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Le Musée des Amériques d’Auch

La Gascogne fourmille de musées, tous aussi surprenants les uns que les autres. Le Musée des Amériques d’Auch mérite une mention particulière par la richesse de sa collection d’art précolombien.

L’origine de la collection précolombienne du Musée des Amériques d’Auch

Guillaume Pujos (1852-1921), premier donateur du Musée des Amériques d'Auch
Guillaume Pujos (1852-1921)

Guillaume Pujos (1852-1921) nait à Auch. En 1871, il part pour Santiago du Chili. C’est un amateur d’art. Il se passionne pour les civilisations précolombiennes et rassemble en trente ans une importante collection d’objets.

Puis, il revient à Auch en 1906. Il devient conservateur du musée d’Auch en 1911 (c’est un des plus anciens musées de France, créé en 1793). Alors, naturellement, Guillaume Pujos y expose les objets de sa collection, qu’il lègue à la ville d’Auch à sa mort, en 1921.

Henri Polge enrichit la collection d’art précolombien

Le Cévénol Henri Polge (1921-1978) est nommé Archiviste Départemental du Gers et Conservateur du musée en 1948. Il persuade l’État d’effectuer des dépôts complémentaires. Ainsi, en 1954, on transfère à Auch les collections précolombiennes du Musée des Eyzies-de-Tayac (Dordogne) et celles du Musée d’Annecy. Au total, il rassemble 1 200 pièces d’art précolombien.

Micheline Lions, donatrice du Musée des Amériques d'Auch
Micheline Lions, donatrice du Musée des Amériques

Dans un article du 4 octobre 1954, Henri Polge explique : […] Le regroupement à Auch de l’art précolombien en France ne répond pas à une vaine manie de collectionneur. Il correspond à une politique voulue de mise en valeur des musées de province, sous la direction et l’impulsion active de l’Inspection Générale. […] À cet égard le Gers est de mieux en mieux placé : le Musée d’Auch est sans doute le premier de France après le Musée de l’Homme à Paris pour l’art précolombien […].

Ensuite, plusieurs dons, legs ou achats enrichissent les collections. Par exemple, en 2006, Madame Micheline Lions de Saint-Tropez fait une importante donation de pièces issues d’une collection qu’elle a réunie avec son mari lors de leurs voyages au Pérou et au Brésil.

La Messe de Saint-Grégoire, chef d’œuvre du Musée des Amériques d’Auch

La Messe de saint Grégoire, mosaïque de plumes sur bois 68 x 56 cm, Mexique 1539. Un chef d'aouvre du Musée des Amériques d'Auch
La Messe de Saint Grégoire, mosaïque de plumes sur bois 68 x 56 cm, Mexique 1539

Le Messe de Saint-Grégoire est un tableau en plumes réalisé en 1539 à Mexico. C’est une œuvre d’autant plus importante que c’est l’un des tout premiers tableaux chrétiens créé avec l’art traditionnel aztèque. Le musée d’Auch l’acquiert en 1986. C’est le plus ancien tableau de plumes connu.

Le Musée des Amériques possède 4 des 6 tableaux de plumes conservés en France. À noter, on en connait 180 dans le monde.

 

 

La plume et les dieux dans l’Art précolombien

Devant d’une tunique (unku) décoré de plumes - Culture chimú (900-1450 apr. J.-C.), Pérou, côte nord
Devant d’une tunique, unku, décoré de plumes – Culture chimú (900-1450 apr. J.-C.), Pérou, côte nord

Dans les sociétés précolombiennes, la plume est associée aux dieux. D’ailleurs, la déesse Coatlicue est fécondée par des plumes tombées du ciel. Et elle donne naissance à Huitzilopochtli, le Dieu tutélaire des Aztèques qui signifie le « colibri de gauche » ou le « guerrier ressuscité ». Quetzalcoatl, le Dieu serpent à plumes, se cache sous un masque de plumes.

Les peuples précolombiens vénèrent la plume. Ils en parent les dieux et les victimes des sacrifices. La plume est aussi un présent diplomatique, et elle constitue une grande part des tributs versés aux vainqueurs. De même, les guerriers au combat se parent de plumes car, après leur mort, ils accompagnent le soleil pendant quatre ans avant de revenir sous forme de colibris.

Après la conquête espagnole, les religieux se sont servis de la valeur symbolique de la plume pour faciliter l’adhésion des Indiens au christianisme.

Pour la réalisation d’objets, on lie les plumes entre elles, en les tissant ou en les collant. Ainsi, les amantecas, plumassiers aztèques, collent des plumes pour réaliser la Messe de Saint-Grégoire.

Le Musée des Amériques d’Auch possède trois autres pièces en plumes, dont un tissu ordinaire en plumes.

Voir le film du Musée des Amériques d’Auch sur l’art des tableaux de plumes au temps de Cortés au Mexique

Les civilisations précolombiennes

Les civilisations précolombiennes
Les civilisations précolombiennes

Le public connait les plus grands peuples précolombiens : les Aztèques, les Mayas, les Incas. Pourtant, il existe de nombreux autres peuples précolombiens qui furent de grandes civilisations et dont on peut voir des objets au Musée des Amériques d’Auch.

