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La vraie histoire de Pyrène

La princesse Pyrène, fille du roi Bébryx, aurait séduit Hercule, le grand héros grec. Cette légende transmise jusqu’à nous fait aussi partie du patrimoine de la Gascogne.  Qu’en savons-nous ?

Hercule rencontre Pyrène

Silius Italicus nous parle de Pyrène et d'Hercules
Silius Italicus

En revenant de son dixième travail, Hercule rencontre la princesse Pyrène. C’est ce que nous dit en 83 Silius Italicus, dans le troisième chant des Punica, ou guerre punique. Dans ce chant, l’armée punique revenant de Sagonte, province de Valence, traverse les Pyrénées le long des côtes de la Méditerranée. Et là, au milieu du récit des évènements historiques, le poète propose un intermède. François Ripoll, professeur à l’université de Toulouse, nous le rapporte dans son article Les origines mythiques des Pyrénées dans l’Antiquité gréco-latine :

« se rendant au pays de Géryon, Hercule séjourne chez le roi pyrénéen Bébryx et, sous l’emprise de la boisson, viole Pyréné, la fille de son hôte. Celle-ci met alors au monde un serpent et, craignant la colère de son père, s’enfuit dans les montagnes où des bêtes sauvages la mettent en pièces. À son retour Hercule, désespéré, se lamente, crie le nom de Pyréné aux montagnes qui le conserveront pour l’éternité, et lui donne une sépulture. »

Un mythe plus ancien

Pline l'Ancien (portrait imaginaire)
Pline l’Ancien

L’histoire ne semble pas inventée par Silius Italicus. En effet, avant lui, Pline l’ancien (23-79) note : At quae de Hercule ac Pyrene… traduntur, fabulosa in primis arbitror [Ce que j’entends sur Hercule et Pyrène… est fabuleux à première vue].

De quand date le mythe original et quel est-il ? Car les transmissions étaient orales. Ainsi, les écrits, quand ils arrivent jusqu’à nous, ne suffisent pas pour en décider. D’ailleurs, différents chercheurs font remonter la légende d’Hercule et Pyrène jusqu’à Hérodore d’Héraclée (VIe siècle avant Jésus-Christ).

Les Grecs s’installent à Pyréné

Revenons à l’histoire. Les Grecs ont colonisé les pourtours de la Méditerranée occidentale au VIe siècle av. J.-C., dont Marseille. Plus particulièrement, des textes mentionnent une cité vers les Pyrénées, comme en témoigne celui de Rufus Festus Avienus (IVe siècle) : En bordure des terres des Sordes était autrefois, dit-on, l’opulente cité de Pyréné.

On n’a pas retrouvé la trace de cette cité grecque et plusieurs hypothèses ont été émises : Port Vendres par exemple. L’archéologue Ingrid Dunyach conclut : Aujourd’hui, on peut affirmer que Collioure est bien le port antique de Pyréné.

Donc on peut penser qu’en même temps que la colonisation grecque, des légendes se sont construites, en particulier, des rencontres d’Hercule le Grec avec des représentants des peuples locaux.  Ici, il s’agit de la rencontre de Pyrène lors de son retour depuis là où le soleil se couche.

Collioure port antique de Pyréné.
Collioure site du port antique de Pyréné ?

L’évolution du mythe de Pyrène

La pierre d'Oô, Musée des Augustins, Toulouse
La pierre d’Oô, Musée des Augustins, Toulouse

Transmettre une légende de générations en générations sur des siècles et des millénaires ? On comprend qu’elle se soit déformée. François Ripoll reconstitue le début de son histoire.

Ainsi, il voit tout d’abord : une première élaboration du mythe par les colons grecs entre le VIe et le Ve s. [av. J.-C.], mettant en avant la sauvagerie des Pyrénées à travers un récit partiellement emprunté au mythe d’Echidna [femme serpent] et confrontant le héros civilisateur Hercule à un serpent né d’une femme indigène (peut-être en partie serpentiforme elle aussi).

Puis, la légende évolue en introduisant une union entre Hercule et Pyrène. Puis on arriverait à la version de Silius Italicus. Cette dernière version contenant l’ajout de traits pathétiques et sentimentaux à la manière d’Ovide et un effort d’adaptation à la trame historique des Punica. Bref, le récit du viol, d’un serpent né de Pyrène ou sa fuite dans le montagnes seraient une version modifiée.

Pyrène et Hercule revus par les Gascons

André Valladier – Labyrinthe royal de l’Hercule gaulois triomphant. 

Bien plus tard, la légende court encore. Jean-Géraud Dastros (1594-1648), originaire de Lomagne, donne à Hercule et Pyrène un fils qui devient l’ancêtre mythique des Gascons.

Bien sûr, un aussi grand représentant des Gascons comme Henri III de Navarre, devenu Henri IV de France, fait songer à Hercule ! Ainsi, l’abbé André Valladier (1565-1638) raconte la visite du roi à Avignon dans son livre Labyrinthe royal de l’Hercule gaulois triomphant. 

 

 

 

Ader - Le Gentilhomme gascon
Ader – Le Gentilhomme gascon

Le poète gascon Guillaume Ader (1567-1628) fait de même dans Lou Gentilome gascoun :

Com en guèrra e combats òm coneish lo Gascon
Un perigle de guèrra e lo Mars d’aquest món,
Hilh d’aqueth Ercules que de braç e man hòrta,
Ende bàter un lion non demandèc escòrta;
Que n’augoc jamès páur, non hoc jamès vençut:
Aqueth l’a, com vos dic, per hilh reconegut,
Eretèr nomentat de tota la montanha
A hiu, còrda e ciment de la tèrra d’Espanha.

À la guerre, aux combats on connait le Gascon
Un foudre de guerre et le dieu Mars de ce monde,
Fils du héros Hercule aux bras et aux mains fortes,
Qui pour battre un lion ne manda pas d’escorte ;
Lui qui n’eut jamais peur, ne fut jamais vaincu :
Celui-là, vous dis-je, l’a pour fils reconnu,
Héritier désigné de toute la montagne
À fil, corde et ciment de la terre d’Espagne.

La légende d’Hercule et Pyrène aujourd’hui

Pyrène (Ercules l'iniciat - dessin de Margot Raillé)
Pyrène et Hercule (Ercules l’iniciat – dessin de Margot Raillé)

Au cours du temps, l’histoire de Pyrène est devenue plus romantique. Dans son livre livre Ercules l’iniciat / Hercule l’initié, Anne-Pierre Darrées propose une version actuelle qui conserve les enseignements grecs.

