Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Le Château de Mauvezin (face Sud)
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Le château de Mauvezin est représentatif de l’histoire et de l’architecture des châteaux pyrénéens. Il est aussi le siège de l’Escòla Gaston Febus.

Un peu d’histoire

Les seigneurs du Château de Mauvezin
Les seigneurs du Château de Mauvezin

Mauvezin vient du latin malus vicinus qui peut se traduire par « mauvais voisin ». Ce toponyme est assez fréquent en Gascogne, puisqu’on compte une quinzaine de Mauvezin, dont la moitié au moins ont un rapport avec un château. Toutefois, le château de Mauvezin dont nous parlerons ici, se situe dans les Hautes-Pyrénées.

Mentionné pour la première fois le 12 mars 1083, il appartient au comte de Bigorre et une paix y est signée entre Sanche de Labarthe, Béatrice de Bigorre et son mari Centulle de Béarn. Il domine la région du sommet d’une motte castrale.

La Tour de Héchettes
La Tour de Héchettes

Au XIIe siècle, le donjon est en maçonnerie. Il a trois étages et son entrée se situe au 1er étage. La salle basse, à laquelle on accède par une trappe, est voutée. D’ailleurs, la voute romane a été reconstituée lors des récents travaux de restaurations. Par exemple, la tour de Héchettes donne une idée de ce qu’il pouvait être.

 

 

 

Le Château de Génos
Le Château de Génos

Plus tard, un mur en quadrilatère remplace les palissades de bois. Le château de Génos nous montre à quoi il devait ressembler.

Le château de Mauvezin est situé sur la route du piémont, à la frontière de la Bigorre, de l’Armagnac, de Labarthe et d’Aure. Evidemment, il fait l’objet de rivalités entre les seigneurs du voisinage.

Le siège de Mauvezin

Viguerie de Mauvezin d'après le censier de 1313
Viguerie de Mauvezin d’après le censier de 1313

Le traité de Brétigny de 1360 donne la Bigorre aux Anglais. Mais les seigneurs bigourdans se soulèvent en 1368 et la Bigorre redevient française, sauf les châteaux de Lourdes et de Mauvezin, toujours occupés par des routiers, dont le fameux Bascot de Mauléon.

Très vite, Charles V (1338-1380) envoie son frère, le duc d’Anjou, reprendre ces deux forteresses. Ainsi, il part de Castelnaudary et arrive devant Mauvezin le 20 juin 1373. Après quinze jours de siège, il négocie la reddition. Devant Lourdes, il essuie un échec et doit lever le siège.

Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia
Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia

Dans ses chroniques, Jean Froissart raconte le siège de Mauvezin. Alors qu’il se rend à Orthez pour rencontrer Gaston Febus, Espan du Lion, son compagnon de voyage, lui raconte les évènements passés 15 ans plus tôt. Le récit est adapté aux lecteurs, chevaliers amateurs de hauts faits d’armes : « Environ six semaines se tint le siège devant le château de Mauvoisin ; et presque tous les jours aux barrières y avoit faits d’armes et escarmouches de ceux de dedans à ceux de dehors. Et vous dis que ceux de mauvoisin se fussent  assez tenus, car le chastel n’est pas prenables, si ce n’est pas un long siège ; mais il leur advint que on leur tollit d’une part l’eau d’un puits qui siéd au dehors du chastel, et les citernes que ils avoient là dedans séchèrent ; car onques goutte d’eau du ciel durant six semaine n’y chéy, tant fit chaud et sec….. ».

Mauvezin passe à Gaston Febus

Le duc d’Anjou donne le château de Mauvezin à Jean II d’Armagnac, ennemi juré de Gaston Febus.

Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus
Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus

Le traité d’Orthez du 20 mars 1379 met fin à la guerre de succession du Comminges. Ainsi, Gaston Febus obtient le château de Mauvezin dont la viguerie est détachée de la Bigorre pour intégrer le Nebouzan jusqu’à la Révolution de 1789.

Febus fait rehausser les murs et construire le donjon. Il meurt 12 ans plus tard et Archambaut de Grailly devient comte de Foix, vicomte de Béarn et de Nebouzan en 1412. Il hérite donc de Mauvezin qu’il transforme en résidence comtale en ouvrant de larges fenêtres.

