le ministère de la guerre Le Pont-Long est une plaine marécageuse située au nord de Pau. D’après un cartulaire du XVe siècle, les Ossalois l’appellent Lo pallong (Le marécage). Justement, il appartient à la vallée d’Ossau.
Le Pont-Long : une plaine pas si tranquille

La plaine du Pont-Long se situe entre le gave de Pau au sud et la rivière du Luy de Béarn au nord. Elle fait 20 kilomètres de long et entre 4 et 10 kilomètres de large. Les marécages y sont nombreux et la plaine a toujours eu la réputation d’être pauvre et insalubre.
Elle est à plus de 30 kilomètres de la vallée d’Ossau et sert de pâture aux troupeaux ossalois pendant l‘hiver. À cause de cela, tout au long de l’histoire, les Ossalois défendent farouchement leur territoire et entrent en conflit permanent avec les villages voisins qui veulent s’agrandir et exploiter les terres.
Les Ossalois ne veulent surtout pas d’agriculteurs au Pont-Long afin de préserver leurs pâturages. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’ils viennent en nombre pour faire régner leur loi à coups de bâton. C’est le cas en 1480, lorsque 1 500 Ossalois descendent dans la plaine, abattent et nivèlent un grand nombre de fossés élevés par les habitants, brulent des maisons, emmènent des animaux (c’est le droit de carnalage), massacrent des fermiers. Bien-sûr, les habitants leur intente un procès. Mais, les arbitres désignés, après enquête sérieuse, donnent gain de cause aux Ossalois.
Pourtant, ce droit de pâture fait régulièrement l’objet de contestations car la pression démographique est toujours plus forte. Cette affaire occupe tout le Moyen Âge. Seuls, les villages de Sendets et d’Uzein obtiennent l’autorisation de s’implanter sur le Pont-Long. Les Palois eux-mêmes ne peuvent labourer leurs terres jusqu’à l’Ousse des bois que grâce à un accord de 1277.
La toute-puissance des Ossalois
On ne connait pas l’origine de la propriété du Pont-Long mais il sert déjà de pâturage avant la création de Pau. Les vicomtes de Béarn doivent composer avec cet état de fait. Ainsi, lorsqu’il veut créer la ville de Pau, Centulle IV (1012-1058) est obligé de négocier des terrains avec les Ossalois.
En 1221, Guillaume-Raymond de Moncade (1166-1224) accorde une charte de coutumes aux Ossalois. En contrepartie, il se fait donner le terrain qui correspond aujourd’hui à l’emplacement du château et de son parc.
Premier accroc à la toute-puissance des valléens, en 1229, la Cort Major décide que les Ossalois doivent fournir des otages au vicomte quand ils entrent au Pont-Long. C’est reconnaitre que le vicomte est seigneur du Pont-Long.

Les procès en contestation de droits se multiplient. Enfin, en 1277, c’est la « paix de Pau ». Les Palois reçoivent l’autorisation de cultiver une partie du terrain. Petit à petit, les Ossalois doivent accorder des droits partiels aux villages voisins : droits de pacage, droits de touja, etc.
Une autre affaire concerne cette fois les habitants de Jurançon qui ont l’habitude de réunir leurs troupeaux sur une place au pied du château de Pau. C’est l’actuelle place de la Monnaie. Or, les terrains appartiennent aux Ossalois et le jugement final reste en leur faveur. La place leur appartient toujours.
Afin de prévenir les conflits, les Ossalois prennent un grand soin de faire confirmer leurs droits à l’avènement de chaque vicomte. On n’est jamais trop prudents !
La fin de l’hégémonie ossaloise sur le Pont-Long
Les villages voisins contestent régulièrement les droits de pâture des Ossalois sur le Pont-Long devant les tribunaux car la pression démographique est de plus en plus forte. En conséquence, la pression sur les terres s’accentue.
Les procès continuent malgré les différents changements de régime (vicomté de Béarn, royaume de France, Révolution de 1789, etc.), notamment avec la ville de Pau.
Il faut attendre un jugement du tribunal civil de Pau en 1828 pour que la propriété immémoriale des Ossalois sur le Pont-Long soit reconnue.
Mais, un autre arrêt de 1837 ne laisse que la moitié du Pont-Long aux Ossalois. L’autre moitié est partagée avec les 31 communes riveraines. Il faut dire que la grande épizootie de 1774 à 1776 a décimé 86 % du bétail de la vallée d’Ossau. La conservation des friches pour le pacage des troupeaux ne peut plus être justifiée. Malgré cette demi-victoire (ou demi-défaite), les Ossalois chantent pour se moquer des Palois :

