Qu’on l’appelle Votre, Vutre, Voter, Votèir, Votèth ou Votin, il s’agit d’un même oiseau : le vautour fauve. Victime d’une très mauvaise réputation, il a failli disparaitre des Pyrénées.
Le vautour fauve

On le reconnait bien à son vol lent dans le ciel, sa queue courte et sa collerette claire. L’envergure de ses ailes est autour de 2,65 cm et sa longueur totale est de près de 1 mètre. Il est un peu plus grand que l’aigle royal (2,30 m) et un peu moins que le vautour moine (2,95 m). Toutefois, il est difficile de le confondre avec eux. Pour en savoir plus sur les espèces, lire l’article Quand planent les vautours.
Il plane majestueusement en décrivant de larges cercles dans le ciel. C’est qu’il est à la recherche d’une proie qu’il repère jusqu’à 1000 m de hauteur grâce à sa vue perçante. Plus exactement d’une charogne, car il ne se nourrit que d’animaux morts. C’est un charognard.
Comme les grands animaux sauvages sont rares en montagne, il se nourrit principalement d’animaux domestiques morts (vaches, brebis), parfois que l’on place exprès dans un charnier. Le vautour attend que les grands corbeaux, oiseaux assez agressifs, entament la carcasse et quand il voit qu’il n’y a plus aucun danger, il s’approche de la charogne.
Une vie en groupe

Le vautour fauve vit en groupe. Aussi, on peut voir toute une troupe de vautours nettoyer une même carcasse en quelques dizaines de minutes. C’est à qui prendra la plus grosse part, quitte à y laisser quelques plumes.
Au sol, le vautour se déplace difficilement en faisant de petits sauts. Son long cou est dénué de plumes ; il est recouvert d’un fin duvet, parfaitement adapté au dépeçage des charognes.
On peut même dire que le vautour travaille en famille (voir quand planent les vautours). Ainsi, le vautour fauve entame la carcasse dont il mange les tissus mous (poumons, foie, muscles, viscères). Vient ensuite le vautour moine qui mange les tissus durs (cartilage, peau). Le gypaète termine la charogne en mangeant les os.
Entre les mois de novembre et de janvier, les couples se forment au sein d’une colonie de vautours. Leur nid perché en altitude sur une falaise bien exposée au soleil, accueille un œuf unique qui éclot au bout de 50 jours. Le jeune, nourri par ses parents, quitte le nid quatre mois plus tard, entre le 15 juillet et le 15 aout.
« Je suis … le mal-aimé, … »
Ubi pecora, ibi vultures. Les latinistes que vous êtes, auront parfaitement compris : Là où il y a des troupeaux, il y a des vautours. En effet, le pastoralisme et les vautours cohabitent et sont même intimement liés.
S’ils sont moyennement appréciés des éleveurs, les vautours nettoient la montagne des carcasses d’animaux morts et évitent ainsi la pollution de l’eau ou la propagation de maladies qui pourraient se développer. On les accuse aussi d’attaquer des animaux vivants. C’est parfois vrai sur des bêtes lors de mises bas difficiles ou sur les animaux gravement blessés à la suite d’une chute par exemple.
Voir la vidéo d’un groupe de vautours fauves en train de dévorer un veau filmés en Alsace © DNA
La vie du vautour fauve n’est pas facile. Croyant – à tort – qu’il attaque le gibier, on lui a fait une chasse intensive au XIXe et début du XXe siècle. Il est aussi une victime indirecte de la chasse car, en dévorant les carcasses de gibier mort, le vautour ingurgite le plomb de chasse qu’il n’est pas capable de digérer et meurt de saturnisme. Ou, bien par empoisonnement volontaire de l’homme qui piège des carcasses d’animaux (renards, blaireaux, rats, etc.).

