L’ours de la discorde dans les Pyrénées

L’ours est présent dans les Pyrénées depuis près de 250 000 ans. Depuis des siècles, les populations locales entretiennent avec lui des rapports complexes qui se partagent entre respect, amour et haine.

L’ours des Pyrénées

L’ours des Pyrénées est un plantigrade qui peut mesurer de 170 cm à 280 cm pour le mâle et peser de 135 à 390 kg. Il possède un odorat et une ouïe très développés, ce qui le rend difficile d‘approche. Il fuit l’homme et les rencontres sont extrêmement rares.

C’est un très bon nageur et un très bon grimpeur. Il peut courir jusqu’à 50 km/h. Dans son milieu naturel, il peut vivre jusqu’à 40 ans.

C’est un solitaire, sauf durant la période de reproduction. La gestation dure de 6 à 8 semaines et la portée peut aller jusqu’à 3 oursons. Leur mère les allaite et ils restent avec elle environ 6 mois.

L’ours est omnivore. Son régime alimentaire comporte près de 80 % de végétaux divers (fruits, herbes, racines) et de 20 % de viande (petits mammifères, amphibiens, insectes). C’est un opportuniste et il ne dédaigne pas les animaux sauvages et parfois domestiques.

Aire de présence de l'ours dans les Pyrénées en 2018 (40 individus d'après https://www.paysdelours.com/fr)
Aire de présence de l’ours dans les Pyrénées en 2018 – 40 individus recensés (d’après https://www.paysdelours.com/fr)

Une présence ancienne de l’ours

Grotte des Trois Frères (Ariège) - ours criblé de flèches et lapidé
Grotte des Trois Frères (Ariège) – Ours criblé de flèches et lapidé (selon l’Abbé Breuil)

Vers moins 250 000, l’ours est présent dans la quasi-totalité des forêts de l’Europe. Au fil des siècles, sous l’effet de la pression humaine, son aire de répartition se réduit aux massifs montagneux. En France, au XVIIIe siècle, on ne le trouve plus que dans les Pyrénées, le sud du Massif Central, les Alpes et la Franche-Comté.

En 1850, l’ours disparaît de la Franche-Comté. Dans les Alpes, on observe le dernier ours en 1937. Dans les Pyrénées, dans les années 1950, on ne le trouve qu’en deux endroits, Comminges et Béarn qui sera le dernier noyau de présence de l’ours. En 1995, on n’en comptera plus que 5 ou 6.

En 1979, on inscrit l’ours sur la liste des animaux protégés, et depuis 1984, on met en place des mesures de sauvegarde. Un premier lâcher de trois ours slovènes a lieu en 1996, sans aucune difficulté. C’est à partir du lâcher de cinq nouveaux ours en 2006 que des tensions apparaissent. Il y en aurait une quarantaine aujourd’hui.

La place particulière de l’ours dans le patrimoine pyrénéen

L’ours dans les Pyrénées possède une place symbolique. On le vénérait comme divinité dans le panthéon pyrénéen (Artahe, le Dieu ours).

Le conte de Jean de l'ours (JC Pertuzé)
Jean de l’Ours (dessin de J-C Pertuzé)

Il est présent dans de nombreuses légendes comme celle de Jean de l’Ours. Elle commence ainsi : « Il était une fois une pauvre femme qui coupait du bois dans la forêt lorsque l’Ours l’enleva et l’emporta au fond de sa grotte. Après quelques mois, la femme mit au monde un garçon qu’elle nomma Jean… ». Dans les légendes, l’ours avait une sexualité débridée.

La toponymie marque la présence de l’ours : Pic de l’Ossetera, Pic de la Coumeille de l’Ours, Pic de la Tute de l’Ours, bois du Fangassis de l’Ours, Artzamendi (montagne de l’ours en basque), etc. Dans le langage populaire, Que put a l’ors signifie Il sent mauvais, et un orsàs est quelqu’un de bougon et rude.

Dans les carnavals pyrénéens, l’ours émaille les festivités de la Catalogne au Pays Basque.

Le respect dû à l’ours

Les populations pyrénéennes ont toujours eu un profond respect pour l’ours. Elles le voyaient comme un parent éloigné, un homme déchu et sauvage en raison de son apparence physique. Il se dresse sur ses pattes comme un homme. Ses empreintes rappellent celles d’un pied. Il a le même régime alimentaire et il allaite ses petits en position assise. On lui donne le prénom de Gaspard, Dominique ou Martin… Un proverbe basque est tout à fait significatif : Ne tue pas l’ours, c’est ton père.

Pour qu’il ne sache pas que l’on parle de lui, on lui donne des sobriquets : Lo Mèste (Le Maître), Lo Mossur (Le Monsieur), Lo Pèdescauç (Le Va nu-pieds), etc.

Jean-Louis Deschamps, de l’Association des amis d’Aulus et de la vallée du Garbet, raconte qu’il y a encore peu, on faisait la leçon aux enfants au cas où ils rencontreraient l’ours. Approchez-vous de l’animal avec respect et courtoisie car l’ours est le vieux roi des montagnes, très sensible au protocole et aux bonnes manières ; adressez-vous à lui avec politesse, sans hurlements ni simagrées et a fortiori, sans lui jeter des pierres ni s’enfuir en courant, ce qui l’offenserait.

Ne retrouve-t-on pas ces sages conseils dans les dépliants remis aux touristes par les offices du tourisme ?

La chasse à l’ours

Gaston Febus - Le Livre de la Chasse (XIVème s.) et l'ours
Gaston Febus – Le Livre de la Chasse (14è)

Gaston Febus chassait l’ours comme on peut le voir dans Le livre de la chasse. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle qu’on introduisit une prime pour la mort d’un prédateur. Commença alors la « guerre aux ours » jusqu’à l’interdiction de la chasse à l’ours en 1962.

