L’isard

L’Isard fait partie intégrante de la culture des Pyrénées. On le chasse. On le chante.

L’isard des Pyrénées

Isards de la Vallée d'Ossau
Isards de la Vallée d’Ossau

Son nom scientifique est Rupicapra pyrenaica. Mais, les Gascons l’appellent sarri ou isard ou parfois simplement craba (chèvre).

L’isard a deux cousins. L’un, très proche, est l’isard des monts Cantabriques en Espagne. L’autre, plus éloigné, est l’isard des Apennins en Italie. Ce dernier a failli disparaitre. En effet, au début du XXe siècle, il n’en reste qu’une cinquantaine environ. Heureusement, la création du Parc national des Abruzzes en 1923 le sauve. Et sa population remonte à près de 4 000 individus.

Certains l’appellent chamois des Pyrénées. Pourtant, s’ils sont de la même espèce, l’isard est plus petit, plus agile. Son pelage est plus foncé que celui du chamois en été et plus clair en hiver. Ses cornes sont plus petites, mois serrées et plus fines. Et il a une tache claire sous la gorge qui se termine en pointe.

Les femelles vivent en groupe avec les sarriats / jeunes isards, appelés aussi chevreaux et chevrettes. Les mâles sont solitaires. Ils se rassemblent en octobre et novembre pour le rut. Les femelles ont un seul sarriat par an, au printemps.

L’isard vit dans les zones de pelouses et d’éboulis, au-dessus de la limite des arbres. En hiver, il descend plus bas, là où il y a moins de neige.

À quoi ressemble-t-il ?

Haut de 70 cm au garrot, pesant de 20 à 35 kg, l’isard est un excellent grimpeur qui peut aller à 50 km/h. Il n’est pas rare de le rencontrer jusqu’à 2 500 mètres d’altitude. Il peut faire des bonds de 6 mètres de long et de 4 mètres de haut. D’ailleurs, en parlant de quelqu’un d’agile, le Gascon dit qu’ei lèste (ou leugèr) com un sarri.

Il faut un œil aiguisé pour différencier le mâle de la femelle, le mâle étant un peu plus massif, avec le cou plus large et les cornes plus espacées. Aussi, il vaut mieux se fier à son comportement. En groupe ? ce sont probablement des femelles. Tout seul ? C’est probablement un mâle. D’ailleurs, on le surnomme le solet (le solitaire).

La taille des cornes permet de connaitre son âge. Petites et droites c’est un sarriat de moins d’un an et demi. Courbées et courtes (ne dépassant pas l’oreille), il a deux à trois ans et on l’appelle alors éterlou. Enfin, plus grandes, c’est un adulte.

Isards au Mayouret (images PNP)

Les prédateurs

Le principal prédateur du sarri, c’est l’homme qui le chasse. Il a même failli disparaitre. D’ailleurs, on a créé le Parc National des Pyrénées pour sa sauvegarde. Et c’est une réussite puisque sa population compte aujourd’hui plus de 20 000 individus.

Aigle royal prédateur des isards
L’aigle royal © PNP

L’aigle royal est son prédateur naturel. Il peut s’attaquer aux petits.

Toutefois, la cause principale de la mort des isards, c’est son milieu naturel. Les avalanches et les chutes de pierres peuvent lui être fatal. Les hivers longs et neigeux le privent de nourriture.

L’ours et le loup s’attaquent aussi aux isards mais on ne connait pas le niveau de prédation.

Enfin, à ces prédateurs, il faut surtout ajouter des épidémies de kératoconjonctivite et de pestivirose qui occasionnent des pertes de 20 à 30 % des cheptels touchés.

La kératoconjonctivite est une infection de la conjonctive et de la cornée de l’œil. Elle provoque une cécité qui peut être fatale pour l’isard (chute, par exemple).

La pestivirose est une maladie virale qui provoque une importante mortalité chez l’isard. On pense qu’elle est transmise par les moutons. Des vaccinations sont possibles mais à une grande échelle. Quoiqu’il en soit, on observe une diminution ou une disparition du virus au bout d’une certaine période. Puis, la population d’isards se reconstitue.

La chasse à l’isard

Gaston Febus - Livre de la chasse
Gaston Febus – Livre de la chasse

La chasse à l’isard est très ancienne dans les Pyrénées. C’est un gibier noble et apprécié. Il a une chair fine et tendre. Gaston Febus le décrit dans son Livre de la chasse.

Chasse à l’isard – Le livre de la chasse de Febus (gallica)

Toutefois, la chasse à l’isard est périlleuse. Il faut parcourir la montagne des journées entières. Et les accidents ne sont pas rares. En juillet 1842, quatre hommes d’Aragnouet partent à la chasse. Trois reviennent. Le corps du quatrième, tombé dans une crevasse, est retrouvé 28 ans plus tard.

L'hommage rendu à Chapelle par le pyrénéiste anglais Henry Packe
L’hommage rendu à H. Paget dit Chapelle par le pyrénéiste anglais Charles Packe

Chaque vallée a sa figure emblématique. À Héas, Henri Paget appelé Chapelle (parce que la maison de famille était voisine de la chapelle) passe des journées entières à l’affut, revêtu d’une peau d’isard et coiffé d’une tête d’isard. D’ailleurs, le pyrénéiste Henri Béraldi (1849-1931) écrit : « Le brave Chapelle […] allait à la chasse déguisé en isard. Un maladroit s’y méprit et lui envoya vingt-six chevrotines dans le corps ». Aux Eaux-Bonnes, le guide et chasseur Jacques Orteig est célèbre pour ramener des isards vivants.

