La tête dans les étoiles

Deux observatoires, deux aventures d’amateurs qui avaient la tête dans les étoiles. Quel Gascon ne connait pas l’observatoire Pic du Midi de Bigorre ? Un élément du paysage local d’aujourd’hui. Un autre va attirer l’attention, surtout des Américains, celui du Houga, fondé par Julien Péridier.

Avant l’observatoire, un site d’observation

François de Plantade monte au Pic du Midi pour des observations scientifiques
Discours prononcé par François de Plantade devant la Société Royale des Sciences de Montpellier le 27 février 1732

En 1706, l’avocat languedocien François de Plantade (1670-1741), épris d’astronomie, gravit le Pic du Midi (2877 m) pour observer les taches solaires lors d’une belle éclipse de Soleil (12 mai). Un travail remarqué. Il fera ensuite d’autres ascensions de d’autres pics pour d’autres buts.  Puis le roi, à travers le comte de Maurepas (1701-1781), lui demandera de réunir des observations sur les hautes montagnes.

Il reviendra donc, à 71 ans, faire des mesures de pression sur le Pic du Midi.  Le 25 août, il est au col de Sencours (2378 m). Il continua de monter jusqu’à onze heures du matin ; mais se trouvant alors à la hauteur perpendiculaire de 400 toises, il eut besoin de se faire aider par deux hommes de sa suite. Il expire dans leurs bras, selon ce que nous rapporte le médecin et botaniste d’Alès, François Boissier de Sauvages (1706-1767), dans son éloge à M. de Plantade.

Un observatoire météo au col de Sencours

La tête dans les étoiles - Dr Costallat installe le premier observatoire au dessous du Pic du Midi
Dr Costallat

Le pic du Midi est bien dégagé et d’accès facile (pour un haut pic). Dès 1770, le mathématicien Gaspard Monge (1746-1818) ou le chimiste Jean Darcet (1724-1801) émettent l’intérêt d’y construire un observatoire.

L’histoire attendra le docteur Costallat qui installe en 1852, à ses frais, une hôtellerie-station météo (station Plantade) au col de Sencours. Au premier hiver, une tempête de neige l’emporte et des amoureux de la montagne la reconstruisent aussitôt.

Une société d’exploration pyrénéenne, la Société Ramond, vient de se créer. Costallat en est membre. La société va défendre la création d’un observatoire, argüant que la qualité d’observation est meilleure en altitude. Ils ont du mal à convaincre. Peut-on résider là-haut ?

La construction de l’observatoire au Pic du Midi

La tête dans les étoiles - Charles de Nansouty un des fondateurs de l'Observatoire du Pic du Midi
Charles de Nansouty (1815-1895)

Finalement, son président, le général Charles-Marie-Étienne Champion Dubois de Nansouty (1815-1895), décide d’aller lui-même hiverner à Sencours en 1877.

Il fait -30°C, les grilles du poêle fondent, les aliments gèlent. 1,80 m de neige a tout recouvert, même l’édifice. Il faut redescendre dans la vallée. Avec ses deux aides et sa chienne Mira, ils se mettent en route. Il leur faudra 16 heures pour rejoindre Gripp.

Malgré cette mésaventure, le général en conclut qu’il faut construire une construction solide et plutôt au sommet du pic. C’est en 1878 que sont lancés les travaux de construction de l’observatoire. Ils sont réalisés par l’entreprise Abadie par campagnes durant deux à trois mois chaque année. Le budget explose. Prévu à 30 000 F, il en coutera 248 000. Ils arrivent à en récolter 200 000. Cela ne suffit pas.

La tête dans les étoiles - Célestin Vaussenat travaille avec Charles de Nasouty à la création d'un observatoire au Pic du Midi
Célestin-Xavier Vaussenat (1831-1891)

Le 7 août 1882, la société Ramond cède les installations à L’État, qui paie le solde, met en place un budget de fonctionnement et nomme Célestin-Xavier Vaussenat (1831-1891), membre de la société Ramond) directeur. Ils y feront surtout des travaux de météorologie.

Le premier télescope

La tête dans les étoiles- Benjamin Baillaud installe un télescope au Pic du Midi
Benjamin Baillaud (1848-1934)

En 1901, le directeur de l’observatoire de Toulouse, Benjamin Baillaud (1848-1934) propose d’implanter une station astronomique au Pic du Midi. Et en 1904, il décide d’y construire un télescope. Deux ans plus tard, la coupole est en place.

Le télescope a été fabriqué à Paris. Il arrive en 22 caisses de 350 à 700 kg d’abord en train, puis par chars à bœufs jusqu’au col du Tourmalet. Ce sont ensuite des soldats de Tarbes qui transportent les caisses jusqu’au sommet du Pic du Midi. Le télescope est monté sur place. Il s’agit d’un télescope équatorial (ayant un axe de rotation parallèle à l’axe de rotation terrestre afin de suivre un astre pendant son parcours) de 6 mètres de foyer.

