Dans un paysage landais de dunes littorales et de forêts de pins, on a du mal à imaginer trouver le Courant d’Huchet, un endroit humide avec une végétation luxuriante.
Le Courant d’Huchet

Le Courant d’Huchet se situe entre le lac de Léon et l’océan Atlantique. C’est un petit fleuve côtier d’à peine 10 km qui sert d’exutoire au lac. Son embouchure se situe à Moliets e Mar (Moliets-et-Maâ) et c’est le seul cours d’eau du golfe de Gascogne dont l’embouchure n’a pas été stabilisée.
Son nom vient du gascon uishet qui signifie « exutoire ».
Même s’il est l’exutoire du lac de Léon, les marées n’ont aucune influence sur le lac. Il s’envase tout doucement et a perdu la moitié de sa surface depuis le début du XXe siècle. Le courant d’Huchet est riche en anguilles et en lamproies et la pêche est une activité traditionnelle avant l’arrivée du tourisme. Elle continue, mais seuls quelques pêcheurs agréés peuvent encore le faire.
Un barrage – le barrage de la Nasse – régule le débit du Courant d’Huchet. Au reste, hormis ce barrage, le cours d’eau n’est pas aménagé par l’homme. Pas de moulin avec son passelis, pas d’autre construction. Une forêt galerie de saules et d’aulnes s’ouvre sur le marais de la Pipe puis, après avoir longé la dune de sable, le Courant se jette dans l’océan.
C’est un site classé depuis 1934 (53 hectares). Il devient réserve naturelle en 1981 et couvre actuellement 218 hectares.
La découverte du Courant d’Huchet

Le Courant d’Huchet doit sa renommée à l’essor du tourisme à Hossegor, à quelques kilomètres de là. Jusqu’au début du XXe siècle, ce n’est qu’un petit cours d’eau où les pêcheurs du lac de Léon vont chercher des anguilles. En 1905, Maurice Martin (1861-1941), journaliste bordelais, fait une descente du cours d’eau accompagné de pêcheurs locaux. Il le fait découvrir à ses amis d’Hossegor et c’est un véritable enchantement qui ressort dans les articles qu’ils publient dans la presse et les revues réputées du pays.
J-H Rosny (1856-1940) participe à cette découverte : « Il existe en France, une région presque ignorée de la majorité des Français, notre Far West : le Sud-Ouest, au-delà de Bordeaux. {…]. Parmi les merveilles qu’on y trouve, la plus attrayante peut-être est le Courant d’Huchet, qui sort du lac de Léon pour se rendre à l’Océan, en traversant une sorte de forêt vierge d’abord, ensuite un désert. »
Gabriele d’Annunzio (1863-1938), le célèbre poète italien, n’hésite pas à comparer le Courant d’Huchet à des pays exotiques : « Tour à tour le Brésil, le Tonkin, puis l’Afrique défilent sous nos yeux en un rêve exotique, parmi sables, marais, lianes et roseaux ». C’est de là que vient son surnom de « petite Amazonie du sud-ouest ». C’est bon pour le tourisme !
L’activité touristique

Le Courant d’Huchet devient célèbre. À partir de 1908, les visiteurs s’y pressent. C’est devenu la destination à la mode. Puis, à partir de 1932, une ligne d’autobus emmène, deux fois par semaine, les visiteurs d’Hossegor vers le Huchet. Les pêcheurs forment le syndicat des « Bateliers du Courant d’Huchet ».
L’activité touristique est toujours aussi intense. Les bateliers descendent toujours le Huchet avec leur galupa (galupe), mais on peut aussi le découvrir à pied par des sentiers aménagés, seul ou avec un guide. Outre les paysages remarquables, on peut y voir des chevreuils, des sangliers mais aussi loutres et des visons d’Europe.
Voir, en cliquant ici, une visite du Courant d’Huchet en video
Il faut savoir que seule la descente en barque du Courant est permise. Ce sont les bateliers qui se chargent de vous emmener. Remonter le courant est strictement interdit, de même que d’utiliser une embarcation autre qu’une galupe conduite par un batelier.
Le classement en réserve naturelle en 1961 permet d’augmenter la fréquentation. Les guides touristiques en font la promotion, comme le Guide vert Michelin Aquitaine qui dit : « Le Courant d’Huchet – L’eau fuit l’étang de Léon pour rejoindre l’Océan. Elle se fraye un chemin à travers des arceaux de vieux arbres envahis par le lierre et la mousse. La barque qui suit son sillage vous fait glisser dans un univers à part, presque exotique. Un voyage au fil de l’eau en famille ou en duo ».
Réserve nationale

Après le premier classement en 1934, la surfréquentation touristique dans un site unique, riche en paysages, en faune et en flore a naturellement conduit à la création d’une réserve naturelle de 618 hectares à grand intérêt écologique.
La réserve est un site majeur pour le vison d’Europe, les loutres, les genettes, les campagnols amphibies et les innombrables chauves-souris.
Placée sur un couloir migratoire, on peut y observer des oiseaux comme le pipit rousseline sur les dunes, l’aigle botté dans la forêt ou la locustelle dans les roselières.

C’est aussi un refuge pour une vingtaine d’espèces de reptiles comme les rainettes, le triton marbré, le lézard vivipare ou même la tortue cistude d’Europe.
Nous avons vu que des lamproies et des anguilles peuplaient le courant du Huchet. Mais on y croise aussi 270 espèces de coléoptères, 285 plantes différentes dont 10 espèces sont protégées au niveau national. Bref, les ornithologues et les zoologues ont de quoi satisfaire leur curiosité. Mais il n’est pas sûr que la majorité des visiteurs viennent pour cela… !
Les bipèdes ne sont pas encore une espèce protégée, même sur le courant du Huchet !
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Site de la réserve du Huchet
Site des bateliers du courant du Huchet
La réserve naturelle du courant d’Huchet
GONOT, B. et TRAN, T., « Aux confins de l’Amazonie landaise (France) : les paysages d’eau et de forêt du Courant d’Huchet », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, hors-série 10, 2011.


Bonjour,
Je lis régulièrement l’intéressante lettre de Escòla Gaston Febus.
Je voudrais correspondre avec un médiéviste de votre association.
J’ai un renseignement à lui demander.
Je suis en thèse d’histoire médiévale.