La Gascogne est riche en eaux thermales. Faisons un petit tour, non exhaustif, du côté des stations thermales encore en activité.
Les eaux minérales
Les eaux minérales exploitées dans les stations thermales ont des vertus thérapeutiques. Mais qu’est-ce qu’une eau minérale ?
L’eau minérale est une eau provenant d’une nappe souterraine qui présente des teneurs stables en sels minéraux. Son utilisation est réglementée. Le premier texte qui en parle est un édit d’Henri IV de 1605. Depuis, de nouveau textes sont apparus, surtout au cours du XIXe siècle, en fonction des progrès de leur analyse.
Aujourd’hui, une eau minérale est définie par un décret de 1922. Il dit que « les dénominations « eau minérale », « eau minérale naturelle » ou tout autre contenant ces mots sont réservées aux eaux douées de propriétés thérapeutiques provenant d’une source dont l’exploitation a été autorisée par une décision ministérielle dans les conditions prévues par les lois et règlements en vigueur ». Inutile de préciser que les sources d’eau minérale exploitées font l’objet d’un contrôle de qualité sévère.
Selon les composés des eaux on distingue plusieurs sortes d’eau. Ainsi, on trouve des eaux ferrugineuses c’est-à-dire qui contiennent des sels ferriques ou des sulfates de fer, de couleur rouge, dont la température est proche de celle de l’air ambiant. Les eaux sulfatées contiennent des sodiums, du potassium ou de magnésium (elles ont une odeur d’œuf couvé), elles sont tièdes : Cauterets, Barèges, Luchon. On parle d’eaux carbonatées quand elles sont riches en carbonate ; elles provoquent souvent des concrétions (ce sont les fontaines pétrifiantes), comme les eaux de Bagnères ou de Capvern. Il existe aussi des eaux chlorurées et des eaux à oligo-éléments.
Une station thermale peut posséder plusieurs sources d’eaux aux propriétés différentes. Cela explique pourquoi on y soigne plusieurs affections.
L’exploitation des sources d’eaux minérales

On connait les sources d’eau minérale depuis le Néolithique. Les populations locales viennent s’y baigner pour soulager quelques affections. Mais ce sont surtout les Romains qui aménagent les sites, parfois de très petites sources. Sans doute pour soigner les légionnaires malades ou blessés. On retrouve encore des cuvettes de pierre ou des aménagements hydrauliques comme à Dax, à Lectoure ou à Luchon.
L’usage des bains décline au cours des siècles, jusqu’à retrouver un nouveau souffle à partir du XVIIe siècle. C’est surtout sous Louis XIV qu’ils se développent. Cela ne dure pas. Puis, la mode des bains reprend sous le second Empire et Napoléon III fait aménager des stations thermales.
Les bains sont ouverts à tous, même si c’est surtout l’apanage des gens fortunés. En effet, il faut payer les soins, l’hébergement et les excursions. Toutefois, certaines villes se cotisent pour payer des bains à des nécessiteux atteints de maladie ou d’infirmités.