Les rencontres avec les bergers étaient peu nombreuses. Un manuscrit de 1713 relate comment les bergers se préservaient de l’ours « en montant sur le premier arbre qu’ils trouvent, armés d’une dague et d’une petite cognée qu’ils portent toujours pour couper du bois dans la montagne. L’ours, quoique lourd et pesant, grimpe sur l’arbre avec assez de facilité. Mais dès qu’il avance les pattes pour saisir avec les griffes le pâtre, celui-ci les lui coupe à coups de cognée ». Une fois à terre, et sans ses griffes, c’est plus facile pour le tuer.

Mais si le berger n’avait pas le temps de monter dans un arbre, il devait affronter l’ours. L’ours se lève tout droit sur ses pieds de derrière pour prendre au corps le pâtre qui se présente à lui. Ils s’embrassent tous deux, et le pâtre, qui est armé d’une dague, a l’adresse de faire passer le museau de l’ours par-dessus son épaule, sur laquelle il le tient étroitement serré. L’ours, qui est plus fort. le renverse à terre, et s’ils se trouvent sur un penchant, ils roulent ainsi embrassés jusqu’à ce que le pâtre a tué l’ours à coups de dague qu’il lui plonge dans les reins.

Chaque vallée avait ses « chasseurs »

L'intrépide Bergé, tueur d'ours
L’intrépide Bergé, tueur d’ours

Le plus célèbre était Pierre Bergé de Laruns qui tua, dit-on 40 ours, et dont la renommée monta jusqu’à Paris. Ses exploits sont racontés dans le journal L’indépendant du 2 septembre 1858, dans Le Petit Journal de 1863 et fit même l’objet d’une édition Le Tueur d’ours, histoire de Bergé l’intrépide, par Ed. Sicabaig.

Les orsalhèrs ou montreurs d’ours

Montreur d'ours à Luchon en sept. 1900 (E. Trutat)
Montreur d’ours à Luchon en sept. 1900 (Photo E. Trutat)

Le métier de montreurs d’ours était pratiqué depuis le Moyen-âge. A partir de la fin du XVIIIe siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, on vit des centaines d’orsalhèrs d’Ercé, Oust et Ustou en Ariège parcourir le monde pour montrer des ours.

Les orsalhèrs récupéraient les jeunes ours et n’hésitaient pas à tuer la mère pour s’en emparer. Ils les élevaient au biberon et leur apprenaient quelques tours pour divertir le public. L’ourson perdait son caractère sauvage, était ferré et on lui mettait un anneau autour du museau pour le tenir avec une chaîne.

Des familles d’orsalhèrs jusqu’aux Etats-Unis

Montreur d'ours pyrénéen en Angleterre
Montreur d’ours pyrénéen en Angleterre

Les habitants d’Ercé sont surnommés les Américains car ils furent nombreux à s’établir aux États-Unis. Après la première guerre mondiale, de nombreuses femmes émigrèrent dans la région de New-York Elles allèrent rejoindre les orsalhèrs et occupèrent de emplois dans l’hôtellerie et la restauration. Une nouvelle vague d’émigration se produisit après la seconde guerre mondiale pour rejoindre des parents déjà installés. Aujourd’hui encore, cinq restaurants new-yorkais sont tenus par des descendants des montreurs d’ours d’Ercé. Dans Central Park, il y a un rocher baptisé « Le Roc d’Ercé ».

En 1906, une foule de 300 personnes, le curé et trois ours empêchèrent l’inventaire des biens de l’église de Cominac, hameau d’Ercé ! Le percepteur d’Oust venu faire l’inventaire n’insista pas ….

Deux films racontent la vie des orsalhèrs ou montreurs d’ours: La vallée des montreurs d’ours de Francis Fourcou et L’orsalhèr, film en gascon de Jean Fléchet.

Le programme de restauration dans les Pyrénées

L’ours est protégé depuis 1982. En 1990, l’Etat prend des mesures strictes qui occasionnent, notamment en Béarn, de fortes protestations. Certains disent que des fonctionnaires du Ministère de l’Agriculture agissent en sous-main pour combattre l’influence grandissante du Ministère de l’Ecologie et lancer de grands projets d’aménagement …

Le camembert de l'Oust : ours et la publicité
L’ours et la publicité

En 1996, un premier lâcher de 3 ours à Melles en Haute-Garonne n’a pas suscité de protestations. Ce n’est qu’en 2006 avec le lâcher très médiatisé de 5 nouveaux ours que des tensions sont apparues. Les lâchers suivants ont été plus discrets.

Les uns considèrent que la réintroduction de l’ours est inutile, coûteux et dangereux pour l’avenir de l’activité agricole en montagne. Les autres estiment que c’est une chance pour l’activité économique montagnarde.

L’État consacre chaque année près de 2 Milliards d’euros au programme ours. 60 % concernent le pastoralisme. L’Etat finance une centaine d’emplois de bergers. Le Patou des Pyrénées fait son retour comme élément du patrimoine. Des groupements d’éleveurs créent des labels autour du retour de l’ours. Par exemple, le fromage Pé descaus en Béarn ou la « Viande du Pays de l’Ours » en Haute-Garonne. Ils contribuent à améliorer les revenus des agriculteurs.

L’ours cristallise les difficultés de l’agropastoralisme

Les bergers se mobilisent contre la réintroduction de l'ours
Les bergers se mobilisent contre la réintroduction de l’ours

L’agriculture montagnarde est dans une situation difficile. Les prix de vente n’ont pas évolué depuis 1980. le nombre d’actifs diminue dans les exploitations. Et la moyenne d’âge des actifs agricoles augmente.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, la production ovine se tourne davantage vers le lait pour la fabrication de fromages. La présence des bergers est encore forte. Dans d’autres secteurs, la production est devenue extensive et consacrée à la production d’agneaux pour la viande. On y a abandonné progressivement le gardiennage. À cela s’ajoutent les mesures de la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) qui paraissent peu cohérentes.