La chasse est un gagne-pain

Chasse à l’isard (Gallica)
Chasse à l’isard (Gallica)

À cette époque, la chasse à l’isard est un gagne-pain. La viande très recherchée se vend aux auberges pour les touristes ou se troque contre des denrées indispensables à la famille. Les plats réputés sont surtout le cuissot ou le civet d’isard.

On le chasse à l’affut ou en battue. Lors des battues, on recrute des guides et des rabatteurs dans le pays. En 1838, Adolphe Thiers vient quelques jours à Cauterets. On lui organise une chasse à l’ours et une chasse à l’isard. La Gazette des Eaux-Bonnes du 31 juillet 1887 donne ces conseils aux curistes : « Un guide est indispensable non seulement pour ne pas s’égarer, mais encore pour ne pas faire des courses inutiles et aller chercher l’isard là où il n’est pas. On part de bonne heure, à 4 heures environ et à cheval, pour aller prendre position dans les postes assignés, vers lesquels des traqueurs partis la veille vont rabattre le gibier. On n’amène pas de chiens qui seraient plus nuisibles qu’utiles avec un animal aussi fin et aussi subtil que l’Isard ».

La chasse aux isards a été tellement importante qu’il a failli disparaitre.

Sa protection

Les grandes chasses à l’isard diminuent fortement à la fin du XIXe siècle. Faute de gibier, on préfère chasser au Tyrol, en Allemagne, dans le Caucase, en Amérique ou en Afrique.

C’est aussi, une période de prise de conscience. On se préoccupe de protéger l’isard. En 1903, le ministre de l’agriculture saisit les préfets pour connaitre les mesures de protection à mettre en place. Si des mesures sont prises dans les Alpes pour le chamois, rien n’est fait dans les Pyrénées. Ce n’est qu’après la Grande Guerre que des mesures de restriction de la chasse à l’isard sont prises : elle est fermée du 30 septembre au 15 janvier.

Comptage des isards dans le Parc National des Pyrénées
Comptage des isards dans le Parc National des Pyrénées

En 1962, la Revue Pyrénéenne, organe de la section sud-ouest du Club Alpin Français, raconte que le jour de l’ouverture de la chasse « plus de soixante de ces pauvres bêtes ont été abattues dans le seui département des Hautes-Pyrénées ». Cela suscite un grand émoi dans la presse.

Les réserves du Péguère et d’Ossau sont créées dans les années 1950. Elles contribuent à sa protection. Le Parc National des Pyrénées créé en 1967 a, dans ses missions, la protection de l’isard. Sur son domaine, 4 000 isards sont recensés.

L’isard, un emblème des Pyrénées

Théophile Gautier, né à Tarbes en 1811, écrivait dans son poème Le chasseur :

Je suis enfant de la montagne,
Comme l’isard, comme l’aiglon

En fait, l’isard imprègne fortement la culture pyrénéenne. Animal emblématique, il donne son nom à des refuges, des résidences, des restaurants, des clubs, etc.

Bernard Sarrieu (1875-1935), le poète luchonnais, écrit plusieurs chants et poésies dont Era dança deths idards / La danse des isards et le Eth isardòt qui débute ainsi :

Un isardòt, un chinhau cap laugèr
Que peths hauti soms s’engüejava

Un jeune isard, un peu tête légère,
qui par les hauts sommets s’ennuyait

Alfred Roland (1797-1814), le fondateur des Chanteurs Pyrénéens

Il écrit une chanson publiée en 1849 : la chasse aux isards

Retour de la chasse à l'isard aux environs de Luchon
Retour de la chasse à l’isard aux environs de Luchon

Chasseurs, voici l’aurore,
Debout il faut partir
Le cor va retentir. , .
Déjà le soleil dore
Les forêts d’alentour.
Tout présage un beau jour.
Entendez-vous du la meute qui gronde
Les cris perçants el les transports bruyants ?
Que notre vois à la sienne réponde :
Guerre à mort à l’isard !Tel est le cri du montagnard.
Voyez sur la colline Les bergers de l’Hyeris,
Et leurs troupeaux chéris.
De la cloche argentine
On entend les grelots,
Tout s’éveille aux hameaux.

Alfred Roland
Alfred Roland

Hâtons-nous donc et que chacun s’élance,
Volons, volons
Sur le pic d’Albizon
El qu’en ces lieux la terreur nous devance.
Guerre à mort à l’isard !
Tel est le cri du montagnard.

Gardiens de nos frontières.
Si jamais l’étranger
Venait nous outrager,
Du sein de nos chaumières ‘
De nombreux bataillons
Couvriraient tous les monts.
Sur l’ennemi jaloux de notre gloire
Un franc chasseur
Doit tirer de bon cœur,
Car il sait vaincre et chanter sa victoire.
Guerre à mort à l’isard !
Tel est le cri du montagnard.

Retour de la chasse à l’isard à Luchon

Références

Wikipédia,
Parc National des Pyrénées, Isard
Parcs nationaux, isard
Salva Fauna, le rut de l’isard