Jean Lamon, dit Pelòt

La mort du brigand d'après Louis-Léopold Robert
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Bandit de grands chemins pour les uns, nouveau Robin des bois ou Zorro pour les autres, qui est vraiment Jean Lamon, dit Pelòt ?

Le bandit Jean Lamon (1779-1816)

Pelòt ou la vie d'un chef de brigands par Dordins (1866) © Gallica
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands par Dordins (1866) © Gallica

Jean Lamon, dit Pelòt, nait le 24 novembre 1779, à Soriac (Soréac), près de Poiastruc (Pouyastruc). Il est l’ai d’une famille nombreuse au destin peu commun. Son père meurt en prison et sa mère est incarcérée à l’âge de 85 ans. Et les enfants suivent le chemin. Son frère Bernaton meurt au bagne de Rochefort, et son autre frère Janton est condamné aux travaux forcés, mais il réussit à s’évader et s’enfuit en Espagne. Enfin, son dernier frère, Guilhaumet, meurt dans la misère.

Bref, une famille qui n’inspire pas la compassion de H. Dordins, commis greffier au Tribunal civil de Tarba (Tarbes), qui écrit en 1866, Pélot ou la vie d’un chef de brigands.

Il indique à ses lecteurs que c’est pour : mettre un terme aux versions inexactes qui, depuis fort longtemps et journellement, bourdonnaient à mes oreilles, je me suis, […] hasardé à tracer, tant bien que mal, les quelques lignes qui suivent, pour vous raconter, avec exactitude et impartialité, le passé, […] de celui dont le nom est encore dans toutes les bouches, je veux parler de Pélot.

Par cette simple phrase, on comprend que la version officielle ne fait pas l’unanimité.

L’histoire de Pelòt vue par les Autorités

De Tarbas à Rabastens (Carte Cassini), le territoire de Pelòt
De Tarbas à Rabastens, le territoire des exploits de Pelòt (Carte Cassini)

Refusant la conscription militaire (comme d’autres de ses concitoyens), Pelòt se cache dans le bois de Shins (Chis), situé le long de la route de Tarba à Rabastens. Là, il attaque les voyageurs et les rançonne, si bien que cette voie qui était l’une des plus commerçantes du département, devint complètement déserte.

La Gendarmerie se mobilise mais Pelòt déjoue toutes les tentatives faites pour l’arrêter. Visiblement, il sait s’informer. De plus, il constitue une petite bande de voleurs. Et oui, ses mauvaises actions sont légion. Une nuit, il déleste le curé de Peirun (Peyrun) de ses deniers, et même la servante de ses économies. Une autre nuit, il visite la demeure d’une personne aisée d’Artanhan (Artagnan)…

Alors, le préfet établit un poste de Gendarmerie à Shins. Et il fait surveiller la maison de Pelòt ; d’ailleurs, celui-ci manque de peu d’être arrêté. Plus tard, lors de la visite nocturne de la maison du curé de Senac, l’affaire tourne mal, l’un de ses lieutenants est tué et ses complices arrêtés.

Mais, Pelòt est lui-même blessé et arrêté. On le juge à Tarbes : La Cour a condamné et condamne le nommé Jean LAMON Pélot, ai, à la peine de mort ; ordonne en conséquence que, sur une des places publiques de la ville de Tarbes, il sera dressé un échafaud sur lequel il sera mis à mort par l’exécuteur des jugements criminels ; condamne ledit LAMON Pélot, aux frais du procès envers l’Etat.

Cela ne se fera pas, Pelòt, qui n’a pas été soigné, meurt en prison le 10 avril 1816 des suites de ses blessures. H. Dordins, notre commis greffier, s’en réjouit : Ainsi périt la terreur du pays.

Bandit ou héros ?

Jean-Louis Lavit, auteur de Pelòt, pastorala gascona
Joan-Lois Lavit, l’auteur de Pelòt, pastorala gascona

Si H. Dordins présente Pelòt comme un bandit sanguinaire, ennemi de l’État, ses exploits sont populaires et il devient pour tous un héros.

Peu importe s’il détroussait les pauvres comme les riches, peu importe s’il tuait ceux qu’il soupçonnait de l’avoir dénoncé, il faut bien se défendre ! En fait, sa résistance aux gendarmes et à l’autorité ont suffi pour en faire un héros à un moment où l’autorité de l’État est contestée car elle empiète sur les anciennes libertés. Et à un moment où la conscription, très impopulaire, fait fuir les jeunes du pays.

Le souvenir de ce Robin des Bois parvient jusqu’à nos jours. Ainsi, l’écrivain gascon Jean-Louis Lavit écrit une Pastorale en trois actes, consacrée à Pelòt. Elle est jouée lors de la Hestejada d’Ibòs en 1995. C’est un succès !

