Village et sobriquet

Une tradition gasconne est de donner un sobriquet aux habitants des villages, sobriquet souvent humoristique. Il est parfois renforcé d’un proverbe de même ton. Comment nos ancêtres percevaient-ils leurs voisins ? Faisons un tour en Gascogne afin de réchauffer ces journées d’hiver.

Gascogne indissociable de sobriquet

Le gascon serait le champion des sobriquets, des proverbes et des allégories. On pourrait ajouter le champion des expressions crues ! Las paraulas non puden pas (Les paroles ne sentent pas mauvais) dit la sagesse populaire, donc autant appeler les choses par leur nom et ne pas en faire toute une histoire. Pourtant, aujourd’hui, certaines de ces expressions seraient considérées comme des offenses. Mais nos aïeux aimaient s’amuser et se moquer des uns, des autres et… d’eux-mêmes.

Les folkloristes ont collecté des sobriquets donnés à des villageois. Il n’y a pas une façon de choisir un sobriquet même s’il est toujours le fruit d’une observation, la reconnaissance d’une caractéristique.

Les sobriquets bon enfant

Charbonnier dans l'Ariège sobriquet
Un charbonnier en Ariège

Pour donner un sobriquet, on relevait souvent les métiers majeurs d’un village. Par exemple, les habitants d’Ossun étaient appelés par les Barégeois, los Boderèrs d’Aussun (Beurriers d’Ossun) car ils achetaient le beurre dans la vallée de Barèges. Los Crabonièrs de Viscòs (charbonniers de Viscos) exploitaient le charbon. Los Culherèrs de Grust fabriquaient des cuillères. Quant aux Pela-cuus de Lutz, c’étaient des négociants, rentiers, retraités un peu usuriers. Selon les communes alentour, des gens capables de tóner un ueu / tondre un œuf.

Les villageois pouvaient être croqués sur leurs spécificités comme en témoigne le dicton Vrente d’Asun, camas de Cautares, esprit de Baretge / Ventre d’Azun (comprendre bon estomac), jambes de Cauterets (bons marcheurs), esprit de Barèges.

En particulier, cela n’étonnera pas les Gascons, les liens entre villageois et leur façon de manger étaient nombreux. On parlait des Castanhaires de Montauban / des mangeurs de châtaignes de Montauban-de-Luchon, des Tripassèrs de Masseuva / des mangeurs de tripes de Masseube. De même, on disait Minjar lard coma un Lanusquet / Manger du lard comme un Landais, etc.

Des observations tout azimut

Biarritz – quartier Saint-Charles (après 1900)

Des sobriquets étaient liés à l’environnement. Les habitants du quartier Saint-Charles de Biarritz étaient appelés los Ahumats / les enfumés à cause d’une usine qui fumait beaucoup au XVIIIe siècle. A Anglet, los Malhons / les goélands étaient ceux qui vivaient à proximité de l’océan.

Certaines dénominations étaient directement liées à des caractéristiques physique. Par exemple los Gogoluts de Saligòs / Les Goîtreux de Saligos. D’autres à l’avarice des habitants ou à leur agressivité comme los Plastissèrs de Sassís / les donneurs de coups de Sassis. À l’opposé, les gens humbles de Serres et d’Anos étaient appelés los Pela milhs de Serres e d’Anòs.

D’autres sobriquets étaient liés à des habitudes de langage. Tels Es Pishòts de Castilhon, appelés ainsi parce que les habitants de Castillon ponctuaient leurs phrases du mot pishòt, (collectage de l’Ostau Comengés).

Montastruc (Hautes-Pyrénées)

Los Antònis de Liac / Les lourdauds de Lias ou la Malaharda de Lespuei / la mauvaise harde de Lespoey étaient des gens peu intéressants ou peu recommandables.

Parfois une légende soutenait le sobriquet. On dit Gens de Montastruc, pesca-lunas / Gens de Montastruc, pêcheurs de lunes. Les gens de Montastruc auraient tenté de pêcher la lune qui se reflétait dans l’eau d’une rivière. Celle-ci disparue sous les nuages au moment où un âne allait boire, ils tuèrent l’animal pour chercher la lune dans son ventre.

Les expressions trufandèras

Guide ossalois - sobriquet
Un guide ossalois

On ne serait pas gascon si on se moquait pas ! Et ce n’était pas toujours tendre.

Lo Biarnés qu’èi sus l’aute gent com l’aur subèr l’argent / le Béarnais est au-dessus des autres comme l’or au dessus de l’argent. Ce proverbe serait méchant si ce n’était pas un proverbe venant du Béarn lui-même !

Ceci dit, les Landais disent De quate Biarnés lo Diable qu’a part en tres / Sur quatre Béarnais, le Diable a partie liée avec trois.

Les Béarnais n’étaient pas les seuls à faire rire leurs compatriotes. On se moquait tout aussi volontiers de l’Auscitain plus français que gascon dans l’expression Aush en França / Auch en France. Ou des Anglais qui aimaient notre pays et supportaient mal le soleil puisqu’on disait Roge coma un Anglés.

Une autre expression jouait sur l’ambiguïté. D’on flaira l’armanhac que pud la canalha / Où l’on sent l’armagnac ça pue la canaille. S’agit-il des buveurs ou des Armagnacais ?

Enfin faut-il rappeler ce proverbe étonnant. Bordèu per la dansa, Tolosa per lo cant, Sant Gaudenç per las putans / Bordeaux pour la danse, Toulouse pour le chant, Saint-Gaudens pour les femmes légères ?

Et de nos jours ?

Hôpital de Lannemezan- le lac

Ces façons de faire sont anciennes et n’ont plus cours. Pourtant le plaisir du bon mot lié à un lieu demeure. On dit aujourd’hui Vengues de Lanamesa / Tu viens de Lannemezan. Pour dire que la santé de son interlocuteur est du domaine de l’hôpital psychiatrique, Lannemezan possédant un hôpital réputé.

Références

Folklore pyrénéen, J.P Rondou, 1991
Sobriquets des Gascons du Labourd, Gasconha.com
Sobriquets & dictions des villes et  villages des Hautes-Pyrénées,