Arrive le temps des vœux et des bonnes résolutions. Nous avons jusqu’à fin janvier pour cela. D’où vient cette coutume ?
Le vœu ou la promesse aux dieux

« Vœu » vient du mot latin votum, qui désigne « une promesse faite aux dieux en échange d’une faveur demandée ou accordée ».
Si on remonte à plus de 4 000 ans, les Babyloniens organisaient pendant 12 jours des processions et autres cérémonies d’allégeance envers leur roi. Ou alors, ils couronnaient un nouveau roi. C’était la fête de l’Akitu. Il semblerait que c’était originellement une fête de la fertilité et du renouveau.
Le 1er nisan (environ le 15 mars de notre calendrier), le dieu Marduk quittait sa cella, où il habitait tout le reste de l’année, pour passer successivement par plusieurs pièces de son temple de Babylone. Le temple s’appelait l’Ésagil : « le temple à la tête élevée ». Pendant 4 jours, le clergé faisait les préparatifs avec force chants et sacrifices. Le 4 nisan, on récitait Le Poème de la création devant le dieu, incarné dans sa statue. Le 10, c’était la grande fête. Il y avait un cortège dans la ville et hors de la ville, le roi tenant la main de Marduk, celui-ci vivant une vraie passion (comme le Christ le fera plus tard).
Le dernier jour, le 12, jour des sacrifices solemels, on s’installait dans la « chapelle des destins » afin d’entendre Marduk annoncer les destins pour l’année à venir, pour le monde et pour le roi. Bien sûr, les Babyloniens espéraient des bienfaits (en particulier sur les semailles) en échange de leurs prières.
L’influence des Romains
Les Romains avaient une autre habitude. Le 1er janvier, ils honoraient Janus, le dieu des commencements et des fins, le dieu aux deux faces, l’une tournée vers le passé, l’autre vers l’avenir. Aussi, ils faisaient leurs comptes à ce moment-là. Une habitude que nous aurions gardée selon le philosophe Stéphane Floccari puisque janvier est toujours le mois des bilans comptables.
Janus exprime le passage. « Je veille aux portes du ciel avec l’aimable cortège des Heures ; Jupiter ne peut entrer ni sortir sans moi : c’est pour cela qu’on m’appelle Janus » nous dit Ovide dans Les Fastes.

Et toujours Ovide rapporte la prière qui lui est faite le 1er janvier :
« Dieu à double visage,
c’est de toi que part l’année pour s’écouler sans bruit;
toi qui, sans tourner la tête, vois ce que nul autre dieu ne peut voir,
montre-toi propice aux chefs dont l’active sollicitude donne le repos à l’Océan et la sécurité à la terre, qui nous prodigue ses trésors;
montre-toi propice à tes sénateurs, au peuple romain,
et, d’un signe, serre les portes de ton candide sanctuaire. »
Rien à voir, me direz-vous, avec les rites de nouvelle année (qui est généralement en mars) ! Sauf que Jules César, en 46 av. J.-C., instaure le calendrier julien et le 1er janvier devient le début de la nouvelle année. Alors, Les Romains ont ajouté quelques petits gestes. Ils se sont mis à échanger des branches de laurier ou d’olivier comme symbole de prospérité. Mais, bon, La France n’adopte ce calendrier que le 9 aout 1564 par l’Édit de Roussillon.
Bon An, mal An, Dieu soit céans

Chez nos voisins celtes, le nouvel an débute au mois de Samain vers le 1er novembre. Plus exactement, l’année débute au premier quartier de lune précédant la fête de Samain. On entre ainsi dans la période sombre qui se terminera en avril. La fête elle-même dure une semaine, trois jours avant et trois jours après. Les druides pratiquent des rites, le peuple assiste à des assemblées, des beuveries, des banquets.
C’est une période particulière où le temps n’est plus distinct (passé, présent et avenir se mêlent) ou les hommes et les dieux, les vivants et les morts se rapprochent.
En particulier, les druides vêtus de blanc et munis d’une serpe, coupaient le gui sur les chênes sacrés. « Au gui l’An neuf » disaient les participants et ils recevaient des druides une branche de gui. Certains font un lien entre cette expression et notre coutume de l’aguilhonèr.
Au Moyen Âge, on a changé la formule pour lui donner une tournure plus chrétienne à nos vœux. Alors, on dit : « Bon An, mal An, Dieu soit céans » (céans = dans la maison). On continue à utiliser le gui mais réduit en poudre et on les garde dans un petit sac autour du cou pour conjurer le mauvais sort.
Car, ne nous y trompons pas, derrière les pratiques de passage à la nouvelle année il y a toujours, comme aux premiers temps, la crainte des tourments à venir (envoyés par Dieu) et l’espoir d’un avenir meilleur. Alors, on se réconforte en partageant avec autrui des rites et des fêtes.
Tous mes voeux !
Aujourd’hui, on a chacun nos petites habitudes pour souhaiter les vœux de nouvel an. Par exemple, en Suède, un acteur ou une actrice lit à minuit un poème à la radio et à la télévision : Nyårsklockan (Les Cloches du Nouvel An). C’est l’acteur Edvard Fredin (1857-1889) qui l’avait traduit de l’anglais et publié dans plusieurs journaux en janvier 1889.
Bien sûr, on se souhaite Gott Nytt År! (Bonne Nouvelle Année) autour d’un bon diner entre amis ou en famille. Et on boit souvent du champagne.
Chez nous, vous connaissez les traditions : le réveillon, les lentilles du 1er de l’an, les voeux… D’ailleus, puisque nous en sommes aux vœux, permettez-moi de vous conseiller cette prière gersoise :
Donnez-nous la santé pleinement
Du travail légèrement
De fins repas très souvent
De l’amour de temps en temps
Mais surtout de l’armagnac journellement
Allez,
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
L’Akitu
Une expression du Moyen-Age : « Au gui l’An neuf », 2005.
Aux origines des vœux et des résolutions de début d’année, La Vie, 2024.
La fête de Samhain


Igualments !!! 😉