Très loin, là où le soleil se couche vivait Géryon, géant à trois têtes, entouré de mille bœufs. Hercule est chargé de ramener les bêtes pour les offrir à la déesse Junon. C’est son dixième travail. Après avoir réussi, il rentre à Mycènes et passe par l’Ibérie, la Narbonnaise et l’Italie en suivant un chemin proche de la Méditerranée. En particulier, après avoir traversé Emporion, Hercule rencontra Pyrène

Ercules que demorè tot l’estiu dab la gojata en tot minjar ahragas e avajons, en tot se banhar dens las nèstas. Puish, un jorn, las aucas que traversèn lo cèu e Ercules que’s
brembè de la sua mission. Que partí autanlèu sense aténder Pirena…

Hercule resta tout l’été avec la jeune fille, mangeant des fraises et des myrtilles, se baignant dans les nestes. Puis, un jour, les oies traversèrent le ciel et Hercule se souvint de sa mission. Il partit aussitôt, sans attendre Pyrène…

Les symboles dans les travaux d’Hercule

Hercules combat le monstre Géryon pour lui voler ses boeufs
Hercules combat le monstre Geryon pour lui voler ses boeufs

Les mythes ne sont pas gratuits. Et les travaux d’Hercule ne sont pas les exploits d’un surhomme. Chacun représente un enseignement à suivre pour devenir un homme. C’est ce que nous rappelle l’autrice. Par exemple, le bœuf est l’animal du sacrifice, l’intermédiaire entre l’homme et le dieu. Cette initiation élève la conscience d’Hercule à celle d’un prophète ou d’un prêtre.

Et c’est porteur de cette conscience qu’Hercule va rencontrer des peuples, créer des cités, vaincre des monstres… lors de son voyage de retour.

De son côté, Pyrène est libre et sauvage, d’une sauvagerie associée aux montagnes. D’ailleurs, François Ripoll émet deux hypothèses.  Pyrène pourrait être, à l’origine, soit une déesse des montagnes, soit une déesse des passages.

Ainsi, la légende raconte la rencontre de deux peuples, de deux civilisations qui se passe le mieux du monde.

Références

Les origines mythiques des Pyrénées dans l’Antiquité gréco-latine, Pallas, François Ripoll, 2009, p. 337-355
Pyrénées-Orientales : le port antique de Pyréné était-il à Port-Vendres ou Collioure ?  L’Indépendant, 16/10/2021, Arnaud Andreu
Vendres ou Collioure, Le télégramme Paris, 16 octobre 2021
Etymologie des Pyrénées
Labyrinthe royal de l’Hercule gaulois triomphant, André Valladier, 1601
Lou Gentilome gascoun, Guillaume Ader, 1610
Ercules l’inciat / Hercule l’initié, Anne-Pierre Darrées, Edicions Reclams, 2021, livre bilingue (français, occitan)




L’Église Saint-Austrégésile de Mouchan

L’église Saint-Austrégésile de Mouchan est probablement la plus ancienne église romane du Gers. Un nom étrange en pays d’Armagnac ?

Le village de Muishan ou Mouchan

Mouchan - L'église Saint Austrégésile
Mouchan -L’église Saint Austrégésile

Mouchan est un petit village à 13 km au sud-ouest de Condòm [Condom] en allant vers Èusa [Eauze] qui est à 20 km. À l’époque aquitano-romaine, une grande villa, dont on a retrouvé des restes, s’implante sur le plateau en rive gauche de la rivière Osse. Elle aurait appartenu à un certain Muscius.

Les fouilles montrent aussi des traces plus tardives d’habitations mérovingiennes (VIe siècle) ainsi que d’une église.

Au cours du temps, le nom de cet emplacement évolue. On évoque divers noms comme Muscianus ou Muiscian.  Finalement, ce sera Muishan [prononcer Muchan] dans la langue du pays puis, bien plus tard, en français, Mouchan.

Les bénédictins s’installent

Mouchan - La rivière de l'Osse
Mouchan – La rivière de l’Osse

Au IXe siècle, les bénédictins construisent un monastère sur la rive droite de l’Osse, dans la ribèra [plaine de la rivière] marécageuse. Ils drainent le terrain et le rendent propre à la culture, bâtissent une petite église.

Rapidement, des personnes s’installent à proximité et constituent une sauvetat ou plutôt une sauva tèrra [sauveté]. La sauveté est, dans nos pays, une zone franche, délimitée par des bornes de pierre, où les personnes sont sous la protection du monastère et ne peuvent être pourchassés. Voir article Des sauvetés aux bastides gasconnes. Ce n’est pas rare, ce siècle est une période de construction d’églises, de prieurés… Peut-être l’approche de l’an 1000 et des peurs associées ?

Saint Austrégésile rejoint Mouchan

Pendant ce temps, la France subit des invasions normandes. Elle veut mettre les reliques des saints à l’abri. L’une d’elles est la relique de Saint Austrégésile (551-624), appelé Saint Outrille en dialecte berrichon. L’homme fut archevêque de Bourges et acquit une jolie réputation en guérissant des aveugles, des paralytiques et des hystériques. D’ailleurs, le livre Vita Austrigisili episcopi Biturigi raconte, en latin, la vie de ce saint.

Guillaume le Pieux duc d'Aquitaine
Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine (vers 875-918)

L’archevêque est d’ascendance wisigothe, il est même le premier archevêque d’ascendance wisigothe. Où le mettre à l’abri des Normands sinon dans l’ancien royaume wisigoth que constitue la Gascogne ?

Ainsi, l’église de Mouchan reçoit en 1060 les reliques de Saint Austrégésile. Très vite, en 1089, l’abbaye intègre le réseau de Cluny et devient un doyenné. Rappelons que c’est Guillaume 1er, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne, qui fonde l’abbaye de Cluny le 11 septembre 909. Cette abbaye, située en Bourgogne, est un centre culturel majeur, un lieu de renouveau et de réforme de la règle de Saint Benoit.

Saint Austrégésile sera ensuite rattaché au prieuré de Saint Orens d’Auch en 1264.

Mouchan est bien placée

Mouchan - Pont roman sur l'ancienne route de Saint-Jacques-de-Compostelle venant du Puy-en-Velay
Mouchan – Pont roman sur l’ancienne route de Saint-Jacques-de-Compostelle venant du Puy-en-Velay

Si Mouchan n’est pas bien grande, elle est bien placée car elle est sur ce que l’on appelle aujourd’hui la via Podiensis, un des quatre chemins de pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle. Elle passe par Condom, Mouchan, Eauze puis file vers Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncesvals ([Ronceveaux].

Ainsi, en passant par Mouchan, les pèlerins peuvent demander l’aide du saint pour soigner leurs maladies nerveuses. Hélas, au XIIIe siècle, le nouveau pont de l’Artigues, à trois km au nord de Mouchan, facilite le passage des pèlerins. Comble de malheur, la Orden de Santiago [l’Ordre de Saint Jacques de l’Épée] établit à côté du pont une commanderie, un hôpital et une église. Et Mouchan reçoit bien moins de pèlerins.
Toutefois, le chemin Condom-Eauze reste pratiqué. Au XIVe siècle, on note que des pèlerins, revigorés par l’aiga ardente [voir article L’armagnac le nectar des dieux gascons], emportent parfois ce breuvage afin de continuer à se soigner et à fortifier leur foi…

Via podiensis
Via Podiensis du Puy en Velay à Roncevaux

Mouchan est attaquée

Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (1530-1574)
Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (1530-1574)

Mouchan se consolide. Durant la Guerre de Cent Ans (1337-1453), on construit des remparts, des courtines, des tours. Hélas, cela n’arrête pas Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir, alors prince d’Aquitaine. Lors d’une de ses chevauchées brutales et sanguinaires, en 1369, il détruit le village.

Plus tard, Gabriel de Lorges (1530-1574), comte de Montgomery, est un défenseur des protestants. Au cours des guerres de religion, il incendie la charpente de l’église et du prieuré. Les voutes de la nef et du clocher s’effondrent. Le doyen se réfugie à Auch, les moines quittent Mouchan.
L’église est affermée à un prêtre séculier et devient une église paroissiale.

