Napoléon, la Campagne d’Espagne et la Gascogne

La charge finale de la cavalerie britannique à la bataille d'Orthez
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Austerlitz, Ulm, Iéna, Wagram, la Moskowa… autant de noms de batailles de Napoléon qui ont retenu l’attention des historiens et que les élèves apprennent à l’école. Curieusement, on ignore le nom des batailles qui ont eu lieu en Gascogne pendant la Campagne d’Espagne de 1807 à 1814.

Napoléon part en guerre contre le Portugal

Napoléon envoie le général Junot au Portugal
Le Général Junot (1771 – 1813)

Le 21 novembre 1806, Napoléon décide du blocus continental contre l’Angleterre pour l’empêcher de commercer avec les pays européens et tenter de la ruiner. Toutefois, le Portugal, allié traditionnel de l’Angleterre, refuse d’appliquer ce blocus.

Alors, le 20 aout 1807, le Corps d’observation de la Gironde est regroupé à Bayonne. Le général Junot en prend le commandement pour envahir le Portugal avec l’aide de l’armée espagnole. En effet, par le traité de Fontainebleau du 27 octobre 1807, les Espagnols autorisent l’armée française à traverser leur territoire.

L’armée entre en Espagne et se dirige vers le Portugal avec pour objectif de prendre Lisbonne et de capturer la famille royale. Mais celle-ci s’embarque pour le Brésil et Junot n’arrive que pour voir les bateaux s’éloigner.

Rai [Tant pis], les armées françaises et espagnoles occupent le Portugal, dissolvent l’armée, sauf une légion de 9 000 hommes, envoyés servir dans les armées de Napoléon.

Vite, en prétextant vouloir renforcer l’armée de Junot au Portugal, Napoléon fait entrer de nouvelles troupes en Espagne. Aussitôt elles occupent Burgos, Valladolid, la Navarre, la Biscaye, la Catalogne, Valence, San Sébastian, Pampelune, Figueras et Madrid.

Le début d’une guerre de sept ans

C’est le début d’une guerre qui dure jusqu’en 1814. Et la Gascogne voit passer des troupes dans les deux sens, satisfait aux réquisitions en hommes, en vivres et en matériel pour fournir le nécessaire aux armées.

Embarquement de la famille royale du Portugal pour le Brésil
Embarquement de la famille royale du Portugal pour le Brésil (27 novembre 1807)

Les affaires d’Espagne

Charles IV et Ferdinand VII d'Espagne
Charles IV (1748 – 1819) et son fils, Ferdinand VII d’Espagne (1784 – 1833)

Cependant, des dissensions existent dans la famille royale entre le roi Charles IV et son fils Ferdinand. Tellement fortes que, lors du soulèvement d’Aranjuez, Charles IV abdique en faveur de son fils qui devient Ferdinand VII.

Pour reprendre ses droits, Charles IV se met sous la protection de Napoléon qui propose une rencontre à Ferdinand VII. Elle a lieu le 20 avril 1808 à Bayonne. Napoléon retient Ferdinand VII prisonnier, rend son trône à Charles IV mais le force aussitôt à abdiquer et à lui transférer sa couronne qu’il s’empresse de donner à son frère Joseph. Un peu plus tard, il fera approuver une nouvelle constitution pour l’Espagne selon les principes de 1789 qui supprime l’inquisition et limite l’influence de l’Église.

Pour son voyage de retour, Napoléon passe par Orthez, Pau, Tarbes, Auch, Toulouse, Agen et Bordeaux avant de repartir à Paris. Le voyage est triomphal.

La guerre d’indépendance espagnole

La « surprise de Bayonne » est le signal d’un soulèvement général. Le 2 mai, Madrid se révolte et les provinces qui ne sont pas soumises aux troupes de Napoléon entament une guerre d’indépendance.

El dos de mayo de 1808 en Madrid (F. Goya)
El dos de mayo de 1808 en Madrid (F. Goya)

Le Portugal se soulève aussi. L’armée espagnole d’occupation part pour la Galice. Mais les soulèvements populaires obligent les Français à se retirer des villes occupées.

La bataille de Vimeiro
La bataille de Vimeiro (21 août 1808)

De plus, le 1er aout, les Anglais débarquent au nord du Portugal et se dirigent vers Lisbonne. Le 21 aout, les Français sont battus à Vimeiro et signent la Convention de Cintra qui leur permet de quitter le Portugal en septembre et octobre 1808.

Napoléon décide alors d’intervenir pour rétablir la situation en Espagne. Le 3 novembre, il est à Bayonne avec une partie de sa Grande Armée qui a traversé la France depuis l’Allemagne. En peu de temps, il entre de nouveau à Madrid et contraint les Anglais à ré-embarquer. Mais préoccupé par la situation en Autriche, il quitte l’Espagne en janvier 1809.

Protéger la frontière des Pyrénées

Toute l’Espagne n’est pas occupée. L’Aragon est insurgé. Il faut donc protéger la frontière des Pyrénées.

Chasseurs de montagne des Basses-Pyrénées
Chasseurs de montagne des Basses-Pyrénées

En juin 1808, Napoléon créée des bataillons pour surveiller la frontière et faire des reconnaissances en Espagne. Il y en a 8 en Ariège, 8 dans les Hautes-Pyrénées, 8 dans les Basses-Pyrénées, 2 en Haute-Garonne. Ils sont constitués des troupes de réserve à la disposition des préfets, de gardes nationaux et de « Chasseurs des montagnes » dont le recrutement se fait à partir des déserteurs qui voient là un moyen de régulariser leur situation tout en étant assuré de servir au pays.

