Mordiu, les mousquetaires du roi !

Qui ne connait pas les mousquetaires du roi et les célèbres d’Artagnan, Athos, Portos et Aramis ? Oui, et pour de vrai, qui sont ces gens ?

Les mousquetaires du roi

Louis XIII (1601-1643) crée la compagnie des mousquetaires
Louis XIII (1601-1643)

Louis XIII crée le corps des mousquetaires du roi en 1622.  Depuis son accession au pouvoir et après la régence de sa mère Marie de Médicis, il a besoin d’affirmer son autorité. Or, les protestants refusent de le reconnaitre. Alors, dès 1621, il les attaque en plusieurs lieux de Gascogne, du Béarn puis à Montauban. Enfin, du 31 aout au 19 octobre 1622, le roi fait le siège de Montpellier, un siège qui marquera fortement la ville et qui arrêtera provisoirement les protestants.

Après ces événements difficiles, Louis XIII veut s’attacher une unité de soldats sur laquelle il peut compter. Pour cela, il détache les cinquante carabins (compagnie des chevau-légers de la Garde, munis de carabines) et les dote d’un mousquet qu’on ne peut utiliser qu’à pied mais qui est plus puissant que l’arquebuse.

Leur premier chef est le Languedocien Charles de Bérard, marquis de Montalet, capitaine-lieutenant des chevau-légers. Il mourra en 1627.

Un corps d’élite

Mémoires de Mr d'Artagnan (édition 1715)
Mémoires de Mr d’Artagnan (édition 1715) par Gatien de Courtilz de Sandras, mousquetaire du Roi

Il s’agit d’un corps d’élite, il faut donc être méritant, recommandé et, de préférence… Gascon. En effet, un peu avant, le Béarnais Henri IV s’était entouré de gens de confiance – donc de Gascogne – et ce sont ces gardes-là qui formeront les mousquetaires du roi.

L’histoire raconte que, s’il fallait être noble pour y accéder,  les Gascons avaient un passe-droit : il leur suffisait d’avoir remporté trois duels ! Il faut dire que les Gascons avaient la réputation d’être de noblesse douteuse et d’humeur querelleuse.

Toutefois, plusieurs mousquetaires célèbres ne viennent pas de Gascogne comme Philippe Mancini, Italien, neveu de Mazarin ou Gatien de Courtilz de Sandras, un écrivain de Montargis qui écrira, entre autres, les Mémoires de M. d’Artagnan (1700).

 Maison du Roi, mousquetaires, Louis XIV, 1663
Mousquetaires de la Maison du Roi Louis XIV en1663

Ils reçoivent une casaque bleue ornée d’une croix (d’Armagnac ?) fleurdelisée, qui affirme leur appartenance à la Maison royale. Plus tard, on distinguera deux compagnies. La première compagnie, créée en 1657, ce sont les Mousquetaires Gris qui montent justement des chevaux gris. La deuxième compagnie, créée en 1663, ce sont les Mousquetaires Noirs qui montent des chevaux noirs. Le roi fournit le fusil et le mousquet, tout le reste est aux frais du mousquetaire.

On s’occupe aussi de leur éducation. Car les mousquetaires, recrutés très jeunes (souvent à moins de 18 ans) vont bien sûr apprendre la discipline militaire de base (obéir, commander) mais, de plus, l’équitation, l’escrime et la danse qui est nécessaire pour vivre à la Cour. Cela va parfois plus loin et ils reçoivent une formation aux lettres et aux mathématiques.

Les missions des mousquetaires

Ils se voient confier diverses missions comme escorter le roi à l’extérieur du palais, maintenir l’ordre et, surtout, ils sont au premier rang des troupes royales quand il s’agit d’emporter une place assiégée.

Par exemple, ils sont au siège de Saint-Martin-de-Ré. En 1627, les Anglais viennent soutenir les Huguenots à La Rochelle. Ils débarquent avec 6 000 hommes sur la plage de la pointe de Sablanceau. L’armée française, dont les mousquetaires, prennent le dessus.

On retrouve encore les mousquetaires au siège d’Arras en 1640, dont parlera Edmond Rostand dans sa célèbre pièce Cyrano de Bergerac. Ou encore a la Guerra dels Segadors (guerre des moissonneurs) car les Catalans étaient venus chercher Louis XIII pour les aider à combattre les Castillans. Les mousquetaires se font remarquer, en particulier lors des sièges de Perpignan et de Collioure en 1642  auxquels participe d’Artagnan.

Les mousquetaires participent au siège d'Arras en 1640
« La defaicte des Espagnols à l’attaque du siége d’Arras. L’Arrivée du Convoy et la Reddition de la ville d’Arras a l’obeissance du Roy » (1640)

Les mousquetaires sous Louis XIV

Plus tard, en 1659, Louis XIV ordonne la construction d’un hôtel pour ses mousquetaires au faubourg Saint-Germain à Paris. Ils sont ainsi les premiers soldats de l’armée royale à bénéficier d’une caserne. Un privilège ! De façon moins attendue, les habitants apprécient leur bonne tenue, parce que cela les change des mauvais comportements des « Gardes françaises ».

On retrouve d’Artagnan et ses mousquetaires qui accompagnent Louis XIV pour son mariage à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660 avec l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse d’Autriche, puis, au retour à Paris, le 26 août 1660, pour ouvrir le cortège de réception du nouveau couple royal.

