Arette, aout 1967

Arette, août 1967
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Le village d’Arette est une bourgade tranquille de la vallée de Barétous. Son destin bascule dans la nuit du 13 aout 1967.

Le Barétous, une vallée bien tranquille 

La Vallée du Barétous © miettesdailleurs.be
La Vallée du Barétous © miettesdailleurs.be

Avec la vallée d’Ossau et la vallée d’Aspe, la vallée de Barétous est une des trois vallées de la montagne béarnaise. C’est la plus petite des trois et elle ne compte que quatre communes.

Areta (Arette) se situe dans la vallée de Varetons (Barétous) et est frontalière avec l’Espagne. L’essentiel de ses activités concerne la forêt, l’élevage et les estives. Elle compte 1 055 habitants en 1967. Aujourd’hui, la population a peu varié, ce qui est assez rare pour une commune de montagne, même si la population âgée y est prépondérante.

La « Maison du Barétous » se situe d’ailleurs à Areta et présente des collections permanentes liées au pastoralisme.

Le fromage Ossau-Iraty © Matocq
Le fromage Ossau-Iraty © Matocq

Areta fait partie de l’appellation de l’ Ossau-Iraty. C’est un fromage au lait de brebis, à pâte pressée non cuite qui bénéficie d’une AOP depuis 1996 (la première AOC date de 1980).

La production de lait de brebis s’intensifie à partir de 1900 pour servir à la fabrication du Roquefort. La consommation de ce fromage baisse dans les années 1970 et les activités se recentrent sur le Tarn et l’Aveyron. Cela amène les éleveurs pyrénéens à se regrouper et à se lancer dans l’aventure de l’Ossau-Iraty.

Areta est aussi la patrie du Félibre Henri Pellisson (1848-1912), membre de l’Escòla Gaston Febus et auteur de poésies remarquables primées aux Jeux Floraux de Toulouse. Il signe ses œuvres : Lou Felibre de Barétous.

Le développement du sport à Arette

Montée impossible 2025 © Arettte64
Montée impossible 2025 © Arettte64

On connait Areta pour son épreuve de « la montée impossible » au cours laquelle des motards s’affrontent pour gravir une pente de 230 mètres de long et de 70 à 82 % d’inclinaison. Inutile de dire que peu de motards parviennent jusqu’au sommet.

La commune abrite aussi la Pèira de Sent Martin (La Pierre Saint-Martin) où se déroule chaque année, le 13 juillet, la cérémonie du « Tribut des Trois vaches » ou « Junte de Roncal » au cours de laquelle les quatre maires de la vallée du Barétous remettent trois vaches aux maires de la vallée de Roncal en Espagne. Le traité a plus de 600 ans et c’est le plus vieux encore connu en Europe.

La Pèira de Sent Martin, c’est aussi une station de ski moderne qui a vu le jour lorsque la commune décide d’installer deux téléskis en 1961. Il faut monter le matériel à dos de mulets, créer des routes, alimenter la station en eau potable sans nuire aux activités pastorales. Ce sont les bergers qui s’occupent des premières remontées mécaniques.

La station offre 20 pistes de skis et seulement 3 000 lits pour une fréquentation quotidienne de 4 500 skieurs.

Station de ski de la Pierre-Saint-Martin © Pyrénées Béarnaises
Station de ski de la Pierre-Saint-Martin © Pyrénées Béarnaises

Le massif de La Peira de Sent Martin est aussi un haut lieu de la spéléologie. À cheval sur la frontière franco-espagnole, on y trouve des gouffres parmi les plus profonds du monde. La salle de la Verna, ouverte au public, mesure 245 mètres de diamètre et 194 mètres de haut. Elle pourrait contenir six fois la cathédrale de Paris !

Soudain, la catastrophe

Arette séismeNous sommes au mois d’aout 1967. Les rues d’Areta grouillent de monde. Il fait chaud et les gens sont sortis dans la rue pour profiter un peu de la fraicheur de la soirée.

Soudain, à 11 h 08, survient un tèrratrem (séisme) de magnitude 5,5. Une première secousse est suivie d’une seconde plus intense. L’épicentre se trouve à 10 kilomètres de profondeur, non loin d’Areta. La secousse dure 6 secondes et détruit une grande partie du village ; elle cause des dégâts importants aux commune voisines.

Le clocher d’Areta s’effondre ainsi que plusieurs maisons. Par chance, le séisme ne fait qu’un mort. Il s’agit d’une vielle dame, restée chez elle, sur laquelle sa maison s’est effondrée. Il y a aussi une vingtaine de blessés.

Les Pyrénées, une zone fortement sismique

Los Pirenèus (Les Pyrénées) subissent plusieurs centaines de séismes par an. Mais, la population les ressent à peine. Toutefois, celui d’Areta est un des plus violents. Même s’il n’a aucune mesure avec le séisme de 1660 qui détruisit Banhèras (Bagnères de Bigorre,) celui de 1750 qui ravagea Lorda (Lourdes) ou encore celui de 1854 à Arguilèrs (Argelès-Gazost).

Carte de « densité sismique » des Pyrénées. La couleur représente le nombre de séismes enegistrés sur 30 ans dans un rayon de 5 km © RSSP
Carte de « densité sismique » des Pyrénées. La couleur représente le nombre de séismes enregistrés sur 30 ans dans un rayon de 5 km © RSSP

Le séisme est ressenti per Gasconha tota (dans toute la Gascogne) et en Espagne. Des répliques ont lieu dans les jours suivants : cinquante le 14 aout, huit le 15 aout, onze le 16 aout. Trois ou quatre secousses suivent chaque jour, puis leur nombre diminue jusqu’au mois de Septembre.

Le séisme a un fort retentissement. Dès le lendemain, le Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi vient constater les dégâts. Il s’agit d’un certain Jacques Chirac.

Il faut dire que le bilan du séisme est lourd. Outre les victimes, 62 communes sont déclarées sinistrées, 2 283 immeubles sont atteints, dont 340 irréparables.

Les secours s’organisent

Arette - déclenchement du Plan ORSEC © Sud-Ouest
Arette – déclenchement du Plan ORSEC © Sud-Ouest © BCSF

Le village n’a plus d’électricité. Les gravats, les poutres, les ardoises, les pierres, le mortier… jonchent les rues.

Le Maire d’Auloron-Senta Maria (Oloron-Sainte-Marie) ouvre le lycée de la ville pour héberger les sinistrés. La plupart des nombreux vacanciers quittent précipitamment Areta pour rentrer chez eux. Ceux qui sont restés sont rassemblés sur la place de l’église, loin des habitations qui continuent à s’écrouler.

Le 14 aout, les derniers vacanciers sont évacués, les colonies de vacances vidées de leurs occupants. Seuls restent les habitants d’Areta qui couchent à la belle-étoile tant leurs maisons sont endommagées.

Le 16 aout, la préfecture déclenche le plan ORSEC. Des militaires, venus en renfort, préparent des repas pour les 800 habitants restés sur place. L’école devient une cantine. Des tentes sont installées dans les prairies voisines, les matelas disposés à même le sol.

Les tentes de premier secours
Les tentes de premier secours © BCSF

Les P.T.T. installent des lignes téléphoniques provisoires qui s’avèrent insuffisantes, tant les appels et les télégrammes de soutien sont nombreux.

Comme toujours en pareil cas, une foule de curieux afflue à Areta, qui pour prendre des photos, qui pour envoyer une carte postale depuis le village ravagé. D’autres viennent piller le village, encadrement des portes, éviers en marbre d’Arudy, etc. Tout ce qui peut avoir de la valeur est rapidement emporté.

Finalement, on installe un barrage sur la route qui mène à Areta. Pour passer, il faut un laisser-passer délivré par le maire du village ou par le sous-préfet d’Oloron-Sainte-Marie.

La reconstruction d’Arette

Carte des dommages des bâtiments (R : 100%, J : partiel, V : 0%)
Carte des dommages des bâtiments à Arette (R : 100%, J : partiel, V : 0%) © BCSF

Une antenne de la préfecture est installée dans ce qui reste de la mairie pour diriger les travaux de déblaiement. Le Génie militaire, les CRS, les gendarmes, les pompiers, les P.T.T. et la Croix-Rouge sont à l’œuvre. Hélicoptères, bulldozers et pelles mécaniques entrent en action.

On déblaie les rues, on rase les maisons qui menacent de s’écrouler.

La pluie s’en mêle. Le sol devient boueux et glissant. Les matelas sous les tentes deviennent humides. La mairie réquisitionne plusieurs personnes pour traiter et éplucher la montagne de courrier acheminé par les P.T.T. Lettres et télégrammes de soutien, chèques et colis affluent de partout.

Les chalets provisoires
Les chalets provisoires © BCSF

En prévision de l’hiver, on installe des Algeco. Puis, au printemps suivant, on met à disposition des chalets mieux équipés.

Il faut du temps mais, finalement, Areta est entièrement reconstruit. La commune retrouve son style béarnais ; les maisons neuves sont solides et bien équipées de tout le confort moderne. Il n’y a plus de masures comme avant le séisme du 13 aout 1967.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle de 1990

Références

BCSF – Détails du séisme

Xavier PIOLLE, Le tremblement de terre d’Arette, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, 1968, tome 39, pages 369 à 396.

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