Les bains sont souvent construits par des investisseurs privés. À Audinac, près de Saint-Girons, c’est Barthélémy Dauby, un propriétaire terrien, qui construit un établissement moderne au XIXe siècle avec parc, buvette et hôtels. La station, qui ne reçoit que 300 curistes par an, ferme en 1939, faute de rentabilité et concurrencée par la station d’Aulus.
La famille Brauhauban de Tarbes doit une partie de sa fortune à l’adjudication des thermes de Cauterets, de Barèges et de Luz-Saint-Sauveur.
Dans le département des Hautes-Pyrénées, par exemple, on exploitait 33 sources au XIXe siècle. Il n’en reste que 8 qui sont en activité. C’est la même proportion dans les autres départements où la plupart des sources ont fermé.
En fait, après une période faste, l’usage des bains décline et on se demande aujourd’hui si l’on doit toujours prendre en charge financièrement les cures thermales.
Les hôpitaux militaires et les eaux thermales
À partir de Louis XIV certaines stations reçoivent des soldats. Les premiers recensés viennent de Perpignan et ont une feuille de route qui leur indique les étapes à suivre jusqu’à Barèges. Nous sommes à la fin de la Guerre de Sept Ans (1756 à 1763).
Sur la route, les soldats sollicitent les communautés pour leur fournir le logement, l’ustensile (le lit, le feu et la chandelle), un cheval ou des charrettes. Les comptes communaux font apparaitre les sommes, parfois élevées, dépensées pour « les soldats blessés de plusieurs Régiments qui ont passé par cette ville allant aux bains de Barèges ou leur retour ».
Dès le XVIIe siècle, Les Eaux-Bonnes et Barèges se taillent une bonne réputation pour soigner les blessures de guerre. Dès 1749, Barèges se substitue aux Eaux-Bonnes pour ses « eaux d’arquebusades ». Il faut attendre Louis XV en 1732 pour qu’y soit construit un hôpital militaire.
En fonction des besoins, d’autres stations reçoivent des soldats. Des baignoires leur sont réservées et des conventions passées avec des hôtels pour leur hébergement. C’est le cas à Dax, à Cauterets, à Salies de Béarn ou à Luchon. Pendant la guerre de 1914-1918, ce sont 36 stations thermales qui sont réquisitionnées. Toutefois, à la fin de la guerre, leur nombre décroit fortement. Il ne reste plus que Barèges qui dispose d’un hôpital militaire.

Napoléon III y fait construire un hôpital plus grand, inauguré en 1864. Il ferme en 1963 mais rouvre en 1998. C’est aujourd’hui un centre de remise en condition des soldats après une période de combats. Le centre dispose de 350 lits et ne sert qu’à l’hébergement. Chaque unité militaire gère l’alimentation et les activités. Il reçoit 25 000 soldats par an.
Les eaux thermales : une ressources économique importante

Les bains constituent une ressources économique importante. Dax reçoit plus de 50 000 curistes par an, Luchon plus de 32 000, Cauterets plus de 12 000, Salies de Béarn plus de 1 600 ou Lurbe-Saint-Cristau à peine 700.
Grandes ou petites, les stations génèrent des emplois. Par exemple, Cauterets emploie 150 personnes au XIXe siècle. Dans l’hébergement, la restauration, la médecine et les thermes, mais aussi des guides, des porteurs, des tailleurs, des lavandières, des cochers, etc.
Ces emplois sont la plupart du temps tenus par les habitants des vallées qui s’assurent ainsi un complément de revenus. Ils peuvent aussi vendre des fleurs ou du lait. Certains vont coucher dans le grenier pour louer leur chambre.
Les stations thermales emploient aujourd’hui moins de monde. Pourtant, le potentiel de développement est considérable. Dans la plupart des pays européens, on compte 1 curiste sur 15 ou 20 habitants, en France il n’y a que 1 curiste sur 100 habitants.
Actuellement, les Hautes-Pyrénées exploitent 8 centres thermaux, les Landes en exploitent 4, le Gers, la Haute-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques en exploitent 3 chacun, le Couserans 1 seul. Chaque station a une spécialité principale : Castéra-Verduzan pour les affections de la bouche, Aulus pour les affections urinaires, Salies du Salat ou Salies du Béarn pour les affections gynécologiques, Capvern pour les affections digestives, Barbotan pour la phlébologie, les Eaux-Bonnes ou Eugénie-les-Bains pour la rhumatologie, Bagnères ou Luchon pour les voies respiratoires, etc..
Cependant, la plupart des stations proposent des bains ludiques pour compléter leur clientèle de curistes.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
« Thermalisme et climatisme dans les Pyrénées », Congrès des sociétés académiques et savantes, Société des Sept Vallées, 1984.
Cauterets, station thermale et de sports d’hiver
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