Diplomate, il est en charge de plusieurs négociations importantes, notamment entre Henri de Navarre et le roi de France. Fervent catholique, il devient pourtant, grâce à ses missions diplomatiques, l’ami d’Henri de Navarre qu’il héberge plusieurs fois dans son château.
Atteint de coliques néphrétiques, Michel de Montaigne fréquente les bains des Eaux-Chaudes, de Dax, de Bagnères de Bigorre et de Barbotan. Puis il décide d’un long voyage à travers l’Europe. Dans ses Essais, il écrit : « Faire des voyages me semble un exercice profitable. L’esprit y a une activité continuelle pour remarquer les choses inconnues et nouvelles, et je ne connais pas de meilleure école pour former la vie que de mettre sans cesse devant nos yeux la diversité de tant d’autres vies, opinions et usages ». Il rédige un Journal de voyage qui est retrouvé par un chanoine en 1770.
En 1581, il est aux thermes de Lucques en Italie. C’est là qu’il apprend qu’il est élu Maire de Bordeaux.
Michel de Montaigne, maire de Bordeaux
Michel de Montaigne est élu Maire pour deux ans : « Messieurs de Bordeaux m’élurent maire de leur ville alors que j’étais éloigné de la France et encore plus éloigné d’une telle pensée. Je refusai, mais on m’apprit que j’avais tort, l’ordre du roi intervenant aussi en l’affaire ». Ses talents de négociateur, son honnêteté, son impartialité et ses bonnes relations avec le roi de France et Henri de Navarre l’ont servi pour cette nomination.
Pendant son mandat, il se dépense sans compter pour garder Bordeaux en paix. Le Parlement se divise entre catholiques et ultras. Au dehors, les Guerres de religion font rage. La situation politique est tendue entre le Maréchal de Matignon, lieutenant du roi en Guyenne, et Henri de Navarre, gouverneur militaire de la province.

Michel de Montaigne réussit tellement bien sa mission qu’il est réélu pour un second mandat de deux ans, ce qui est extrêmement rare à l’époque. Avant lui, ce n’est arrivé que deux fois.
À quelques semaines de la fin de son deuxième mandat, la peste se déclare à Bordeaux et fait 14 000 victimes en six mois. Michel de Montaigne est absent de la ville et se garde bien d’y retourner. Il ne participe même pas à l’installation de son successeur.
Les derniers mois

La guerre et la peste se rapprochent de son domaine de Montaigne. Il part avec sa famille pour une errance de six mois. Quand il revient, il trouve son domaine entièrement dévasté. Il rejoint cependant Paris pour faire imprimer sa 3e édition des Essais. La route est dangereuse. D’ailleurs, il est fait prisonnier par des protestants à Angoulême et se retrouve enfermé une journée à la Bastille. À chaque fois, il doit sa libération à l’intervention de grands personnages qu’il a côtoyés dans ses négociations.
Michel de Montaigne meurt dans son château en 1592 à l’âge de 59 ans. On l’inhume dans l’église des Feuillants de Bordeaux. « Après avoir heureusement vécu, il est heureusement mort ».
Les Essais

Les Essais sont l’œuvre majeure de Montaigne. La première édition date de 1580 à Bordeaux. La dernière est posthume et date de 1595 à Paris. Ils sont écrits en français et non en latin.
Divisé en trois tomes et 27 chapitres, le livre traite de différents sujets comme la médecine, les arts, les livres, l’histoire, les affaires domestiques, les chevaux ou la maladie. Le tout sans aucun ordre apparent. Il y traite aussi de sa vie personnelle. Toute sa vie, Michel de Montaigne améliore la rédaction des Essais. L’édition posthume en est la plus complète.
Mais, surtout, Montaigne crée un genre nouveau : l’essai, avec une grande liberté de parole. Dans son oeuvre, on peut lire deux questions qui sont toujours d’actualité : l’identité (comment être soi ?) et la liberté (peut-on choisir sa vie ?). Quant aux réponses, il n’impose rien au lecteur et le prie en permanence d’apprendre à être lui-même.
Les Essais continuent à être étudiés et critiqués au cours des siècles. De nos jours, ils font les délices (si je puis dire) des élèves des lycées en cours de philosophie.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réormée en 1990
Références
Essais de Michel seigneur de Montaigne, sixième édition, 1588
Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie, par la Suisse et l’Allemagne en 1580 et 1581 avec des notes par M. de Querlon. Tome 2
La vie de Michel de Montaigne

