Cauterets, ou Cautarés en gascon, est un village des Hautes-Pyrénées situé à plus de 500 mètres d’altitude et limitrophe de l’Espagne. Son nom évoque à lui seul les sources chaudes et les bains.
Les sources chaudes de Cauterets
Déjà, au XIe siècle, le village s’appelait Caldarez. Puis, son nom de Cautarés apparait au XIIIe siècle même s’il connait quelques variations d’écriture. C’est dire que le village fait référence depuis longtemps à ses sources chaudes : cautarèrs.
Les montagnes alentour sont occupées depuis le néolithique. D’ailleurs, on retrouve des tumulus et des cromlechs sur le plateau du Marcadau. Plus tard, les Romains y pratiquent les bains car on a retrouvé une piscine ainsi que les vestiges de deux villae à l’emplacement du village actuel.
À partir du Moyen Âge, des visiteurs de choix
Cautarés est la possession de l’abbaye de Saint-Savin y qui aménage une piscine. Bientôt un village se forme autour du bassin. Le fait d’appartenir à une célèbre abbaye lui vaut des visiteurs célèbres. Par exemple, on sait que Gaston dit Febus y est venu en 1380.

Bien plus tard, Marguerite de Navarre (1492-1549) fera sa renommée à partir de 1541. Elle va « prendre les eaux » comme on dit à l’époque pour soigner sa fille, Jeanne d’Albret. Elle y écrit son Décaméron dont voici un extrait du prologue : « Le premier jour de septembre, que les baings des monts Pirenéees commencent d’entrer en leur vertu, se trouvèrent à ceux de Caulderès plusieurs personnes tant de France que d’Espaigne, les ungs pour y prendre de l’eaue, les autres pour se y baigner, & les autres pour prendre de la fange, qui sont choses si merveilleuses, que les malades habandonnez des mèdecins s’en retournent tous guariz. […] En ces baings là demeurèrent plus de trois semaines tous les mallades jusques ad ce que, par leur amendement, ils cognurent qu’ilz s’en pouvoient retourner ». La pratique décrite a toujours lieu.

Mais, les guerres de religion et les guerres contre l’Espagne font oublier les eaux de Cauterets. Et ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’on en reparle avec la construction d’une route qui va jusqu’à la Raillère ou Arralhèra (Éboulis).
Charles Bruzaud (le maire de Cauterets en 1791) fait descendre l’eau thermale dans le village et construit un établissement moderne. Il est facilement accessible, avec un salon, un déambulatoire couvert et des jardins. Concurrencés par les Thermes César construits en 1843, les Thermes Bruzaud sont finalement absorbés par les Thermes César durant l’entre- deux guerres. Au total, on construit six établissements thermaux à Cauterets.
Cauterets devient une station mondaine
Le XIXe siècle est l’âge d’or du thermalisme et Cauterets est une station mondaine où l’on vient de loin. Aussi, on construit des hôtels modernes : Le Grand hôtel d’Angleterre, Le Grand hôtel Continental, etc.
Des personnalités comme Louis et Hortense de Beauharnais en 1807, Napoléon III et la princesse Eugénie en 1859, viennent à Cauterets. Et aussi des artistes ou des écrivains comme George Sand en 1825, Chateaubriand en 1829, Victor Hugo en 1843, Giuseppe Verdi en 1866, etc.

Dans ses carnets, Victor Hugo raconte ses excursions en montagne. Il écrit à son ami Louis Boulanger : « Figurez-vous, Louis, que je me lève tous les jours à quatre heures du matin, et qu’à cette heure sombre et claire tout à la fois je m’en vais dans la montagne. Je marche le long d’un torrent, je m’enfonce dans une gorge la plus sauvage qu’il y ait, et, sous prétexte de me tremper dans de l’eau chaude et de boire du soufre, j’ai tous les jours un spectacle nouveau, inattendu et merveilleux. »
Il dédie même un poème à Cauterets dans son recueil Les Contemplations (Livre III, Les luttes et les rêves) publié en 1856.
Les divertissements
Il faut divertir les curistes. Alors, on joue des pièces en vers au théâtre de la Nature : Gaston Phébus, ou encore Marguerite de Navarre. Les acteurs viennent de Paris, du théâtre de la Porte Saint-Martin, du Théâtre national de l’Odéon ou du théâtre de la Renaissance.

