Claude Augé, le Larousse de L’Isle-Jourdain

Claude Augé
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Si tout le monde connait les dictionnaires Larousse, peu savent qu’ils doivent leur succès à un Gersois, pédagogue et lexicographe hors du commun : Claude Augé.

Claude Augé monte à Paris

Claude Augé (1854-1924) © Larousse
Claude Augé (1854-1924) © Larousse

Claude Augé nait le à L’isla de baish (L’Isle-Jourdain). Son père est d’abord ouvrier boulanger puis facteur, sa mère est couturière. Il obtient le certificat d’études primaires supérieures en 1869. C’est un diplôme que l’on passait à partir de l’âge de 15 ans et qui correspond grosso modo au BEPC d’aujourd’hui. Grâce à ce diplôme, il peut commencer sa carrière comme instituteur.

Mais, il épouse, en 1880, Laurence Jury, fille d’un percepteur de Nay venu s’installer à L’isla de baish. Or, elle est la petite nièce par alliance de Pierre Larousse. Et c’est son beau-frère, Georges Moreau, neveu d’un des cofondateurs de la librairie Larousse, qui introduit le jeune Claude.

Laurence Augé et ses quatre enfants © Maison Augé
Laurence Augé et ses quatre enfants © Maison Augé

Alors, celui-ci rejoint Paris en 1884 et plus précisément la Librairie Larousse comme aide comptable. Montrant de grands talents, il devient rapidement associé de la société, rédacteur en chef et dirigera la maison de 1885 à 1920.

Claude Augé est un homme de taille moyenne, plutôt corpulent, et clairement autoritaire. Il est connu pour porter un chapeau particulier, un panama qui servira d’ailleurs d’illustration au mot panama dans le dictionnaire larousse. Avec sa femme, ils auront quatre enfants, dont l’un, Paul, lui succèdera à la direction des éditions Larousse.

Les manuels scolaires de Claude Augé

Grammaire enfantine : livre de l'élève / Claude Augé © Gallica
Grammaire enfantine : livre de l’élève / Claude Augé © Gallica

Peu de temps auparavant, Jules Ferry avait sorti deux lois qui concernent l’école primaire. L’une, votée le , rend l’école gratuite, l’autre, votée le rend l’instruction primaire obligatoire et laïque. les communes s’organisent et la demande de manuels pédagogiques devient très forte. Claude Augé, ayant été instituteur, même si ce n’est que brièvement, sait ce qu’est un cours. En 1894, il publie un ouvrage dont il est l’auteur : Grammaire enfantine.

Il y présente les règles de base, des exemples, des exercices. Dans la préface, il s’adresse aux enfants en les exhortant à s’instruire. Il termine par : « Et comme toute peine mérite une récompense, vous trouverez aussi dans ce petit livre des histoires, des fables et de belles gravures que l’on a faites exprès pour vous. »

Au total, il publie quatre livres sous le nom de Cours de grammaire entre 1890 et 1912. Cela marche fort bien et le livre sera vendu à des millions d’exemplaires avec 170 éditions différentes.

Deuxième livre d'histoire de France (France et colonies) (27e édition) / par Claude Augé & Maxime Petit © Gallica
Deuxième livre d’histoire de France (France et colonies) (27e édition), Claude Augé & Maxime Petit © Gallica

L’année suivante, avec l’aide de l’historien Maxime Petit, il sort un livre d’histoire : Cours du certificat d’études. Deuxième livre d’Histoire de France. Il sera réédité 27 fois. Il comprend des leçons suivies de lectures, des tableaux synthétiques, des cartes et de nombreuses gravures. Dans les premières leçons, on peut lire :

« LEÇON. — Les Habitants de la Gaule.
5. il n’y avait pas que des Gaulois en Gaule. On y trouvait des peuples de races différentes : des Ibères ou Aquitains, entre la Garonne et les Pyrénées ; des Ligures, dans le bassin du Rhône ; des Grecs, qui avaient fondé une république à Marseille ; des Belges, entre la Seine et le Rhin. Ainsi, les Gaulois proprement dits ou Celtes n’occupaient que le centre du pays. »

Ces ouvrages sont remarquables de clarté, de simplicité et de rigueur. Claude Augé continue avec trois autres livres d’histoire et un autre livre de grammaire.

Le dictionnaire Larousse

Nouveau Larousse Illustré de Claude Augé (1897-1904), première page en couleur © Wikipedia
Nouveau Larousse Illustré de Claude Augé (1897-1904), première page en couleur © Wikipedia

En parallèle de ses publications scolaires, entre 1897 et 1904, Claude Augé dirige la publication du Nouveau Larousse illustré, en sept grands volumes (plus un supplément en 1907).  Il est nettement moins volumineux que le Grand Dictionnaire Universel réalisé par Pierre Larousse entre 1866 et 1876. Celui-ci faisait 24 000 pages, présentées en quinze volumes et deux suppléments (le premier en 1878 et le deuxième en 1888).

