Histoire de gypaètes

Le gypaète barbu se rencontre dans les massifs alpins d’Afrique, d’Asie et d’Europe. En France, on le rencontre dans les Alpes, en Corse et dans les Pyrénées. C’est un vautour qui possède une petite touffe de plumes sous le bec, qui fait penser à une barbe. Et ce n’est pas le seul gypaète !

Le gypaète barbu, casseur d’os

Le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) ou caparroi (tête rouge) pour les Gascons, a un régime spécifique puisqu’il ne mange que du cartilage, des tendons, des ligaments et de la moëlle des os de carcasses d’animaux. Lorsqu’il ne peut pas ingurgiter un os, il le prend dans son bec, prend de l’altitude et le laisse tomber sur des pierres. La légende raconte que le poète Eschyle serait mort en recevant une tortue sur la tête, un gypaète l’ayant prise pour un rocher. En tous cas, le gypaète est aussi appelé le casseur d’os. Regardez sa technique dans le film qui suit.

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Le gypaète barbu © NatGeoWildFr

Le plus grand rapace d’Europe.

Son envergure (longueur d’un bout d’une aile à l’autre) peut dépasser les 2,80 m. On le reconnait à ses ailes plutôt étroites, coudées et à sa longue queue en forme de losange. Malgré sa taille, il ne pèse que 5 à 7 kg. Contrairement aux autres vautours, le caparroi a des plumes sur la tête et le cou. Celles du ventre sont blanches mais il se baigne dans des sources ferrugineuses afin qu’elles deviennent roux orangé. On ne connait pas l’origine de ce comportement.

Le caparroi vit en haute montagne, dans les parois rocheuses. Il vit en couple et reste fidèle toute sa vie. Même s’il possède plusieurs nids, on le retrouve souvent sur le même.

Vers l’âge de 6 ou 7 ans, entre octobre et février, le caparroi forme un couple. Ensuite, la femelle pondra de 1 à 2 œufs tous les ans ou tous les deux ans, mais n’élève qu’un seul poussin. En effet, le plus fort repousse l’autre qui finit par mourir. Puis, l’envol s’effectue entre juillet et aout. Commence alors une période de vol sur toute la chaine des Pyrénées avant de revenir progressivement s’installer sur son lieu de naissance.

L’aigle des agneaux

Un gypaete attaque un enfant - © Dessin de Gustave Roue paru dans la Suisse Illustrée de 23 novembre 1872
Un gypaète attaque un enfant, dessin de Gustave Roue paru dans « La Suisse Illustrée » © de 23 novembre 1872

Selon la légende, le caparroi enlèverait des agneaux et des enfants. On l’appelle d’ailleurs l’aigle des agneaux. Et cela explique la chasse qu’on lui a faite.

Dans son livre, Leçons élémentaires sur l’histoire naturelle des oiseaux, publié en 1862, le médecin Jean-Charles Chenu dit que le gypaète attrape les Agneaux, les Chèvres, les Moutons, les Chamois, et même, s’il faut en croire certains récits, les hommes endormis et les enfants.

Dans la Revue germanique du 1er avril 1858, on peut même lire que C’est à tort qu’on a émis des doutes sur les enlèvements et les attaques d’enfants attribués aux gypaètes. L’auteur de l’article rapporte plusieurs enlèvements d’enfants en Suisse. Pas étonnant qu’on chasse le gypaète dans les Alpes !

Le même article rapporte comment on chasse le Gypaète : Les montagnards croient que le vautour aime la couleur rouge, et ils versent souvent du sang de bœuf sur la neige pour l’attirer à portée de fusil. On prépare des appâts avec du renard grillé, du chat rôti ou une carcasse déposée au fond d’un trou. Lorsque le gypaète a dévoré l’appât, rassasié, il ne peut reprendre le vol, et on l’assomme à coups de perche.

Dans les Pyrénées aussi

Le Journal L’indépendant des Basses-Pyrénées du 12 mars 1925, raconte la mésaventure d’un gypaète acheté à un chasseur par le consul britannique à Pau qui veut l’envoyer au jardin zoologique de Londres. L’oiseau aurait confondu un camion avec un mouton sur la route du Somport et se serait laissé prendre comme un inoffensif passereau. L’auteur conclut ironiquement : sur sa cage on lira qu’il vient des Pyrénées et il pensera peut-être qu’il a quelque mission, à accomplir auprès des Anglais ; ne serait-ce que leur donner envie de chasser le gypaète entre l’Amoulat et le Capéran du Ger, ce qui ne serait déjà pas si mal…

Ainsi, victime de sa mauvaise réputation, le gypaète disparait des Alpes en 1935. Et on ne le voit presque plus dans les Pyrénées à partir des années 1950.

