Haget en gascon, Hagetmau en français, est une petite ville de Chalosse située au sud du département des Landes. Elle est célèbre pour diverses raisons dont son industrie de la chaise.
Diane d’Andoins, née à Hagetmau

Hagetmau se fait remarquer dans l’Histoire pour être la patrie de Diane d’Andoins (1554-1620), maitresse d’Henri III de Navarre, lo noste Enric. C’est une femme cultivée qui correspond régulièrement avec Montaigne. Elle prend le nom de Corisande, l’héroïne d’un célèbre roman de chevalerie, Amadis de Gaule, qu’elle affectionne tout particulièrement. En conséquence, on la surnommera « la belle Corisande ».
Fille du seigneur de Lescar en Béarn, elle épouse Philibert de Gramont, comte de Gramont et de Guiche en 1567. Mais, il meurt à la guerre en 1580 et Corisande d’Andoins se retrouve veuve à 26 ans. C’est alors qu’elle rencontre Henri de Navarre à Pau et qu’elle devient sa maitresse en 1582.
Les deux amants ne se voient pas souvent car Henri est à la guerre. Quand il le peut, il se rend à Hagetmau et y passe plusieurs jours. Henri propose bien à Corisande de s’installer à Nérac où vit sa cour, mais elle refuse.
Ils entretiennent une correspondance fournie dans laquelle elle qualifie Henri de petiòt. De son côté, il lui raconte tout, lui confie ses doutes, ses joies et ses peines. Il décrit précisément les paysages qu’il traverse et tous les détails de sa vie quotidienne et de sa vie militaire. Leurs lettres d’amour sont enflammées.
Corisande veut la réussite de son amant. Aussi, elle vend tous ses bijoux, engage ses biens et recrute à ses frais 20 000 Gascons pour aider Henri dans son accession au pouvoir. Pourtant, leur correspondance cesse en 1592 et c’est ainsi que se termine une des plus belles histoires d’amour du XVIe siècle.
L’arrivée du chemin de fer à Hagetmau

Le chemin de fer est un évènement important pour les villes. Et le plan Freycinet de 1879 prévoit la construction de lignes de chemin de fer pour désenclaver le pays. Une ligne est construite entre Saint-Sever et Hagetmau et doit se poursuivre jusqu’à Pau. Depuis Hagetmau, son tracé doit passer à Malaussanne (Landes), à Arzacq-Arraziguet, Thèze, Navailles, Sauvagnon, Serres-Castet, Lons et Pau.
C’est La Compagnie des Chemins de Fer du Midi et du Canal Latéral à la Garonne qui reçoit la concession de la construction de la ligne de Saint-Sever à Hagetmau, en 1886. Ils ouvrent la ligne en 1910 mais elle ferme aux voyageurs en 1938 et au fret en 2010.
La concession pour la prolongation vers Pau date de 1908. Pourtant, les travaux ne commencent qu’après la Grande Guerre de 1914-1918. Puis, le projet est définitivement abandonné en 1941.
Les élus veulent la ligne