La particularité de ce premier grand dictionnaire est qu’il exprime les pensées de son auteur. Comme écrit en 2003 le journaliste Pierre Lepape au sujet de Pierre Larousse : « S’il ne va pas jusqu’à écrire des articles à la première personne du singulier, il n’hésite pas devant l’évocation autobiographique, il raconte plus qu’il ne décrit ; il met en scène ses doutes, ses sentiments contradictoires, le cheminement de ses convictions, son immense bonheur d’apprendre. »

Claude Augé prend un axe totalement différent. Il débarrasse le texte des nombreux faits divers qui parlaient surtout de l’histoire de l’Empire. Il introduit une grande rigueur dans les définitions,– on peut même dire une précision scientifique –, ajoute des exemples. De plus, il enrichit l’ouvrage d’une nombreuse iconographie de haute qualité. Pour ce faire, il mobilise 150 collaborateurs.

Ainsi, le Nouveau Larousse illustré compte 237 000 articles répartis sur 7 600 pages, plus de 49 000 gravures, 504 cartes et 89 planches en couleur. C’est un énorme succès et il s’en vendra plus de 250 000 exemplaires en trente ans.

Encore des dictionnaires

Petit Larousse Illustré 1906
Petit Larousse Illustré 1906

Toujours soucieux de pédagogie, Claude Augé va créer, en 1906, la première édition du Petit Larousse illustré. Un dictionnaire en un seul volume. il crée la division en trois parties qui sera la marque de cet ouvrage : tout d’abord le dictionnaire des noms communs, puis les pages roses des locutions latines, enfin le dictionnaire des noms propres.

La couverture, bien connue, est signée Eugène Grasset. Elle représente une « Semeuse » qui souffle les akènes d’un pissenlit contre le vent. Le graveur en dessine une première en 1890, y ajoute la lettre L et la devise « Je sème à tout vent » – il s’agit d’une mise en scène de l’idée du pissenlit et du slogan imaginés par Pierre Larousse. Toutefois, Claude Augé lui fait modifier le dessin en 1897 pour donner à la femme un air de déesse antique. Mais la nudité de la jeune femme ne plait pas à tous et elle revient en 1905 le buste voilé.

Le dictionnaire a tant de succès qu’il sera copié. Alors, les éditeurs inventent un slogan : « Souvent imité mais jamais égalé ». Et le Petit Larousse Illustré est publié chaque année depuis sa création.

On peut signaler d’autres ouvrages comme, en 1912, le premier Larousse médical réalisé sous la direction du médecin pédiatre Émile-Marie Galtier-Boissière.

Un talent supplémentaire

Le Livre de Musique de Claude Augé

Claude Augé n’est pas seulement un lexicographe hors pair. Il aime la musique à tel point qu’il apprend encore jeune le cornet et devient instrumentiste à la société philarmonique locale.

Il est aussi compositeur. D’ailleurs, sa première oeuvre est Le livre de musique, publiée en 1889, où il présente la théorie musicale, propose des exercices gradués, des portraits de maitres de la musique et, bien sûr, différentes partitions. Le tout, bien illustré comme il aime.

Notre Gersois va publier 80 ouvrages dont il est le compositeur. Parmi ceux-là on note Les chants de l’enfance et les trois volumes de La Lyre de France destinés aux fanfares. En particulier, il compose des musiques sur des poèmes du Guadeloupéen Georges Haurigot comme Vivat ! Vivat ! en 1895, une œuvre pour chœur à trois voix avec accompagnement de piano.

La maison de Claude Augé

La Maison Claude Augé à L'Isle-Jourdain © Wikipedia
La Maison Claude Augé à L’Isle-Jourdain © Wikipedia

Claude Augé vit avec sa famille à Paris, dans le septième arrondissement. Toutefois, en 1903, il fait construire une maison dans sa ville natale, sur la place de l’Hôtel de ville. Elle est de style contemporain, “Ile-de-France”, et la décoration intérieure (vitraux, verrière, papiers peints…) est Art nouveau. En particulier, on y voit deux représentations de la « Semeuse ». Claude Augé aime à revenir dans sa ville natale pour les vacances.

La maison, classée monument historique, est aujourd’hui propriété de la ville et abrite une superbe collection qui témoigne de l’importance de l’œuvre de Claude Augé. En face, au musée campanaire, on peut admirer la cloche qu’il a offert à la ville.

Pour l’ensemble de son œuvre, Claude Augé reçoit la légion d’honneur en 1910 (chevalier) et en 1924 (officier). Il décède le 22 juillet 1924 à Fontainebleau.

La ville de l’Isle-Jourdain ne l’oublie pas. Claude Augé avait écrit et édité avant la première guerre mondiale Grammaire Cours Moyen et cours supérieur. Dans cet ouvrage, il avait présenté 800 exercices, 380 dictées et rédactions, 240 Gravures. Peut-être en souvenir, chaque année, le troisième samedi de novembre, L’isla de baish (L’Isle-Jourdain) organise la dictée de Claude Augé.

Vitrail de la Maison de Claude Augé

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Claude Augé, le père gersois du petit larousse, Manuel Nérée
La semeuse de la maison Claude-Augé, La depêche,  

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Une réflexion sur “Claude Augé, le Larousse de L’Isle-Jourdain

  1. Acabo de passar, en cotxe, davant un edifi per un petit poblet d’una zona rural, direcció a Catalunya després d’una dues a Bagneres de Bigorri. En aquest edifici hi havia un rètol on posava
    ECOLE CLAUDE AUGE
    he buscat al Google i m’he assabentat de qui era en Claude Auge. M »ha assabentat de la història de Larrousse.
    Important que no es perdin le nostres llengües. Sempre endavant!!

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