L’évolution de l’église

Saint-Austrégésile - le choeur
Saint-Austrégésile – le choeur

Au départ, l’église est toute simple. Une tour de guet, carrée, est ajoutée fin Xe ou début XIe. Très vite, les moines agrandissent l’église pour répondre aux besoins de la sauveté. Ils ajoutent une nef, une abside, un portail au nord pour accéder au cloitre.

Après le départ des moines, au XVIIe siècle, on restaure l’église. Ainsi on ferme le portail nord qui donnait sur le cloitre puisqu’il n’y a plus de cloitre ni de monastère. L’entrée se fait par le sud. Si la voute est réparée, ce ne sera pas le cas du clocher.  Bien sûr, les fresques sont recouvertes car, à cette époque, on rejette l’art médiéval. Enfin, les villageois récupèrent des pierres du monastère pour leurs propres maisons.
Chapiteau 1Avec le temps, l’église se délabre. Entre 1843 et 1885, le père Jean Blain lance de grands travaux de restauration, avec de nombreuses modifications. En particulier, on surélève la nef et le chœur. Malheureusement, on recouvre les pierres de ciment et on nettoie les fresques. On ajoute des vitraux et un œil de bœuf.

Les particularités de l’église

Saint-Austrégésile - La croisée de transept
Saint-Austrégésile – La croisée de transept

Quelques éléments sont tout à fait remarquables. Par exemple, la croisée du transept est d’une grande pureté. C’est d’ailleurs grâce à elle principalement que l’église est classée monument historique en 1921. En effet, bien que de forme plein cintre (arc semi-circulaire), elle ne possède pas de clé de voute, cette pierre centrale en forme de coin qui permet de soutenir la voute. Elle annonce ainsi les nouvelles techniques de voutes en ogive au sud de la France. C’est peut-être la première ou, en tous cas, une des premières.

 

Saint-Austrégésile- Les arcades du choeur ornées de losanges
Les arcades du choeur ornées de losanges

Autre point remarquable : Les arcades sont ornées de losanges (chœur) ce qui est assez rare à l’époque romane. Certains y voient une influence mozarabe, car les artisans se déplacent des deux côtés des Pyrénées sans grande restriction.

Église Saint-Austrégésile de Mouchan (32). Modillon de l'abside
Église Saint-Austrégésile – Modillon de l’abside

Enfin, les sculptures à l’extérieur donnent une idée de la liberté d’expression au moyen-âge : ours, couple enlacé…

Depuis 2005, Mouchan adhère à la Fédération des sites clunisiens.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle.

Références

 

Julie Chaffort à l’église de Mouchan
Le village
Mouchan
église Saint-Austrégésile
Histoire de la commune




De Lugdunum Convenarum à Saint-Bertrand

Saint-Bertrand de Comminges est une bourgade de 244 habitants. À y regarder de plus près, des remparts l’entourent, son église est une cathédrale et, à ses pieds, s’étendent des ruines romaines. Poussons un peu plus loin…

Une ville romaine peuplée d’Aquitains ?

Pompée le Grand (106 av. JC- 48av. JC) fondateur de Lugdunum Convenarum
Pompée le Grand (106 av. JC – 48 av. JC)

Plusieurs peuples Aquitains habitent la région : les Convenae (Comminges), les Consoranii (Couserans), les Garumni (vallée de Saint-Béat et val d’Aran), les Onesii (vallée de Luchon).

Sertorius, général romain, soulève l’Hispanie contre la dictature de l’empereur Scylla. Pompée part le combattre et le bat en 72 avant J.-C. Pompée, victorieux, passe les Pyrénées et rentre en Narbonnaise. Aux confins pyrénéens de la province, et pour mieux surveiller la frontière, il regroupe les peuples Aquitains et fonde Lugdunum Convenarum.

On trouve la première mention de la ville chez le géographe grec Strabon (~60 avant J.-C. – ~20 après J.C.) dans sa Géographie.

Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum
Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum

Très vite, la ville se développe et aurait compté jusqu’à 10 000 habitants. Le poste frontière devient une ville opulente avec son forum, son théâtre, ses thermes et ses riches demeures. Au IIe siècle, elle fait partie de la province d’Aquitaine, puis de celle de Novempopulanie. On y utilise le droit latin.

Elle est si vaste que l’on dit « qu’un chat aurait pu aller de toit en toit depuis Lugdunum jusqu’à Valentine » (17 km).

Plus tard, au début du Ve siècle, les Vandales, les Alains et les Suèves, des peuples germaniques poussés par les Huns, envahissent la Gaule qu’ils traversent pour se rendre en Espagne. Mais la frontière des Pyrénées est bien gardée et ils restent deux ans en Gascogne avant de pouvoir la franchir. La ville romaine se replie sur l’oppidum fortifié et perd de son importance. Elle prend le nom de Convenae.

Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand
Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand

Les guerres de succession au trône des Mérovingiens

L'assassinat de Chilpéric 1er
L’assassinat de Chilpéric 1er

Sous les rois Francs Mérovingiens, les conflits de succession au trône sont nombreux. Francie, Neustrie et Austrasie s’affrontent. D’ailleurs, un complot se forme autour de Gondovald qui serait un fils naturel de Clothaire Ier.

Le roi Chilpéric Ier meurt assassiné en 584. Gontran lui succède. Alors, Gondovald et Didier, duc de Toulouse, prennent la tête d’une armée pour conquérir l’Aquitaine. À Brive, Gondovald est proclamé roi. Bordeaux et Toulouse se rallient. Mais à l’approche de l’armée des Francs, les défections commencent. Gondevald est obligé de se réfugier dans les Pyrénées, à Convenae.

Jean Fouquet (ca 1455) - Entretien entre saint Gontran et Childebert II. Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s'adresse à son neveu Childebert qu'il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.
Jean Fouquet (ca 1455) – Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s’adresse à son neveu Childebert qu’il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.

Ainsi, le siège commence le 11 février 585. Et Gondovald est trahi, assassiné par ses pairs. Grégoire de Tours raconte que « la nuit suivante, les principaux chefs gondovaldiens enlevèrent secrètement tous les trésors que la ville renfermait et tous les ornements de l’église. Le lendemain, les portes furent ouvertes. L’armée des assiégeants entra et égorgea tous les assiégés, massacrant au pied même des autels de l’église les pontifes et les prêtres. Après avoir tué tous les habitants, sans en excepter un seul, les Bourguignons mirent le feu à la ville, aux églises et aux édifices, si bien qu’il ne resta plus que le sol ».

La ville est détruite et il n’y reste plus personne « pour pisser sur les murs ». Convenae tombe dans l’oubli.

Saint-Bertrand de Comminges, l’évêché du Comminges

En 1083, Bertrand de l’Isle, petit-fils du Comte de Toulouse, est élu évêque de Comminges, il occupe le siège jusqu’en 1123. Il entreprend la construction de l’église Saint-Just de Valcabrère et de la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges.

Basilique de Saint-Just de Valcabrère et cathédrale de Saint-Bertrand
Basilique de Saint-Just de Valcabrère (Bertrand de l’Isle) et Cathédrale de Saint-Bertrand (Bertrand de Got)

De même, il manifeste une énergie remarquable au service des pauvres, rétablit la sécurité, protège les routes et les marchands. Il est canonisé en 1218 et Convenae prend le nom de Saint-Bertrand de Comminges en 1222.

