La Gascogne est loin de Paris. Surtout, le voyage est long et les chemins impraticables. Pourtant, plusieurs rois de France sont venus en Gascogne, parfois, bien malgré eux.
Les routes de Gascogne
Pour aller en Gascogne ouest, la route depuis Paris passe par Bordeaux. Or, les Landes ne sont alors qu’un vaste zone désertique que la route contourne par l’est. Il faut bien faire étape dans des lieux habités, des monastères et des villes.
C’est pourquoi cette route passe par Bordeaux, Langon – que l’on rejoint par bateau –, Bazas, Captieux, Roquefort, Mont de Marsan, Tartas, Dax, Bayonne et au-delà en longeant la côte.
Bien sûr, ce sont les grandes étapes. La route est bordée d’hôtelleries et d’établissements religieux (qui tiennent souvent les hôtelleries) qui permettent de se reposer et de voyager avec un minimum de confort.
On peut aussi passer par Agen pour avoir accès au centre de la Gascogne. Enfin, plus au sud, il y la route de Toulouse à Bayonne qui passe par Cazères, Saint-Gaudens, Lannemezan, Tarbes, Pau, et Orthez.
Seul inconvénient de cette dernière route, il faut traverser le Béarn qui est un pays souverain et qui appartiendra plus tard aux rois de Navarre. Louis XI ne s’y trompe pas en faisant baisser l’épée à ceux qui le précèdent quand il traverse le Béarn.
Malgré l’incommodité du voyage, plusieurs rois de France sont venus, surtout pour régler des affaires avec l’Espagne.
Les voyages des rois Charles VII et de Louis XI

Pendant la guerre contre les Anglais, Tartas est la seule ville appartenant au roi de France. Les Anglais l’assiègent et s’en rendent maitres en 1441. Charles VII qui a réorganisé son armée et assaini les finances du royaume vient au secours de Tartas. Il arrive de Toulouse et passe par Auch, Mont de Marsan, Campagne et Meilhan.
Il met le siège devant Tartas avec son armée. Les Anglais ne s’étant pas présentés pour la bataille, on appelle ce siège : « La folle journée de Tartas ». Toutefois, Charles VII en profite pour reprendre Saint-Sever, Dax, Condom et La Réole. Puis, il va passer l’hiver 1442 à Montauban et repart vers Toulouse.
Charles IV de Navarre meurt en 1461. Une guerre civile s’ensuit.

Louis XI, le fils de Charles VII, intervient sous prétexte que le roi de Navarre est un descendant de Jean II le Bon. Il s’installe à Bordeaux pendant les négociations. Il y ratifie le contrat de mariage de sa sœur Madeleine avec le fils de Gaston IV de Foix-Béarn (1426-1472) qui se déroule le 7 mars 1462 à Saint-Macaire (Gironde).
La guerre civile navarraise se termine par le Traité de Bayonne qui fait suite à l’entrevue de Jean II d’Aragon et de Louis XI à Osserain, commune limitrophe de la Soule et du Béarn située près de la confluence du Gave d’Oloron avec le Gave de Pau.
Par ce traité, Louis XI obtient l’autorisation d’occuper temporairement la Cerdagne et le Roussillon contre une aide militaire de 200 000 écus. Ces deux provinces sont rendues en 1493.
Depuis Bordeaux, Louis XI prend la route traditionnelle de Gascogne. Après être allé à Bayonne, il passe à l’abbaye de Sorde, puis à Sauveterre de Béarn. Là, il va faire ses dévotions à Notre-Dame de Sarrance avant de repartir par Lescar, Pau, Morlaàs, Tarbes et gagner Toulouse en traversant le Comminges. Or, Toulouse vient de subir un grave incendie (mai et juin 1463). Aussi, le roi y reste trois semaines pour soutenir sa reconstruction.
Le mariage de François Ier

François Ier (1494-1547) est défait à la bataille de Pavie le 24 février 1525. Prisonnier, il est amené à Madrid. Puis, il est libéré en janvier 1526 contre la signature d’un traité que, finalement il ne signera jamais, et la promesse d’épouser Eléonore d’Autriche (1498-1558), la sœur de Charles-Quint.
En garantie, il envoie ses deux fils François et Henri en otage à sa place. Ils sont âgés de huit et sept ans et leur mère, la reine Claude, est morte en 1532. François Ier est donc libre de contracter un nouveau mariage.
Mais, ce mariage imposé n’est pas de son gout. Alors, il est célébré par procuration en Espagne, le 20 mars 1530. D’ailleurs, François Ier ne verra même pas sa future femme et se met aussitôt en route pour la France. Il se rend à Bordeaux où il séjourne un mois.
La rançon de 2 millions d’écus d’or est payée en échange de la libération des deux enfants du roi. Ils rentrent en France avec Eléonore d’Autriche. François Ier vient à leur rencontre.
Le 5 juillet, il couche à Captieux. Le lendemain, il est à Roquefort. Ce mariage lui étant imposé, il ne veut pas de cérémonie officielle. Mais Eléonore est très pieuse, elle veut un mariage solennel.
Il aura finalement lieu à Beyries, à 20 km de Mont de Marsan, dans un cloitre quasiment abandonné. La cérémonie est prévue tôt le matin. Mais voilà que François Ier rencontre Eléonore dans les couloirs. C’est le coup de foudre immédiat. Il fait avancer la cérémonie qui a lieu vers 1 heure du matin et profite pleinement de sa nuit de noces.
Le voyage du Roi Charles IX et de Catherine de Médicis