C’est dans ce contexte que le programme de réintroduction de l’ours cristallise les mécontentements. L’ours est le révélateur d’une crise profonde de l’agropastoralisme.

Le compagnon de toujours

Teddy Bear, l'ours en PelucheC’est toujours à l’ours que l’on confie ses secrets. Le Nounours est né en 1903 près de Stuttgart en Allemagne.

Les américains l’appellent Teddy Bear en souvenir d’une partie de chasse de Théodore Roosevelt, alors président des Etats-Unis. Il refusa de tirer sur un ours attaché par les organisateurs de la chasse. Rose et Morris Mictchom immortalisèrent cet épisode en créant un ours en peluche baptisé Teddy.

Serge Clos-Versaille

Références

L’ours et les brebis, Lamazou (E.), 1988, Paris, Payot, 203 p.
Histoire de l’ours dans les Pyrénées, de la préhistoire à la réintroduction, Marliave de (O.), 2000, Bordeaux, Sud-Ouest, 254 p.
Le tueur d’ours, histoire de l’intrépide chasseur (Gallica-BNF)
Réseau suivi de l’ours de l’ONCFS




L’épizootie de 1774 à 1776 en Gascogne

L’épizootie de 1774 – 1776 en Gascogne ? Qu’es aquò? Terrible épidémie qui toucha les animaux à cornes, la peste bovine comme on disait à l’époque, commença en mai 1774, aux environs de Bayonne. Très vite, la maladie se propagea de paroisse en paroisse .

Elle suivait la route des foires et des marchés et elle toucha toute la Gascogne en quelques mois. Elle atteignit Bordeaux le 22 septembre et les environs de Toulouse le 15 octobre. Presque tous les bestiaux à corne périrent. On estime à plus de 150 000 le nombre de bêtes mortes de l’épizootie.

La marche inexorable de l’épizootie de 1774-1776

Arrêt du Conseil d'État du roi qui est indiqué les pros les précautions à prendre contre la maladie épidémique sur les bestiaux du 19 juillet 1746
Arrêt du Conseil d’État du Roi du 19 juillet 1746 qui indique les précautions à prendre contre la maladie épidémique sur les bestiaux

L’épizootie prit tout le monde de court car on ne l’attendait pas en Gascogne. Les épidémies de mortalité du bétail touchèrent d’abord le nord du royaume.  Et on mit en place progressivement une législation pour combattre ces épizooties. Les mesures de lutte reposaient sur le principe d’une déclaration des bêtes malades, l’abattage des bêtes attaquées. Elles empêchaient  toute communication entre les bestiaux et imposaient la désinfection des étables.

Après des hésitations jusqu’à la fin juin, Nicolas d’Aine, intendant de Bayonne, publia l’arrêt du Conseil du 31 janvier 1771. Charles d’Esmengart, intendant de Bordeaux le publia le 25 juillet et Étienne-Louis Journet, intendant d’Auch le publia seulement en août. Les hésitations du début et le manque de coordination entre les intendants favorisèrent la progression de l’épizootie

 

Felix Vicq d’Azyr (

La population n’accepta pas les mesures de restriction des communications et l’interdiction des foires et des marchés. Une intense contrebande s’organisa. Les paysans cherchaient à vendre leurs bêtes malades et à s’en procurer de nouvelles pour cultiver leurs terres. Ce qui favorisa la propagation de la maladie. De plus, l’ignorance des paysans laissa libre cours aux charlatans et à leurs remèdes. Félix Vic d’Azyr, envoyé pour combattre l’épizootie disait. « Il faut punir de la prison, jusqu’à l’extinction du fléau, les charlatans, les empiriques, les sorciers et les devins qui cherchent leur fortune dans la misère publique ».

Le témoignage de l’abbé Cazaubon

Remèdes éprouvés à Metz (1743)
Remèdes éprouvés à Metz (1743)

Lavedan Cazaubon, curé de Plaisance du Gers, fit un rapport sur l’épizootie dans le registre des sépultures de sa paroisse pour l’année 1775. Il résume parfaitement le déroulement des événements.

« Dans cette année 1775, il y a eu une maladie dans les bœufs, vaches et veaux, qui a ravagé presque toute la France dans cette espèce ». On a éprouvé tous les remèdes imaginables pour remédier à cette maladie qu’on a nommé épizootie, et tous sont devenus inutiles. Il y a eu pourtant quel tête de bétail qui en est guérie, a force de remèdes, mais pû.

Les simptomes de cette maladie étaient que les bestes ou bœufs ou vaches, avait les oreilles fort abatues, le nazau fort sec et les betes ne mangaient point. La maladie était fort communiquative. De façon que si une bete a corne ou autrement dit, bœufs, vaches approchent de betes saines, toutes périssaient les unes après les autres.

Si les personnes qui soignent les betes malades, entraient dans une écurie de betes saines, la maladie y était de suite et la mort s’ensuivait dans les 7 ou 8 jours. Les personnes qui approchent encore des betes malades avec des habits de laine et qui ensuite allaient toucher ou visiter des bestiaux sains, leur portaient la maladie. »

Le Roi intervient

La maréchaussée vient contrôler l'extension de l'épizootie
La maréchaussée en 1769

« Voyant des maux si grands, le roy de france envoya des troupes dans tout son royaume pour empêcher la communication des bestiaux de paroisse a autre. En sorte que les soldats et officiers étaient dispersés par détachement dans les villes et villages.