Peu utilisé par les astronomes français (il fallait quand même y aller), l’observatoire du Pic du Midi n’attire pas. Il sera même proposé à la fermeture en 1922. Sans effet.

Marcel Gentili offre un T60

Le T60 vers 1950 lreplus gros télescope du Pic du Midi
Le T60 vers 1950

L’astronome genevois Emile Schaër (1862-1931) construit le télescope T60, de type dit Cassegrain (dispositif optique particulier à deux miroirs), vers 1910. L’équipement est installé à côté de Genève. Il est quelques années après acheté par Giuseppe de Gentili, astronome amateur de Buc (Seine et Oise).

Or, lors de la seconde guerre mondiale, la famille Gentili, d’origine israélite, fuit Paris. Le fils, Marcel (1930-2016), se réfugie dès 1942 à l’observatoire du Pic du Midi. En remerciement, il offre le télescope T60 et sa coupole à l’Observatoire. Ce sera le plus gros télescope du Pic.

L’observatoire du Pic du Midi aide à la mission Apollo

En 1951, un téléphérique est construit. Enfin, tout se déclenche, l’observatoire est fréquenté. Les travaux de Bernard Lyot attirent l’attention de l’astronome tchèque Zdenek Kopal (1914-1993). Celui-ci, chef du département astronomie de l’université de Manchester, est conseiller externe de la NASA pour la préparation des missions Apollo.

Il décide de réaliser une cartographie de la Lune. 50 personnes sont mobilisées pendant une dizaine d’années. Ils font des milliers de photos et les redescendent tous les soirs pour les livrer à l’armée américaine. Elles sont ensuite transportées par avion à Saint-Louis (Etats-Unis).

70 ans après, l’aventure continue toujours au Pic du Midi même si d’autres observatoires, comme ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili, ont des dimensions plus gigantesques et deviennent la coqueluche des scientifiques.

ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili
ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili

Julien Péridier, l’astronome amateur

Julien Péridier (1882-1967), astronome amateur avec la tête dans les étoiles
Julien Péridier (1882-1967)

En Gascogne, on connait moins l’histoire de cet homme et de son observatoire que celle du Pic du Midi. Pourtant, on salue Julien Péridier (1882-1967) dans le monde entier.

Fils du Gers, Julien Péridier suit des études d’ingénieur électricien de haut niveau (Centrale Paris et École Supérieure d’Électricité). Il en fera carrière. Mais l’homme a une passion, l’astronomie et il passera son temps libre la tête dans les étoiles. En 1905, il va en Espagne étudier une éclipse du soleil. Les coopérations internationales sont fortes dans le domaine scientifique et il contribue à des associations françaises et britanniques. Par exemple, il est membre de la Royal Astronomical Society (R.A.S.) dès 1909. Il y croisera un membre célèbre – on dit F.R.A.S (Fellow of the Royal Astronomical Society) : Albert Einstein.

L’observatoire du Houga

L'Observatoire du Houga - L'Astronomie, 1940 )
L’Observatoire du Houga –
L’Astronomie, 1940

Julien Péridier va construire un observatoire privé chez lui, à Las Arosetas [les Arousettes], commune Lo Hogar, en 1933. Il s’équipe d’instruments de valeur, dont un télescope de 8 pouces très remarqué, et il rassemble une bibliothèque importante. Son installation, sur une simple butte, comprend deux coupoles, l’une abritant un réfracteur double, l’autre est la coupole d’un réflecteur de Calver.

Pendant plus de trente ans, de jeunes astronomes français vont y faire des observations, publier, échanger avec les observatoires du monde entier. Il vont développer en particulier la photométrie stellaire (unique façon d’appréhender l’univers au delà du système solaire).

L’observatoire travaille sur la Lune

En juillet 1959, Harvard sélectionne l’observatoire pour participer à l’étude de l’occultation de l’étoile Régulus par Vénus. Les Américains saluent la qualité des installations de Julien Péridier qui a grandement favorisé la réussite de la mission. Donald Howard Menzel (1901-1976), directeur de Harvard, prolonge sa collaboration avec le Gascon pendant cinq ans autour de travaux sur la Lune. Il faut dire que c’est l’époque où tous sont focalisés sur les missions Apollo.

À sa mort, et avec son accord,  l’université du Texas achète sa bibliothèque et ses instruments pour enseigner l’astronomie. Le télescope de 8 pouces du Hogar permet d’étudier les planètes et de former les jeunes astronomes.

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

La Terre vue de la Lune

Références :

Eloge à M. de Plantade, François Boissier de Sauvages, Assemblée publique de la Société Royale des Sciences, 21 novembre 1743
La création de l’observatoire du pic du Midi par la société Ramond
L’observatoire du pic du midi, Marcel Gentili, 1948 (disponible à la bibliothèque Escòla Gaston Febus)
Le télescope T60, Philippe Garcelon,,
Julien Péridier, G. de Vaucouleurs, Univeristy of Texas, Austin, department of astronomy