Dans les Pyrénées, on connait bien l’isard ou le bouquetin récemment réintroduit après avoir été décimé par la chasse. Un troisième larron, le mouflon s’installe progressivement dans les Pyrénées. Quel est cet intrus pas de noste (pas de chez nous)?
Qu’est-ce qu’un mouflon ?

Le mouflon est un ovin qui possède des cornes spiralées et recourbées qui sont permanentes. Elles peuvent mesurer plus d’un mètre et peser jusqu’à 12 kg pour un individu adulte qui, lui, peut atteindre 50 kg. Le mouflon mesure 70 cm au garrot et peut courir jusqu’à 60 km/h. C’est dire si le mouflon est impressionnant.
Il vit en moyenne altitude, en groupes familiaux qui peuvent compter jusqu’à 30 individus. Comme il n’hiberne pas en hiver, on le retrouve fréquemment en basse altitude.
Au printemps, le combat des mâles est spectaculaire. Ils s’affrontent en entrechoquant leurs cornes. D’ailleurs, le bruit des combats s’entend à des kilomètres à la ronde. Il aime les climats chauds et l’humidité peut causer une importante mortalité chez les jeunes. Il est très au point pour l’escalade mais pas pour les couvertures neigeuses.
Le mouflon est un animal très répandu. On le rencontre dans les zones montagneuses d’Asie, d’Amérique et bien sûr d’Europe, plus particulièrement en Europe centrale. En France, seule la Corse possède des mouflons. On pense que ce sont des moutons domestiqués qui sont progressivement revenus à l’état sauvage.
Ce sont ces mouflons que l’on a introduits en Savoie, dans le Massif Central (Grands Causses d’Aveyron, Mont Dore dans le Cantal ou dans le Gévaudan en Lozère), dans l’Hérault (massif du Caroux) et dans les Pyrénées. On trouve même de petites colonies dans les Ardennes, à Beauvais et dans la baie de Somme.
Le mouflon, une introduction cynégétique

Si on retrouve le mouflon originaire de Corse dans d’autres régions françaises, c’est que les chasseurs l’ont introduit à partir des années 1950. Le bouquetin étant éradiqué, il fallait trouver d’autres espèces de gros gibiers à chasser en montagne. Alors, le choix s’est porté sur le mouflon. Ainsi, en 1958, on a lâché une dizaine de mouflons sur le massif de Tava (Tabe) en Ariège languedocienne. Ils se sont rapidement adaptés et on compte 625 mouflons en 2001.
En Gascogne, un lâcher de 15 mouflons a lieu en 1978 sur le Massif du Pibeste, entre Argelès-Gazost et Lourdes en Bigorre. Ils sont maintenant 350. C’est la colonie la plus à l’ouest de la France.
Le Massif du Pibeste devient Réserve naturelle régionale en 2012 (réserve du Pibeste-Aoulhet). Avec 5 100 hectares, c’est d’ailleurs la plus grande réserve de ce genre en France métropolitaine.
Ce noyau de population de mouflons se développe lentement. Dans les années 2000, on introduit 11 mouflons du massif du Pibeste sur le Pic de Jer à Lourdes. Puis, en 2015, la Fédération des chasseurs introduit une quinzaine de mouflons en Béarn, dans la montagne d’Asson. Il est vrai que les mouflons du Pibeste ne connaissent pas les frontières et passent souvent en Béarn.
Avec ce nouveau lâcher, le mouflon fait son grand retour en Béarn. Déjà en 1951, des mouflons avaient été introduits à Borce sur le Piç du Midi d’Ossau mais la colonie ne survécut pas.
Pourquoi le choix du Pibeste pour le mouflon ?