Ces soldats procurèrent plus de mal, pendant un temps, parce que, comme ils allaient faire assommer les betes malades et les enterrer avec leur cuir, dans les foces de 12 pieds de profondeur, les soldats étaient revetus avec leurs habits de laine, allaient visiter des écuries seines, pour voir s’il y avait des betes malades, alors ils étendaient la maladie davantage. Il fallut ensuite leur faire faire des sarrots de toile et aux païssans aussi. De façon meme qu’on faisait garde continuellement pour qu’il nentrat pas des personnes d’une paroisse infectée dans une qui ne l’était pas de l’épizootie.

Le seul remède efficace qu’on a trouvé pour mettre fin a cette maladie a été de faire assommer tous les animaux qui étaient dans une écurie, dabort qu’il y en avait seulement une de malade et cet par ce moyen qu’on y a mis fin.

La maladie a duré depuis l’année 1774 jusques environ le mois de juillet 1776. Et dans le mois de septembre de cette dernière année, les troupes nous ont quittés.

Nous n’avons eü dans notre paroisse que 4 ou 6 bœufs qui y ont péri par l’imprudence d’un homme qui entra dans une écurie et y toucha quelque bœuf, venant d’en toucher hors ville des malades. »

Progression de la peste bovine dans le Sud-ouest en 1774.
Progression de la peste bovine dans le Sud-ouest en 1774.

Les effets de l’épizootie sur la vie des communautés

Billet de la Garde d'Auch pour contrôler les accès de l'épizootie
Billet de la Garde d’Auch (1775) – AD du Gers – photo SCV

Les communautés durent mettre en place des gardes bourgeoises pour tenir des postes sur les routes et chemins principaux afin de contrôler toute entrée et sortie de troupeaux ou d’attelages. On évitait ainsi toute communication de l’épizootie entre les bestiaux. Ces gardes, indemnisées, pesaient sur le budget des communautés qui devaient emprunter. A Vic Bigorre, on dût emprunter 600 Livres en avril 1775 pour indemniser les gardes pour une période de six mois.

Certificat du curé d’Aspin Aure pour deux vaches saines – ADHP E dépôt 11 – Photo SCV

Les bouchers ne trouvaient plus de bœufs ou de vaches à acheter tant l’espèce était devenue rare. Même les moutons vinrent à manquer, ce qui entraîna une cherté du prix de la viande. Aussi, dans la plupart des communautés de Gascogne, les bouchers demandèrent une hausse du prix de vente de la viande de 2 sous la livre. On leur accorda. Dans certaines communautés, comme à l’Isle Jourdain, les gens craignaient de s’empoisonner en mangeant du bœuf. Il fallut débiter les bêtes en public. On les exposait pour montrer qu’il n’y avait aucun danger.

L’interdiction de communication entre les bestiaux empêchait le commerce du vin et du bois pour l’hiver. Les droits de pontonnage (taxe pour le passage sur un pont), d’octroi et de souquet (taxe sur les tavernes) diminuaient fortement. Si bien que les fermiers de ces droits demandèrent des indemnités aux communautés.

Nombreuses seront les communautés qui demanderont des secours financiers, parfois accordés sous forme de diminution des impositions.

Des paysans démunis face à la peste bovine

Les paysans qui avaient des terres à l’extérieur de leur paroisse ne pouvaient plus les cultiver. Des récoltes tardives furent perdues avec le grain nécessaire aux semailles de l’année suivante.

Les paysans n’ayant plus de bœufs ni de vaches, s’attelaient à plusieurs pour tirer la charrue. Les labours étaient peu profonds et les récoltes mauvaises. En janvier 1775, le roi offrit une prime pour chaque cheval ou mulet vendu dans les provinces touchées pour remplacer le bétail décimé.

L’interdiction de la vente des cuirs des bêtes mortes privait les paysans d’un revenu complémentaire. La nécessité de trouver des bêtes en remplacement entraina de nombreuses contraventions. On connaît des actes de brigandage en Béarn qui consistaient à enlever des chevaux et autres animaux pour les revendre. Les bêtes en contravention étaient saisies et vendues, les propriétaires soumis à l’amende et parfois emprisonnés. Dans de nombreux cas, les paysans ne déclaraient pas les bêtes mortes. Dans l’espoir de ne pas voir tout le troupeau assommé et de pouvoir vendre le cuir et la viande.

Ds troupeaux se réfugièrent dans la vallée de Larboust pour échapper à l'épizootie
La vallée de Larboust (31)

Pourtant, lorsqu’on les appliqua strictement, les mesures de lutte permirent à plusieurs communautés de ne pas être attaquées par l’épizootie. La vallée du Larboust sauva ses bestiaux en les séquestrant dans un pacage près du lac de Seculego. Dans les Landes, le confinement du bétail dans les landes ou les dunes les protégea de l’épozootie.

Serge Clos-Versaille

À suivre au prochain numéro : L’épizootie bovine est vaincue.

Références :

L’image d’entête est tirée d’un article de Wikipedia sur la peste bovine , une gravure de 1745 qui évoque un épisode de peste bovine aux Pays-Bas.




Alexis Peyret, bâtisseur d’un nouveau monde

Alexis Peyret, un Béarnais exilé pour ses idées républicaines en Argentine, deviendra une figure majeure de la construction de ce nouveau pays. Il gardera contact avec son Béarn natal et avec sa langue jusqu’à écrire en gascon. Dans la série Les Gascons de renom avec Joseph du Chesne, Jean Laborde, André Daguin, Ignace-Gaston Pardies et Marcel Amont.

