Jean Froissart grand reporter

Jean Froissart
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Jean Froissart est un chroniqueur du Moyen-âge. Aujourd’hui, on dirait que c’est un grand reporter. Il raconte les évènements auxquels il a assisté, ou ceux qu’on lui a racontés.

Qui est Jean Froissart ?

Jean Froissart (vers 1337-vers 1410) est le plus grand chroniqueur du Moyen âge. Il est originaire de Valenciennes. Mais on sait peu de choses sur lui, sinon ce qu’il a bien voulu dire de lui dans ses écrits.

Le couronnement de Philippa de Hainaut. Miniature du Maître du Hannibal de Harvard tirée des Chroniques de Jean Froissart, XVe siècle © Wikipedia
Le couronnement de Philippa de Hainaut. Miniature du Maitre du Hannibal de Harvard tirée des Chroniques de Jean Froissart, XVe siècle © Wikipedia

Il voyage beaucoup. En 1361, il devient l’historien officiel de Philippa de Hainaut, l’épouse d’Édouard III d’Angleterre. Il visite l’Écosse, alors en lutte contre l’Angleterre. En particulier, il accompagne le fils de Philippa pour son mariage en Italie, où il rencontre le Pape.

Sur le chemin du retour, il apprend la mort de la reine Philippa en 1361. Il décide aussitôt de rentrer chez lui. Il passe successivement au service du duc du Luxembourg, de la duchesse de Brabant et du comte de Blois qu’il suit à la cour du roi de France.

Ses voyages lui font connaitre tous les acteurs de la guerre de Cent Ans. Il est donc bien placé pour raconter cette guerre depuis 1326 jusqu’à 1400. Jean Froissart narre par le détail chaque épisode, en prenant bien soin de flatter ses lecteurs qui sont des nobles ou des érudits friands de scènes de batailles ou de combats singuliers à la lance ou à l’épée.

Même s’il exagère parfois pour complaire à ses lecteurs, ses chroniques sont une source irremplaçable pour la connaissance du XIVe siècle et de la culture chevaleresque de l’époque en Angleterre et en France.

Les Chroniques de Jean Froissart parlent de la Gascogne

Les chroniques de Jean Froissart font 1 500 000 mots. Elles sont organisées en quatre livres qui couvrent la guerre de Cent Ans, entre 1326 et 1400. Il raconte tous les évènements qui se sont passés en Angleterre, en Écosse, aux Pays-Bas, dans la péninsule ibérique et, bien-sûr, en France.

La jacquerie du Musée de Meaux
La jacquerie du Musée de Meaux © Wikipedia

Il nous apprend ainsi qu’il est venu à Dax en 1367 pour accompagner le Prince Noir lors de son expédition en Espagne. Mais, sans que l’on sache pourquoi, il est rappelé en Angleterre.

Jean Froissart ne raconte pas que la guerre de Cent Ans. Il parle aussi d’évènements qui se sont déroulés en Italie, en Allemagne, en Irlande, dans les Balkans, à Chypre, en Turquie et en Afrique du nord. On peut vraiment voyager à travers l’Europe entière (et un peu plus) en lisant ses chroniques.

Pour leur rédaction, Jean Froissart vient une nouvelle fois en Gascogne en 1388 pour rencontrer Gaston Febus, comte de Foix et vicomte de Béarn, qui jouit d’une grande réputation, notamment depuis l’affaire du marché de Meaux. En quelques mots : de retour de croisade dans les pays baltes, il s’arrête à Meaux et délivre la femme du Dauphin de France et plusieurs dames de sa compagnie lors de la Grande Jacquerie de 1348.

Venant de Toulouse pour se rendre à Orthez, Jean Froissart voyage en compagnie d’Espaing du Lion, un écuyer de Gaston Febus. Ils s’arrêtent passer la nuit dans une auberge de Tornai (Tournay) en Bigorre et l’écuyer lui raconte le siège des châteaux de Mauvezin et de Lourdes en 1373.

Les dégâts occasionnés par la garnison de Lourdes

Le château de Lourdes © Wikipedia
Le château de Lourdes © Wikipedia

Depuis le traité de Brétigny en 1360, la garnison de Lourdes appartient au roi d’Angleterre. Elle mène des razzias jusqu’en pays toulousain. Elle prend des châteaux par surprise, fait prisonnier le châtelain, en demande une rançon et vend ensuite le château aux habitants. C’est un double bénéfice !

Une fois, les compagnons de Lourdes essaient de prendre Penne d’Agenais. Mais ils échouent et leur capitaine est fait prisonnier et conduit à Toulouse. Il a la vie sauve moyennant la promesse de se faire religieux, ce qu’il fait. Toutefois, de passage à Montpellier, le nouveau prêtre rencontre un riche marchand et sympathise avec lui. Il lui promet de l’accompagner à Paris à ses frais, et finalement, par des tours et des détours, il le mène à Lourdes pour en demander « mille francs pour sa rançon ». Décidément, on ne se refait pas !