Il s’agit d’une pièce de théâtre, dansée et chantée, une forme théâtrale très populaire, notamment aux XVIIIe et XIXe siècles. Et le thème principal des pastorales est la lutte du bien contre le mal.

La pastorale Pelòt

Pastorale gascona Pelot LavitDans une auberge, la pauvre Marièta fait le ménage. Elle est la Cendrillon (Brasoquèta en gascon) de la pastorale. Et elle aime en secret Pelòt ;

Ò Pelòt, doç amic, on ès donc dat adara?
Perqué e cau que sias tostemps tan luenh de jo?
Ò Pelòt, doç amic, que volerí totara
Enténer lo tué pas en noste corredor.

Ô Pelot, doux ami, où es-tu maintenant ?
Pourquoi faut-il que tu sois toujours loin de moi ?
Ô Pelot, doux ami, je voudrais à l’instant
Entendre ton pas retentir dans le couloir.

Des bergers de la montagne passent à l’auberge. Alors, une discussion s’installe et les montagnards demandent des nouvelles du pays :

De qu’anen quin voletz? L’Empèri qu’ei en guèrra.
L’Agla hè arrepè sus mar com sus tèrra.
Qu’ei escanat lo poble e que lhèvan impaus,
Mes moneda qu’avem a dar, e mes chivaus
Tà la cavaleria. E pelats qu’èm. Totun,
Qui a tostemps passa-drets. Que’n sabem plan mes d’un,
En aqueste país, qui an lo pan, lo cotèth,
Quan, de castanhas, non shucam sonque la pèth!

Comment voulez-vous qu’elles aillent ? L’Empire est en guerre.
L’Aigle recule sur la mer comme sur terre.
Le peuple est étranglé, on lève des impôts,
Nous devons donner plus d’argent et des chevaux
Pour la cavalerie. Nous sommes tondus. Pourtant
Il y a toujours des passe-droits : nous en voyons tant,
Dans ce pays qui ont le pain, et le couteau,
Quand, des châtaignes, nous ne suçons que la peau !

Pelòt, Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica

Le décor est planté. En montagne, la situation est la même. Les anciens privilèges de commerce avec l’Espagne sont remis en cause. D’ailleurs, un berger est arrêté au Pont Long. Mais il demande à jouer de la flute et des dizaines de bergers accourent aussitôt pour le délivrer. Les gendarmes de Lorda (Lourdes) arrêtent Grangé, un berger qui réussit à désarmer un gendarme et à s’enfuir…La discussion en arrive à Pelòt :

Pelòt, parlem-ne drin! Se dab jo i vòs hèr
Qu’arriscas de’t trobar dab un bèth clau en pè!
Pelòt be s’ei dressat contra las injusticias.
De véger lo praubèr que’u te fot en malícias.
Plan sovent a potzar moneda s’ei trobat
Enas pòthas d’aqueths qui an, per poder, panat.
E hosse gran bandit, avosse tant raubat
Bèth titol de Marqués que s’averé crompat!

Pelòt, parlons-en un peu ! Si tu veux y faire
Tu risques de te trouver une épine au pied.
Pelòt s’est bien dressé contre les injustices.
Voir toute la misère le met en supplice.
Bien souvent, de l’argent il s’est mis à puiser
Dans les poches de ceux qui, puissants, ont volé.
Et si grand bandit, il avait tant dérobé,
Un titre de Marquis, il aurait acheté !

Pelot
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica

Enfin, Pelòt arrive à l’auberge. À son tour, il tombe amoureux de Marièta et veut l’épouser. Mais, une compagnie de gendarmes à cheval arrive. Et arrête Pelòt.

Adishatz mics! Mès sapiatz

Tà ganhà’s la libertat
Nat òmi providenciau,
Esperar james non cau.
Çò qu’un òmi no’vs pòt balhar,
Tots amassa s’ac cau ganhar!

Au revoir, amis ! Mais sachez
Que pour gagner la liberté,
Un homme providentiel
Jamais il ne faut l’attendre.
Ce qu’un seul homme ne peut donner,
Ensemble, il faut le gagner !

Pelòt est toujours présent

Pelòt - Présentation du projet par les auteurs (Éva & Julien)
Pelòt – Présentation du projet par les auteurs Julien Cabarry & Eva Cassagnet ©YouTube

Pelòt inspire toujours les auteurs. Eva Cassagnet et Julien Cabarry écrivent une série de 13 épisodes en occitan sur ce personnage. ÒC-tele réalise.

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pelot ou la vie d’un chef de brigands, H. Dordins, 1866.
Pelòt, pastorale gasconne, Jean-Louis Lavit, 1994, Prèmi « Pau Froment ». Éditions « Pastorala de Bigòrra ».

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