Le bouquetin des Pyrénées

Bouquetins des Pyrénées
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L’isard est l’animal emblématique des Pyrénées. Pourtant, le bouquetin des Pyrénées a longtemps colonisé ses pentes mais il a disparu. Le Parc National des Pyrénées essaie de le réintroduire.

Un animal emblématique des Pyrénées

Bouquetin, peinture pariétale - Grotte de Niaux (Ariège) © www.patrimoine-seixois.fr
Bouquetin, peinture pariétale – Grotte de Niaux (Ariège) © www.patrimoine-seixois.fr

Le bouquetin est présent dans les Pyrénées depuis au moins 80 000 ans. On en retrouve des représentations et des restes dans des grottes préhistoriques comme à Espalungue (Pyrénées-Atlantiques) ou à Marsoulas (Haute-Garonne). On en retrouve même jusque dans les Charentes et en Aveyron. En tout, plus de 800 sites de fouilles.

Il est chassé depuis longtemps et prend une grande place dans l’économie de subsistance. Ses grandes cornes, plus imposantes que celles du bouquetin des Alpes, et ses capacités à grimper sur les plus hautes falaises en font un gibier très recherché. Dans son Livre de la chasse, Gaston dit Febus décrit comment le chasser.

L'Avenir de Luchon 1872
L’Avenir de Luchon , 7 sept. 1872

La chasse se fait plus intense au XIXe siècle. Les curistes et les amateurs de courses en montagne à la recherche de trophées déciment l’espèce. Par exemple, dans le journal L’Avenir de Luchon du 7 septembre 1872, on peut lire que « Le 29 août 1872, vers deux heures de l’après-midi, M. le comte de Potocki, en compagnie de deux chasseurs luchonnais, Charles et Orillon, a tué dans la forêt de Malivierne (quartier de Statats) un bouquetin femelle âgée de quatre ans. Les mamelles de l’animal étaient encore remplies de lait, quand il a été mis sous nos yeux ».

Dans le journal La Petite Gazette de Bagnères de Bigorre (édition du 12 décembre 1926), on peut lire que le « 4 décembre 1871, à Luz, le roi Victor-Emmanuel vient d’acquérir pour 800 Francs un bouquetin pris dans les Pyrénées ». Ce grand chasseur a contribué à décimer le bouquetin dans les Alpes.

Le dernier bouquetin français est tué à Cauterets en 1910. La dernière femelle de l’espèce est retrouvée morte en 2000 dans le parc d’Ordesa, en Espagne. Le bouquetin a totalement disparu des Pyrénées.

Le bouquetin des Pyrénées

Bouquetin des Pyrénées (illustration de 1898) © Wikipedia
Bouquetin des Pyrénées (illustration de 1898) © Wikipedia

La Capra Pyrenaica est le nom scientifique du bouquetin. Son nom fait penser à une chèvre et on l’a longtemps confondu avec elle. Il se différencie peu de ses trois sous-espèces de cousins espagnols.

Le bouquetin est trapu. Il a des pattes robustes munies de sabots qui lui permettent d’adhérer aux parois les plus escarpées. Sauf accident, il vit une vingtaine d’années. Il a une ouïe très développée, une excellente vision et un puissant odorat. C’est sans doute pour ses facultés qu’il a été un gibier recherché.

Les cornes du mâle mesurent de 65 à 90 cm de long, le plus souvent en forme de lyre, ce qui les distingue des bouquetins des Alpes. Elles ont la particularité de pousser toute leur vie. Elles ont une forme de lyre, ce qui les distingue des bouquetins des Alpes. Lors de la période de rut, mes mâles s’affrontent à coups de corne lors de combats très bruyants.

Elles sont plus petites chez la femelle (de 15 à 2 cm).

Le mâle pèse près de 60 à 90 Kg et mesure 90 cm au garrot. La femelle est plus petite. Elle ne pèse que 45 Kg et mesure 75 cm au garrot. Au premier coup d’œil, on reconnait facilement un mâle et une femelle.

