Le desman des Pyrénées

istoire Naturelle Toulouse
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Le Desman des Pyrénées ou rat-trompette est un animal endémique des Pyrénées. Très discret, il n’est découvert qu’en 1811. Il est malheureusement en grand danger d’extinction.

La découverte du Desman des Pyrénées

Desman de Moscovie, Histoire Naturelle de Buffon, 1763, Gallica
Le desman de Moscovie, Histoire Naturelle de Buffon, 1763, Gallica

Le Desman est un animal connu. Il habite en Russie et porte le nom de Desman de Moscovie. Le naturaliste Buffon (1707-1788) en a dessiné dans son Histoire naturelle, générale et particulière de 1763.

Rien à voir donc avec le Desman des Pyrénées ou Galemys Pyrenaicus Pyrenaicus, décrit pour la première fois en 1811 par le naturaliste Etienne Geoffroy de Saint-Hilaire, à partir de spécimens d’un curieux animal découvert à Tarbes par M. Desrouais, professeur de sciences naturelles à l’école centrale de Tarbes.

Eugène Trutat par Nadar, Muséum de Toulouse © Wikipedia
Eugène Trutat par Nadar, Muséum de Toulouse © Wikipedia

Eugène Trutat, que l’on connait mieux comme pyrénéiste et photographe des Pyrénées, était aussi le Directeur du Musée d’Histoire naturelle de Toulouse. Il étudie le desman à partir de spécimens venant de Luchon, notamment de Juzet où les petits ruisseaux et les prairies marécageuses constituent un excellent habitat. Il en fait une remarquable description détaillée dans son Histoire naturelle du Desman des Pyrénées, publié en 1891. En avant propos, il explique comment l’utilisation de l’agrandissement photographique lui a permis une description précise de l’ossature de ce petit animal.

Essai sur l'histoire naturelle du desman des Pyrénées, E. Trutat
Essai sur l’histoire naturelle du desman des Pyrénées, E. Trutat, 1891, Gallica

Dans le Bulletin de la société d’Histoire naturelle de Toulouse, C. Puisségur complète le travail d’Eugène Trutat et nous donne plusieurs planches anatomiques dessinées et très détaillées du desman.

On sait que l’aire de répartition du Desman a été plus grande car Edouard Lartet en a retrouvé des ossements fossiles à Sansan dans le Gers. On a retrouvé aussi d’autres fossiles dans le Massif Central et en Angleterre. Ces Desman sont un peu différents de ceux des Pyrénées.

Si notre Desman est endémique de toute la chaine des Pyrénées (on le signale pour la première fois dans les Pyrénées-Orientales en 1824), on lui connait un cousin, le Galemys Pyrenaicus Rufulus qui vit dans le nord de l’Espagne et du Portugal.

Carte de présence du Galemys pyrenaicus © Wikipedia
Carte de présence du Galemys pyrenaicus © Wikipedia

Le Desman des Pyrénées

Le Desman vit dans les torrents et les lacs de montagne. Il se nourrit exclusivement de larves (les pêcheurs croyaient qu’il se nourrissait de poissons) et son activité est essentiellement nocturne. De surcroit craintif, il est difficile à observer.

Desman des Pyrénées- Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises © Richard Danis
Desman des Pyrénées, Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises © Richard Danis

Le Desman mesure environ 25 cm de long (queue comprise) et pèse entre 50 et 60 grammes. Son corps est recouvert de poils. Il est muni d’une trompe dont il se sert pour dénicher les larves au fond des ruisseaux. Il a des pattes griffues qui lui permettent de creuser un terrier dans les berges. Ces caractéristiques ont fait penser à un rat, une taupe ou une musaraigne.

C’est un très bon nageur mais il est incapable de poursuivre une proie dans l’eau. Il préfère les larves enfouies sous le sable, fixées sur un rocher ou près de la surface de l’eau.

S’il est essentiellement aquatique, le Desman est capable de se déplacer sur les berges, notamment à la recherche de partenaires durant la saison de reproduction.

Le Desman des Pyrénées se rencontre dans tous les milieux situés à partir de 15 mètres d’altitude (observé à Saint Pé sur Nivèle) et jusqu’à plus de 2 000 mètres au lac d’Ayous. Il lui faut des torrents relativement profonds. C’est ainsi qu’en amont de Saint-Girons, on ne le trouve que dans les affluents de la rive gauche du Salat. Il est absent des affluents de la rive droite. Cela s’explique par la différence de précipitations entre les deux versants.

Il se reproduit entre février et mai et chaque couple élève de 3 à 4 petits. La durée de vie du Desman des Pyrénées semble relativement courte. En tout cas, il ne supporte pas la captivité et se laisse dépérir.

Le Desman en grave danger de disparition

On ne connait pas exactement le nombre de Desman des Pyrénées. Le Parc National des Pyrénées estime sa population à 17 000 individus sur toute la chaine des Pyrénées. C’est peu : 1 Desman par km² en moyenne !

