Des Mirandais turbulents

La bastide de Mirande
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Les Gascons sont considérés comme turbulents. Le conflit au XVIe siècle entre les Mirandais et leur comtesse, Mathe, ne démentira pas cette réputation.

La bastide de Mirande

Carte des bastides er villes nouvelles parmi lesquels Mirande
Carte des bastides er villes nouvelles

Aux XIIe et XIIIe siècles, des villes nouvelles sont créées : les bastidas (bastides). Un phénomène très localisé sur le sud-ouest de la France. Ce qui fait écrire à l’historien médiéviste, Charles Higounet, que ce n’est probablement pas une initiative des Cisterciens (qui l’auraient alors appliquée sur toutes leurs possessions) mais plutôt des seigneurs locaux ou même du roi de France. Encore qu’il l’aurait peut-être fait ailleurs.

En tous cas,  l’abbé de Berdoues, le comte d’Astarac Bernat IV, et le sénéchal du roi, Eustache de Beaumarchais, fondent la bastide de Mirande en 1281.

Depuis dix ans, le comté de Toulouse, (Jeanne de Toulouse et Alphonse de Poitiers étant morts sans héritier), est passé dans les possessions du roi de France. Or, le comte d’Astarac avait prêté hommage au comte de Toulouse et il devint ainsi vassal direct du roi de France. Alors, avec la création de la bastide de Mirande, on peut penser que le roi affirme son autorité sur les terres de l’Astarac.

La tour de Rohan à Mirande, vestige du château du comte d'Astarac
La tour de Rohan, vestige du château du comte d’Astarac

Après avoir signé le contrat de paréage, ils peuvent établir la charte des coutumes et privilèges qui est rédigée à Francheville (Gimont en 1281) puis confirmée et complétée en 1288 à Esparsac (Pavie).

La nouvelle cité est construite près du village de Saint-Jean-de-Lézian. L’abbé apporte en plus quelques arpents de terre. Elle devient très vite, avant la fin du siècle, la capitale du comté d’Astarac. D’ailleurs, le comte d’Astarac abandonne ses autres châteaux pour en faire construire un en dehors des remparts de la nouvelle ville (dont il ne reste qu’une tour carrée).

Le conflit du XVIe siècle à Mirande

Gaston de Foix, dit le Boiteux, arrière-petit-fils de Jeanne d'Albret
Gaston de Foix, dit le Boiteux, arrière-petit-fils de Jeanne d’Albret

Le temps a passé. Des Centolh, Bernat et Jan se sont succédé dans la maison d’Astarac. Au début du XVIe siècle, c’est Jean V qui est comte d’Astarac, un homme remuant et violent. En 1511, il a un procès (un dernier) avec l’abbé de Berdoues au sujet des droits seigneuriaux sur Mirande. Il n’est pas si facile d’être coseigneurs ! Or, il meurt cette même année en laissant trois filles.

L’ainée, Mathe, a épousé en 1508 Gaston de Foix dit le Boiteux, comte de Candale et de Benauges, captal de Buch. À la mort de son père, elle devient donc comtesse d’Astarac et fait ainsi passer le comté dans les mains de la maison de Foix.

Une situation qui n’est pas du gout des deux sœurs, Jeanne-Jacqueline, mariée à un Picard, le baron de Mailly (en 1508), et Madeleine, mariée à un Breton, le comte de Vertus de Goëlo. Elles lancent d’ailleurs plusieurs procès contre Mathe.

Visiblement, les habitants de Mirande refusent aussi les droits seigneuriaux à la comtesse. Mais, en 1515, le parlement de Toulouse se prononce et oblige les habitants à la reconnaitre comme comtesse d’Astarac.

Or, les Mirandais ne sont pas satisfaits et ils n’ont pas la langue dans leur poche. En particulier, ils n’apprécient pas le montant exorbitant du droit de leude (taxation sur les marchandises vendus par les étrangers au sein de la juridiction d’un seigneur) qu’elle fixe.  Et, en 1526, des habitants de la ville insultent les enfants de Mathe.

