La Gascogne est parsemée de fontaines sacrées aux vertus guérisseuses. Le seul département des Landes en compte 256, soit 10 % des fontaines de ce type recensés en France ! Leur fréquentation remonte aux temps les plus lointains.
Le culte des eaux et des fontaines sacrées

Le culte des fontaines et des eaux est très ancien. On retrouve, près des sources, des pierres polies et des pièces de monnaies de différentes époques, preuve de leur fréquentation sur une longue période.
On associe des divinités aux sources, on y organise des fêtes. Mais le pouvoir cherche à faire arrêter ces dévotions païennes. Déjà en 789, un capitulaire de Charlemagne ordonnait : « Pour ce qui est des arbres, des pierres et des fontaines, auprès desquelles des pauvres d’esprit allument des flambeaux ou pratiquent d’autres rites, nous ordonnons que ces usages exécrables à Dieu soient totalement anéantis et que partout ils disparaissent ».

Toutefois, faute de pouvoir empêcher la dévotion aux dieux des sources, le christianisme la reprend à son compte en y associant un saint et en organisant le culte, notamment par des pèlerinages. Alors, on construit des chapelles à proximité pour détourner les pèlerins de la source et attirer les offrandes. Après tout, La tradition chrétienne veut que l’on creuse des puits sacrés près du tombeau des saints pour « permettre aux bienheureux de répandre à l’infini leur puissance miraculeuse ». C’est d’ailleurs pourquoi on retrouve des puits dans les cryptes des anciennes églises.
Parfois, la tradition veut qu’un berger ou une bergère trouve la statuette d’un saint dans une source. La statuette ramenée chez eux ou donnée à l’église du village, retourne à la source comme par miracle.
Les vertus des fontaines guérisseuses
Le culte des sources dépend de leurs vertus guérisseuses, bien connues par l’observation des habitants. Ce sont las bonas honts / les bonnes eaux. Certaines d’entre elles sont à l’origine de la création de bains thermaux par les Romains qui reconnaissent leurs vertus curatives : Dacs (Dax), Las Aigas (Eugènie les bains), Luishon (Luchon), etc.
Une légende accompagne souvent la découverte des vertus des lieux. Ainsi un légionnaire romain aurait abandonné son vieux chien malade et perclus de rhumatismes du côté de Dax. En revenant quelques temps après, il le retrouva en pleine forme. Le chien prenait régulièrement un bain de boue chaude. C’est le départ des cures thermales à Dacs.

Les pratiques de guérison
La médecine coute cher et n’est pas toujours efficace. Les sources guérisseuses sont gratuites. Le peuple s’y rend en masse pour s’y soigner ou soigner les animaux. Après tout, les eaux ont bien guéri le chien du légionnaire !
On consulte parfois une recommandeuse qui exécute un rituel avant de désigner la source d’où provient le mal. Il faut alors y aller faire ses dévotions et accomplir les gestes nécessaires pour la guérison.

On s’y rend seul pour des ablutions ou en pèlerinage. On construit des abris autour de la source pour se dévêtir et faire ses ablutions en toute discrétion. Le jour de l’assemblada / foire, le curé organise une procession jusqu’à la source et organise des prières et des bénédictions de l’eau. D’autres qui sont venus se soigner ramènent de l’eau de la source pour un proche.
S’il n’est pas nécessaire de se plonger en entier dans l’eau de la source guérisseuse, on utilise un chiffon que l’on trempe dans l’eau et dont on frotte la partie du corps malade. Le chiffon est ensuite accroché sur une croix ou à une branche dans l’espoir de laisser ses maux près de la fontaine. Mais attention, les autres ne doivent pas le toucher sous peine de prendre le mal.
Les fontaines guérisseuses et l’imaginaire local

En allant à la source guérisseuse, il vaut mieux ne pas rencontrer le Tac. Cet être fantastique se transforme en agneau ou en panier. Si le voyageur le prend sur ses épaules, le poids augmente tellement que le voyageur en meurt d’épuisement. Félix Arnaudin recueille ce conte : « Une fois à Escource, un homme s’en revenait du bourg à la tombée de la nuit. En arrivant près du ruisseau, il entendit bêler un chevreau derrière lui. Il le ramassa et le prit sur son dos ! Mais plus l’homme marchait, plus l’animal devenait lourd… L’homme, exténué, dut vite plier les jarrets. « Va-t-en au diable, chevreau, dit-il à la fin et il le jeta à terre. Aussitôt, le chevreau s’échappa et gambadant et en criant : Hi ! ha ha ! Hi ! ha ha ! Je me suis bien fait porter ! ».
L’évolution du culte des sources guérisseuses
La fréquentation des sources guérisseuses décline au cours du XIXe siècle, en même temps que progresse la médecine. Certains d’entre elles conservent toujours une bonne fréquentation.
La fontaine de Callen guérit les rhumatismes, les infirmités, les retards de croissance, les problèmes de vue et les douleurs. On sait qu’en 1844, le 30 avril, plus de 3 000 personnes s’y pressent pour la messe et la procession. Jusque dans les années 1950, cette fête attire les forains. La fontaine guérisseuse est restaurée en 1977 et la messe du 30 avril y attire encore beaucoup de monde.
Les sources guérisseuses ont des vertus thérapeutiques par leur teneur en oligo-éléments (les eaux rouges contiennent du fer, etc.) mais peu d’entre elles sont étudiées. Les plus grandes sont exploitées pour le thermalisme : Dax pour les rhumatismes et les problèmes sanguins, Barbotan pour les maladies de la peau et les infections rénales, Amélie-les-Bains pour les maladies de peau et respiratoires. Il y a aussi Préchac, Saubusse, Saint-Paul-les-Dax, etc.

Avec leurs constructions annexes (margelle, abri, chapelle, oratoire, etc.), les sources guérisseuses constituent un élément du petit patrimoine rural que certains tentent de conserver. Des festivités ont lieu autour des sources. On voit même réapparaitre des processions religieuses.
La croyance aux sources guérisseuses est ancrée dans l’inconscient collectif. La thalassothérapie, l’hydrothérapie et la commercialisation d’eaux minérales sont une forme de continuation.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe nouvelle (1990)
Références
Guide des sources guérisseuses des Landes de Gascogne, Editions Sud-Ouest, 2023
Les fontaines des Landes


Merci belle documentation