Alors, le château sert de prison. D’ailleurs, un texte raconte l’évasion de deux prisonniers enfermés dans la salle basse du premier donjon. Le 2 juin 1552, Guilhamet de Lectoure et Guilhem d’Abadie de Batsère tressent une corde de paille à laquelle ils attachent un bout de bois. Pendant que le garde est allé dans la maison du capitaine, les deux prisonniers s’évadent par la trappe du 1er étage, enfoncent la porte du donjon, traversent la cour, passent par les latrines et s’enfuient dans les bois proches.

Une pierre porte l’inscription : « Dieu seul sera adoré et l’antechrist de Rome sera abismé ». Nul doute que le prisonnier était protestant.

Le château est sauvé de la destruction

Le château de Mauvezin (gravure de 1704)
Le château de Mauvezin (gravure de 1704)

Le Nebouzan est réuni à la couronne de France en 1607. Le château n’a plus de fonction militaire et tombe dans l’oubli.

En 1715, Louis XIV veut agrandir son parc de Marly. Il échange une propriété avec Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin (1665-1736), qui reçoit Mauvezin et des seigneuries alentour. Criblé de dettes, son fils les revend en 1777 à Marc-Antoine de Lassus, juge de Rivière et Subdélégué à Montréjeau.

Après l’abolition des droits seigneuriaux en 1793, le château sert de carrière aux habitants de Mauvezin.

Avec la vogue du thermalisme et l’afflux de touristes (Capvern est proche), la municipalité de Mauvezin prend conscience de l’intérêt du château. Un arrêté municipal de 1860 ferme le château et interdit sa démolition.

Achille Jubinal
Achille Jubinal

Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées veut le prendre en ferme pour y établir un jardin, un musée archéologique et peut-être une résidence pour lui et sa famille. La commune tergiverse. Finalement, elle lui vend le château le 21 septembre 1864.

Achille Jubinal meurt l’année suivante. Sa fille vit à Paris et ne s’intéresse pas au château qui reste en l’état pendant 30 ans. En 1906, elle le vend à Alain Bibal, mécène et maire de Masseube dans le Gers.

L’Escòla Gaston Febus devient propriétaire du château

Albin Bibal
Albin Bibal

Albin Bibal réalise des travaux de sauvetage du château. En 1907, il le cède à l’Escòla Gaston Febus dont il est membre.

La remise officielle a lieu le 31 août 1907 au cours d’une Félibrée. « Mes chers collègues, ces vieux murs, cette devise intacte sont à vous pour toujours ». C’est en ces termes que Alain Bibal, vivement applaudi par une assemblée de Félibres, remet le château à l’Escòla Gaston Febus.

On y voit Adrien Planté, Capdau de l’Escòla, Simin Palay, Miquèu de Camelat, Charles du Pouey, le docteur Laccoarret, Bernard Sarrieu (fondateur de l’Escòla deras Pireneos), l’Arté deu Portau, André Baudorre, l’abbé Labaigt-Langlade

Lors d’un tournoi littéraire, on lit des textes et des poésies. Les chorales de Bordes, les Troubadours montagnards et l’Estudiantine tarbaise entonnent des chants. La Félibrée se termine par Aqueras mountines que l’on dit écrite par Gaston Febus.

Remise du Château de Mauvezin à l''Escòla Gaston Febus
Remise du Château de Mauvezin à l’Escòla Gaston Febus le 31 août 1907

En 2006, l’Escòla Gaston Febus lance une importante campagne de restauration du château de Mauvezin, dans laquelle elle investit 1,8 M€, financés en grande partie par les visiteurs.

Chateau de Mauvezin - la bibliothèque
Chateau de Mauvezin – la bibliothèque

Ainsi, le château de Mauvezin reste le siège de l’Escòla Gaston Febus. Le château abrite la bibliothèque de l’Escola, une des plus riches en occitan de Gascogne.

Depuis, l’Escòla Gaston Febus numérise les ouvrages pour en donner l’accès au plus grand nombre. Elle développe et anime des sites internet pour favoriser la connaissance de la langue et de la culture gasconnes :

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Spécial Château de Mauvezin et Escòla Gaston Febus
Gaston Febus construit le château de Mauvezin
Site du château

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