Alexis Peyret, un jeune républicain

Alexis Peyret porteur des idées républicaines - E. Delacroix - La Liberté guidant le peuple (1848)
E. Delacroix – La Liberté guidant le peuple (1848)

Alexis Peyret nait à Serres-Castet le 11 décembre 1826 dans une famille aisée.  Son père, Alexis Augustin Peyret, est un officier décoré de la Légion d’honneur et sa mère, Cécile Angélique Vignancour, est de la famille d’avocats palois bien connus.

Après avoir obtenu son bac à 18 ans, il étudie le droit au Collège de France à Paris où il suit les cours du philosophe Edgar Quinet et de l’historien Jules Michelet. Là, il embrasse les idées républicaines et écrit divers articles engagés durant la Révolution de 1848. De retour à Pau, il adhère au mouvement d’opposition républicaine, démocratique, laïque et socialiste du Béarn. Il restera toute sa vie un défenseur de ces idées.

De Pau à Concepción del Uruguay

Alexis Peyret

Candidat à la députation des Basses-Pyrénées en 1852, il doit s’exiler à l’arrivée de l’empereur Napoléon III. Dès son arrivée dans le nouveau monde, Alexis Peyret enseigne comme professeur de français et géographie au Colegio del Uruguay (Concepción del Uruguay, province d’ Entre Ríos), premier établissement laïque et gratuit du pays. Il écrit et écrira toute sa vie dans plusieurs magazines, El Comercio del Plata, El Uruguay, El Nacional

Alexis Peyret, Directeur de la Colonia San José

Contrat de colonisation entre le Gal de Urquiza et la famille Bastian (en français et espagnol) - Alexis Peyret directeur de la colonia San José
Contrat de colonisation entre le Gal de Urquiza et la famille Bastian (en français & espagnol)

Le 11 juillet 1857, Peyret devient le premier directeur de la Colonia San José que le Général de Urquiza vient de la créer sur les rives du fleuve Uruguay pour accueillir des migrants français et suisses francophones. Il met par écrit un texte fondamental, Emigration et Colonisation. La Colonie San José. Ce nouveau dirigeant favorise une immigration de bras utiles, d’artisans car il rêve d’une république de petits agriculteurs propriétaires. Il réussira à donner à sa colonie une place particulière, quasiment de république indépendante dans la province d’Entre-Ríos.

Alexis Peyret développe la colonie et essaie d’éviter de reproduire les défauts de l’Europe: illégalité, usure, exploitation de l’homme par l’homme (discours à la Colonie San José, 1878). Il crée Fraternidad, un pensionnat coopératif pour les plus pauvres qu’il annexe au collège, aide à l’enrichissement de la bibliothèque du collège, crée la bibliothèque populaire El porvenir, une coopérative agricole, la Sociedad de Socorros Mutuos, etc. Ses actions sociales et économiques sont très nombreuses.

Alexis Peyret, un passeur d’idées

P-J Proudhon (1864) inspirateur de la pensée politique de Alexis Peyret
P-J Proudhon (1864)

Pourtant, ce qui caractérise Alexis Peyret, c’est peut-être sa capacité à passer les idées. Il traduit en castillan Pierre-Joseph Proudhon, le précurseur de l’anarchisme, écrit une série d’ouvrages à partir de sa bibliothèque très fournie : La propiedad territorial –  investigaciones sobre su origen y fundamento (1884), Historia contemporánea (1885), El pensador americano (1886), Historia de las religiones (1886) et Los orígenes del cristianismo (1886).

Il fréquente toute l’élite intellectuelle, a de nombreux réseaux, dont les francs-maçons, qui vont diffuser les idées de l’exilé républicain.

Alexis Peyret - Projet de constitution pour la république française.En 1871, il adresse au nouveau président français, Adolphe Thiers un projet de constitution pour la république française. Dans la préface au président, il annonce que ce projet s’inspire de ce qui se pratique depuis 80 ans en Amérique : le self government. Il y fait l’éloge du gouvernement fédéro-national qu’il déclare inaccessible pour l’instant à la France.

Et il exhorte à abandonner le centralisme français au profit d’une forte décentralisation provinciale. Un texte qui mérite attention !

Alexis Peyret le pragmatique veut construire une civilisation nouvelle

Alexis Peyret
Alexis Peyret

Il ne faudrait pas penser qu’ Alexis Peyret est un utopiste. C’est un pragmatique. Par exemple, il développe une vraie connaissance des techniques agricoles qui le fera nommer représentant de l’Argentine à l’Exposition Universelle de Paris en 1889. Pendant les deux ans qu’il restera en France, Peyret va travailler à favoriser l’émigration des Français vers l’Argentine et à rédiger un rapport très documenté sur les machines agricoles. Ce sera une vraie mine de développement économique pour ce pays.

Malgré les appels de ces anciens amis français, Peyret ne reviendra pas en France. Peyret a envie de construire du neuf. La France lui paraît vieillissante, assoupie, avec ses avocats en toge rococo, ces députés qui parlent et n’écoutent ni ne construisent. D’ailleurs, il écrit sur Charivari: L’Europe en décadence. L’Amérique se lève et lui impose sa loi. Et il précise, le 11 janvier 1890 dans ses Notes de voyage: La France et l’Amérique. L’ancien monde et le nouveau. Il est plus facile de faire du neuf que de réformer l’ancien.

Alexis Peyret le Béarnais

Alexis Peyret - Countes biarnesAlexis Peyret a vécu son enfance dans une famille très bourgeoise et il y a utilisé le béarnais. Il s’est essayé jeune à la poésie qu’il aimait dans sa langue. Il fréquentait Auguste Hatoulet, bibliothécaire de la ville de Pau, et surtout expert de langue romane. C’est lui qui l’exhorta à écrire et publier ses poèmes. Dans la préface de ses Countes biarnes, notre poète livre sans détour son amour de la langue régionale :

Il est fâcheux, au point de vue philologique, littéraire, esthétique, que la victoire de Nord sur le Midi ait entraîné la disparition violente de la langue d’oc. La défaite des Albigeois fut une calamité pour la littérature. La langue française est peu poétique; elle était encore barbare au XIIIe siècle, lorsque la langue d’oc était en pleine floraison. Nos troubadours méridionaux furent les maîtres des grands poètes italiens Dante et Pétrarque. 