Les compagnons de Lourdes vont « jusques à Carcassonne, ou il y a d’illec seize grands lieues ; et endommagèrent moult le pays tant par les rançons des villes qui se rachetoient comme par pillage qu’ils faisaient sur les champs et sur le pays ».

En fait, Jean Froissart raconte son voyage depuis Toulouse, son passage à Montesquieu-Volvestre, les crues de la Garonne, les routes impraticables, les châteaux pillés lors de la guerre entre le comte de Foix et le comte d’Armagnac, etc. C’est mieux qu’un reportage.

L’expédition de Louis d’Anjou en Bigorre

Après la révolte des seigneurs bigourdans, il ne reste que les châteaux de Mauvezin et de Lourdes qui sont occupés par des pillards qui mènent des raids dans tout le pays.

Le château de Mauvezin
Le château de Mauvezin © EGF

Pour s’en débarrasser, Louis d’Anjou, frère du roi Charles V, mène contre eux une expédition armée en 1373. « Et fut tout premièrement le siège mis du duc d’Anjou et de ses gens devant le chastel de Mauvoisin ». Le duc et son armée logent près de Tournay « sur la belle rivière de Lesse »  (Lesse est l’ancien nom de l’Arros).

Les combats font rage : « Tous les jours y avoit aux barrières du chastel escarmouches et faits d’armes, et appertises grandes, et beaux lancis de lances et poussis, et faites courses et envahies ». Jean Froissart s’adresse bien à un lectorat de nobles et de chevaliers car, quand on connait la topographie de Mauvezin, on se demande bien où ont pu se dérouler tous ces combats !

« Environ six semaines se tint le siège devant le chastel de Mauvoisin ». La garnison finit par se rendre par manque d’eau car « onques goutte d’eau du ciel durant six semaines n’y chéy tant il fit chaud et sec ». Elle sort et s’en va avec ses armes et ses bagages.

Après Mauvezin, le duc va assiéger le château de Lourdes. Il prend la ville et l’incendie mais le château résiste. Le siège dure six semaines « et plus y perdit qu’il n’y gagna ». Le château est imprenable et de duc lève le siège pour repartir à Toulouse.

Jean Froissart à la cour d’Orthez

Froissart à la cour de Gaston Febus © Wikipedia
Froissart à la cour de Gaston Febus © Wikipedia

Jean Froissart quitte Tournay et se rend à Orthez pour rencontrer Gaston Febus. « Quand il me vit, il me fit bonne chère ; et me retint de son hostel où je fus plus de douze semaines, et mes chevaux bien repus ». Jean Froissart est conquis. « Et vous dis que j’ai en mon temps vu moult de chevaliers, rois, princes et autres ; mais je n’en vis oncques nul qui fut de si beaux membres, de si belle forme, et de si belle taille et viaire bel, sanguin et riant, les yeux vairs et amoureux là où il lui plasoit son regard à asseoir ».

Il décrit un homme parfait, un grand prince, pieux, généreux et sage, qui vit fastueusement et qui surveille étroitement la bonne gestion de ses terres. « Et quand de sa chambre à mie nuit venoit pour souper en la salle, devant lui avoit douze torches allumées que douze varlets portoient ». Febus « mangeoit par coutumes fors volailles, et en especial les ailes et les cuisses tant seulement, et guère aussi ne buvait ».

La mort du fils de Gaston Febus

Le chroniqueur raconte la vie de cour à Orthez, les faits d’armes de Febus. Il raconte aussi la mort tragique de son fils. Enfermé après avoir tenté d’empoisonner son père, le jeune Gaston refuse de s’alimenter.

Quand Febus l’apprend, « le comte s’enfelonna, et sans mot dire, il se partit de sa chambre et s’en vint vers la prison où son fils étoit ; et tenoit à la male heure un petit long coutel dont il appareilloit ses ongles et nettoyait ». Il entre dans la prison et « par mautalent, en boutant ce tant de pointe en la gorge de son fils, il l’asséna, ne sais en quelle veine ». Peu de temps après, on vient lui annoncer « Monseigneur, Gaston est mort ».

C’est grâce aux Chroniques de Jean Froissart que l’on connait mieux la vie de Gaston Febus.

Serge Clos-versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Historiens et chroniqueurs du Moyen-âge, éditions de la Pléiade, Gallimard, 1952.
Les Chroniques en ligne, Internet Archive.

Lire aussi :

Gaston Febus prince troubadour
L’Elucidari, le wikipedia de Gaston Febus

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