Catherine de Médicis fait entreprendre le « Grand Tour de France » à Charles IX (roi de 1561 à 1574). Il dure 2 ans, de janvier 1564 à mai 1566.
Le roi et sa suite de 15 000 personnes entre à Toulouse en janvier 1565. Il arrive à Bordeaux le 12 avril après avoir traversé Montauban, Moissac, Agen, Marmande, La Réole et Cadillac. Le 3 mai, il prend la direction de Bayonne.
Il emprunte la route de Gascogne et passe par Langon, Bazas, Captieux, Roquefort, Mont de Marsan, Tartas et Dax. Il arrive à Bayonne le 29 mai 1565 pour assister à « l’entrevue de Bayonne » avec le roi d’Espagne qui, finalement, ne viendra pas et enverra sa femme et un ambassadeur. Puis, il ira ensuite à Saint-Jean de Luz et à Hendaye pour chercher sa sœur qui est reine d’Espagne.
L’« entrevue de Bayonne » a lieu du 15 juin au 2 juillet. L’Espagne demande à la France plus de fermeté à l’égard des protestants. La première guerre de religion vient tout juste d’avoir lieu.
Après avoir raccompagné sa sœur jusqu’à la frontière, Charles IX quitte Bayonne le 12 juillet. Il passe par Bidache, Peyrehorade, Dax, Tartas, Mont de Marsan, Cazères, Nogaro, Eauze, Montréal, Condom, Nérac qui appartient à Jeanne d’Albret, et quitte la Gascogne par Buzet.
Louis XIII rétablit le catholicisme en Béarn

Louis XIII (1601-1643) est le fils d’Henri IV et le petit fils de Jeanne d’Albret. Cette dernière établit le protestantisme en Béarn mais, devenu roi de France, Henri IV rétablit le culte catholique en Béarn. La restitution des biens du clergé catholique ne s’est pas faite tant les résistances sont nombreuses en Béarn.
En 1616, le « Conseil de Béarn », essentiellement composé de protestants, se compromet dans des troubles. Aussi, en 1617, Louis XIII proclame la réunion du Béarn au royaume de France (jusqu’ici, il était propriété personnelle du roi) et d’y faire respecter toutes les dispositions de l’Édit de Nantes.
Le « Conseil du Béarn » refuse d’enregistrer cette décision et le roi vient en Béarn avec des troupes pour rétablir définitivement le culte catholique. En 1620, il passe par Blaye, Bordeaux, Captieux, Roquefort, Grenade et arrive à Pau pour faire enregistrer l’édit d’union du Béarn à la France mais il y est mal reçu. Il se rend ensuite à Navarrenx qui se rend sans combats. Enfin, il revient à Pau et fait enregistrer de force l’édit de Pau du 19 octobre 1620.
C’est le point de départ de nouvelles résistances de la part des protestants (siège de Montauban, siège de La Rochelle, etc.).
Le « Conseil de Béarn » disparait et est remplacé par le « Parlement de Navarre » exclusivement composé de catholiques. Les Fors de Béarn sont conservés et le béarnais reste la langue officielle de l’administration jusqu’à la Révolution française de 1789.
Le mariage de Louis XIV, Roi de France
Louis XIV (1638-1715) connait la Gascogne. Il y est déjà venu à cause des guerres de la Fronde. En 1659, il part de Blaye pour Bordeaux qu’il rejoint le 19 aout, il se rend à Bazas, à Antignac et Casteljaloux (en Lot-et-Garonne), à Nérac, à Lectoure, à Mauvezin, à l’Isle-Jourdain et enfin à Toulouse où il arrive le 14 octobre.
Le Traité des Pyrénées de 1659 termine une longue guerre entre la France et l‘Espagne. Il prévoit le mariage de Louis XIV et de l’Infante Marie-Thérèse. Le mariage par procuration a lieu le 3 juin à Fontarrabie et la cérémonie se déroule le 9 juin 1660 en l’église de Saint-Jean de Luz.
Louis XIV vient de Toulouse le 22 avril. Il passe par Auch, Vic-Fezensac, Nogaro, Mont de Marsan, Tartas, Dax et Bayonne où il arrive le 1er mai. Pour le retour avec son épouse, il prend la route du nord : Dax, Tartas, Mont de Marsan, Roquefort, Bazas, Langon, Cadillac, Bordeaux et Blaye.

Serge Clos–Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990