Vastin Lespy, le correcteur 
Vastin Lespy, le correcteur

Nul doute que, s’il lui eût été donné de vivre, leur langue n’eût produit une littérature aussi riche, aussi belle que celle que les siècles suivants ont vue s’épanouir au delà des monts, au lieu qu’il nous a fallu attendre des centaines d’années que nos conquérants eussent mis quelque ordre dans leur syntaxe et débrouillé le chaos de leur idiome sourd et monotone pour avoir le droit de chanter dans une langue appauvrie, peu nombreuse, rebelle au lyrisme, et d’une mélodie contestable.

Countes biarnes

Xavier Navarrot, l'inspirateur
Xavier Navarrot, l’inspirateur

À la mort de son ami écrivain béarnais, Xavier Navarrot (1799 – 1862), Alexis Peyret écrit deux longs poèmes dont un qui marque la nostalgie du pays, Soubenis de case / Sovenirs de casa / Souvenirs du pays. On les retrouve dans son recueil de poésies Countes biarnes, dont Vastin Lespy fit la correction pour la deuxième édition. Cela signifie qu’il n’a pas conservé l’orthographe que j’avais cru devoir adopter dans la première édition, et qu’il a supprimé tous les gallicismes qu’il a pu faire disparaître sans altérer la versification, précise l’auteur.

Dernière strophe de Soubenis de case :

Oun ey l’arriu oun se perd la memori?
Puixs tout aco n’ey pas que soûneya?
Sounyes d’amou, de bounhur e de glori,
Sounyes dauratz, que cau tout desbroumba.
You per aci tout soulet que demouri,
E bous autz qu’ètz à l’aut part de la ma :
Tout qu’ey fenit, e per arrè que plouri :
Lou temps passat nou pot pas m’ey tourna.
On ei l’arriu on se perd la memòri?
Puish tot aquò n’ei pas que saunejar?
Songe d’amor, de bonur e de glòri,
Songes daurats, que cau tot desbrombar.
Jo per ací tot solet que demori,
E vos auts qu’ètz a l’aut part de la mar :
Tot qu’ei fenit, e per arren que plori :
Lo temps passat non pòt pas mei tornar.

Où est le cours où se perd la mémoire ? / Mais tout cela n’est-il pas rêverie ? / Songes d’amour, de bonheur et de gloire, / Songes dorés, il faut tout oublier. / Moi par ici tout seulet je demeure, / Et vous autres au-delà de la mer : / Tout est fini, c’est pour rien que je pleure : / Le temps passé ne peut recommencer.

Navarrrot, l’inspirateur

C’était déjà à Navarrot qu’ Alexis Peyret avait dédié son premier poème tiré d’un conte régional, La casse deu rey Artus / La caça deu rey Artus / La chasse du roi Artus.

Lou Rey Artus qu’ey partit ta la casse,
Mes lou Curè que l’ha dit: Praube Rey!
Que podz cassa dab toutz lous caas de rasse,
Pendent mile ans, sens prene arré jamey.
Que t’es trufat de you, de la paroèsse,
Quoand èri prèst à dise Libera,
E qu’es sourtit à galops de la messe,
En entenént lou tou Flambèu layra.
Lo Rei Artus qu’èi partit tà la caça,
Mes lo Curè que l’a dit: Praube Rei!
Que pòts caçar dab tots los cans de raça,
Pendent mile ans, sens préner arren jamei.
Que t’es trufat de jo, de la paroèssa,
Quan èri prest a díser
Libera,
E qu’es sortit a galòps de la messa,
En entenent lo ton Flambèu lairar.

Le roi Artus est parti à la chasse, / Mais le Curé lui a dit: Pauvre roi ! / Tu peux chasser avec des chiens de race, / Pendant mille ans sans prendre nulle proie. / Tu t’es moqué de moi dans la paroisse, / Quand j’allais réciter le Libera, / Et tu es sorti pressé de la messe, / En entendant ton Flambeau aboyer.

La légende du roi Artus

D’après la légende, le roi Artus avait mille six cents chiens. Un jour, étant à la messe, il les entendit courir et partit immédiatement chasser. Dieu l’a puni en le condamnant à poursuivre une proie qu’il ne peut jamais atteindre. Dans ses notes, Peyret cite un couplet d’un vieux chant populaire du bas Armagnac :

De cent en cent ans
Que gahe ue mousque;
La partatye aus cans,
E autant j’a de cans
Qu’au cèu j’a lugrans.
De cent en cent ans
Que gaha ua mosca;
La partatja aus cans,
E autant i a de cans
Qu’au cèu i a lugrans.

De cent en cent ans / Il prend une mouche ; / La partage aux chiens, / Autant y a de chiens / Qu’au ciel y a d’étoiles.

Alexis devient Alejo Peyret

Médaille Alejo Peyret du Colegio de Urugauay a Concepción del Uruguay
Médaille Alejo Peyret du Colegio de Uruguay a Concepción del Uruguay

Non seulement, Peyret ne rentrera pas en France, mais, en 1895, il prend la nationalité argentine. Il a gardé des liens avec ses amis béarnais mais il s’est clairement éloigné de la France. Alejo Peyret. Il décède à Buenos Aires le 27 août 1902.

