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Michel Camelat (1871-1962)

Michel Camelat, le grand écrivain trop discret

Né à Arrens-en-Lavedan le 26 janvier 1871, Michel Camélat suit ses études au petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre. En 1890, sa poésie se fait remarquer à la félibrée de Tarbes, en particulier par le jeune Simin Palay qui lui proposera l’année suivante de monter une section gasconne. Le projet aboutira en 1896.

Il épouse Catherine Augé en 1897 avec qui il aura quatre enfants. Il s’installe à Arrens comme épicier et continue en parallèle et son écriture et son grand projet de promotion de la langue gasconne, en particulier à travers des revues comme La bouts de la terre et Reclams de Biarn e Gascougne. Il est un témoin fidèle de la vie d’une vallée de montagne.

Dès 1887, Jean Bourdette conseille au jeune écrivain d’écrire dans sa langue locale. Mais il choisira très vite un gascon plus neutre et plus étendu, celui de la plaine. Secrétaire de l’Escòla Gaston Febus, il est en contact avec toutes les personnes actives dans la promotion de la langue et entretient un contact étroit avec de jeunes poètes comme Jean-Baptiste Bégarie ou André Pic. Après sa visite en Catalogne, Camélat rêve d’une telle volonté et d’une telle démarche en Gascogne.

Il meurt à Tarbes en 1962.

Une œuvre littéraire remarquable

Son premier grand poème, Beline (1899), a souvent été comparé à Mireio de Mistral. Son oeuvre majeure est peut-être Mourte e bibe (1920), épopée fruit de ses recherches historiques sur la Gascogne. Un livre qui heurte la connaissance transmise par la République.

Se disant plus écrivain que poète, ses nouvelles inspirées de situations réelles de la vie de son village ont été rassemblées dans un ouvrage, Bite bitante (1937). On y trouve toute la retenue et la sincérité de l’auteur.

De façon plus générale, la qualité de sa langue et de son écriture en font un des plus grands écrivains gascons du XXe siècle.

Extrait de La cohession deu Jantin [La confession de Jantin]

Que credetz lhèu que n’èi aimadas quandas e quandas ? Non, mics, sonqu’ua. Qu’èra ua joenòta deus setze, peus blonds coma un cabelh de horment, dab los uelhs blus e pregonds drin es.hlamats, d’aqueths qui’vs semblan díser : « On vas, gojat, hè’t ençà, estanga’t drin » e beròi hèita, e un balanç de la soa persona quan anava suu camin qui’vs dava un truc deus pesants au còr.

Vous pensez peut-être que j’en ai aimées tant et plus ? Non, mes amis, rien qu’une. C’était une jeunette de seize ans, blonde comme les blés, des yeux bleus et profonds, un regard de feu qui semble vous dire : « Où vas-tu, jeune homme, viens par ici, arrête-toi un peu » ; bien faite avec ça et avec tant d’allure quand elle marchait sur le chemin que cela vous donnait un coup en plein cœur.

Bibliographie

Le patois d’Arrens, Picard, Paris, 1891
Et piu-piu dera me laguta, Lescamela, Tarbes, 1895
L’élément étranger dans le patois d’arrens, Croharé, Tarbes, 1896
Caps de Gascougne, Louiset de La Countre, Tarbes, Imp. Emile Croharé, 1897
Beline, Pouème Gascou, imp. Lescamela, Tarbes, 1899
Griset nouste, comédie en un acte, Marimpouey, Pau, 1911
Roubi lou sounadou, pastourale en trois actes, Marimpouey, Pau, 1912
A l’aygue douce nou-b hidet, Marimpouey, Pau, 1912
Gaston Febus, pèce en cinc estanques e en vers, La Bouts de la Terre, Pau, 1912
Lou darré Calhabari, Lacrampe, Lourdes, 1916
Mourte et bibe, Marimpouey, Pau, 1920
Lole, drame en trois actes en vers, éd. occitanes, Samatan, 1925
Garbes de pouesies (1520-1920), Marimpouey, Pau, 1928
Garbe de proses (1175-1930), Marimpouey, Pau, 1933
L’espiga aus Dits (pouesies), Marrimpouey, Pau, 1934
A l’aygue douce nou-b hidet, Lacrampe, Lourdes, 1934
Gastou-Febus, Marrimpouey, Pau, 1936
Bite-Bitante, Marimpouey, Pau, 1937
Lous memòris d’un Cap-bourrut, Marimpouey, Pau, 1938
Lo Piu-Piu de la mie flahute, Marimpouey, Pau, 1942
Tros causits de pouesies e de prose à l’usance de las escoles primàris, Marimpouey, Pau, 1946
La Literature gascoune de las hounts prumères a oey lou die, Marimpouey, Pau, 1950
Garbe de pouesies (1567-1957) 2e ed. remaniée, Pau Marimpouey, 1957
Belina Institut d’Estudis Occitans, Tolosa, 1962

Livres réédités récemment :
Belina, Ed. Reclams, 2009
Morta e Viva, Letras d’Oc, 2009
Vita vitanta, Ed. Reclams, 2020