Bertrand de Got est nommé évêque de Comminges en 1295 et lance la construction d’une nouvelle église gothique qui ne sera achevée qu’en 1350. En 1305, il devient Pape, sous le nom de Clément V, mais revient à Saint-Bertrand pour transporter les reliques de Saint-Bertrand.

Pendant les guerres de religion, les Huguenots pillent Saint-Bertrand de Comminges. En 1586, le capitaine Sus massacre les religieux, vole l’argenterie, brule les archives et rançonne le chapitre de 10 000 livres. Les Huguenots partent après sept semaines d’occupation. En 1593, le vicomte de Larboust pille à nouveau la ville.

Heureusement, un soldat cache les reliques de Saint-Bertrand et les rend en 1591.

Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges
Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges

L’évêché de Comminges comprend le val d’Aran. Les rapports sont conflictuels, si bien que l’évêque doit demander la permission aux Aranais d’entrer sur leur territoire. L’évêché est dissout en 1790 et partagé entre ceux de Toulouse, de Tarbes et de la Seu de Urgell pour le val d’Aran.

Saint-Bertrand-de-Comminges est un important lieu de pèlerinage. Il reprend en 1805 et est toujours très populaire.

Les fouilles archéologiques

Les fouilles archéologiques ont lieu de 1913 à 1970. Ensuite, elles reprennent de 1985 à 2006. Les principales découvertes couvrent une période de quatre siècles. On les retrouve exposées au Musée départemental de Saint-Bertrand de Comminges.

Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand
Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand

Les fouilles mettent à jour des édifices publics : un théâtre, un temple consacré au culte impérial, un marché, des thermes, une basilique chrétienne et un camp militaire. Depuis 2016, le Professeur William Van Andringa, directeur d’études de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, conduit des fouilles sur les nécropoles qui entourent la ville romaine.

En 1926, on découvre un trophée augustéen à Saint-Bertrand de Comminges. C’est un monument célébrant une grande victoire militaire. Datant du Ier siècle, en marbre blanc de Saint-Béat, il est l’un des plus complets découverts en France et fait la renommée de Saint-Bertrand.

Bertrand Sapène (1890-1976) est instituteur. Nommé à Saint-Bertrand en 1919, il conduit les fouilles pendant près de 50 ans et écrit de nombreux articles scientifiques pour présenter ses trouvailles. Il fonde le musée archéologique qui devient musée départemental.

Le festival de Saint-Bertrand de Comminges

André Malraux, ministre des Affaires culturelles du Général de Gaulle, vient à Saint-Bertrand pour les obsèques du père de son épouse, Madeleine. Il visite la cathédrale et son orgue, accompagné de Pierre Lacroix, musicien et ami de la famille. André Malraux lui promet la création d’un festival.

Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges
Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges (02/10/2021)

Paul Guilloux est alors titulaire du grand orgue de la cathédrale de Bourges. Il fonde L’Association des Amis de l’orgue de Saint-Bertrand de Comminges en 1964. Paul Guilloux possède une maison à Saint-Bertrand et veut restaurer l’orgue. Il meurt en 1966.

On y organise des concerts d’orgue chaque été avec des organistes et des chanteurs réputés. En 1973, Jean-Pierre Brosse, musicien de renommée internationale, vient jouer à Saint-Bertrand de Comminges et décide de développer le festival avec l’association.

Les travaux de restauration de l’orgue s’achèvent en 1974. Jean-Pierre Brosse lance le festival en faisant appel à ses amis pour animer les concerts. Des deux concerts annuels de ses débuts, il passe rapidement à une vingtaine. La Fondation France Télécom lui permet d’engager des artistes de renommée internationale.

Le festival se dote d’une Académie de musique baroque qui reçoit des étudiants venus de tous les pays pour se perfectionner à l’orgue, à la musicologie, au chant baroque et au chant grégorien. On y enregistre des concerts. Le festival se décentralise pour des soirées dans d’autres villes du Comminges.

A la recherche d’un développement touristique

Saint-Bertrand - les Olivetains
Saint-Bertrand – les Olivetains

Saint-Bertrand de Comminges a perdu de sa splendeur antique et n’est plus qu’un petit village qui semble endormi. Pourtant, ses remparts, sa cathédrale, son site gallo-romain et la basilique de Saint-Just de Valcabrère, attirent de nombreux visiteurs.

La renommée de son festival d’orgues mérite un projet de développement.

Le site des Olivétains, sur la place de la cathédrale, accueille et renseigne le public, organise des expositions.

Le Fournil Résistance de Tulip et Magali
Le Fournil Résistance de Tulip et Magali

Le Syndicat mixte pour la valorisation et la promotion du site travaille sur un centre d’interprétation du patrimoine. Il prévoie d’investir 12 millions €, d’ici à 2030, pour développer l’attractivité touristique et améliorer l’accueil des visiteurs.

Une boulangerie vient d’ouvrir pour le plus grand bonheur des habitants et des visiteurs. Transgarona, piste cyclable reliant Toulouse au val d’Aran, passe par Saint-Bertrand.

Références

Le diocèse de Comminges
La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges




Terres trembles ou tèrratrems en Gascogne

La Gascogne, et plus particulièrement les Pyrénées, sont exposées aux tèrratrems (littéralement terres trembles, tremblements de terre, séismes). Les sismologues du Centre Pyrénéen des Risques Majeurs, le C-PRIM, situé à Lourdes, enregistrent des secousses fréquentes de faible amplitude. Rien à voir avec les grands tèrratrems qui ont secoué la région dans les siècles passés !

La Bigorre frappée par un tèrratrem en 1660

Le 21 juin 1660, un tèrratrem estimé à une magnitude 6,1 sur l’échelle de Richter, frappe la Bigorre « en trois diverses fois ». L’épicentre se situe à Bagnères de Bigorre. On compte 12 morts à Bagnères, 10 à Campan, d’autres ailleurs. En tout, il y aurait eu 653 morts !

Le vicaire Dangos de Bagnères écrit : «Le vingt uniesme  juin mil six cens soixante, un si terrible terre tremble arriva qu’il mict par terre une partie du clocher de l’église paroissiele St-Vincent de la present ville de Baignères et quelques pierres des arceaux de la voutte, ensemble plusieurs maisons, entre autres celle de feu Pierre Vergès, chirurgien ; le devant de la maison tenue à louage par Odet Bousigues, cordonier, est aussy tombée…A mesme heure sont tombées contre le pont de l’Adour la maison de Jean Forcade et la maison de Ramonet de Souriguère,  tailleur…».

Le chateau d'Asté riné par le tèrramen de 1620
Le Château d’Asté à côté de Bagnères (vu par Lacroix en 1865), ruiné lors du tèrratrem de 1660 (?). Le futur Henri IV et Corisande d’Audoin y auraient caché leurs amours

L’église, les maisons, «la maison de ville et toutes les tours et portes de lad. ville» menacent ruine. Les Bagnérais demandent qu’on leur fournisse du bois afin d’étayer les maisons. On réquisitionne les maçons, menuisiers et charpentiers. On demande même l’aide d’un architecte de Pau.

Les sources thermales se tarissent pendant quelques jours.