Les mousquetaires accompagnent le Roi Louis XIV pour son mariage avec l'Infante Marie-Thérèse le 9 juin 1660
Mariage de Louis XIV et de l’Infante Marie-Thérèse d’Autriche le 9 juin 1660 à Saint-Jean-de-Luz

Translation des cendres de Louis XVI et Marie-Antoinette
Translation des cendres de Louis XVI et Marie-Antoinette en 1815

Mais, trois ans plus tard, le roi ne participe plus en direct aux guerres. Et les mousquetaires se contentent d’assurer sa garde.  On les verra encore à la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), puis le comte de Saint-Germain, les trouvant trop chers, supprime les deux compagnies.

Louis XVIII les recréera en 1814. Elles seront chargées en janvier 1815 de transférer les cendres de Louis XVI et de Marie-Antoinette à leur nécropole, la basilique de Saint-Denis. Puis, elles disparaitront  en juillet 1815.

Les mousquetaires les plus connus

Grâce à Alexandre Dumas, on connait quelques mousquetaires comme le comte de Tréville, d’Artagnan et ses trois acolytes, Athos, Porthos et Aramis et aussi les deux Montesquiou.

Le comte de Tréville

Jean Armand du Peyrer, comte de Tréville (1598-1672) prend le commandement des mousquetaires en 1641
Jean Armand du Peyrer, comte de Tréville (1598-1672) prend le commandement des mousquetaires en 1641

Il s’appelle Jean Armand du Peyrer, il est comte de Trois-Villes, mais on l’appelle comte de Tréville (une déformation gasconne de son nom ?). Il nait en 1598 à Oloron-Sainte-Marie (Béarn) et prend le commandement des mousquetaires en 1641. Assez vite, il se retire. Puis, entre 1660 et 1663, il se fait bâtir le château d’Eliçabéa à Iruri (Trois-Villes en basque) dans la Soule, où il mourra le 8 mai 1672.

Dès qu’il prend le commandement, il fait appel à sa famille ou des amis de sa famille.

Les quatre mousquetaires

Charles de Batz d'Artagnan
Charles de Batz d’Artagnan (vers 1611-1673)

Armand de Sillègue d’Athos d’Hauteville, dit Armand d’Athos, nait en 1615. C’est le cadet de la famille. Son cousin au deuxième degré, le comte de Tréville, le prend chez les mousquetaires. Il meurt à 30 ans, probablement lors d’un duel au Pré aux Clercs, lieu de rencontre des duellistes à Paris.

Isaac de Portau, dit Porthos, nait à Pau en 1617. Il rejoint les mousquetaires sur les recommandations de François de Guillon, seigneur des Essarts et beau-frère du comte de Tréville.

Henri d’Aramitz est le plus jeune des trois mousquetaires connus (Athos, Porthos et Aramitz). Il nait en 1620. Lui est cousin germain du comte de Tréville et il rejoint les mousquetaires en 1640.

Charles de Batz nait entre 1611 et 1615 au castèth de Castèlmoro (château de Castelmore) à Lupiac. Il prendra le nom de sa mère, d’Artagnan et entrera chez les mousquetaires en 1644, peu après son frère ainé Paul.  L’homme est valeureux, zélé, diplomate et n’aurait pas bon caractère. Lorsqu’il décède, le 25 juin 1673 durant le siège de Maastricht, le Roi Soleil le pleure et fait célébrer en sa mémoire, une messe grandiose sur le champ de bataille. Et il déclare : J’ai perdu d’Artagnan en qui j’avais toute confiance et m’était bon à tout. 

Les Montesquiou

Pierre de Montesquiou, comte d’Artagnan puis maréchal d’Artagnan, nait vers 1640. Il est le cousin direct de Charles. Il entre aux mousquetaires en 1664 et meurt en 1725.

Joseph de Montesquiou nait en 1651. Orphelin très jeune, il est élevé par Charles de Batz, son cousin. Il sera capitaine-lieutenant de la première compagnie de Mousquetaires Gris.

Les hommages

A Paris, place du Général-Catroux, d'Artagnan vu par Gustave Doré (1832-1883)
À Paris, place du Général-Catroux, d’Artagnan vu par Gustave Doré (1832-1883)

On trouve diverses statues sur les mousquetaires à: celle de Firmin Michelet à Auch, de Patrick Mériguet à Bracieux (Loir et Cher), de Zurab Tsereteli à Condom, de Daphné du Barry à Lupiac… Et aussi celle de Gustave Doré à Paris (place du Général-Catroux) ou celle de Rachid Khimoune à Evry,  et même celle d’Alexander Taratynov à Maastricht (Pays-Bas).

Bien sûr c’est Alexandre Dumas (1802-1870) qui les rendra célèbres avec ses romans : Les trois mousquetaires, Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne.

Le Gersois Armand Praviel (1875-1944) se rend à la fête d’inauguration de la statue de d’Artagnan le 12 juillet 1931 à Auch. Il écrit un poème intitulé À d’Artagnan dont voici la troisième strophe :

Et le ciel, et les eaux, sont tout pareils encore ;
C’est le même horizon, le même azur si doux !
Mais si vous retourniez là-bas, à Castelmore
Vos Gascons d’autrefois, les retrouveriez-vous ?

Et, en effet, depuis ses 18 ans, d’Artagnan ne revit qu’une fois son pays lors du passage du roi vers Saint-Jean de Luz.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle (1990)

Références

Qui étaient les mousquetaires du roi, Futura, Isabelle Bernier, 2021
À la poursuite des mousquetaires, Les Echos, Dominque de la Tour, 2006
Exposition Mousquetaires au musée de l’Armée.
Le Comte de Treville capitaine des Mousquetaires – De la légende à la réalité, Joseph Miqueu, 2019
L’histoire vraie des trois mousquetaires, Armand Praviel, 2022
Mémoires de M. d’Artagnan, Gatien de Courtilz de Sandras, 1700
Le véritable d’Artagnan,  Jean-Christian Petitfils, 1981, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus