L’histoire du château de Mauvezin en sept minutes

Château de Mauvezin - vue aérienne
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Adishatz monde, comme on dit dans notre langue d’oc de Gascogne… Nous allons vous conter l’histoire du château de Mauvezin en sept minutes de lecture.

Le lieu qui deviendra Mauvezin 

Tumulus Croix le Botte à Tilhouse près de Mauvezin
Tumulus Croix le Botte à Tilhouse près de Mauvezin

Il y a trois millénaires, ce lieu était probablement habité par des Aquitains. On retrouve leurs monuments funéraires, enfouis dans le sol de la Lanamesa, tout près d’ici, davant, au lhevant [au levant].

 

Voie romaine
Voie romaine

Après avoir soumis les Aquitains, les Romains construisirent la herrada, cette route qui passe sous nos murs. Elle devait relier leur grande cité pyrénéenne de Saint Bertrand de Comminges à celle de Dax.

Les Vascons créent le comté de Bigorre

Motte castrale
Motte castrale

Plus tard, vinrent les Vascons qui créèrent le comté de Bigorre après l’éclatement de l’empire de Charlemagne (742?-814).

Aux alentours de l’an Mil, l’un de ces vaillants comtes fit bâtir un premier donjon de bois dressé sur une motte.

Puis la vielle tour centrale remplace le donjon de bois trop exposé au feu. Il en reste le parement intérieur et une voute récemment restaurée.  Et c’est ici que les comtes de Bigorre reçoivent l’hommage des vicomtes d’Aure et de Labarthe.

Les murailles qui ceinturent la cour ont sans doute été construites par Centolh le croisé. Elles sont là pour se protéger des agressions de ses voisins commingeois. L’argent de ses seigneuries d’Aragon, arrachées aux Sarrazins, par delà les Pyrénées, aurait pu l’y aider…

France-Angleterre, les troubles

En 1213, la défaite à Muret des armées du roi d’Aragon et de ses vassaux des comtés pyrénéens et occitans contre les hordes de Simon de Montfort, prive la Bigorre de la protection des rois d’Aragon et de Barcelone.

Jean Froissard chroniqueur de la vie à la cour du Béarn
Portrait à la sanguine de Jean Froissart dans le Recueil d’Arras (Bibliothèque municipale d’Arras).

Cela permet au roi d’Angleterre de s’emparer épisodiquement de ce château au cours du 13e siècle. À partir de 1292, les rois de France dépossèdent la maison de Foix-Béarn de la Bigorre et du château de Mauvezin.

Puis, en 1361, après la défaite de l’armée française à Poitiers et du traité de Brétigny, le château et la Bigorre sont à nouveau remis au roi d’Angleterre.

Heureusement pour la mémoire, Jean Froissart, le grand chroniqueur de cette guerre de cent ans, a conté le siège du château, en 1373 par l’armée royale française, sous le commandement du duc d’Anjou, frère du roi.

Gaston dit Febus en fait un grand château

Le donjon du Château de Mauvezin
Le donjon du Château de Mauvezin

En ce temps-là, Gaston dit Febus, vicomte souverain de Béarn et comte de Foix, s’efforçait de récupérer le château de Mauvezin et la Bigorre dont sa famille avait été spoliée en 1292.

Si vous visitez le château, en haut du donjon, vous pourrez découvrir une exposition consacrée à ce prince extraordinaire, incontestablement le plus érudit et le plus raffiné de son temps.

Par la force ou par l’argent, il s’attachait à relier ses terres de Foix à celles de Béarn. C’est ainsi qu’en 1379, il obtient enfin Mauvezin, maillon indispensable de sa grande principauté pyrénéenne.

Alors, il fit édifier le colossal donjon de 37 m de hauteur et de 3 m d’épaisseur à la base. Il prévoyait de surèlever les remparts et de couronner la forteresse de mâchicoulis. Febus mourut avant l’aboutissement de son projet…

La marque de Jean de Foix Grailly 

Jean de Grailly
Jean de Foix-Grailly

Au début du 15e siècle, c’est probablement le comte Jean de Foix-Grailly qui termina ces travaux.