Vous avez peu de chances de trouver un bouquetin en forêt. Il préfère les parois rocheuses bien exposées et rapidement déneigées. Il descend l’hiver à cause de la neige pour trouver sa nourriture, mais en été, il préfère les lichens près des sommets. En tout cas, sa vie dans les rochers n’occasionne pas de dégâts dans les forêts ni dans les estivas / pâturages d’altitude.

Le mâle a besoin de beaucoup d’espace. Les femelles se contentent d’un espace plus réduit. Le rut a lieu à l’automne. En mai ou juin, les femelles mettent bas et élèvent un jeune pendant environ 2 ans. C’est pour cela qu’il n’est pas rare de trouver des troupeaux, femelles et jeunes, de 10 à 20 bouquetins.

Le projet de réintroduction du bouquetin des Pyrénées

Le Parc National des Pyrénées et le Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariègeoises se sont unis pour réintroduire le bouquetin en 2014. Avant cela, un projet de clonage à partir de la dernière femelle encore vivante a commencé en 2000. Les chercheurs ont obtenu quelques naissances mais les petits sont morts, victimes de malformations. Le projet a donc été arrêté.

Bien sûr, l’espèce du bouquetin des Pyrénées a complètement disparu. Mais il a un très proche cousin dans les monts Cantabriques en Espagne. On estime à 10 000 leur nombre. C’est lui qui sera réintroduit.

Répartition historique du Bouquetin des Pyrénées © Wikipedia
Répartition historique du Bouquetin des Pyrénées © Wikipedia

Le premier lâcher de 9 individus à lieu en secret à Cauterets. Un nouveau lâcher à lieu en présence de la Ministre de l’Ecologie. Puis ce sont 11 individus qui sont réintroduits à Ustou en Ariège. Encore 11 nouveaux bouquetins viennent par la suite compléter le troupeau ariégeois. Au début, il y a eu une assez forte mortalité des bouquetins. Mais depuis, il y a eu de nombreuses naissances. Toujours est-il qu’en 2018, il y avait une centaine d’individus. Une belle réussite.

Aujourd’hui, les bouquetins sont au nombre de 520, moitié dans Parc National, moitié dans le Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariègeoises. C’est une espèce protégée chez nous mais on peut encore le chasser en Espagne.

Ils font l’objet d’un suivi attentif par les gardes des deux parcs, grâce à des balises et des colliers GPS posés sur chaque animal. On peut ainsi les suivre en temps réel.

Bouquetins des Pyrénées, un bouc à gauche et une étagne à droite © Julien Canet, www.bouquetin-pyrenees.fr
Bouquetins des Pyrénées, un bouc à gauche et une étagne à droite © Julien Canet

Observer les bouquetins des Pyrénées

Suivi par Télémétrie © Jordi Estèbe https://www.bouquetin-pyrenees.fr
Suivi par Télémétrie © Jordi Estèbe

Bien sûr, la réintroduction ne s’est pas faite toute seule. C’est le résultat d’un long travail de préparation et de suivi de Jean-Paul Crampe, ex-moniteur du Parc National des Pyrénées et aujourd’hui membre du Conseil scientifique qui est l’artisan de la réintroduction du bouquetin. Il raconte son aventure de 30 ans dans un livre, Le bouquetin aux Pyrénées, édité chez MontHélios. Il a beau être à la retraite, vous le croiserez peut-être en montagne, une paire de jumelles à la mais pour surveiller « ses » bouquetins.

À défaut de croiser le chemin de Jean-Paul Crampe, vous aussi, vous pouvez facilement observer des bouquetins sur les parois rocheuses. L’animal est un peu craintif et il vaut mieux ne pas s’en approcher trop. Une bonne paire de jumelles fera l’affaire.

On peut en voir en Ariège, dans les Hautes-Pyrénées, et plus récemment dans la vallée d’Aspe où les derniers lâchers ont eu lieu.

Les gardes moniteurs du Parc National vous aideront, s’il le faut, à les observer. Mais si voue en voyez au cours de votre promenade, participez-vous aussi au succès de la réintroduction du bouquetin en signalent vos observations sur : www.bouquetin-pyrenees.fr

Avec une paire de jumelles, il vous faudra grimper sur les sommets et faire preuve de patience.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Parc National des Pyrénées
Suite de suivi du bouquetin
Je signale la présence du bouquetin pendant mes randonnées

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