Dernier gypaète abattu en 1913 dans le Val d'Aoste (Italie) - © Jules Brocherel Fonds Brocherel-Broggi
Dernier gypaète abattu en 1913 dans le Val d’Aoste (Italie) © Jules Brocherel Fonds Brocherel-Broggi

Le sauvetage du gypaète barbu

Gypaète dans le Parc National de Pyrénées © F. Luc
Gypaète dans le Parc National de Pyrénées © F. Luc

En 1985, un projet de réintroduction du gypaète barbu, basé sur la reproduction en captivité est lancé. Initié en Autriche, il permet de relâcher, dans les Alpes, 15 gypaètes entre 1993 et 2000. Des couples se sont formés et des naissances ont lieu. Ce succès permet la réintroduction du gypaète dans les Cévennes.

Cependant, en 2009, on comptait 130 couples dans toutes les Pyrénées. Les randonneurs attentifs en verront voler dans le ciel. De plus, le Parc national constitue une zone de sauvegarde. Dans les années 1950, on compte 3 couples de caparroi. Ils sont 14 en 2020 qui font l’objet d’un suivi scientifique et d’un plan national de restauration. On apporte un complément alimentaire en hiver pour aider à l’élevage des jeunes.

Des mesures de protection

Gypaète Barbu © Thomas Pierre
Gypaète Barbu © Thomas Pierre

De plus, une surveillance des gypaètes barbus est faite pour éviter l’abandon des nids suite aux survols en hélicoptère et aux autres dérangements à moins de 500 mètres d’un nid (ski de randonnée, grimpeurs, vol libre et parapente). D’ailleurs, un photographe amateur est condamné en 2008 par le tribunal de Saint-Gaudens pour le dérangement d’un caparroi. Il s’est approché d’un nid pour filmer la couvaison. Et le nid a été déserté.

Sur la zone du Parc national, le caparroi élève en moyenne un jeune tous les deux ans. Dans la zone de piémont, on compte très peu de naissances en raison des fréquents dérangements dus à l’activité humaine. Depuis 25 ans, on y récence 15 morts par poison, tir, route ou lignes électriques. Cette perte est pour le moment compensée par une bonne survie des jeunes en zone du Parc et par la venue d’Espagne de nouveaux oiseaux. Mais l’équilibre reste fragile.

La mouche gypaète

Thyreophora cynophila - Eugène Séguy (1890–1985)
Thyreophora cynophila, Eugène Séguy (1890-1985) © Wikipedia

La mouche gypaète (Thyreophora cynophila) est une espèce éteinte depuis 1850. Du moins, le croyait-on. Elle est redécouverte en Espagne en 2007 et en France en 2019. D’abord en Ariège puis dans tous les départements de la chaine des Pyrénées.

Le Bulletin de la Société entomologique de France de 1934 dit que ses habitudes sont fort lugubres. Il ne recherche que les ténèbres et les cadavres desséchés. À la sombre lumière de sa tête phosphorique, il se jette sur les ossements décharnés et se repait des derniers restes de l’animalité. Rien de très engageant.

Sa larve se nourrit de la moelle osseuse des carcasses d’animaux. Elle a une tête orange. Aussi, cette couleur et son alimentation la rapprochent du caparroi.

La population de la mouche gypaète diminue avec la disparition des grands prédateurs, notamment du caparroi. Les charognes sont alors éliminées dans les montagnes. Puis, avec la réintroduction des grands rapaces, on modifie les techniques agricoles. Et les charognes sont laissées dans les montagnes pour le plus grand bénéfice des prédateurs.

Le retour du caparroi et de la mouche Gypaète sont une excellente nouvelle pour la biodiversité des Pyrénées.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia.
Parc national des Pyrénées, Gypaète barbu
Parc Pyrénées Ariégeoises, Le gypaète barbu et les autres grands rapaces des Pyrénées Ariégeoises
Leçons élémentaires sur l’histoire naturelle des oiseaux, JC Chenu, 1886
Revue des Clubs alpins.