Avant les Incas qui ont conquis la plus grande partie des Andes au XVe siècle, plusieurs peuples ont vécu dans une zone englobant le Pérou, la Bolivie, le nord du Chili et l’ouest de l’Argentine.

Le plus ancien peuple connu est le peuple Caral qui a vécu au nord du Pérou, il y a 4 000 ans. Il construisit des pyramides et maitrisa l’irrigation des cultures.

Les Nascas vivent au sud du Pérou (- 200 à 600 après J.C.). Ils sont connus pour leurs immenses figures tracées dans le désert. Ils ont construit des aqueducs et produit une céramique polychrome à motifs d’animaux.

Les Chimus vivaient au nord du Pérou entre 1000 et 1470. Ils adoraient la lune et considéraient le soleil comme destructeur. Les Incas, qui ont conquis le territoire des Chimus, eux, adoraient le soleil. Les Chimus sont connus pour leur céramique.

Bien sûr, les Incas sont les plus connus. Originaires de la région de Cuzco en Bolivie, ils agrandirent leur territoire à partir de 1430. Les Espagnols arrivèrent en 1532 et conquirent rapidement le vaste empire inca. Pourtant, il y aura plusieurs rebellions des Incas depuis celle de 1536 jusqu’à celle de 1780.

Le Musée des Amériques d’Auch, Pôle national de référence d’art précolombien

Statuette féminine assise Culture remojadas, el-tajín, totonaque (600-1500 apr. J.-C.), Mexique, côte du golfe. Statuette représentant un personnage assis ceint d’une haute coiffure zoomorphe (cerf ?) Culture maya (1000 av. J.-C – 900 apr. J.-C.), Mexique, Campeche ou Jaïna
G : Statuette féminine assise Culture remojadas, el-tajín, totonaque (600-1500), Mexique, côte du golfe. / D : Statuette représentant un personnage assis ceint d’une haute coiffure zoomorphe (cerf ?) Culture maya (1000 av. J.-C-900 apr. J.-C.), Mexique, Campeche ou Jaïna.

Vase à anse en étrier représentant un animal hybride crapaud-félin - Culture mochica (150-850 apr. J.-C.), Pérou, côte nord Vase à libation - Culture mochica (150-850 apr. J.-C.), Pérou, côte nord
G : Vase à anse en étrier représentant un animal hybride crapaud-félin – Culture mochica (150-850), Pérou, côte nord. / D : Vase à libation – Culture mochica (150-850), Pérou, côte nord

On compte 172 musées français qui possèdent 32 000 objets précolombiens. À lui seul le Musée du Quai Branly à Paris en possède 61,5 %. Suit le Musée des Amériques d’Auch avec 25 %, le restant des objets étant dispersé dans les 170 autres musées. Souvent, on les expose dans quelques vitrines ou ils sont isolés. L’idée de les regrouper dans une structure unique permettrait de mieux les présenter aux publics.

Aussi, Franck Montaugé, maire d’Auch de 2008 à 2017, député et sénateur, veut créer des Pôles nationaux de référence au sein des Musées de France pour regrouper et mettre en valeur les collections. Alors, il dépose un amendement qui est voté dans la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine. Son article 69 prévoit la création de Pôles nationaux de référence […] pour rassembler, conserver et valoriser des collections publiques non présentées […] selon des thématiques précises définies préalablement dans un projet scientifique et culturel […].

Le Musée des Jacobins d’Auch (son ancien nom) est le premier musée de France à obtenir le label Pôle national de référence spécialisé en art précolombien et art sacré latino-américain. D’importants travaux ont lieu en 2018 et 2019 pour transformer le Musée des Jacobins en Musée des Amériques.

Le Musée des Amériques
Le Musée des Amériques

Les autres collections du Musée d’Auch

Au Musée des Amériques d'Auch, la Statue monumentale de l'Empereur Trajan
Statue monumentale de l’Empereur Trajan

Le musée des Amériques contient plusieurs autres collections.

La collection des Antiquités regroupe des objets depuis l’Egypte jusqu’à la période romaine. On peut y voir des objets gallo-romains issus des fouilles d’Augusta Auscorum [Auch] et des fresques découvertes dans une villa à Roquelaure.

Celle du Moyen-âge présente des sculptures polychromes provenant de la Cathédrale Sainte-Marie d’Auch, ainsi que l’olifant et le peigne de Saint-Orens. La collection de mobiliers et d’art décoratif présente des céramiques de la faïencerie d’Auch qui a produit seulement de 1757 à 1772. Les objets d’art et le mobilier proviennent de saisies révolutionnaires, dont certaines le furent dans l’ancien hôtel de l’Intendance d’Auch.

Au Musée des Amériques d'Auch, l'Olifan de Saint-Orens
Olifant de Saint-Orens

La collection contient des œuvres de peintres ou de sculpteurs gersois du XVIIIe au XIXe siècles.

Enfin, la collection d’art et traditions populaires de la Gasconne regroupe des costumes et des objets de la vie quotidienne au XIXe siècle.

Au-delà des livres d’école qui survolent les civilisations précolombiennes, et ignorent la culture populaire gasconne, une visite en famille permet de faire découvrir aux enfants la réalité de ces peuples au travers des objets de leur vie quotidienne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Musée d’Auch
Musée du Quay Branly