Luchon craint une invasion et on place des postes au port de Vénasque et à celui de la Picade. De l’autre côté, une bande d’Aragonais s’établit à l’Hospice de Luchon. Ainsi, les habitants de Melle, ne voyant pas revenir 32 de leurs jeunes concitoyens partis en Espagne pour les travaux saisonniers, craignent qu’ils n’aient été massacrés.

Les Espagnols attaquent les villages pyrénéens

Le 9 mai 1809, une bande de 1000 Espagnols ravagent Fos, brulent les granges et emmènent du bétail. Le 15 mai, on enlève sept vaches dans le vallon de la Burbe mais le bataillon du Louron qui stationne à Saint-Mamet les rattrapent.

Le 31 mai, on brule des granges près de la tour de Puymaurin. Les maires de Cierp, de Gaud et de Burgalays demandent des armes pour se défendre.

En juillet, on attaque le poste de Roncevaux. Le 7 aout, c’est le tour de celui de Gabas en vallée d’Ossau. Près de 4000 vaches, moutons et chevaux sont enlevés et rapidement repris. Les habitants de Canfranc brulent la forge d’Urdos.

Les Français prennent Venasque le 24 novembre. Le calme revient de ce côté de la frontière. Finalement, le 26 juin 1812, le val d’Aran est intégré au département de la Haute-Garonne.

La campagne de Gascogne

Les affaires vont mal en Espagne. En juillet 1813, Napoléon destitue son frère et envoie le Maréchal Soult pour rétablir la situation. D’autre part, Lord Wellington commande l’armée coalisée des Espagnols, des Portugais et des Anglais ; elle s’approche de la frontière.

Le Duke of Wellington et le Maréchal Soult
Le Duke Arthur Wellesley of Wellington (1769-1852)  et le Maréchal Jean-de-Dieu Soult (1769-1851)

Soult installe son état-major à Saint-Jean-Pied-de-Port. Saint-Sébastien capitule le 9 septembre. Pampelune tombe le 31 octobre. Wellington a les mains libres. Alors il concentre ses forces pour passer à l’attaque.

7 octobre 1813 : bataille de la Bidassoa. Soult dirige les opérations depuis Saint Jean de Luz. Il place ses troupes au sud de la Nive sur une largeur de 40 km. Wellington surprend les Français qui doivent se replier. Les 10 et 11 novembre, il menace de couper les troupes françaises en deux. Soult regroupe son armée au sud de Biarritz, à Anglet et à Bayonne.

9 au 13 décembre 1813 : bataille de Saint Pierre d’Irube. Soult se retire à Peyrehorade, organise la défense de Bayonne et place ses troupes entre l’embouchure de l’Adour et Saint-Jean Pied de Port. Le 14 février 1814, Wellington attaque sur la Bidouze et force les Français à se replier sur Orthez.

27 février 1814 : bataille d‘Orthez. Après de durs combats, Wellington entre dans Orthez, régiments de Highlanders en tête. Soult s’installe à Hagetmau et décide de rejoindre les troupes de Suchet qui reviennent de Catalogne et se dirigent sur Toulouse. Il ordonne à son armée de se rendre à Aire en passant par Cazères et Barcelonne.

Le repli sur Toulouse

2 mars 1814 :  combats d’Aire. Les Français se replient sur Viella, Plaisance et Marciac. Le 8 mars, Wellington envoie 12 000 hommes à Bordeaux. On hisse le drapeau blanc. La ville se rallie à Louis XVIII. Le 12 mars, le duc d’Angoulême entre dans la ville. Pendant ce temps-là, les Français mènent avec succès une guérilla. Wellington récupère bientôt ses 12 000 hommes et reprend l’offensive.

18 mars 1814 : combats de Vic en Bigorre. Wellington avance par Lembeye, son centre arrive par Madiran et Maubourguet, sa gauche par Plaisance. Le combat de Vic permet de retarder les troupes de Wellington et au gros de l’armée française de se replier sur Tarbes et prendre la route de Toulouse par Tournay et Lannemezan.

Soult poste des troupes à Trie sur Baïse et à Boulogne sur Gesse. Wellington croyant que les Français empruntent la vielle route de Toulouse se lance à leur poursuite. La route est accidentée. Lorsque Wellington arrive devant Toulouse, les Français y sont déjà et en ordre de bataille.

24 mars 1814 : bataille de Toulouse : Wellington installe ses troupes entre Lombez et Samatan. Il envoie des détachements pour traverser la Garonne et bloquer la route de Paris au nord de Toulouse. Se voyant encerclé, Soult décide d’évacuer la ville et prend la direction de Villefranche de Lauraguais et de Castelnaudary. C’est là que des émissaires du nouveau gouvernement le rejoignent et lui annoncent l’abdication de Napoléon, le 6 avril, et la signature de l’armistice.

La fin de la Campagne d’Espagne

Après deux mois d’occupation de la Gascogne, les troupes alliées se retirent par Lectoure et Condom. Les Espagnols et les Portugais regagnent leur pays par Bayonne, les Anglais embarquent à Bordeaux. Leur cavalerie traversera la France pour embarquer à Boulogne.

Soult et Wellington se retrouveront encore face à face à la bataille de Waterloo, le 15 juin 1815.

La bataille de Toulouse
La bataille de Toulouse (10 avril 1814)

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia.
Napoléon et les Pyrénées de Jean Sarramon – Editions du lézard, 1992
Batailles de Napoléon dans le sud-ouest, de Pierre Migliorini et Jean-Jacques Vieux – Editions Atlantica, 2002.
La guerre d’Espagne, de Bayonne à Baylen, Jacques-Olivier Boudon, 2000

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2 réflexions sur “Napoléon, la Campagne d’Espagne et la Gascogne

  1. Sur la bataille de Toulouse,l incontournable roman éponyme du toulousain José Cabanis.

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