La « Grande semaine traditionnelle des Trois Béréts » a lieu en aout. On y voit des démonstrations des plus grands champions de pelote basque au fronton, des danses espagnoles, du cinéma. On n’oublie pas « Les Troubadours Montagnards », « Les Chanteurs et les danseurs de la vallée d’Argelès », ni « Le Desbeilh de Cauterets ».
Pour accueillir tout ce monde, on construit en 1871 une ligne de chemin de fer entre Lourdes et Pierrefitte. Puis, en 1899, une ligne électrique de Pierrefitte à Cauterets, prolongée par un tramway qui dessert l’Arralhèra et inaugurée plus tôt en 1897. La ligne électrique ferme en 1949 et le tramway de Cauterets à l’Arralhèra s’arrête en 1970.

D’ailleurs, on peut encore voir la gare de Cauterets construite en bois en 1898. Elle est classée Monument Historique depuis 1981. L’emplacement de la ligne électrique a lui aussi été restauré et est devenu un chemin de randonnée très fréquenté.
Les eaux soufrées jaillissent entre 45° et 60°. Il reste les thermes César spécialisés dans l’oto-rhino-laryngologie (ORL) et les voies respiratoires, les thermes des Griffons pour traiter la rhumatologie et les thermes du Rocher (thermo-ludisme).
Affiche. Gallica. Les bains de l’Arralhère. Gallica. Intérieur de l’hôtel Continental. Gallica.
C’est aussi une station sportive

Entre deux séances de cure thermale, ces visiteurs organisent des promenades et des excursions avec des guides et des porteurs locaux. Il faut dire que les sites remarquables sont nombreux : le Pont d’Espagne, le lac de Gaube, le Marcadau, etc.
Et c’est aussi les débuts de l’alpinisme. Henry Russell (1834-1905) parcourt les Pyrénées à partir de 1858. Il réalise la première ascension des plus hauts sommets autour de Cauterets.
On peut toujours partir pour faire des courses de montagne. Le Vignemale est tout proche. On peut aussi faire de la randonnée. Les nombreux chemins vous amènent au Péguère, au Cabaliros, au plateau du Lisey, au lac de Gaube, au lac d’Ilheou ou au Pont d’Espagne. Et si vous aimez les longues randonnées, vous pourrez loger au refuge des Oulettes de Gaube, au refuge du Clot ou à celui de Wallon-Marcadau.
Et c’est aussi le ski

Louis Falisse est un des pionniers du ski dans les Pyrénées. Il crée le club de ski de Cauterets en 1907. Dès 1910, les championnats de France de ski sont organisés aux Eaux-Bonnes (Pyrénées-Atlantiques) et à Cauterets. L’idée d’un téléphérique pour desservir la station du Lys émerge en 1937. Mais il n’est mis en service qu’en 1964. Rénové en 1985, il est remplacé par une télécabine, de plus grande capacité en 2006.
Cauterets est la station pyrénéenne la mieux enneigée et la saison se prolonge après la fermeture des autres stations pyrénéennes. De plus, une deuxième station au Pont d’Espagne permet de pratiquer le ski de fond.
Proche des grands cols, Cauterets reçoit le Tour de France cycliste pour la première fois en 1953. La station voit six départs ou arrivées de ce Tour. En 2023, c’est Tadej Pogacar qui remporte l’étape de Tarbes à Cauterets.
Le Tour d’Espagne y passe pour la première fois en 2003.
Les berlingots de Cauterets

Les eaux soufrées de Cauterets ont un mauvais gout. Alors, les médecins prescrivent aux curistes de sucer des bonbons sucrés qui ont des effets stimulants complémentaires à la cure.
On se met donc à fabriquer en grande quantité des bonbons sucrés : des berlingots. On les connait depuis longtemps mais Cauterets compte jusqu’à 10 fabriques de berlingots. Bien sûr, il existe le berlingot de Nantes (le premier berlingot créé vers 1830), celui de Carpentras, celui de Berck ou celui de Pézenas. Mais le meilleur est celui de Cauterets parce qu’il est rayé (un peu chauvin quand même).
On les fabrique à partir d’eau, de sucre, de sirop de glucose. Rien de plus, rien de moins. La pâte portée à 150°C reçoit un parfum : chocolat, fraise, banane, etc. On se permet toutes les audaces.
Puis, on verse la pâte parfumée sur une table de marbre et on la travaille jusqu’à ce qu’elle refroidisse à 65°C. Elle est ensuite enroulée, étirée, coupée au ciseau ou passe dans la « berlingotière » pour obtenir sa forme si caractéristique.
Il reste encore le plus difficile à faire : déguster un berlingot !
Les boutiques des quatre derniers fabricants de berlingots de Cauterets vous proposent des démonstrations de fabrication et des dégustations.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Histoire de Cauterets, des origines à nos jours, René Flurin, Editions Cairn
L’histoire du ski dans les Pyrénées
Site de Cauterets