Des activités humaines préjudiciables
Les gigantesques éoliennes (collisions) et les lignes électriques (électrocution lors de l’envol) sont des facteurs importants de mortalité des vautours. De même, l’activité touristique de l’homme a des répercutions désastreuses sur le vautour en période de ponte (survols aériens, raids mécaniques, escalade, etc.).
L’abandon du pastoralisme dans certains secteurs de la montagne prive le vautour d’une ressource alimentaire assurée. En 2003, suite à la crise de la « Vache folle », l’Europe interdit les charniers à ciel ouvert. Les vautours perdent ainsi leur source de nourriture. On en voit même chercher de nouveaux territoires en Belgique. En 2009, l’Europe autorise à nouveau les charniers à ciel ouvert. Il était temps !
Le retour du vautour fauve

En France, à la fin des années 1960, il ne reste plus qu’une vingtaine de vautours fauves dans les Pyrénées. Dans les Cévennes ou dans les Alpes, il a même complètement disparu. Jean-François et Michel Terrasse créent le Fonds d’intervention pour les rapaces (FIR) en 1969. Le FIR rejoindra la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) en pour y constituer la « mission rapaces ».
Après avoir frôlé la disparition, la population pyrénéenne de vautours est aujourd’hui de plus de 7 500 couples dont la majorité vivent en Espagne. À peine 1 300 couples vivent du côté français, le tiers d’entre eux ayant élu domicile au sein du Parc National des Pyrénées, principalement dans la vallée d’Ossau en Béarn.
Une réserve naturelle, installée à Asté-Béon depuis 1974, leur est dédiée. Elle protège les sites de nidification sur une surface de 84 hectares. C’est le Parc National des Pyrénées qui supervise son activité. En effet, il s’agit d’assurer un apport de nourriture suffisant et une tranquillité parfaite pendant la saison de nidification qui va des mois de décembre à mars. Et c’est une pleine réussite !
En 2022, on constate une forte chute de la population, sans doute causée par la grippe aviaire. Mais, la reproduction du vautour repart à la hausse dès l’année suivante avec une centaine de couples et 60 jeunes prêts à l’envol.

La « Falaise aux vautours »

Le travail scientifique mené pour la sauvegarde et le retour du vautour fauve n’est pas suffisant. Il faut montrer ce travail, l’expliquer et démystifier l’image du vautour auprès du public. C’est l’idée de la création de la « Falaise aux vautours » en 1993 dans le village d’Asté-Béon,. Elle est située juste sous la falaise où nichent les vautours.
Ce n’est pas le fruit du hasard. Michel Terrasse (1928-2003) est un pharmacien des Hauts-de-Seine. Il devient cinéaste animalier et l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la protection des rapaces et de la réintroduction du vautour en France, en Europe et en Amérique du nord et du sud. Il sort une vingtaine de films qui auront un beau succès. Le premier, Pyrénées montagne des aigles, en 1964, jusqu’à Le Bal des charognards en 1984 ou Condors (tourné en Argentine) en 1991.
Avec un groupe d’ornithologues, il étudie les vautours dans la vallée d’Ossau dans les années 1960, conférant au site une renommée mondiale. Son action contribue à la création d’une réserve naturelle en 1974. En 1993, ouvre la « Falaise aux vautours ».

Grâce à des caméras installées en haut de la falaise, on peut suivre en direct la vie des vautours et de leurs petits. On peut également suivre le travail des gardes-moniteurs qui descendent régulièrement la falaise en rappel pour baguer les jeunes oiseaux âgés de deux mois. Depuis la création de la « Falaise aux vautours », ce sont plus de 800 oiseaux qui ont été bagués. Cela permet d’étudier leur population : taux de survie des jaunes, longévité par exemple, ainsi que leurs déplacements.
La pose de balises sur certains vautours montre que malgré les aires d’équarrissage disposés en montagne, l’oiseau continue d’avoir un comportement naturel de recherche de nourriture entre le Béarn et le pays Basque.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Parc national des Pyrénées, Réserve naturelle nationale d’Ossau.
Plan National d’Action, Vautour fauve et Activités d’élevage (2016-2025)
Le Monde, » Michel Terrasse, pionnier de la protection des rapaces, est mort », 23 janvier 2023.
>Agir pour la biodiversité, « Conservation du vautour fauve », 1er aout 2022.
>EFESE, Mettre en valeur les espèces sauvages et leurs fonctions écologiques dans les territoires
Anthropogenic Drivers Leading to Population Decline and Genetic Preservation of the Eurasian Griffon Vulture (Gyps fulvus)
Modelling the effects of sanitary policies on European vulture conservation