Références

Alexis / Alejo Peyret, María Marta Quinodoz, 2017 chercheuse au cercle généalogique de Entre-Rios en Argentine
Alexis-Alejo Peyret le passeur : émigration d’élites et transferts culturels, Laurent Dornel
San José (Entre Ríos), article wikipedia.es sur la Colonia San José et sa création (en espagnol)
Projet de constitution pour la République Française, Alexis Peyret, 1871, 53 p.
Countes biarnés, Alexis Peyret, deuxième édition, 1890




Marcel Amont et la redécouverte du Béarn

Marcel Amont, un des derniers grands du music-hall, part à Paris faire carrière. L’âge avançant, il réalise son ancrage profond en Béarn et en témoigne. Dans la série Les Gascons de renom avec Joseph du Chesne, Jean Laborde, André Daguin et Ignace-Gaston Pardies.

Situons Marcel Amont

Escamillo, le premier succès de Marcel Amont
Escamillo, le premier succès de Marcel Amont

Marcel Miramon, surnommé Marcel Amont, est né le 1er avril 1929 à Bordeaux, d’une famille originaire d’Etsaut, en vallée d’Aspe. En 1950, il monte à Paris pour chanter dans des cabarets. Son père, confie l’artiste dans son dernier spectacle, n’approuvait pas son choix. Et avec son accent béarnais il lui dit : Et alors tu n’aurras pas de retraite et tu veux être payé pour chanter des connerries ?

Accueilli et aidé par Charles Aznavour qui restera son ami, il attend 1956 pour chanter en première partie des concerts d’Édith Piaf. Révélation de l’année, il enregistre son premier disque en public, Escamillo. Il obtient avec ce disque le prix de l’Académie Charles-Cros. Disques, tournées, émissions de télévision qu’il anime même, le chanteur est infatigable et ses tubes se succèdent.

Pas de retraite pour Marcel Amont

Marcel Amont à Borce
Marcel Amont à Borce

Marcel Amont revient régulièrement dans les montagnes de sa famille, à Borce. Il y a aménagé une ancienne grange, dans l’enceinte du parc national des Pyrénées. Mais, comme l’avait prédit son père, il ne prend pas de retraite, comme en témoigne sa discographie impressionnante. Il sort d’ailleurs un nouvel album, Par-dessus l’épaule, en octobre 2018. Il approche les 70 ans de carrière !

Si j’avais suivi la route qui m’était destinée, j’aurais été instituteur, mais j’ai choisi une carrière aventureuse et je ne sais rien faire d’autre, alors je continue. Je ne suis pas en pleine forme, mais tant que je peux tenir et que le public ne me rejette pas, je ne vois pas ce que je pourrais faire qui me passionne autant. Sinon quoi, m’asseoir sur un fauteuil en attendant que la mort vienne me prendre ? confie-t-il à La Dépêche du 7 octobre 2018.

Le temps de la réflexion sur la langue

La Hesta
Marcel Amont – La Hesta (1981)

À la mort soudaine de sa mère en 1976, Marcel Amont veut approfondir la langue gasconne. Il se met à parler béarnais avec son père, s’abonne aux revues Per Noste et Reclams. Il découvre alors, aux abords de la cinquantaine, que ce patois béarnais qu’il parle couramment, n’est pas qu’un patois. C’est une langue poétique, riche. Et c’est la langue de ses ancêtres.

Alors le chanteur compose des musiques sur des poèmes de ses contemporains ou qu’il écrit lui-même. Il publie des disques (avec des livrets bilingues) comme Que canta en biarnés (1979), Que conta en biarnés (1981), La Hèsta (1981). Il redécouvre les auteurs classiques de la littérature gasconne avec Marcèu Amont canta los poètas gascons (1987).

Une anecdote. Pour rappeler ses racines au Toulousain Claude Nougaro qui lui, écrit des chansons en français, Amont lui offre une surprise dans une émission de télévision dont il est l’animateur (extrait de la bande son – 3mn).

Marcel Amont chante en béarnais

Marcel Amont chante en béarnais
Marcèu Amont que canta en biarnés

Son premier album béarnais est plutôt sur des créations (deux extraits à écouter)

Per aquera carretera – Par cette Ruelle


Paroles : Marcel Amont
Musique : Marcel Amont / S.Doudy

No’t hiquis pas aiga en vin – Ne mets pas d’eau dans ton vin.


Paroles béarnaises : Gilabèrt Narioo
Musique : Hubbard

 

Marcèu Amont canta los poètas gascons (1987)

Roger Lapassade
Roger Lapassade (Flors desbrombadas)

Dans l’album de 1987, Marcel Amont crée des musiques nouvelles appuyées sur des poèmes de grands auteurs, comme :

Quan lo primtemps, de Jacob de Gassion
Auloron, de Xavier Navarròt
Esten ta parpana, de Filadelfa de Gèrda
Content de viver, de Simin Palay
Flors desbrombadas, de Roger Lapassada
etc.

Flors desbrombadas

Quan lo primtemps en rauba pingorlada
A hèit passar l’escosor deus grans hreds,
Lo cabiròu per bonds e garimbets,
Sauteriqueja au mietan de la prada.
Au bèth esguit de l’auba ensafranada
Prenent la fresca au long deus arrivets,
Miralhà’s va dens l’aiga argentada,
Puish suu tucòu hè cent arricoquets…
Deus cans corrents cranh chic la clapiteja ;
E se tien sauv … Mes, entant qui holeja,
L’arquebusèr lo da lo còp mortau !
Atau viví sens tristessa ni mieja,
Quan un bèth uelh m’anà har per enveja,
Au miei deu còr, bèra plaga lejau.