Mais la comtesse a hérité du caractère violent de son père. Aussi, en réponse, Mathe, en compagnie de son deuxième fils Jean et de quelques soldats, assiège Mirande. Elle s’installe au couvent des Cordeliers, pas très loin, et elle bombarde la ville depuis son clocher. Quatre Mirandais trouvent la mort. Elle fait ravager les champs, bruler les moissons et fait même détruire des moulins et le clocher de la vieille église Saint-Jean.

L’intervention du parlement de Toulouse

Territoire dépendant de la Cour d'Appel du Parlement de Toulouse
Territoire dépendant de la Cour d’Appel du Parlement de Toulouse

Si les habitants de Mirande se défendent, ils font aussi appel au parlement de Toulouse. Celui-ci demande aux principaux acteurs de se présenter devant lui sous trois jours : Mathe, Jean et cinq autres personnes (écuyer, bailli, capitaine…).

Toutefois, nos seigneurs ne prirent pas la peine de se présenter et se trouvèrent donc reconnus coupables. La sentence fut des plus sévères puisque, le 14 aout 1526, le parlement enlève à Mathe et ses héritiers la juridiction sur la ville, lui impose de leur restituer leurs biens, de les dédommager et de reconstruire à leurs frais tous les bâtiments abattus ! Enfin, ils imposent de baisser le clocher du couvent des Cordeliers afin qu’il ne puisse plus menacer Mirande.

Le parlement demande même la construction d’un oratoire à la mémoire des morts à côté de la pòrta deus sabatèrs (porte des savetiers), une des quatre portes de la bastide.

Afin d’assurer l’exécution de la sentence, le parlement de Toulouse envoie deux commissaires à Mirande le 25 septembre. Mathe avait bien sûr espéré que son seul nom suffirait pour avoir raison et elle n’accepte pas de se soumettre.  Les deux envoyés doivent employer la troupe et les canons.

Avec son mari, la comtesse en appelle au roi afin de transférer l’affaire au parlement de Bordeaux où Gaston de Foix est très puissant. Les Mirandais en appellent aussi au roi. Tout cela embrouille la situation. Finalement, trois ans plus tard, le roi confirme le jugement de Toulouse.

Et, pour protéger l’abbaye de Berdoues qui avait pris cause pour les Mirandais, le roi place les moines et les officiers du monastère sous sa protection, le 4 octobre 1532. On n’est jamais trop prudent.

La clémence de Paris dans le conflit avec les Mirandais

Entre temps, le fils ainé des comtes d’astarac, Charles, était mort en 1528 au siège de Naples.  C’est donc le deuxième fils, Jean, qui devient l’héritier du comté.

Frédéric de Foix, comte de Candale et d'Astarac (par Fançois Clouet © Wikipedia, fils de Mathe d'Astarac, suzeraine de Mirande
Frédéric de Foix, comte de Candale et d’Astarac

Et Mathe, capborruda (entêtée), refuse toujours de céder, quand Jean meurt en 1532, suivi quatre ans plus tard par son mari. La comtesse nomme alors son troisième fils, Frédéric, comme héritier.

Le temps passe, et les circonstances favorables ne se présentent pas pour la comtesse. Enfin, le parlement de Paris rend le comté d’Astarac à Frédéric. Toutefois, les Mirandais continuent à exprimer leur opposition. De plus, Mathe, la comtesse à la dent dure, ne tarde pas à se disputer avec son fils. Elle veut bénéficier des revenus du comté selon son gré. La brouille s’envenime. Des parents finissent par les réconcilier en 1569. Mathe a plus de 70 ans.

Finalement, Mathe s’éteindra probablement peu après (on ne connait pas la date de sa mort) et Frédéric mourra en 1571.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Histoire de la Gascogne depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, tome 5, J.J. Monlezun, pp. 177-180.
Nouvelles réflexions sur les bastides « cisterciennes », Cahiers de Fanjeaux, Charles Higounet, 1986

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