Pourtant les élus veulent cette ligne, mais sa réalisation fait l’objet d’un chantage de la part de La Compagnie des Chemins de Fer du Midi. Le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques émet un vœu lors de séance du 28 mars 1908 :
« Le Conseil Général des Basses-Pyrénées, Considérant que la Compagnie du Midi subordonne l’acceptation de la concession du chemin de fer de Hagetmau à Pau à l’abandon de la concession du chemin de fer de Cambo à Hasparren,
Que le chemin de fer de Pau à Hagetmau est appelé à rendre de grands services au trafic international par le Somport et au trafic local dans une région totalement dépourvue de moyens de communications rapides ; que les intérêts de Cambo-Hasparren seront d’ailleurs convenablement sauvegardés par la construction du tramway de Peyrehorade à Saint-Jean de-Luz à laquelle seront affectées les ressources laissées disponibles par l’abandon du tramway Pau à Arzacq,
Émet le vœu que le chemin de fer de Pau à Hagetmau soit concédé le plus tôt possible à la Compagnie du Midi à la place du chemin de fer de Cambo à Hasparren »
Pour la petite histoire, la création de la ligne d’Hagetmau à Pau devait continuer par une ligne de Pau à Vic-en-Bigorre, via Morlaàs.
Les chaises d’Hagetmau
Remontons un peu le temps. La plantation de la forêt landaise sous Napoléon III entraine le développement des industries du bois. Les fabriques de meuble se multiplient dans les Landes.
Vers 1850, des artisans sabotiers d’Hagetmau décident de fabriquer des chaises. C’est un succès immédiat et jusqu’à 10 entreprises spécialisées voient le jour. Leur réputation n’est plus à faire et elles connaissent une expansion internationale. Les salariés des usines sont même plus nombreux que les habitants d’Hagetmau ! La fabrication des chaises impacte les alentours car on emploie des centaines de « pailleuses » qui travaillent à la maison. On leur fournit le cadre en bois et la paille de seigle. Elles rendent le travail fini.

La chaise d’Hagetmau garde une belle réputation jusqu’au XXe siècle. D’ailleurs, elle se retrouve chez les grands distributeurs : Conforama, par exemple. Malheureusement, dans les années 1990, l’industrie périclite rapidement en raison des couts de production trop élevés et des délocalisations vers les pays de l’est et la Chine. Il ne reste plus qu’une seule entreprise en 2010.
Mais Hagetmau reste la capitale de la chaise. La mairie crée une « Fête de la chaise » et l’étend même aux secteurs de l’aménagement ou de la décoration de l’habitat grâce à la Chambre de commerce et d’industrie des Landes. Des artisans et de nouvelles entreprises s’installent à nouveau.
L’une d’entre elles, « Bastiat sièges » est même retenue pour fournir 1 500 chaises pour meubler la cathédrale Notre-Dame de Paris, restaurée après le grand incendie. Le savoir-faire local est reconnu.
Le complexe sportif international

Les retombées économiques de l’industrie de la chaise ont permis à Hagetmau de se doter d’un complexe d’entrainement sportif international. Il y a vraiment de quoi en faire pâlir d’envie les autres municipalités et les entraineurs d’équipes sportives !
Le centre sportif s‘appelle « La cité verte ». Sur 30 hectares, c’est une piscine olympique couverte, un sauna, des terrains de tennis, une salle de musculation, un golf, une piste d’athlétisme homologuée, des sautoirs, des aires de lancer de poids ou de javelot, trois terrains de rugby, trois terrains de football éclairés, des terrains de basket, de handball, un fronton et tout un complexe d’hébergement et de restauration.
Rien d’étonnant de voir s’y dérouler de nombreux stages sportifs nationaux ou internationaux. D’ailleurs, le centre nautique comptabilise 80 000 entrées par an et plus de 7 000 sportifs de tous niveaux.

Il n’y a aucun doute, Hagetmau est une ville sportive. Son club de rugby est créé en 1909 et son palmarès est éloquent. Le club a disputé le championnat de France de 1980 à 1993, sept fois en groupe A et six fois en groupe B.
Dans son journal Rugby de mars 1985, la Fédération Française de Rugby dit : « Du côté d’Hagetmau, on a un cœur gros comme « çà », des tripes à revendre et un courage à toute épreuve, sans compter un rugby intelligent ».
Et c’est toujours un challenge que de jouer contre cette équipe. Les rencontres sont plutôt « rugueuses ». Les joueurs vétérans créent d’ailleurs le « club des Carougnes » (Caronhas en gascon veut dire Charognes) en 2000
Hagetmau n’a pas fini de nous étonner !
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée de 1990
Références
Roi de France et de Navarre
La cité verte : www.complexe-sportif-hagetmau.fr
Les 1 500 nouvelles chaises de Notre-Dame de Paris