Tu t’ès mau emplegada
De barrar Pal-loung
Dab paus e palissada;
En despièyt deus de Pau
Lou Pal-loung sera d’Aussau.
Tu t’es mal employée
À fermer le Pont-Long
Avec des pieux et une palissade ;
En dépit de ceux de Pau
Le Pont-Long sera ossalois.
Plus tard en 1853, à la demande du canton d’Arudy, on parage le Pont-Long entre le Syndicat du Haut-Ossau (la partie ouest de la route de Bordeaux) et le Syndicat du Bas Ossau (la partie est de la route de Bordeaux) qui vend sa part en 1866.
Le Haut-Ossau continue à faire transhumer ses troupeaux jusque dans les années 1950. Après une période où il a conclu des baux emphytéotiques de 30 ans, le syndicat exploite lui-même les terres agricoles (637 hectares) pour faire bénéficier directement les fermes ossaloises de ses productions.
L’aménagement du Pont-Long
L’hippodrome du Pont-Long occupe la partie est de l’actuelle route de Bordeaux. C’est la ville de Pau qui cède 38 hectares des terrains qui lui appartiennent depuis le jugement de 1837. L’hippodrome est construit en 1842.
L’hippodrome s’agrandit par acquisition du domaine de Sers, en 1875. Il connait des campagnes régulières de travaux d’embellissement et d’agrandissement, notamment en 1902, en 1965 et en 1999. Aujourd’hui, l’hippodrome couvre 42 hectares, dispose de moyens modernes et on y organise 239 courses chaque année. Il est ainsi le deuxième de France, derrière celui d’Auteuil, pour les couses d’obstacle.

Outre le domaine agricole, exploité directement par le Syndicat du Haut-Ossau, l’ouest de l’actuelle route de Bordeaux permet l’installation de l’aéroport de Pau-Uzein, maintenant appelé Pau-Pyrénées.
Un terrain d’aviation ouvre en 1908 et plusieurs écoles de pilotage s’y succèdent, dont celle des frères Wright. En 1911, 128 hectares de landes sont concédés gratuitement au ministère de la Guerre pour y installer un centre d’aviation militaire. C’est l’aérodrome du Pont Long. En 1937, une base aérienne est installée sur 233 hectares. C’est l’aérodrome d’Uzein.
Le terrain séparant les deux aérodromes est réquisitionné par l’Etat en 1940. Le Gouvernement de Vichy puis les Allemands y effectuent des travaux. Mais, les bombardements alliés puis les Allemands lors de leur départ détruisent les installations.
Assez vite, en 1947, l’école de parachutistes de Lannion s’installe sur l’aéroport de Pont-Long-Uzein.

Un épisode douloureux du Pont-Long

Un champ de tir permet l’entrainement de la garnison au Pont-Long. Les Allemands l’utilisent comme lieu d’exécution des maquisards. Le 25 aout 1944, on y découvre quatre fosses dans laquelle se trouvent 47 cadavres. Ils renferment les corps des maquisards tués lors des combats de juillet et aout 1944.
En effet, le 6 juillet, 1 200 Allemands encerclent 200 maquisards appartenant au Corps-Franc Pommiès, dans le village de Portet près de Garlin. 20 maquisards tombent et 38 autres sont capturés. Emprisonnés à Pau, torturés, ils sont finalement exécutés au Pont-Long.

Le lendemain, 6 autres maquisards sont tués lors de combats à Monein. Ils sont apportés au champ de tir et enterrés dans une fosse commune. D’autres personnes y sont fusillées.
Chaque année, une commémoration a lieu sur la stèle du souvenir.
Triste com lo Pallong
Dans son dictionnaire, Simin Palay nous indique l’expression Triste com lo Palloun (Triste comme le Pont-Long).
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Le Pont-long, historique des droits d’Ossau, Pascal Badiolle
Seigneurs, troupeaux et montagnes : la place et le rôle de l’aristocratie dans la société pastorale ossaloise au Moyen Âge, Anne Berdoy
Élaboration et affirmation du discours identitaire exprimé par la culture-tradition en Haut-Ossau, Rémy Berdou