Le Desman des Pyrénées est protégé par l’arrêté du 17 avril 1981 qui interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l’enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Vivant ou mort, il est interdit de le transporter, le colporter, l’utiliser, le détenir, le vendre ou l’acheter. Bref, laissez le Desman tranquille !

The-International-Union-for-Conservation-of-NatureDepuis 2021, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) classe le Desman des Pyrénées en danger de disparition car son habitat est fortement perturbé par l’activité humaine.

La pollution a un impact sur les insectes et les larves dont se nourrit le Desman des Pyrénées. La vidange des barrages constitue un réel danger par la modification du milieu naturel et le risque de submersion des terriers.

L’enrochement des berges réduit la possibilité de trouver des refuges adaptés. Il en est de même de la destruction des souches d’arbres ou des constructions le long des berges (moulins, murs de retenue, etc.). Tout cela contribue à fragmenter sa zone d’habitat, ce qui rend encore plus fragile le Desman.

Son aire de distribution aurait diminué des 50 % entre 1990 et 2015 et il aurait pratiquement disparu des fonds de vallées.

Mais comment le protéger ?

Plusieurs programmes de conservation du Desman sont établis. Un premier plan national couvrant la période 2009-2014 a permis de mieux connaitre le Desman et son mode de vie. Le projet LIFE + DESMAN, cofinancé par l’Europe, a permis de prendre en compte le Desman dans les plans d’aménagement et de gestion des cours d’eau. Cela permet d’améliorer ses zones d’habitat. Un deuxième plan national couvre la période 2021-2030.

logo_CEN_Occitanie_0 Il comprend des actions concrètes. Outre l’information et la sensibilisation du public à la protection du Desman des Pyrénées, le Conservatoire des Espaces Naturels (CEN) Occitanie a acheté des terrains en bord de ruisseau à Luchon, Lège et Saint-Mamet pour protéger un espace occupé par le Desman.

Une convention « Havre de paix » est signée avec des riverains pour gérer les terrains en tenant compte de la présence du Desman. Elle concerne plus de 500 hectares. Un projet similaire est en cours sur le Salat en Ariège.

Dans l’Aude, on restaure des bras de rivière pour augmenter la zone d’habitat du Desman en cas de fortes crues. On nettoie les berges et on les débarrasse des pollutions (plastiques, autres déchets) et on protège les captages et prises d’eau par des crépines évitant d’engloutir des Desman.

Ces actions ont permis de renforcer la population de Desman et de le voir recoloniser certains secteurs abandonnés.

Des nouvelles actions prévues au Plan Nation d’Actions 2021-2030 permettront sans doute d’améliorer la protection du Desman et de le voir revenir dans nos rivières de montagne. En attendant, chacun d’entre nous peut contribuer à la réussite de ce plan en évitant de polluer les cours d’eau par ses déchets, de déranger le Desman des Pyrénées par des activités nautiques trop près des berges, etc.

Et puis, vous pouvez en parler à vos enfants.

Et que fait l’Espagne ?

Life-Desmania L’Espagne qui possède la population la plus grande de desmans pyrénéens a son propre programme de protection LIFE+Desmania.

Le lien ci-dessous présente une vidéo en espagnol, sur Youtube. Vous pouvez faire apparaitre des sous-titres en français (et bien d’autres langues). Pour cela, ouvrez la video dans YouTube, cliquer sur « Paramètres » et choisissez la langue qui vous convient.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire naturelle, générale et particuliére. Tome 10, avec la description du Cabinet du roy., Buffon 1763, Gallica
Essai sur l’histoire naturelle du Desman des Pyrénées, Eugène Trutat, Editions Privat, Toulouse, 1891.
Recherches sur le Desman des Pyrénées, C. Puisségur, Bulletin de la Société d’Histoire naturelle de Toulouse, 1935-2ème trimestre, p 163 à 227.
Le Desman des Pyrénées: Un mammifère inconnu à découvrir, Bernard Richard, Chercheur CNRS au Laboratoire du Milieu Souterrain de Moulis en Ariège, 1989.
Conservatoire des Espaces naturels Occitanie
Parc National des Pyrénées
Projet Life=Desman (fiche de présentation)
Plan national d’actions 2021-2030 en faveur du Desman des Pyrénées

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3 réflexions sur “Le desman des Pyrénées

  1. Le caractère du Desman (et son nom) me fait penser à l’origine de son nom. Est-ce que le démon a quelque chose à voir avec ce petit animal? Comme la taupe, qui surgissait venue d’on ne sait où et disparue aussitôt dans son trou, dans le jardin de mon père. Ce « diable » est d’origine russe, ou, pour le moins, son cousin en vient. En savez-vous quelque chose de plus précis qu’une simple supposition lancinante qui me poursuit depuis que j’ai lu cet article du blog?

    1. De façon moins poétique, hélas, le terme de desman viendrait de desmanrätte qui veut dire rat musqué en suédois. Découvert tardivement, il est rarement répertorié sous un nom local. On trouve toutefois almesquera en catalan e almizclera pour Madame Desman en espagnol, des mots qui viennent de l’arabe. Almizcle veut dire musc.

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