Le massif du Pibeste, aussi appelé massif du Granquet, est un massif de moyenne montagne qui culmine à 1 881 mètres d’altitude. Le plus haut sommet s’appelle justement le Som de Granquèt. Le pic du Pibeste ne fait que 1 349 mètres d’altitude.
Le massif est composé de roches calcaires et de marnes. Elles sont sensibles à l’eau qui y creuse de nombreuses cavités et des grottes (les grottes de Bétharam en sont un exemple). L’eau circule essentiellement sous terre et on la voit réapparaitre parfois sous forme de sources ou de résurgences.
La face nord du massif du Pibeste est plus humide que la face sud. Les forêts de hêtres et de chênes y sont nombreuses. La végétation a un caractère plus méditerranéen sur le versant sud.
On l’aura compris, ce climat plutôt de type méditerranéen convient parfaitement au mouflon qui y retrouve son habitat naturel. C’est aussi une raison qui fait qu’on n’a pas pu l’introduire partout.
De plus, le massif du Pibeste est en dehors du Parc National des Pyrénées où le mouflon n’aurait pas trouvé sa place. Le Parc ne s’occupe que de la réintroduction et de la sauvegarde des espèces naturellement présentes dans les Pyrénées comme l’isard et le bouquetin.
L’introduction du mouflon est donc bien une initiative de la Fédération de chasse des Hautes-Pyrénées. La gestion du troupeau, notamment les droits de chasse, se fait en collaboration avec la réserve naturelle du Pibeste-Aoulhèt.
Une forte activité touristique
Le massif du Pibeste est une zone de pastoralisme. Les troupeaux contribuent à l’ouverture des milieux. On y exploite la forêt de manière raisonnée.
L’activité touristique y est très importante. Bien-sûr, on pense que le mouflon y contribue largement. Seulement, avant son introduction, le tourisme est déjà très développé sur le massif facile d’accès pour des promenades, et surtout très proche des stations thermales comme Argelès-Gazost.
Le journal Le courrier thermal de Bagnères de Bigorre du 6 aout 1939 qualifie le Pibeste de « montagne enchantée ». S’adressant aux curistes : « La montée du Pibeste est plus qu’une belle ascension : c’est un envol vers les cimes. Et je ne parle pas seulement du trajet aérien qui, pendant deux–mille mètres, vous fait planer au-dessus d’un torrent de verdure dont la houle déferle sous vos pieds et, à certains moments, semble vous submerger. J’évoque surtout l’impression unique de grandeur presque irréelle qui vous saisit là-haut et vous révèle, en une vision magique, la splendeur majestueuse de nos Pyrénées ».
Si le journal parle d’un « envol vers les cimes », c’est qu’un téléphérique est inauguré en 1936 pour amener les touristes jusqu’au sommet du Pibeste. Il transporte en moyenne 1 000 touristes par jour. À partir des années 1960, sa fréquentation décline et il ferme définitivement en 1969. Les gares de départ et d’arrivée existent toujours et certains professionnels rêvent de la reconstruire pour en faire un nouvel atout touristique.

En guise de conclusion
On ne se lasse pas de relire Le courrier thermal de Bagnères de Bigorre : « Mais l’attrait du Pibeste est d’un ordre plus général et d’un caractère plus étendu. À la portée de tous, autant par le prix minime de l’ascension que par la proximité de Lourdes et des stations thermales voisines, il leur offre la plus délicate des attractions, par la variété et la magnificence de ses horizons, le charme de ses ombrages et la grâce exquise des verdures qui le couronnent. On peut y passer une heure pleine de ravissement ; on peut s’y attarder une journée sans en épuiser le charme. Et ceux qui l’ont une fois connu, emportent, avec la joie d’un souvenir de beauté, cette résolution qu’impose la contemplation des merveilles émouvantes : le revoir ».
Certes, le mouflon n’y était pas encore introduit mais le charme du massif du Pibeste donne toujours au promeneur « l’envie de la revoir ».
Serge clos-versaille
écrit en orthographe réformée de 1990
Références
Le site des patrimoines du Pays des Vallées des Gaves
Pyrénées Chasses d’Approches


En prenant dès le début la liberté de mettre au même niveau d’annonce «l’isard ou le bouquetin», la description renforce l’unicité de la faune caprine. Mais il conviendrait surement d’apporter une nuance, une légère différence: l’isard est «rupestre» (Rupicapra pyrenaica), voire pariétal, alors que les autres intrus « pas de noste » (pas de chez nous), ne le sont pas totalement. Le bouquetin s’il est emblématique des Pyrénées et présent depuis toujours lui aussi, a du être réintroduit par l’homme. De ce simple fait on peut simplement dire qu’il n’est plus celui de nos forêts primaires, si elles existaient encore. Comme , ne le sera pas le mouflon dont vous nous parlez aujourd’hui.
Je ne suis pas un puriste jusqu’au boutiste, mais, quand même, la différence, et les qualités qu’elle apporte à la richesse d’un lieu, n’ont pas à rougir d’être notées.
Les Pyrénées savent recevoir. Tout le monde le sait et Pyrène la première sut recevoir son héros.