En 1399, le comte Archambaud, son père, avait dû l’envoyer à la cour de France, en gage de fidélité au roi. Jean revint de son exil en maitrisant la langue d’oïl. Et il l’adopta pour sa galante devise, « J’ay belle dame », qu’il fit apposer dans sa dalle héraldique, au dessus de l’entrée du château. Accompagné des armoiries traditionnelles de Foix-Béarn, apparait aussi le dragon qui symbolise bien la puissance de ce prince.

En effet, gouvernant la Guyenne et le Languedoc au nom du roi de France Charles VII, il devient le plus important seigneur méridional. Si ce roi put sauver son trône, c’est tout autant grâce au soutien du prince Jean qu’aux chevauchées de Jeanne d’Arc.

C’est lui qui fit ouvrir ces grandes ouvertures dans les remparts afin d’éclairer agréablement les corps de logis du nord-est de son château.

Les maitres du château de Mauvezin deviennent roi

Les successeurs de Jean de Foix Grailly, toujours maitres du château, allaient devenir rois…

Henri III de Navarre, futur Henri IV de France
Henri III de Navarre, futur Henri IV de France

Rois de Navarre d’abord, avec toujours l’espoir de constituer ce grand royaume de part et d’autre des Pyrénées, rêve déjà caressé par Gaston Febus… Hélas, vaine espérance, étouffée par ses trop puissants voisins de France et d’Espagne.

Rois de France enfin avec celui qui mérita bien ses qualificatifs d’Henri IV le grand ou celui plus connu de bon roi Henri. Lui seul parvint à mettre fin à cette terrible tragédie que furent les guerres de religion pour la France, mais plus encore pour notre région, au cours du dernier tiers du XVIe siècle.

Durant cette période noire, le château fut aux mains d’une garnison protestante qui pilla les villes environnantes avant de tomber aux mains des catholiques qui utilisèrent le donjon primitif comme prison.

Mauvezin rejoint le royaume de France

Mauvezin - gravure de 1704
Mauvezin – gravure de 1704

En 1607, la Bigorre et le château furent rattachés au royaume de France.

Alors cette forteresse déclina, dépouillée lentement de ses pierres, surtout pendant la Révolution.

Et aussi, déclina notre langue qui, pourtant, a résonné dans ces murs durant un millénaire. Avec ses sœurs et ses cousines, parlées de la val d’Aran espagnole aux vallées alpines italiennes et de l’Auvergne-Limousin à la Méditerranée, elle fut la plus brillante langue du moyen-âge roman.

Le renouveau du château de Mauvezin

Albin Bibal
Albin Bibal (1841-1920)

Au début du XIXe siècle, un homme, Albin Bibal (1841-1920) et une association, l’Escòla Gaston Febus. Ils permirent de croire à un renouveau du château et de la langue.

Alain Bibal, à ses frais, restaura le château afin de le rendre visitable, le sauvant ainsi d’une mort certaine. Il le céda alors à l’association Escòla Gaton Febus. Celle-ci a pour vocation de promouvoir la langue et la littérature occitane ainsi que le patrimoine de la Gascogne.

L’Escòla Gaston Febus a accompli un travail d’édition considérable d’auteurs régionaux anciens et modernes.

Elle a investi des sommes très importantes, compte tenu de ses moyens modestes, dans la restauration de ce château qu’elle a réhabilité grâce au concours de nombreux bénévoles.

L’état a pris en considération la valeur de son travail en la reconnaissant d’utilité publique.

Que viscan longtemps aqueth castèth e era lenga nosta!

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

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Une réflexion sur “L’histoire du château de Mauvezin en sept minutes

  1. Heureux de relire l’histoire de ce château que j’ ai connu dans les années 60, gardé par Séverin Dubarry. J’ai un livret de cette époque. J’étais accueilli par des fermiers du village. Bravo à tous ceux qui ont permis cette restauration.

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