Fleurs oubliées

Quand le printemps en robe bariolée
A fait passer la brûlure du froid
Le chevreuil, à mille bonds et gambades,
Saute et joue au milieu de la prairie.
A la pointe de l’aube safranée,
Prenant le frais le long des ruisselets,
Va en se mirant dans l’onde argentée,
Puis sur le tertre fait cent cabrioles…
Des chiens qui courent il ne craint leurs abois
Et se tient sauf : mais pendant qu’il folâtre,
L’arquebusier lui donne un coup mortel.
Ainsi je vécus sans moindre tristesse,
Quand un bel œil me fit par jalousie
Au milieu du cœur une juste plaie.

Au-delà des chansons, Marcel Amont défend le Gascon

Marcel Amont Comment peut-on être gascon !
Marcel Amont Comment peut-on être gascon !

Depuis 1989, Marcel Amont publie quelques livres. Deux concernent son pays : Comment peut-on être gascon ! (2001) et Les plus belles chansons de Gascogne (2006).

Dans le premier, le chanteur livre tout son travail documenté sur l’histoire de la Gascogne, ses goûts littéraires. Il dit toute son admiration pour l’immense poète béarnais, Jean-Baptiste Bégarie, et il expose une réflexion modérée, intelligente, argumentée sur les langues régionales. On découvre les grandes connaissances de Marcel Amont des langues régionales ou minoritaires de France et du Monde, ainsi que sa compréhension de l’ancrage culturel.  L’intérêt pour les langues régionales ou minoritaires n’est pas un facteur de repli identitaire, comme l’écrit le « Comité République et diversité ». il est porteur d’ouverture et de tolérance, face à une vision uniformiste, écrit-il. Un livre de référence pour un Gascon !

Le deuxième livre, est une véritable anthologie. On y trouve le texte, la partition et l’histoire d’une centaine de chansons, choisies et travaillées avec soin avec le musicologue béarnais Jean-Jacques Casteret et l’Institut occitan d’Aquitaine (Billère). Ils remettent en perspective ces chants d’expression des émotions ou des rébellions qui ont traversé les siècles. Le tout est illustré de tableaux anciens.

Le monde sera jugé par ses enfants (Bernanos)

Le chanteur aura souffert de ses choix du béarnais, qui lui sont refusés par des éditeurs (ça n’intéresse personne) ou qui occasionneront sa « quarantaine » de la télévision.

Et Marcel Amont s’interroge sur l’héritage que sa génération laissera du gascon aux générations futures. Dans cette réflexion, il refuse d’entrer dans les batailles stériles sur les soi-disant orthodoxie du béarnais ou hérésie de l’occitan. Il déclare avoir trop souffert lui-même du rejet de sectaires pour s’y lancer à son tour. Et il ajoute même : Je pense qu’avec de la volonté, tout peut parfaitement cohabiter. On a chacun nos particularités, nos conventions, notre prononciation mais nous désignons les mêmes choses.

Et de conclure avec humilité et espoir : Avec beaucoup d’autres, chacun à notre façon, nous aurons essayé de « faire quelque chose » pour ce vieux pays, sa culture, sa langue. Quoi ? ce qu’on a pu. Tant bien que mal.

Références

Comment peut-on être Gascon !, Marcel Amont, 2001
Les plus belles chansons de Gascogne, Marcel Amont, 2006
Marcel Amont de Borce et d’Aspe, La république des Pyrénées, 24 juillet 2010




Soyez bon pour les vieux livres

Vieux livres - Portrait de l'Abbé J-B Laborde-Escola Gaston Febus
Portrait de l’Abbé J-B Laborde-Escola Gaston Febus

La nécessaire conservation des vieux livres

Les vieux livres nous racontent des histoires du passé. Soyez bons pour eux. C’est la conclusion d’une conférence prononcée par l’Abbé Jean-Baptiste Laborde au Grand Séminaire de Bayonne, le 21 février 1921. Une invitation qu’entendent tous les amoureux des livres. Et en particulier ceux qui souhaitent préserver et partager les « vieux livres » de la Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus !

Une page est consacrée à Jean-Baptiste Laborde (1878-1963), prêtre, historien et écrivain béarnais.

Extrait de la conférence   « A propos du Catéchisme à l’usage du Diocèse d’Oléron »

« J’ai fini, Messieurs. Pour observer les règles, il faut une conclusion et je vais conclure en effet par une petite remarque qui n’a pas plus de prétention que le modeste livre qui a servi de thème à cette causerie. Je finis, comme dans un prospectus de Société protectrice, en vous disant : Soyez bons pour les vieux livres. Quand vous découvrirez quelqu’un de ces livres d’autrefois, misérable et abandonné, ne le condamnez pas au feu, comme on fait souvent.

Arrachez-le à la poussière et à la dent des rats. Ces vieux livres sont souvent très intéressants. À qui sait les interroger, ils racontent des histoires du passé, de ces histoires qui rendent souvent plus indulgent pour le présent ou qui aident à oublier un moment les brutalités ou les soucis de l’heure. C’est un acte de vertu et de charité chrétienne de traiter avec égards ces vénérables bouquins. Je lisais dernièrement que sainte Thérèse aima fort les livres, tout enfant, elle fut une lectrice intrépide. Plus lard elle leur garda un respect si attentif que, dans ses Constitutions, elle va jusqu’à prévoir une pénitence pour celui qui les traite sans soin.

En apercevant quelqu’un de ces bouquins mal peignés et crasseux comme un vieux mendiant, quelque malin sera tenté d’appeler votre bibliothèque un hôpital ou une infirmerie pour livres estropiés ou malades. Laissez dire avec philosophie. Quelque esprit pratique vous classera parmi les originaux ou les maniaques, à côté des collectionneurs d’assiettes de Samadet ou de timbres-poste. Il n’y a là rien d’infamant. Pour ma part je me console en pensant que cette catégorie ne se trouve pas dans la série des sept péchés capitaux. »