Le tèrratrem touche gravement les vallées alentour

Tèrratrems dans les Pyrénées : La propagation du tèrratrem du 21 juin 1620
La propagation du tèrratrem du 21 juin 1660

Les religieux de Médous, à trois kilomètres de Bagnères, furent surpris pendant l’office et se réfugièrent dans des cabanes. Le prieur écrit que « la terre où nous estions couchés nous soulevoit tous en l’air ».

Le village d’Asque est presque entièrement détruit. Plusieurs maisons s’écroulent à Luz et dans la vallée, ainsi que le château de Castelloubon. Les moulins d’Argelès-Gazost sont hors d’usage. L’abbaye de Saint-Savin est gravement endommagée. Les remparts de Lourdes sont à consolider et à Pau la plupart des cheminées sont jetées par terre.

A Barèges, un pan de montagne s’écroule au Chaos de l’Arailhé sur la route de Gédre à Héas, et forme un lac. Vers 1700, ce lac se videra brusquement emportant de nombreuses habitations et tous les ponts de la vallée. 

Le tèrratrem est ressenti dans toute la Gascogne, et au-delà

La duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle.

Revenant de leur mariage célébré le 9 juin à Saint-Jean de-Luz, Louis XIV et Marie Thérèse d’Autriche sont à Captieux et ressentent fortement le tèrratrem. À Saint-Justin où loge une partie de la Cour, un formidable bruit réveille soudainement Mademoiselle de Montpensier. A la suite duquel, son chirurgien lui crie : «Sauvez-vous ! la maison tombe».

 

 

Annotation du séisme pyrénéen du 21 juin 1660 sur le registre paroissial de Montirat (collection archives départementales du Tarn)
Annotation du séisme pyrénéen du 21 juin 1660
sur le registre paroissial de Montirat (collection archives départementales du Tarn)

Dans l’Agenais, le Quercy, le Périgord, la population subit la secousse « avec épouvantement, le branlement des maisons étant si fort qu’on appréhenda qu’elles dussent cheoir et renverser ». On ressent aussi le tèrratrem à Carcassonne, Narbonne, Béziers, Montpellier, mais également en Auvergne, Limousin, et Poitou. Un moine de l’abbaye de Saint-Maixent proche de Niort, écrit que « le 21 juin, sur les quatre heures du matin, arriva un grand tremblement de terre qui esmut tellement l’ancien réfectoire qui sert d’église et le dortoir qui est dessus que toutes les chambres en furent ébranlées et les lits des religieuses secoués comme si on les eut renversés… ».

Les tèrratrems frappent encore la Gascogne

 Tèrratrem en Gascogne : Arette (Pyrénées-Atlantiques) après le séisme de 1967
Arette (Pyrénées-Atlantiques) après le séisme de 1967

Si celui de 1660 fut le plus important, d’autres tèrratrems ont frappé la Gascogne.

On a observé des tremblements de terre à Lourdes  en 1750, dans le Bordelais et l’Entre-Deux-Mers en 1759, à Argelès-Gazost en 1854, dans le Val d’Aran en 1923, à Arette en 1967, à Arudy en 1980, à Tarbes en 1989, dans le Golfe des Gascogne en 1998 et à Saint-Béat en 1999.

Parmi les tèrratrems les plus récents, celui d’Arette reste dans toutes les mémoires. Le 13 août, 1967, vers 11 heures du soir, la terre tremble et fait un mort et plusieurs centaines de blessés. Jusqu’à la fin septembre, on ressent cinquante secousses.

Pourquoi les séismes touchent-ils la Gascogne ?

Née de la collision entre la plaque ibérique et la plaque eurasienne, la chaîne pyrénéenne est régulièrement soumise à des secousses sismiques. La terre y tremble de 300 à 400 fois par an, généralement des petites secousses, imperceptibles par la population car ne dépassant pas 3 de magnitude.

La frontière entre deux plaques se traduit par la présence d’un faisceau important de failles. Dans les Pyrénées, la Faille Nord-Pyrénéenne (F.N.P) court de St-Paul de Fenouillet jusqu’au Pays Basque. De multiples autres failles ou systèmes de failles existent (failles de la Têt, faille du Tech…). C’est le relâchement des tensions le long des failles qui engendre les tèrratrems.

La Faille Nord-Pyrénéenne concentre les tèrratrems des Pyrénées
La Faille Nord-Pyrénéenne focalise les séismes dans les Pyrénées

Au Nord-Ouest de Pau, on a un essaim de sismicité de faible ampleur, comme le montre la carte en tête d’article. Ces secousses ne sont pas d’origine tectonique mais liées à l’extraction du gaz dans le bassin de Lacq.

Pour aller plus loin…

Pour mieux connaître les tèrratrems et les moyens de s’en protéger, ne manquez pas d’aller voir la Maison de la Connaissance des Risques Sismiques à Lourdes – 59, avenue Francis Lagardère (au pied du funiculaire du Pic du Jer) – où vous pourrez suivre en direct les secousses partout dans le monde et participer à des simulations. N’oubliez pas d’emmener les enfants !

Séisme (tèrramen) du 22 novembre 2019 dans les Pyrénées enregistré à Lourdes
Séisme du 22 novembre 2019 dans les Pyrénées, enregistré à Lourdes

 Serge Clos-Versaille

Références

Le site du C-Prim
Le séisme de Bigorre du 21 juin 1660
Le séisme d’Arette, la reconstruction d’Arette,  Jean-Marie Lonné-Peyret
Le tremblement de terre d’Arette, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, Xavier Piolle, 1968
À quand le prochain séisme destructeur ?




La Cathédrale Sainte-Marie d’Auch

La cathédrale Sainte-Marie d’Auch est un monument majeur sur les chemins de Saint-Jacques classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.  Plusieurs visiteurs illustres ont témoigné de leur passage à Auch. Fernand Sarran nous propose lui, un poème sur sa construction, bien ancré dans la Gascogne.

La naissance de la Cathédrale Sainte-Marie d’Auch

À Auch, au VIe siècle, une modeste chapelle est construite au bord du Gers. Pourtant, un événement d’importance va changer le rôle de la ville. En effet, Éauze, la belle cité à l’époque romaine, capitale de la Novempopulanie, attire l’attention d’envahisseurs comme les Vandales, les Maures ou les Normands. Ces derniers la détruisent complètement en 840 et l’Église décide d’aller sur un site mieux protégé, Auch.

Chapelles et cathédrale dédiées à Marie furent construites à Auch puis détruites. Après la Guerre de Cent Ans (1337-1453), enfin une cathédrale de belle taille sera édifiée et passera les siècles. La construction de la cathédrale Sainte-Marie s’étend de 1489 jusqu’en 1680, onze architectes vont s’y succéder. De grands artistes vont y participer. Arnaud de Moles, maître verrier landais, réalise des vitraux d’une beauté époustouflante (1507-1513), Pierre Souffron, Périgourdan, utilise pour le grand chœur, du chêne resté 100 ans dans l’eau, selon la légende, Dominique Bertin, Toulousain, sculpte avec finesse les stalles, et, enfin, l’organier Jean de Joyeuse, originaire des Ardennes et établi en Languedoc, ajoute un grand orgue fin XVIIe siècle à celui déjà en place.

Et pour protéger le trésor, des souterrains labyrinthiques partant de la cathédrale permettent au clergé de fuir les attaques. Des souterrains que les petits Auscitains connaissaient bien il y a encore quelques décennies. Une aire de jeu hors du commun !

La Cathédrale Sainte-Marie d’Auch vue par des visiteurs illustres

Stendhal

« On dirait que l’architecte a eu horreur du mesquin et du laid… » (Stendhal)

Le 23 avril 1838, Stendhal (1783-1842) visite la cathédrale Sainte Marie d’Auch. Selon son Voyage dans le midi de la France, il a plutôt une bonne surprise : « Je m’attendais à du gothique en furie et terrible » mais au contraire « cet intérieur n’est point chargé et accablé de détails selon le style des grandes églises gothiques. On dirait que l’architecte a eu horreur du mesquin et du laid… »

Toutefois il est choqué par les vitraux et l’écrit assez brutalement : « Vitraux à couleurs vives. C’est la beauté suprême pour le paysan qui achète dans les foires des estampes coloriées et pour les savants chez qui la vanité anéantit le sentiment du beau ».

Avis que ne partage pas le grand historien d’art Émile Mâle (1862-1954) qui écrit: « pour l’ampleur de la pensée aucun travail de cette époque n’excède les vitraux d’Auch. » Il faut dire que Stendhal semble avoir de forts préjugés sur ce qu’il trouvera dans le Midi.

Victor Hugo

Le 4 septembre 1843, Victor Hugo (1802-1885) visite la cathédrale Sainte-Marie d’Auch en compagnie de sa maîtresse Juliette Drouet : « Quelque analogie avec la cathédrale de Pampelune. Riche au dedans, pauvre au dehors ».

Contrairement à Stendhal, pour lui, c’est une merveille. Il est sensible en particulier à la présence des sibylles : « Intérieur : admirables vitraux qui sont, je crois, d’Arnaud de Moles. La sibylle de Delphes à côté du prophète Élisée. La sibylle Tiburtine en regard de saint-Mathieu et à côté du prophète Habacuc. La sibylle Agrippine entre les prophètes Nahuni et Jérémie. La sibylle de Cumes à côté de Daniel faisant face aux prophètes Sophonias, Élie, Urias. La sibylle Europe, la gorge presque nue et l’épée à la main, entre le prophète Amos et le patriarche Josué. La sibylle lybique entre Énoch et Moïse. Elle prédit l’enlèvement de la Vierge au ciel. Costumes superbes. » Il insiste : « Cette cathédrale est remarquable par le culte des sibylles. »

Trois sibylles de la cathédrale Sainte-Marie d'Auch
Trois sibylles (Cimmérienne, Europa et Agrippine) et autres personnages. « Pour l’ampleur de la pensée aucun travail de cette époque n’excède les vitraux d’Auch. » (Émile Mâle)

Cependant, le poète est désolé de l’état de délabrement de la cathédrale : « On n’accorde rien pour entretenir l’église. Quand l’empereur la vit, il s’extasia sur les vitraux et le chœur et s’écria : il y a des cathédrales qu’on voudrait pouvoir mettre dans les musées. Il renta l’église de 6 000 fr. par an que la révolution de 1830 a supprimés. »

Jean-Charles de Castelbajac

Plus récemment, Jean-Charles de Castelbajac (1949- ), descendant d’une famille bigourdane et créateur de mode  affirmait son amour pour Auch. En particulier, il déclarait au Point au sujet de la cathédrale Sainte-Marie :  « J’ai une affection particulière pour ce lieu et pour l’abbé Cenzon, un ecclésiastique resté très proche des jeunes. J’ai le beau projet d’y cristalliser un jour la statue de la Vierge comme je l’ai fait avec la statue d’Henri IV sur le Pont-Neuf de Paris ».

Le dit de l’architecte

Fernand Sarran, l'auteur du poème le Dit sur le cathédrale Sainte-Marie d'Auch
Fernand Sarran

Si on peut admirer la cathédrale, parcourir son histoire, Fernand Sarran, supérieur du Petit Séminaire d’Auch, écrit, lui, un beau poème dialogué sur la construction de la cathédrale Sainte-Marie. Il s’agit d’un texte que l’archevêque d’Auch, Monseigneur Ricard, lui commande pour le baptême des cloches le 28 juin 1924. Et Sarran imagine l’architecte, en 1500, cherchant à parfaire l’œuvre et, pour renforcer ce regard, lui donne un tour médiéval.

Le grand œuvre est terminé, l’architecte est préoccupé. Le poème débute, l’architecte parle à son apprenti :
Voilà les tours. Voilà les murs. Voilà les voûtes.
Les pierres qu’apportaient les mains, je les sus toutes
Poser à fin niveau l’une sur l’autre. L’art
N’a laissé ni le plein ni le creux au hasard ;
Et que le jour se lève ou que le jour décline,
L’Église, désormais, droite sur la colline,
Est une hymne de pierre à la Mère de Dieu.
Et pourtant ! … Et pourtant ! … Tiens ! je t’en fais l’aveu,
J’ai l’esprit tout en deuil du mal de mes pensées.

La cathédrale Sainte-Marie d’Auch (gravure du 19ème s.)

Il ne voit que pierres entassées et voudrait réaliser Un de ces rêves d’art autour desquels, sans trêve, / Voltige le réel.

Le maître verrier

La Sibylle Tiburtine à la main coupée

L’apprenti fait venir quatre ouvriers d’art et l’architecte va s’entretenir avec chacun. D’abord le maître verrier. L’architecte lui demande d’où il vient :
                                                 De la Lande,
Du ponant du pays gascon, où la mer grande
Jette le sel et l’algue et le sable à pleins flots.
Or, ce sable marin, messire, je l’enclos
Et le chauffe à grand feu dans des creusets de pierre.
J’en fais le bloc étincelant, j’en fais le verre,
Et j’en fais la rosace, et j’en fais le vitrail.

L’architecte satisfait demande au maître verrier d’utiliser les fleurs et les herbes pour réaliser les couleurs des personnages et de donner
Aux Sybilles dressées, aux Saintes à genoux
L’air candide et rieur des femmes de chez nous ;
Et que l’on trouve enfin sur toute ta besogne
Les couleurs et les traits de toute la Gascogne.

L’imagier

Les stalles de la cathédrale Sainte-Marie d'Auch
Les stalles de la cathédrale Sainte-Marie

Puis l’architecte discute avec l’imagier :
Je suis un imagier de Saints et de Madones,
Seigneur. Je taille aussi des images bouffonnes :
Je sais en pierre ou bois pourtraire le Malin
Et le monde d’enfer à toute ruse enclin ;
Tailler Ève, tailler Adam le premier homme,
Encore estomaqués d’avoir mangé la pomme.

Le luthier

C’est ensuite le tour du luthier, un petit musicien gascon :
Pendant que je gardais mon troupeau sur la lande,
J’eus un maître, un de ces bergers en houppelande
Qui s’en viennent de loin, du Pays des Marais,
Sur leur flûte à cinq trous jouant des airs si frais
Qu’on dirait un babil d’oiseaux ou de fontaines.

Parti sur les routes, et apprenant son art au cours de ses voyages, le luthier sait faire plusieurs instruments dont l’orgue que l’architecte ne connait pas.  Le luthier explique :
Mais l’orchestre, c’est lui ! Vous mettrez en séquestre
Les cordes et les bois qui vous ont réjoui,
Fifres, harpes et luths, quand vous l’aurez ouï.
Les fifres sont criards ; les violes sont grêles ;
Les harpes, ça vous a des crincrins de crécelles ;
Sur les rebecs on grince ; et sur le flageolet
Le souffle devient court. — Là, le souffle, un soufflet
Le donne à l’instrument mieux que poitrine humaine ;
Et le son, grave ou doux, la main seule l’amène
Et le combine sur les touches d’un clavier
En arpège, en accords, à le faire envier
De ceux qui jouent des bois ou qui pincent des cordes.
C’est l’instrument royal.

Le fondeur de cloches

En dernier, l’architecte rencontre le fondeur de cloches qui sait créer depuis le gros bourdon à l’humble grelot afin de sonner l’alerte, tinter l’angélus, appeler pour le deuil ou le baptême, faire lever les étoiles ou chasser la peste.

Fais tes cloches, Fondeur. Fais-les d’un métal pur !
Semeuses d’idéal, sonneuses de l’azur,
Et jusque par delà les monts qu’on les entende !

Anne-Pierre Darrées

Références

Voyage dans le midi de la France, Stendhal, 1838
En voyage, tome II, la cathédrale d’Auch, Victor Hugo
Le dit de l’architecte, Fernand Sarran, 1924
La plupart des photos illustrant l’article proviennent de l’article Wikipedia sur la cathédrale Sainte-Marie d’Auch 




Nos ancêtres aussi vénéraient la déesse mère

Dans de nombreuses civilisations, le premier culte est celui de la mère, la mère créatrice, la déesse mère. Les Aquitains, ces peuples de Gascogne d’avant la conquête romaine, ne sont pas en reste, les traces de la déesse sont bien là. Pourtant, les Gascons n’en ont pas transmis grand chose.

Que savons-nous de nos dieux et déesses ?

Nos ancêtres, les Aquitains, ne nous ont laissé que quelques rares figurines ou inscriptions sur des autels votifs. Heureusement, les Romains ont cité les noms des dieux et de déesses qu’ils avaient trouvés dans les provinces conquises. Et les Basques, christianisés plus tardivement, ont conservé quelque mémoire de ce passé.

Les peuples de Gaule en 59 avant JCRappelons-nous. À l’arrivée des Romains, vivaient dans le sud-ouest de la France et un bout du nord de l’Espagne, des peuples dits les Aquitains, bien sûr divisés (une caractéristique que cultivent toujours précieusement certains de leurs descendants, les Gascons).

Heureusement, comme ailleurs, la multiplicité des opinions n’a pas empêché des échanges, des parlers semblables ou des croyances communes.

La déesse mère, l’aïeule divine

La vie vient de la mère et, dès la préhistoire, on célébrait partout la déesse mère, le géniteur étant dans un rôle de partenaire. On la retrouve dans tous les cultes anciens, que ce soit Isis en Egypte, Gaia en Grèce, Anna chez les Celtes, Amaïa [l’Éternité] ou Mari chez les Basques.

La déesse mère Artio
Deae Artioni / Licinia Sabinilla – À la déesse Artio  / de la part de Licinia Sabinilla

L’archéologue Marija Gimbutas (1921 – 1994) précise qu’est vénérée dans toute l’Europe Une Déesse Mère qui s’identifiait avec le réveil périodique de la nature, avec le printemps, avec la nature, avec l’eau. L’ourse est souvent son symbole. On retrouve ce lien entre déesse,mère et ourse chez les Celtes et ainsi chez nos voisins les Gaulois à travers la déesse Artio.

Joseph Campbell (1904 – 1987), grand spécialiste de mythologie, de renchérir Ce qui est certain, c’est qu’un continuum solide s’est établi du lac Baïkal jusqu’aux Pyrénées, d’une mythologie de chasseurs de mammouths où l’image essentielle était la Déesse Nue. Il s’agit d’une déesse des montagnes, des fauves et des bêtes sauvages, une force sauvage, à l’instinct de vie. D’ailleurs, elle représente la vie, la mort, la renaissance. Éternelle, elle connaît le passé, le présent et l’avenir.

Mari, la déesse mère

La grotte de la déesse mère Mari en Biscaye
Cueva de Mari – Duranguesado – Vizcaya

Avant l’arrivée des Romains, les Aquitains vénéraient une déesse mère. Seule, Mari est arrivée jusqu’à nous, parce qu’elle a été conservée dans la mythologie basque. Elle changerait de résidence tous les 7 ans mais toujours dans une caverne en haute montagne. L’une d’entre elles est une grotte d’Anboto. Anbotoko Dama [la Dame d’Amboto] habite la Mariurrika Kobea [la grotte de Mari] nous dirait un Basque.

La déesse mère Mari par Josu Goñi
La déesse Mari par Josu Goñi

Dominant la mer, avec une vue splendide sur la Biscaia [Biscaye], vous pourrez la voir se peigner ses longs cheveux par les matins ensoleillés car la grotte est orientée vers l’est, face au soleil levant. L’accès à la grotte est difficile, escarpé, et si vous y voyez de la brume, n’y allez pas, Mari cuisine !

De toute façon, elle voyage, volant dans les airs comme une comète, en position horizontale et entourée de feu, ou elle se déplace en chevauchant un bélier. Elle visite son homme le vendredi, fertilise la terre par les orages et les pluies qu’elle envoie.

Son nom pourrait venir du basque Amari [le rôle d’être mère].

Le culte préhistorique de la déesse mère en Gascogne

Une représentation de la déesse mère : la Vénus de Lespugue (Haute-Garonne)
La Vénus de Lespugue (Haute-Garonne)

Il nous reste deux exemples célèbres du culte de la mère, la Vénus de Lespugue des gorges de la Save et la Dame de Brassempouy (Dame à la capuche) des Landes. Si vous voulez les voir, il vous faudra aller à Paris ! La première est au Musée de l’homme et la seconde au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.

La Vénus de Lespugue a été découverte dans la grotte des Rideaux (Lespugue, Haute-Garonne). Elle est en ivoire de mamouth. Elle date de -25 000 environ. La préhistorienne et ancienne directrice du musée d’Aurignac, Nathalie Rouquerol, vient de sortir un livre très complet sur cette statuette remarquable, unique. En particulier elle explique comment en manipulant la pièce on peut distinguer, selon l’angle de vue, cinq actes : la naissance, la jeune fille, la femme qui accouche, la femme mûre multipare, l’espérance de la permanence de la lignée humaine. Un vrai condensé de la déesse mère ! Et si vous voulez vous exercer l’oeil, vous pouvez acheter une reproduction à la boutique de musées.

La Dame de Brassempouy (Landes)

Matilda Susbielles nous décrit la Dame de Brassempouy : La Dauna de Brassempoi aperada tanben Dauna deu Capulet qu’ei ua estatueta hèita en evòri de mamot, hauta de 3,65 cm e longa de 2,2cm e que representa  la cara d’ua hemna au peu troçat hens ua mena de capulet. [La Dame de Brassempouy appelée aussi Dame au Capuchon est une statuette en ivoire de mamouth, haute de 3,65 cm et longue de 2,2 cm, elle représente le visage d’une femme aux cheveux enveloppé dans une sorte de capuchon.] Et elle nous signale une chanson, Dauna de Brassempoi, du groupe gersois de Heavy Metal, Boisson Divine. Pour ceux qui veulent lire les paroles.

Salut à la déesse mère

Apuleius (médaille tardive du IVe siècle)

Si nous n’avons pas gardé mémoire de grands cycles mythologiques, ni de cette déesse universelle, heureusement d’autres l’ont fait. Le berbère Afulay [Apulée], au IIe siècle, salue la déesse mère, ici Isis, dans son L’Âne d’or ou les Métamorphoses (XI, 5, 1).

Je suis la Nature, mère de toutes choses, maîtresse des éléments, principe originel des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, la première entre les habitants du ciel, type universel des dieux et des déesses. L’Empyrée et ses voûtes lumineuses, la mer et ses brises salubres, l’enfer et ses silencieux chaos, obéissent à mes lois: puissance unique adorée sous autant d’aspects, de formes, de cultes et de noms qu’il y a de peuples sur la terre.

Références

Mitología vasca, Jose M. de Barandiaran
La Vénus de Lespugue révélée, Nathalie Rouquerol, 2018
Inscriptions antiques des Pyrénées, Julien Sacaze, 1892
De la déesse mère aux vierges noires




Les archéologues révèlent les dieux pyrénéens

Avant la conquête romaine, les Aquitains croyaient en des dieux dont le souvenir nous est parvenu grâce aux inscriptions des autels votifs. Le réemploi des pierres dans la construction d’églises médiévales, notamment celle de Saint-Aventin (31), ont permis de conserver ces inscriptions. Une source d’information irremplaçable pour les archéologues. Que nous apprennent-ils sur les dieux pyrénéens ?

Des recherches archéologiques dans les Pyrénées

Julien Sacaze (1847-1889) à la recherche des dieux pyrénéens
Julien Sacaze (1847-1889)

On a retrouvé la plus grande partie des inscriptions concernant des dieux pyrénéens dans les Pyrénées centrales, en Comminges, en Bigorre et dans le val d’Aran.

On doit leur recherche et leur étude à Julien SACAZE (1847-1889), avocat à Saint-Gaudens. Il est l’auteur de nombreuses fouilles archéologiques dans les Pyrénées en compagnie de son ami Édouard PIETTE, le découvreur de la Dame de Brassempouy.

Edouard Piette (1827-1906) et les dieux pyrénéens
Edouard Piette (1827-1906)

 

Ils fondent ensemble la Société des Études du Comminges en 1884 et la Revue du Comminges en 1885.

En 1922, la société savante du Pays de Luchon donne son nom à l’Académie Julien Sacaze.

Les dieux pyrénéens subsistent après la conquête romaine

Autel votif dédié à Abellion, un des dieux pyrénéens, trouvé à Garin (Haute-Garonne)
Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Garin (Haute-Garonne)

Le culte des dieux pyrénéens s’est poursuivi en parallèle des cultes romains. Les Aquitains ne représentaient pas leurs dieux mais nous connaissons quelques représentations postérieures à la conquête romaine comme un autel dédié à Abellion trouvé à Garin (31). Abellion devait être un dieu important si l’on en juge par le grand nombre de dédicaces trouvées dans le piémont pyrénéen.

L’inscription de l’autel votif de Saint-Aventin est également dédiée à Abellion : ABELLIONNI CISONTEN CISSONBONNIS FIL(IVS) V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO). [A Abellion, Cisonten, fils de Cissonbon, s’est acquitté de son vœu de bonne grâce comme il se doit].

Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Saint Aventin (Haute-Garonne). Un des dieux pyrénéens
Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Saint Aventin (Haute-Garonne)

La plupart des dieux vénérés dans un lieu géographique précis, se rapportaient à la montagne, à une rivière ou à un élément de la nature.

Plus du tiers des dieux pyrénéens n’a fait l’objet que d’une seule découverte. Quelques-uns étaient vénérés dans des sanctuaires dans lesquels on a retrouvé plusieurs autels votifs, à Montserié (65) pour le dieu Ergé, à Saint-Béat (31) pour le dieu Erriape ou à Ardiège (31) pour le dieu Leheren.

D’autres étaient vénérés dans un petit territoire ou une vallée comme la déesse Lahe dans la vallée de la Louge ou le dieu Sexarbor dans la vallée de l’Arbas.

…Et ils sont parfois associés aux dieux romains

Masque du dieu Ergé de Montserié (65), un des dieux pyrénéens
Masque en bronze du dieu Ergé de Montserié (65)

Les plus importants dieux pyrénéens sont associés dans les dédicaces aux dieux romains Minerve, Mars, Jupiter, Hercule et Apollon : Jupiter Beisiris à Cadeac (65), Minerve  à Saint-Lizier (09), Hercule Tol à Saint-Elix-Theux (32), Mars Lavictus à Pouzac (65), de même que Leheren en Comminges, Arixon à Loudenvielle (65) ou Sutugius à Saint-Plancard (31).

De nombreux dieux ont un nom à consonance aquitaine.

Inscription dédiée à Belisama/Minerva en remploi dans un pont (Saint-Lizier, Ariège)
Inscription dédiée à Belisama/Minerva en réemploi dans un pont (Saint-Lizier, Ariège)

On peut citer Ageio dans les Baronnies, Aherbelste à Saint-Aventin, Alardos également vénéré à Auch, Artahe le Dieu Ours, Erda à Crechets, Ilixo à Luchon, Lixo le dieu des sources à Luchon.

N’oublions pas Xuban à Arbas qui a inspiré Jean-Louis Lavit pour son roman Escura, la nueit, paru en 2018 aux Editions Letras d’Oc.

Quelques noms se retrouvent aujourd’hui dans les toponymes. C’est ainsi que Lluro aurait donné Oloron, Garunna aurait donné son nom au fleuve Garonne, Cagiris aurait donné son nom au pic du Cagire.

La plupart des autels votifs sont déposés aux musées des Augustins et Saint-Raymond de Toulouse, au musée de Saint-Bertand de Comminges, au musée de Luchon.

Des dieux pyrénéens qui ont inspiré des contemporains

José-Maria de Heredia (1842 - 1905)
José-Maria de Heredia (1842 – 1905)

Ces découvertes ont ravivé la mémoire locale. Un cinéma de Loudenvielle (65) a pris le nom du dieu Arixo.

Elles ont inspiré le poète José-Maria de Heredia (1842 – 1905) qui en a eu connaissance lors de son séjour à Marignac (31). Il évoque les dieux pyrénéens dans plusieurs poèmes de son recueil Les Trophées, dont Le vœu :

LIXONI
DEO
FAB. FESTA
V. S. L. M.

Jadis l’Ibère noir et le Gall au poil fauve
Et le Garumne brun peint d’ocre et de carmin,
Sur le marbre votif entaillé par leur main,
Ont dit l’eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.

Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
Bâtirent la piscine et le therme romain,
Et Fabia Festa, par ce même chemin,
A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.

Aujourd’hui, comme aux jours d’Iscitt et d’Ilixon,
Les sources m’ont chanté leur divine chanson ;
Le soufre fume encore à l’air pur des moraines.

C’est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux,
Tel qu’autrefois Hunnu, fils d’Ulohox, je veux
Dresser l’autel barbare aux Nymphes Souterraines.

Serge Clos-Versailles

Références